‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 29 sur 439 · MUS · texte numérisé non relu

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teur que celui de Logique, et qui vient des commentateurs grecs.

2" La Physique, en prenant ce mot dans le sens général qu'y donnaient Les Grecs, et non dans le

sens spécial où nous l'entendons actuellement. Elle se compose des ouvrages suivants : 1° la Physique, ou pour mieux dire les Leçons de Physique, en huit livres; 2" le Traité du Ciel, en quatre livres; 3° le Traité de la Génération et de la Destruction, en deux livres ; 4" la Météorologie, en quatre livres; 5" le petit Traité Monde, adressé à Alexandre, apocryphe; 6° le Traité de l'Ame, en trois livres; 7° une suite de petits traités appelés par les scolastiques : Parva naturalia : de la Sensation cl des Choses sensibles, de la Mémoire et de la Réminiscence, du Sommeil et de la Veille , des R':ves cl de la Divination pur le sommeil, de la Longévité et de la Brièveté de la vie, de la Jeunesse et de la Vieillesse, de (a Vie et de la Mort, et enfin de la Respiration : S1 Y Histoire des animaux, en dix livres, dont le dernier est peut-être apocryphe ; 9° le Traité des Parties des animaux, en quatre livres; 10 le Trait' duMouvemcnt desanimaux; 11° le Traité de la Marche des animaux; 12° le Traité de la Génération des animaux, en cinq livres ; 13 ' le Traité des Couleurs; 14° un extrait d'un Traité d'Acoustique; 15" le Traité de Physiognomonie: 16° le Traité des Plantes, en deux livres, dont le texte grec a été refait à Constantinople. d'après le texte arabe et latin, en deux livres, 17° le Petit Recueil des récits sur/, notants, apocryphe; 18° le Traité de Mécanique, sous firme de questions; 19' le vaste recueil de faits de tout genre, sous forme de questions, et intitulé : les Problèmes en cinquante-sept sections; 20" le petit Traité des lignes insécables; 21° et enfin les Positio?is et les noms des vents, fragment d'un grand ouvrage sur les signes des saisons.

3" La Métaphysique, nom qui ne vient pas d'Aristote lui-même, en quatorze livres, et avec laquelle il faut classer le petit ouvrage sur Mélissus, Xénophane et Gorgias.

4° La Philosophie pratique, ou, comme le dit aussi Aristote, la Philosophie des choses humaines : la Morale, proprement dite, composée de trois traités, dont les deux derniers ne sont que des rédactions différentes des élèves d'Aristote: 1° la Morale « Sicomaque, en dix livres; 2° la Grande Morale en deux livres; 3° la Morale à Eudème, en sept livres; 4° le fragment sur les Vertus et les Vices; 5° la Politique, en huit livres; 6° l' Économique, en deux livres, dont le second est apocryphe; 7° Y Art de la Rhétorique, en trois livres, suivi de la Rhèt or ique à Alexandre, qui est apocryphe; 8° le Traité de la Poétique, qui n'est qu'un fragment.

5° Il faudrait ajouter à tous ces ouvrages : l°les frag, i dans les auteurs de l'antiquité,

et dont quelques-uns sont assez considérables; 2" les ; « .lin les Lettres, bien qu'elles

ne soient p ntiques. Jusqu'à présent au-

cune récente, celle de Ber-

lin, n'a donné complète cette cinquième partie des œuvres d'Aristote; elle n'est pas ccpei sans im]

Il est impossible de donner ici, en quelques pages, il usante «lu vaste et profond système que renferment ces di et qui roi- s:ms interruption, bien qu'avec des intermitten | de •>■ Lin, depuis tote jusqu'à nous, d'abord sur les écoles de la i lusivemenl sur ' âge. berceau de la e

arabes, et qui i Souverainement encore dans les parties les plus

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importantes de la philosophie, la < •■ ro< i autres, el sur les belles-lettres, la rhétorique et La poétique. Quelques observations cependant pourroni faire comprei

gnant dans d'étroites limites, comment cet ciui été et est encore légitime autant que bien-

Parmi les causes qui ont fait d'Aristote le précepteur de l'intelligence humaine, co ut les Arabes, il faut mettre en première Ligne le caractère tout encyclopédique de ses ouvrages. Nul philosophe avant lui, nul autre après lui, n'a su, doué d'un tel génie, embrasser, dans une théorie une et systématique, l'ensemble des choses. La philosophie grecque, quelque valeur qu'eussent ses recherches avant le siècle d'Alexandre, n'avait pu rien produire d'aussi complet ni d'aussi profond. Démocrite, qui, avant Aristote, a pu être appelé le plus savant et le plus laborieux des Grecs, n'avait pu entrevoir qu'une faible partie de la science. 11 avait recueilli beaucoup de faits; mais le point de vue tout matérialiste où il s'était placé ne lui avait permis de les comprendre que bien insuffisamment. Platon, dont on ne veut pas d'ailleurs rabaisser ici le mérite, et qui certainement est supérieur à son disciple par la simplicité et la grandeur morale de son système ; Platon s'était condamné, par la direction même de son génie, à ignorer une partie des faits naturels, dont il n'avait point à tenir un compte bien sérieux; de plus, la forme de ses ouvrages ne lui permettait pas cette rigueur systématique sans laquelle une encyclopédie n'est qu'une vaste confusion, sans laquelle surtout un enseignement positif et général est impossible. Platon a. dans un sens; trouvé beaucoup mieux que cela; il n'a pas joue le rôle de précepteur, il a joué le rôle beaucoup plus grand, beaucoup plus utile même, de législateur des croyances religieuses et des mœurs : c'est comme un prophète philosophe. Mais avant Aristote, la science eparse n'avait point été réunie en un corps ; des matériaux isolés attendaient l'architecte et ne formaient point un édifice ; c'est lui qui le construisit. Quelques historiens de la philosophie, M. Ritter entre autres, lui ont reproché d'avoir le premier introduit l'érudition dans la philosophie. La critique ne semble pas méritée. Pour composer l'œuvre totale de la science, la ranger tout entière sous une seule discipline, les forces d'un individu, quelque puissant qu'il soit. ne pourront jamais suffire. S'il ne datait que dé lui seul, ce serait un révélateur ; ce ne serait plus un philosophe. Au contraire, Aristote s'est fait une gloire, et cette gloire n'appartient qu'à lui seul, d'être l'historien de ses prédécesseurs. L'odieuse accusation de Bacon est complètement fausse : loin d'égorger ses frères, comme font les despotes ottomans pour régner seuls, c'est lui qui les a fait vivre en transmettant à la postérité leurs noms et leurs doctrines. Il n'a jamais prétendu cacher tout le profit qu'il avait tiré de leurs travaux. Mais s'il doit à ses devanciers une partie des matériaux qu'il a employés, c'est à lui seul qu'il doit d'avoir su les mettre en œuvre. C'est du liaut de la philosophie première, de la métaphysique dont il est le fondateur, qu'il a pu saisir, d'un regard ferme, la valeur relative de tous les faits particuliers, de toutes les notions particulières, et les classer entre elles de manière à reproduire, dans une théorie complète, l'ordre adtnirable de, la réalité. C'est de ce laite élevé qu'il a pu voir sans confusion, sans erreur, cette propriété de phénomènes que i'homme et la nature présentent incessamment à l'observation

ou philosophe. La métaphysique fut pour lui ce

que le vulgaire trop souvent ignore, la science de la réalité, la science de ce qui est, de l'être en

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soi. Pour Platon, la réalité des choses, l'essence des choses, était en dehors d'elles et résidait tout entière dans les idées séparées, distinctes, éternelles, immuables. Aristote, au contraire, ne vit de réalité et ne put en concevoir que dans l'individu, dont la science doit tirer les notions générales et les premiers principes qui composent ses théories et ses démonstrations. Tout être, et il n'y a que des êtres particuliers, est nécessairement l'assemblage de quatre causes dont l'une est sa forme, qui tout d'abord se révèle à nos sens; l'autre, sa matière; la troisième, le mouvement, qui l'a l'ait devenir ce qu'il est, qui l'a produit; la quatrième enfin, la cause finale, la fin même vers laquelle il tend, qui lui assigne un but, et lui donne un sens aux yeux de la raison. Sans ces quatre causes, l'être ne se comprend plus; il n'est rien sans elles. Les deux premières nous sont attestées par le témoignage irrécusable de notre sensibilité, les deux autres par le témoignage non moins certain de notre raison. Elles sont toujours réunies dans toute chose qui n'est pas le simple accident d'une autre. Mais l'être, produit de ces quatre causes, n'est pas seulement d'une essence stérile et purement logique; il revêt des attributs qui le modifient et que la science peut affirmer de lui. Ces attributs, ces catégories, sont au nombre de dix, comme les causes sont au nombre de quatre. La science, en affirmant ou en niant ces attributs, fait la vérité ou l'erreur; quanta l'être et à ses attributs, ils n'ont d'autre caractère que d'exister, et pour les connaître, c'est dans les termes simples et non dans les propositions composées qu'il faut les chercher. Les catégories sont: d'abord, celle de la substance sans laquelle les autres ne seraient pas, à laquelle elles sont toutes comme suspendues; puis, la quantité, la qualité, la relation, le temps, le lieu, la situation, la manière d'être, l'action et la passion. Les catégories sont les éléments nécessaires dont les propositions se forment, comme la réalité même: d'une part, les êtres en soi, les sujets avec cette merveilleuse diversité qu'a d'abord faite la nature, et avec celle que l'esprit de l'homme vient y joindre par l'abstraction; et d'autre part, les attributs. Ici la seule catégorie de la substance, là les neuf autres ; les unes et les autres liées entre elles par cette notion de l'existence, la seule qui puisse unir le prédicat au sujet, et qui fournit également, soit qu'on l'affirme ou qu'on la nie, l'indispensable condition sans laquelle les deux autres n'ont jii valeur ni détermination. De là toute la théorie "de la proposition, les formes diverses qu'elle peut prendre; de là toute la théorie du syllogisme où deux propositions enchaînées l'une à l'autre par un moyen terme compris dans l'attribut et comprenant le sujet, forment une conclusion où l'attribut est uni au sujet d'une nécessité logique ; de là, enfin, toute cette théorie de la démonstration où le rapport de l'attribut au sujet repose sur la vraie cause qui met l'un dans l'autre, et qui prouve leur union d'une irréfutable manière, non plus par la seule nécessité logique, mais par cette nécessité réelle, effective, que les phénomènes mêmes portent avec eux. Mais rien ne se démontre qu'à la condition d'un indémontrable; les causes, et par suite les moyens termes, ne sont point infinis. Dans les démonstrations, il faut s'arrêter aux axiomes, sans lesquels la démonstration ne serait pas possible, bien qu'elle ne les emploie jamais directement. Les axiomes sont les principes communs, et en tête de tous est le principe de contradiction qu'implique la notion même d'existence. Les principes propres sont ceux qui appartiennent à chaque sujet spécial que la science étudie, et sans lesquels les principes communs resteraient inféconds et stériles. L'ordre de la na-

ture et l'ordre de la science se correspondent ainsi l'un à l'autre; la pensée n'est rien sans l'expérience, bien que l'expérience soit fort audessous de la pensée. Ce que la science doit faire avant tout,^ c'est d'observer scrupuleusement tous ces phénomènes qu'elle doit comprendre et démontrer par leurs causes, les lois générales du mouvement dont la nature entière est animée, les lois de plus en plus complexes par lesquelles l'organisation s'élève du végétal jusqu'à l'homme, et de la vie aveugle, obscure des derniers êtres, à cette vie supérieure de la pensée et de l'intelligence dans le plus parfait des êtres* ces lois, enfin, les plus admirables, les plus élevées de toutes, qui président à la vie morale des individus et des sociétés. Et pour couronner cette œuvre de la science, il faut qu'elle monte encore un degré plus haut, il faut qu'au-dessus de la nature, où les causes sont nécessaires et fatales, au-dessus de l'homme, cause libre et volontaire, elle arrive jusqu'à la cause première, à la cause unique, au premier moteur, qui communique à tout le reste le mouvement, la vie, la pensée ; il faut qu'elle arrive jusqu'à Dieu. Tel est l'immense système qu'Aristote a tracé et qu'il a rempli. Il a fait la logique et fondé la science de la pensée de telle sorte, que depuis lui, comme le dit Kant, elle n'a fait ni un pas en avant, ni un pas en arrière; il a fondé dans l'histoire naturelle celte admirable méthode d'observation, que personne n'a mieux appliquée que lui; il y a tracé quelques-unes de ces lois de la vie que la physiologie comparée s'efforce encore de nos jours de constater ; il a fondé la métaphysique sur des bases qu'on ne peut plus changer; il a fondé la psychologie, la science morale, la science politique, l'esthétique littéraire, etc. Cette magnifique encyclopédie, résumé à peu près complet de tout ce qu'avait su le monde grec, n'avait que peu de chose à enseigner à la Grèce, si on la compare à ces peuples qui, dans la suite des temps, privés de toute spontanéité scientifique, durent aller se mettre à l'école des siècles passés. Pour refaire au milieu de la barbarie l'éducation de l'esprit humain, il fallut s'adresser à la Grèce, la sage institutrice des nations, et, dans la Grèce, il n'y avait qu'un maître possible : c'était Aristote, parce que seul il pouvait enseigner et démontrer la totalité de la science. Aujourd'hui même, si par une catastrophe qui heureusement est impossible, le genre humain avait à subir la même épreuve qu'il a subie dans le moyen âge, nul doute que le choix ne fût absolument identique. Il n'est point de philosophe qui pût aujourd'hui même remplacer Aristote : Descartes, Leibniz, Kant n'y suffiraient pas. L'enseignement péripatéticien, après tout ce qu'aurait appris l'humanité, serait sans doute bien incomplet; mais, sans contredit, il serait encore le moins imparfait de tous.

Il faut ajouter à cette première cause de la domination aristotélique, la forme même de ses livres : il avait fait des dialogues, à ce qu'atteste • Cicéron; ils ne sont pas parvenus jusqu'à nous, et l'on peut affirmer sans aucune témérité qu'en face des dialogues de son maître, cette perte ne fait point tort à sa gloire. Jlais les ouvrages que la postérité a conservés, et que nous possédons, ont donné à la science cette forme didactique que, depuis lors, elle n'a point changée, et qu'elle a reçue pour la première fois des mains d'Aristote. Un ton magistral, comme s'il eût prévu le rôle qu'il devait remplir plus tard; un style austère, sans autres ornements que la pensée même qu'il revêt; une concision et une rigueur faites pour exciter le zèle et la sagacité des élèves, tels sont les mérites secondaires, mais non point inutiles, qui ont contribué à faire donner au disciple de

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Platon la préférence sur son maître. Platon a rendu d'autres services à l'esprit humain, et le christianisme, en particulier, sait tout ce qu'il lui doit; mais Platon, avec la divine élégance de ses formes, n'était point fait pour les labeurs de l'école. Sa mission était de charmer^ de convaincre les âmes, en les purifiant. C'était a un autre d'initier les esprits aux pénibles investigations de la science. C'est qu'en effet, quand on parle de l'empire souverain exercé par Aristote, c'est surtout de sa logique qu'il s'agit; et, pour qui se rappelle l'histoire de la scolastique, pour qui connaît la nature vraie de la logique, il n'y a pas de doute que YOrganon d'Aristote, étudié sans interruption pendant cinq ou six siècles par toutes les écoles de l'Europe, commenté par les maîtres les plus illustres, ne pouvait être remplacé par aucun livre ; il n'y a pas de doute qu'aucun livre, si ce n'est celui-là, ne pouvait donner à l'esprit moderne et à toutes les langues par lesquelles il s'exprime cette rectitude, cette justesse, cette méthode que le génie européen seul jusqu'à présent a connues. Il est tout aussi certain que la logique était la seule science qui pût être cultivée avec cette ardeur et ce profit, sans porter atteinte aux croyances religieuses qui firent alors le salut du monde. La logique, précisément parce qu'elle ne consiste que dans les formes de la science, et qu'elle n'engage expressément aucune question, ne peut jamais causer d'ombrage. Elle ne s'inquiète point des principes, auxquels elle est complètement indifférente. C'est là ce qui fait qu'elle a pu tout à la fois être adoptée par les chrétiens et les mahométans, par les protestants et les catholiques, par les croyants et les philosophes. Où trouver rien de pareil dans Platon? Ou trouver rien de pareil dans aucun autre philosophe? Si la science et ses procédés étaient l'esprithumain toutentier, Aristote eûtétéplus grand encore qu'il n'est; l'esprit humain n'aurait point eu d'autre guide que lui.

Mais sur les questions essentielles que Platon avait résolues d'une manière si nette et si vraie, sur la Providence, sur l'âme, sur la nature de la science, Aristote s'est montré indécis, obscur, incomplet. Le dieu de sa métaphysique n'est pas le dieu qui convient à l'homme; Dieu est plus que le premier moteur, au sens où Aristote semble le comprendre; il a créé le monde, comme il le protège et le maintient ■ il ne peut avoir pour ses créatures cette indifférence où le laisse le philosophe, il préside au monde moral tout aussi bien qu'il meut le monde physique ; il doit intervenir dans la vie des individus et des sociétés tout aussi bien qu'il intervient dans les phénomènes naturels. Incertain sur la Providence et sur Dieu,^ Aristote ne l'est guère moins sur l'immortalité de l'âme et sur la vie qui doit suivre celle d'ici-bas. 11 ne nie pas que l'âme survive au corps, sans toutefois l'affirmer bien positivement; mais de ce principe il ne tire aucune de ces admirables conséquences qui ont fait du platonisme une véritable religion. Quant à la science, il ne la fait pas sortir tout en de la sensation, comme le lui attribue le laineux axiome qu'on chercherait vainement dans ses œuvres; mais il est sur la pente où son m; avai> voulu retenir la philosophie ; il est sur le boni de l'abîme, où tant d'autres se sont p eu suivant ses i tigré les avi

sements île Platon. D'ailleurs, ces lacunes si grav qu'on pourrait citer,

Levaient rien ôter à son autorité. Dans Le ii, le chri .l'on puisait cru-. i poinl îi lui en demander,

et les siennes, chancelantes comme elles l'étaient,

ne pouvaient pas blesser bien vivement des convictions contraires. Cette indécision même ne nuisait en rien à la science; elle s'accordait fut bien avec elle, et l'Église catholique, tout ombrageuse qu'elle était, oublia bien vite les anathèines dont jadis quelques Pères de l'Eglise avaient frappé le péripalétisme. On attendait et l'on tirait d'Aristote trop de services, pour qu'on pût s'arrêter à ce que dans un autre on eût poursuivi comme des opinions condamnables.

C'est une histoire qui est encore à faire, toute curieuse qu'elle est, que celle de l'aristotelisme. Les ouvrages d'Aristote, d'abord peu connus après sa mort, par suite de quelques circonstances assez douteuses qu'ont rapportées Strabon, et Plutarquc, ne commencèrent à être vraiment répandus que vers le temps de Cicéron ; c'est Syila qui les avait apportés a Rome après la prise d'Athènes. Il n'est pas présumable d'ailleurs que renseignement d'Aristote, qui dura treize années dans la capitale de la Grèce, eût laissé ses doctrines ignorées autant qu'on le suppose en général ; mais ce qui est certain, c'est que ce n'est guère que vers l'ère chrétienne que son empire s'étendit. Ce fut d'abord, comme plus tard, la logique qui pénétra dans les écoles grecques et latines. Sans acception de systèmes, toutes se mirent à étudier, à commenter YOrganon; les Pères de l'Église, et à leur suite tous les chrétiens, n'y étaient pas moins ardents que les gentils: et tout le moyen âge n'a pas craint d'attribuer à saint Augustin lui-même un abrégé des Catégories, qui d'ailleurs n'est pas authentique. Boëce, au vie siècle, voulait traduire tout Aristote, et nous avons de sa main YOrganon. Les commentateurs grecs furent très-nombreux^ même après que les écoles d'Athènes eurent été fermées par le décret de Justinien ; et, parmi ces commentateurs, quelques-uns furent' vraiment considérables. L'étude de la logique ne cessa pas un seul instant à Constantinople ni dans l'Europe occidentale. Bède. Isidore de Séville la cultivaient au vne siècle, comme Alcuin la cultivait au vme à la cour de Charlemagne. C'est de YOrganon que sortit, au xie siècle, toute la querelle du nominalisme et du réalisme, tout l'enseignement d'Abeilard. Vers la fin du xne siècle, quelques ouvrages autres que la Logique s'introduisirent en Europe, ou, ce qui est plus probable, y furent retrouves; et, dès lors, les doctrines physiques et métaphysiques d'Aristote commencèrent à prendre quelque influence. L'Église s'en effraya, parce qu'elles avaient provoqué et autorisé des hérésies. Un envoyé du pape dut venir inspecter l'Université de Paris, centre et foyer de toutes lumières pour l'Occident; et, en 1210, les livres d'Aristote autres que la Logique furent condamnés au feu; non-seulement on défendit de les étudier, mais encore on enjoignit à tous ceux qui les avaient lus d'oublier ce qu'ils y avaient appris. La précaution était inutile, et elle venait trop tard. L'exemple des Arabes, qui, dans leurs écoles, n'avaient point d'autre maître qu'Ate, et qui l'avaient traduit et commenté tout entier à leur usage; les besoins irrésistibles de l'esprit du temps, qui demandait à grands cris une sphère plus large que celle où l'Eglise avait tenu l'intelligence clcpuis cinq ou six siècles, la même île L'Église, revenue à des senlairés, tout se réunit pour abaisser les barrières; et, après quelques essais encore infructueux, et une nouvelle mission apostolique qui n'avait pas plus réussi que la première, on ouvrit La 'li; no et on laissa le torrent se prép par toutes Les voies, par toutes Les issues, il se répandit en toute liberté dans toutes les écoles, et il suffit à

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alimenter tous les esprits. Albert le Grand, une des lumières de l'Église, et l'on doit ajouter de l'Occident à cette époque, commenta les œuvres d'Aristote tout entières; saint Thomas d'Aquin, l'ange de l'école, en expliqua quelques-unes des parties les plus difficiles; et, à leur suite, une foule de docteurs illustres suivirent leur exemple, et bientôt Aristote, traduit par les soins mêmes d'un pape, Urbain V, et du cardinal Bessarion, devint pour la science ce que les Pères de l'Église, et l'on pourrait presque dire les livres saints, étaient pour la foi. 11 est inutile de remarquer qu'ici, comme dans la religion, l'enthousiasme, la soumission aveugle dépassa bientôt les bornes. Il ne fut plus permis de penser autrement qu'Aristote, et une doctrine soutenue contre les siennes était traitée à l'égal d'une hérésie. Il suffit de rappeler le déplorable destin de Ranius, qui périt victime de sa lutte courageuse contre ce despotisme philosophique, plus enLore que de ses opinions suspectes ; il suffit de se rappeler que, même en 1629, sous le règne de Loiiis XIII, un arrêt du Parlement put défendre, sous peine de mort, d'attaquer le système d'Aristote. Heureusement qu'alors cette défense était plus ridicule encore qu'elle n'était odieuse; mais on ne saurait répondre que, si quelque imprudent se fût alors élevé en France contre le père de l'école, il n'eût point été frappé comme un criminel • et l'on peut voir par cette défense même que jamais l'Eglise n'avait défendu plus énergiquement contre les hérétiques l'autorité des Évangiles. 11 fallait être à Venise et sous la protection de la République pour oser attaquer Aristote comme le fit Francesco Patrizzi dans ses Discussiones peripatelicœ (1571). Ce qu'il y a de remarquable, c'est que le protestantisme, après quelques hésitations, avait adopté Aristote tout aussi ardemment que les catholiques. Mélanchthon l'introduisit dans les écoles luthériennes. Mais il faut ajouter que l'Aristote de Mélanchthon n'était plus celui du moyen âge et de la scolastique ; et le péripatétisme, mieux compris qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, n'avait plus rien qui dût effrayer l'esprit de liberté qui faisait le fond de la réforme. La Société tout entière de Jésus, à l'imitation de l'Église, adopta l'aristotélisme, et s'en servit avec son habileté bien connue contre tous les libres penseurs du temps, et surtout contre les adhérents de Descartes. Ce n'est que le xvme siècle qui, victorieux de tant d'autres abus, vit aussi finir celui-là. Aristote ne régna plus que dans les séminaires, et les Manuels de philosophie à l'usage des établissements ecclésiastiques n'étaient et ne sont encore qu'un résumé de sa doctrine. La réaction alla trop loin, comme il arrive toujours : malgré les sages a*ùs de Leibniz, représentant des écoles protestantes qui avaient compris le philosophe comme il faut le comprendre ; maigre l'admiration de Voltaire et de Buffon; maigre les affinités certaines que les doctrines aristotéliques avaient sur tant de points avec l'esprit philosophique de ce temps, le xvme siècle laissa le père de la logique, de l'histoire des animaux, de la politique, dans le plus profond oubli. Il fut enveloppé dans cet injuste dédain dont tout le passé fut alors frappé. Les historiens de la philosophie les plus graves, Brucker, entre autres, ne surent même pas lui rendre justice. Il n'y avait peut-être pas assez longtemps que le joug était brisé, et l'on se souvenait encore combien il avait été pesant. Aujourd'hui, Aristote a repris dans la philosophie la place qui lui appartient à tant de titres. Grâce à Kant, surtout à Hegel et à M. Brandis, en Allemagne, où d'ailleurs l'étude d'Aristote n'avait jamais tout à fait péri ; grâce à M Cousin, parmi

nous, cette grande doctrine a été plus connue et mieux appréciée. Des travaux de toute sorte ont été entrepris. On ne regarde plus Aristote comme un oracle; mais on sait tous les services qu'il a rendus à l'humanité, et, parmi tous les grands systèmes de philosophie que la curiosité historique de notre siècle cherche à bien comprendre, on accorde à celui-là plus d'attention qu'à tout autre; ce n'est que justice, et sans doute la philosophie de notre temps ne profitera pas moins de ces labeurs, bien qu'ils soient autrement dirigés, que n'en a profité le moyen âge. Connaître Aristote, connaître l'histoire de l'aristotélisme, c'est mieux connaître, non pas seulement le passé de l'esprit humain, mais son état actuel. Par le moyen âge, d'où nous sortons, Aristote a plus fait pour nous que nous ne sommes portés à le croire. Il y a tout avantage et comme une sorte de piété à bien savoir tout ce que nous lui devons.

Le xixe siècle, en attendant ce qui doit le suivre, aura donc ajouté un chapitre de plus à l'histoire des fortunes diverses d'Aristote ; et l'on peut douter que nos successeurs jugent un jour plus équitablement que nous la philosophie péripatéticienne. Il semble que désormais cette philosophie est classée à son vrai rang dans les destinées et les annales de l'intelligence humaine. Il n'y a rien de plus vaste ni de plus fécond , mais il y a des doctrines qui sont à la fois plus profondes et plus pratiques. On a pu dire avec raison du platonisme qu'il avait préparé les voies à la morale chrétienne et même au dogme chrétien ; on n'a rien pu soutenir de pareil d'Aristote ; et si quinze siècles plus tard l'Europe l'a adopté pour maître et pour instituteur, elle n'a jamais songé à lui demander ce qu'elle devait croire, mais exclusivement ce qu'elle^ devait étudier et apprendre. La différence est énorme. Platon a été, à bien des égards, un initiateur, et il est toujours resté un appui si ce n'est un guide, témoin saint Augustin. Aristote, qui n'a été connu et accepté que postérieurement, a été aussi fort utile; mais son secours a été beaucoup moins intime ; et s'il a formé les esprits, il n'a guère touché les âmes ni les cœurs. Ce n'est pas le rabaisser ni lui rien ravir de sa gloire ; mais c'est exercer envers lui, au noin de la vérité, la justice qu'il a proclamée lui-même le premier devoir du philosophe, et la plus sacrée de ses obligations. Si l'on peut un instant forcer un peu les choses afin de les faire mieux comprendre, on dirait que, dans ce partage des plus hautes qualités et des influences les plus nobles, Platon représente la morale et qu'Aristote représente la science, les deux legs inappréciables que la Grèce, notre mère vénérée, a transmis à la civilisation occidentale. Ce n'est pas à dire que la science manque tout à fait dans Platon ni que la vertu fasse défaut dans Aristote ; mais pour voir la distance qui les sépare, il suffirait de comparer le Timée à YHistoire des animaux, et le Phédon au Traité de l'Ame. Le contraste est frappant; et de ces œuvres prises au hasard comme mesures, l'opposition s'étend à l'ensemble des deux systèmes. C'est là ce que doit affirmer la critique de notre siècle si instruite, si sagace, si impartiale; c'est là le verdict qu'elle doit rendre et la sentence qu'elle doit porter au nom des faits les moins contestables et de l'observation la plus attentive. Les œuvres des deux philosophes sont entre nos mains ; l'action qu'ont exercée leurs doctrines nous est également connue, et nous ne pouvons nous tromper, sauf des détails de peu d'importance, ni sur leur mérite propre ni sur la nature des enseignements qu'ils ont propagés, au grand avantage de tous ceux qui les ont reçus

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et goûtés. La science ou la vertu, la vertu ou la science, l'alternative est toujours bien belle; et

quel que soit le parti qu'on adopte, ou plutôt vers lequel on penche, on ne risque guère de déchoir

ni de s'égarer. Cependant la raison humaine a l'ait son choix; elle incline à Socrate et à Platon plus qu'à Aristote et à Théophraste. Dans le spiritualisme de notre temps, dont M. Cousin a si longtemps et si fermement tenu le drapeau, c'est encore Platon qui occupe le plus de place; et Aristote, tout admiré qu'il est, n'a pas reçu les mêmes hommages et ne nous a pas soul'flé les mêmes inspirations. C'est que la science nous fait penser; elle ne nous fait pas agir, malgré les illusions dont elle se berce trop souvent. Le platonisme est et restera la réelle école de la vie; le péripatétisme est surtout l'école de la nature. Ce qui doit même un peu nous étonner, c'est que notre époque, où les sciences font tant de bruit^ et jouissent d'une telle vogue, n'ait pas pousse plus loin qu'elle ne l'a fait la réhabilitation d'Aristote. Nous sommes demeurés dans les limites quand il était si facile de les dépasser. On a vanté son génie, mais on ne s'est pas approprié ses opinions ; et ^e nos jours les savants suivent sa méthode sans bien se rendre compte de tuut ce qu'il a fait pour eux. Par habitude, on rapporte toujours à Bacon le réveil de l'esprit moderne ; et l'on ne voit pas assez que l'esprit moderne n'a fait que reprendre absolument la trace et les exemples d'Aristote et de l'antiquité, dès que les circonstances plus favorables lui ont permis de renouer la chaîne interrompue de la tradition hellénique. Malgré ce qu'en peut croire notre vanité trop facile à se satisfaire et à s'aveugler, nous n'avons pas découvert une voie nouvelle dans les deux ou trois derniers siècles qui viennent de s'écouler. La science, que l'Orient n'a jamais connue sous aucune forme, est née dans ia Grèce où elle a été cultivée comme la poésie, comme les arts, comme les lettres avec une perlection que notre amour-propre a grand'peine à s'avouer, quoiqu'elle n'ait rien d'humiliant pour nous. Nous en savons mille fois plus que la Grèce, de même que nos successeurs en sauront un jour mille fois plus que nous. Mais c'est la Grèce qui a et conservera la gloire supérieure d'avoir tout commencé et d'avoir ouvert la carrière où nous devons tous marcher. Pour sa part spéciale, Aristote esta l'apogée de la science grecque, et sans diminuer rien de ce qui est venu avant ou après lui. à cet égard il domine le monde ancien comme il a domine le moyen âge, le plus savant des philosophes et le plus philosophe des savants. 11 observe les faits aussi bien que personne ; et H sait de plus que l'observation est la condition préalable de la science, qui ne peut rien sans des matériaux exactement recueillis. Ce n'est pas le xvi c siècle ni le xvme qui ont fondé la méthode d'observation : c'est Aristote, comme ses ouvrages l'attestent quand on prend la peine de les consulter ; personne parmi Les modernes n'a plus fortement ni plus fréquemment recommandé l'observation de la nature et de la réalité. L'éloge peut même être poussé plus loin ; et l'on peut ajouter encore à lalou d'Aristote qu'il a pratiqué et conseillé l'expérimentation dans la mesure où elle était possible dans reculés. La Bcien e contemporaine, si elle était plus éclairée ou plus modeste, devrait proclamer dans Aristote son glorieux ancêtre et son précurseur; non pas qu'il ait à lui seul tout lait dans la science telle que l'a connue l'antiquité grecque, mais il en est le plus complet et le plus illustre représentant. 11 clôt cette période à jamais écoulée de la pensée humaine ou le domaine trop varié de la philo-

sophie comprenait encore toutes les sciences, en 1rs (•('•unissant en un faisceau qui depuis lorsa

dû se diviser. Personne ne l'a embrasse ni étreint d'une main aussi vigoureuse qu'ÂristOte, et il restera comme un modèle inaccessible et impérissable, sans cesse proposé aux siècles, mais que les siècles ne reproduiront pis. Parmi ces génies souverains et inégaux, il restera le plus extraordinaire si ce n'est le plus beau. Il est autant que qui que ce Boit digne de la Grèce, qui seule pouvait enfanter un tel fils; et parmi tous ces personnages merveilleux dont elle nous a transmis les œuvres et le souvenir, celui-là est avant tout, comme le disait de lui son incomparable maître, l'entendement et l'intelligence universelle.

Pour étudier cet immense sujet, dont on n'a pu indiquer ici que les points les plus saillants, voici les principaux ouvrages qu'il faudrait consulter :

Pour la biographie d'Aristote : Diogène Laërce (liv. V)? qui a fait usage des travaux spéciaux de ses prédécesseurs fort nombreux et beaucoup plus habiles que lui; — l'Anonyme publié par Ménage dans le second volume de son édition de Diogène Laërce; puis la biographie attribuée à Ammonius et qu'on trouve habituellement à la suite de son commentaire sur les Catégories ; Nunnesius en adonné une édition spéciale in-4, Helmstrcdt, 1666. Buhle a réuni toutes ces biographies dans le premier volume de l'édition complète qu'il avait commencée. — Parmi les modernes on peut citer Patrizzi, dans son premier livre des Discussiones pcripalelicœ, si hostile contre Aristote; — Andréas Schott, qui a écrit la vie comparée d'Aristote et de Démosthène, in-4, Augsb., 1603j — Buhle, et surtout M. Ad. Stahr qui a résume tous les travaux antérieurs, dans ses Arislotelia, 2 vol. in-8, Halle, 1832 (ail.) ; le premier est consacré tout entier à la biographie. On pourrait ajouter aussi des articles de Dictionnaires, comme celui de Bayle, la Biographie universelle, l'article de M. Zell, dans l'Encyclopédie générale (ail.). La vie d'Aristote, en anglais, par M. J. W. Blakesley, 1839, et enfin les Biographies résumées des historiens de la philosophie, Brucker, Tennemann, Ritter, Zeller, etc., etc.

Pour la connaissance du système général d'Aristote, d'abord les Œuvres complètes dont la

lement sans traduction, mais avec des notes courtes et substantielles ; celle de Duval, 1619, plusieurs fois reproduite ; — celle de Buhle, 1791-1800, laissée inachevée au cinquième volume;— celle de l'Académie de Berlin, in-4, 1831-1837, dont il a paru quatre volumes, deux de texte, avec des variantes nombreuses, mais incomplètes, tirées des principaux manuscrits de l'Europe; une traduction latine revue, mais non refaite de toutes pièces, et des commentaires grecs qui ne sont donnés que par extraits. Il doit paraître encore au inoins un volume de commentaires. On ne sait si M. Brandis, l'un des éditeui i. Bekker, y ajoutera des notes.

Enfin l'édition complète de la Bibliothèque gre «pic de Firmin Didot, avec une table des plus étendues et une traduction latine. — Après les éditions complètes, il faut consulter les Commentaires généra . traduits de l'arabe en latin, 11 vol. in-8, Venise, 1540, et d'Albert le Grand, ,"> vol. in-f°, Lyon, 1651. 11 n'y a jamais eu de commentaire général en grec. — Après les commentaires, les tradu lions complètes ■ en latin, du cardinal Bcssarion, in-f",

ARIS

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Venise, 1487; en anglais, de Taylor, 10 vol. in-4, Londres, 1812, peu connue sur le continent, et faite, à ce qu'il semble, avec un peu trop de précipitation. Deux traductions générales, l'une en allemand, par une réunion de savants à Stuttgart, l'autre en français, par M. B. Saint-Hilaire, sont commencées et se poursuivent actuellement; cette dernière comprend déjà dix-huit volumes. Enfin deux livres récents, sans parler des historiens de la philosophie, et de Hegel en particulier, peuvent contribuer à faire connaître la doctrine générale d'Aristote : l'un est en allemand, de M. Biese ; l'autre ' est l'Essai sur la Métaphysique, par M. Bavaisson, ouvrage très-remarquable, et le plus distingué de tous ceux qui ont été publiés sur ce sujet. M. Brandis a publié les travaux les plus étendus et les plus exacts sur Aristote et ses contemporains de l'Académie, sur son système général et sur ses successeurs. On peut consulter aussi : de Aristotelis operum série et dislinctione, par M. Titze, in-8, Leipzig, 1826, et de Aristotelis librorum ordine et aucloritate, par M. Valentin Bose, Berlin, 1854.

Pour la Logique, qui a fourni matière à un nombre presque incalculable de Commentaires, il faudrait consulter surtout les commentateurs grecs : Porphyre, Simplicius, Ammonius, Philopon, David l'Arménien, pour les Catégories ; Ammonius, Philopon, les anonymes, pour YHerméneia; Alexandre d'Aphrodise. Philopon, pour les Premiers Analytiques ; Philopon, et la paraphrase de Thémistius, pour les Derniers Analytiques; Alexandre d'Aphrodise, pour les Topiques et les Réfutations des sophistes. — Parmi les modernes, les Commentaires des jésuites de Coïmbre ; le Commentaire général de Pacius joint à son édition de YOrganon, in-4, Genève, 1605; celui de Lucius, in-4, Bàle, 1619; le Commentaire spécial de Zabarella sur les Derniers Analytiques; et, de nos jours, la traduction allemande de M. Zell, Stuttgart, 1836; la traduction de M. B. Saint-Hilaire, en quatre volumes ; l'ouvrage de M. Franck intitulé : Esquisse d'une histoire de la Logique, précédée d'une analyse étendue de YOrganon d Aristote, in-8, Paris, 1838; et le Mémoire de M. B. Saint-Hilaire, couronne par l'Institut, 2 vol. in-8, Paris, 1838, avec le Bapport de M. Damiron sur le concours, dans le troisième volume des Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques ; les Elernenta logices Arislot.,TTende\enhurg, in-8, Berlin, 1836; l'édition de YOrganon de M. Waitz, 1846, et l'histoire de la Logique de M. Prantl, en allemand, 1855. Il a été démontré qu'Aristote n'avait point emprunté sa logique aux Indiens, comme on l'a souvent répété : voy. dans le troisième volume des Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques, le Mémoire de M. B. Saint-Hilaire sur le Nyâya.

Pour les Leçons de Physique, le Commentaire très-précieux de Simplicius; celui des jésuites de Coïmbre, in-4, 1593 ; celui de Zabarella, in-f", 1600 ; celui de Pacius avec son édition, in-8, Hanovre ; la traduction allemande et les remarques de Weisse, Leipzig, 1829; la traduction allemande avec le texte de M. Prantl, 1854. La Physique est un des ouvrages d'Aristote qui dans les temps modernes ont été le moins étudiés.

Pour le Traité du Ciel, le Commentaire de Simplicius, et parmi les modernes celui de Pacius ; la traduction française de M. B. Saint- Hilaire. — Pour la Météorologie, les Commentaires d'Olympiodore pour les quatre livres, et celui de Philopon pour le premier; le Commentaire des jésuites de Coïmbre, in-4, 1596, et

l'édition avec notes et commentaires de M. Ideler, 2 vol. in-8, Leipzig, 1834 ; la traduction française de M. B. Saint-Hilaire, 1863.

Pour le Traité de l'Ame, les Commentaires de Simplicius et de Philopon, la paraphrase de Thémistius, l'ouvrage d'Alexandre d'Aphrodise sur le même sujet. — Parmi les modernes, l'excellente édition de M. Trendelenburg avec notes et commentaires, in-8, Iéna, 1833, et celle de M. Torstrik ; puis les deux traductions allemandes de Voigt, 1803, et de Weisse, 1829.

Pour YHistoire des animaux, l'édition et la traduction française de Camus, 2 vol. in-4, Paris, 1783; la célèbre édition de Schneider, 4 vol. in-8, Leipzig, 1811. Il est à regretter que Schneider n'ait pu étendre les mêmes soins aux autres traités d'histoire naturelle et de physiologie comparée. Le texte épuré de YHistoire des animaux a été donné par M. Piccolos, en 1865.

Pour le Traité de Mécanique, l'édition avec traduction et notes de J. S. de Capelle, in-8, Amsterdam, 1812.

Pour la Métaphysique, les Commentaires d'Alexandre d'Aphrodise, publiés pour la première fois, mais non tout entiers, dajas l'édition de Berlin, et qui, au xvie siècle, avaient été traduits en latin par Sépulvéda, le précepteur de Philippe II; le texte grec de ce commentaire a été donné par M. HermannBonitz, Berlin, 1847, in-8; le Commentaire de Philopon, traduit par Patrizzi, mais dont le texte grec n'a pas encore été publié ; celui de Thémistius, sur le douzième livre, en latin, traduit de l'hébreu : le texte grec est perdu ; les fragments du Commentaire d'Asclépius de Tralles, publiés dans l'édition de Berlin ; les fragments de ceux de Syrianus, traduits en latin au xe siècle, et dont le texte a été publié dans l'édition de Berlin, t. IV, p. 837-942. — Au moyen âge, le Commentaire d'Avicenne, sans parler de celui d'Averroès; surtout celui de saint Thomas, sans parler de celui de son maître Albert le Grand ; l'Exposition de Duval dans son édition complète d'Aristote. — Et de nos jours, l'édition de M. Brandis, in-8, Berlin, 1823, et son ouvrage : de Perditis Aristotelis libris de ideis et de bono sive philosophia, in-8, Bonn, 1823; le Bapport de M. Cousin sur le concours ouvert par l'Académie des sciences morales et politiques, avec la traduction des premier et douzième livres, in-8, 1836; et les deux Mémoires couronnés : Examen critique de V ouvrage d'Aristote intitulé Métaphysique, par M. Michelet. de Berlin, Paris, 1836, in-8; Essai sur la Métaphysique d'Aristote, par M. F. Bavaisson, ouvrage refait d'après le Mémoire qui avait obtenu le prix, in-8, t. 1, 1837, Paris, Irnpr. royale ; t. II, 1846, impr. Fournier; la traduction allemande de la Métaphysique, par Hengsterberg, in-8, Bonn, 1824, publiée par M. Brandis, qui devait y joindre un volume de notes qui n'ont point paru ; la traduction française de MM. Pierron et Zévort, très-bon travail que l'Académie française a honoré d'un de ses prix, 2 vol. in-8, Paris, 1840; la traduction allemande avec le texte, notes et commentaires, par M. A. S:h\vegler. 1847-48; l'édition de M. H. Bonitz, 1849. —A ces travaux, il faut en ajouter d'autres de moindre étendue: Théorie des premiers principes selon Aristote, par M. E. Vacherot, in-8, Paris, 1836; Aristote considéré comme historien de la philosophie, par M. A. Jacques, in-8, Pans, 1837 ; du Dieu d'Aristote, par M. J. Simon, in-8. Paris, 1840. . .

Pour la' Morale, la traduction française de Thurot, 2 vol. in-8,' Paris, 1823, d'après l'édition de Coray, in-8, Paris. 1822; celle de M. B. Saint- Hilaire, 3 vol. in-8, 1856, et l'édition de M. Mi-

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