‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 283 sur 439 · PETR · texte numérisé non relu

PETR

ÎTITU

Donc le centre ie la terre est le même que le centre du monde.

Il est clair qu'il y a dans la majeure de ce syllogisme une pétition de principe; car nous voyons bien que les choses pesantes tendent au centre de la terre, mais rien ne nous apprend que le centre de la terre soit le même que le centre du monde.

« On peut, continue la Logique de Port-Royal, rapporter encore à cette sorte de sophisme la preuve que l'on tire d'un principe différent de ce qui est en question, mais que l'on sait n'être pas moins contesté par celui contre lequel on dispute. « Enfin, on peut rapporter à ce sophisme tous les raisonnements où l'on prouve une chose inconnue, ou une chose incertaine par une autre qui est autant ou plus incertaine. »

PÉTRARQUE (François), l'un des créateurs de la littérature italienne, mérite une place dans l'histoire de la philosophie, autant comme moraliste qu'en qualité de précurseur de la renaissance des lettres.

Il naquit à Arezzo le 20 juillet 1304. Son père, ami de Dante, gibelin et banni de Florence, s'était établi à Avignon auprès du pape Clément V. Le jeune François commença ses études à Carpentras, où, plus tard, il devint chanoine ; il les continua à Montpellier, et les acheva à Bologne, sous le légiste poète Cino da Pistoia. Il avait vingt ans lorsqu'il revint à Avignon et qu'il s'y lia avec les Colonne. Ayant conçu la passion la plus vive pour l'épouse de Hugues de Sade, l'immortelle Laure, il se mit à voyager, visita une partie de l'Europe, puis alla s'ensevelir àVaucluse, pour y composer un poème épique dont Scipion fut le héros, YAfrica. Les sonnets et les canzones que sa tendresse lui inspirait, mais qu'il dédaignait autant qu'il s'enorgueillissait de ses vers latins, remplirent la France et l'Italie du nom de Laure et du sien. Rome lui offrit la couronne de poète, et il la reçut au Capitole, le jour de Pâques 1341. Depuis il séjourna dans les principales villes d'Italie, partout admiré et fêté, envoyé en ambassade par plusieurs souverains, et toujours épargné dans les guerres civiles et étrangères, alors si fréquentes partout. Il laissa sa précieuse bibliothèque à la république de Venise, et mourut d'apoplexie à Arqua, près de Padoue, le 18 juillet 1374, au milieu de ses chers manuscrits grecs et romains.

Ce poète, tour à tour amoureux, gracieux et religieux, fut le représentant et le dictateur de la république des leltres au xive siècle, le prince des érudits, des critiques et des moralistes. Sa vie si pleine et si diversement agitée, si studieuse surtout, à la fois un voyage continuel et un constant soupir pour l'affranchissement de l'Italie, est liée à tous les hommes célèbres, à tous les événements mémorables de ce temps orageux. Sx correspondance immense, universelle, est une image curieuse et fidèle de l'esprit humain au xivB siècle.

Le but poursuivi par Pétrarque, à travers toute l'Europe, était de ranimer l'étude des lettres grecques et latines. Lui-même avait appris le grec du moine Barlaam et de Léonce Pilate, de Thessalonicue. Découvrir, recouvrer, sauver, conserver, publier, répandre les œuvres des anciens; en conseiller, en faciliter l'étude, en inspirer le goût; puis, à l'aide de la poésie, de l'éloquence et de laphilosophie antiques, combatire lepédantisme de l'école, les froides et arides formules de la scolastique; remplacer le règne du syllogisme, l'esprit de dispute par le culte libre et enthousiaste du beau, du vrai, du bien; l'aricntalion par la rêverie, la dialectique par de | tiques aspirations; substituer enfin Athènes

ii ],i Sorbonne, Platon et Cicéron à Aristote et a

Averroi'Sj tel ('•tait le dessein général de l'activité dont Pétrarque fut l'auteur ou le centre. A cet égard, Pétrarque va beaucoup plus loin que Dante, lequel attaque la barbarie intellectuelle, sans attaquer l'école ni Aristote. Pétrarque est le chef d'une réaction platonicienne contre le péripatétisme officiel : il est le principal devancier de l'Académie florentine des Médicis.

Mais Pétrarque ne fut pas seulement chef d'opposition, il fut fondateur d'école. Lui-même se croyait aussi propre à la philosophie morale qu'à la poésie : Ingcnio ad moralem prœcipue philosophiam apto. Il créa dans cette partie des sciences philosophiques une sorte d'école moitié poétique, moitié religieuse, dont -es disciples les plus éminents ne parurent qu'au xvie siècle, moins encore en Italie que dans le reste de l'Europe. 11 n'est pas aisé de définir ce qui distingue ce groupe d'hommeset d'écrits, tant il réunit de caractères divers et de tons variés. On peut dire, toutefois, que le platonisme, la doctrine exposée au Banquet, en constitue le fond ou le point de départ. Le Cantique des cantiques, les Pères de l'Église, saint Augustin, gloriosissimus Pater Augustinus, puis saint Bernard, donnent à cet idéalisme renouvelé un tour plus pratique, plus ascétique; ils rendent chrétien et orthodoxe ce mysticisme élégiaque et parfois erotique. Un élément chevaleresque, héroïque, emprunté aux troubadours, s'ajoute à ces deux premières tendances. Le philosophe, heureux de dévouer à sa dame sa vie comme sa pensée, devient ainsi tour à tour le chevalier de la Vérité, de la Charité, de la Beauté céleste. L'h;;bitude de l'allégorie, qui appartient au moyen âge autant qu'à l'Orient, change l'amour sentimental, romanesque, mélancolique, inspiré par une mortelle; par madonna Laura, en un amour idéal, spirituel, évangélique, dont la sagesse éternelle est l'objet. La souveraine perfection est tantôt une personne, tantôt une idée ; l'idée, le type accompli, s'incarne dans la personne ; la personne n'est que l'idée vivante, le type réalisé. D'ordinaire, cette personne est une femme ; le plus rarement c'est la Divinité même ; pour les uns c'est Pallas, pour les autres la Vierge Marie ; toujours c'est, comme la Vérité, une vierge d'une beauté ineffable, mulier inenarrabilis claritatis. Mais s'il y a diversité quant à la nature de l'objet, adoré, il n'y en a point à l'égard des moyens de s'unir à lui. Ces moyens se réduisent à l'amour enthousiaste et contemplatif, tel que celui des modernes quiétistes. La philosophie morale, par conséquent, ne sera qu'une recherche passionnée, et rêveuse à la fois, de la sagesse, ou de la félicité en Dieu, un amoroso uso si di sapienza in Dio. Le moraliste s'appliquera, non-seulement à définir avec justesse le bien et le mal, mais à enflammer les hommes d'une ardeur exclusive pour la vertu, à les embraser des feux de l'héroïsme. En présence des secrets tourments de notre âme, occasionnés par le problème de sa destinée, en présence des mystères de la vie et de la mort, en présence des abîmes de la Providence invisible, mais toujours agissante, le moraliste doit nous changer en une fontaine d'amour, inépuisable en noblesse de cœur et en béatitude.

Tous ces aspects différents se rencontrent dans les écrits philosophiques de Pétrarque. Ses ouvrages italiens sont dominés par le côté terrestre et mondain de l'amour platonique ; ses ouvrages latins, par le côté religieux et mystique. Mais dans ses livres latins il y a de même mélange et confusion entre les deux caractères, avec cette différence, point mt. que ses productions der-

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