‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 33 sur 439 · AT1IE · texte numérisé non relu

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conservé, l'athéisme coule à pleins bords. En effet, à commencer par Épicure, quelle part restet-il à. faire à la puissance suprême, quand l'atome et le vide, c'est-à-dire quand la matière seule a suffi à tout produire, même l'intelligence? Quel ê d'existence peut-on accorder a ces dieux relégués dans le vide, sans action sur le monde, vains fantômes qui ne sont ni corps ni esprits, et dont la seule attribution est un éternel repos? Il est évident, comme les anciens eux-mêmes l'avaient déjà remarqué, que leur fonction réelle était de protéger le philosophe contre la haine de la multitude. L'athéisme de Hobbes n'est pas moins visible sous le voile transparent qui le couvre; car, laissant au pouvoir politique le soin de prescrire ce qu'il faut penser de Dieu et de la vie à venir, il ôte à ces deux croyances toute valeur réelle, il en fait un instrument de domination à l'usage du despotisme, et destiné à l'agrandir de toute la puissance que les idées religieuses exercent sur les hommes. D'ailleurs, Hobbes est franchement matérialiste comme le philosophe grec dont nous avons parlé tout à l'heure; il regarde comme une contradiction l'idée d'un pur esprit, ne reconnaît pas d'autres causes dans l'univers que le mouvement et des moteurs matériels ; et quant à Dieu, il n'est pour nous que l'idéal du pouvoir ; sa justice même ne signifie que sa toute-puissance ; tous les autres attributs que nous croyons lui donner ont un sens purement négatif, à savoir: qu'il est incompréhensible pour nous.

Nous n'admettons pas, avec certains philosophes, qu'il y ait des athées par ignorance, c'està-dire que l'idée de Dieu soit complètement absente chez certains peuples ou chez certains hommes doués d'ailleurs d'une intelligence ordinaire, et libres de faire usage de toutes leurs facultés. Les récits de quelques obscurs voyageurs, seules preuves qu'on ait alléguées en faveur de cette opinion, ne sauraient prévaloir contre l'histoire du genre humain et contre l'observation directe de la conscience. Or, l'histoire nous atteste que les institutions religieuses sont aussi anciennes que l'humanité, et la conscience nous montre l'idée de Dieu, le sentiment de sa présence, l'amour et la crainte de l'infini se mêlant à toutes nos autres idées, à tous nos autres sentiments. L'athéisme, comme toute négation, suppose toujours une lutte dans la pensée ou un effort de réflexion pour remonter aux principes des choses : par conséquent il n'a pu commencer qu'avec l'histoire de la philosophie; il est le résultat d'une réaction naturelle de l'esprit philosophique contre les grossières superstitions du paganisme. Mais, comme nous l'avons déjà dit, l'athéisme n'a point d'existence par lui-même ; il n'est que la conséquence plus ou moins directe de certains principes erronés, de certains systèmes incompatibles avec l'idée de Dieu. Les systèmes qui présentent ce caractère ne sont qu'au nombre de deux : le matérialisme et le sensualisme. Sans doute il existe entre ces deux doctrines une dépendance très-étroite ; cependant il n'est pas permis de les confondre : le matérialisme, essayant de démontrer que tous les êtres et tous les phénomènes de ce monde ont leur origine ou leurs éléments constitutifs dans la matière, se place évidemment en dehors de la conscience, et se montre beaucoup plus occupé des objets ue la connaissance que de la connaissance elle-même : c'est tout le contraire dans la doctrine sensualiste; car ce qui l'occupe d'abord, ce qui l'occupe avant tout, et quelquefois d'une manière exclusive, c'est un phénomène psychologique, c'est la sensation par laquelle elle prétend nous expliquer toutes nos idées et toutes nos con-

naissances, il arrive de là que le pari dernier système se croit beaucoup plus >

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mites du scepticisme. De ce que, à tort ou à raison, je ne trouve dans mon intelligence que les notions originaires de la sensation, il ne s ensuit pas immédiatement qu'il n'existe hors de moi que des objets sensibles ou matériels ; car. au point de vue où je me suis placé, les idées dont je me vois en possession, c'est-à-dire les idées que me fournit l'c\ ne sont pas nécessairement

la mesure ou l'expression exacte et complète de l'existence: il peut y avoir des êtres qui ne correspondent à aucune donnée de mon intelligence et, par conséquent, tout différents de ceux queie comprends et que je perçois. Admettez avec cela une révélation, un témoignage extraordinaire auquel j'accorde la puissance de changer cette supposition en certitude, et vous aurez toute la doctrine de Gassendi, demeuré chrétien sincère, en même temps qu'il admirait Hobbes et qu'il ressuscitait Épicure. Si, au contraire, je commence par me prononcer sur ce qui est, si j'affirme d'abord que rien n'existe que la matière et ses propriétés, la question est tranchée sans ressource. Est-il vrai que l'athéisme, comme on le répète si souvent, soit aussi renfermé, au moins implicitement, dans le panthéisme? Pour répondre à cette question, il faut savoir d'abord ce que l'on entend par panthéisme. Veut-on dire qu'il n'y a pas d'autre Dieu, qu'il n'existe pas autre chose que la somme des objets et toute la série des phénomènes qui composent le monde ? Alors évidemment on sera athée ; mais à quel titre? A titre de matérialiste et de sensualiste; car, ôter à l'infini toute réalité pour en faire une simple abstraction ou la somme des objets finis, c'est l'application de la théorie de Locke sur la' Nature et l'origine de nos idées; c'est le sensualisme. D'un autre c té, ne reconnaître aucune réalité substantielle en dehors du monde visible, ou distincte des objets matériels, c'est regarder la matière comme la substance unique des choses, c'est, en un mot, le matérialisme. Veut-on affirmer, au contraire, (jue Dieu seul existe, c'est-à-dire une substance véritablement infinie, invisible, éternelle, renfermant dans son sein le principe de toute vie, de toute perfection, de toute intelligence, et que tout le reste n'est qu'une ombre ou un mode fugitif de cette existence absolue? On pourra alors se tromper gravement au sujet de la liberté, de la personnalité humaine et des rapports de l'âme avec le corps ; mais assurément, comme nous l'avons déjà démontré pour Spinoza, on ne pourra pas être accusé d'athéisme. Quoique au fond toujours le même, l'athéisme, ainsi que les deux systèmes qui le portent dans leur sein, change souvent de forme, suivant qu'on lui oppose une idée de Dieu plus où moins complète. Dans l'antiquité, quand l'idée de Dieu ne se montrait encore que dans les rêves de la mythologie, quand elle n'était que la personnification poétique des éléments ou des forces de la nature, la physique la plus grossière suffisait pour la compromettre; aussi les physiciens de cette époque, c'est-à-dire les philosophes de l'école ionienne et les inventeurs de l'école atomistique, ont-ils tous, à l'exception d'Anaxagore, essayé d'expliquer la formation du monde par les seules propriétés de la matière. L'unique différence qui les sépare, c'est que les uns, comme Thaïes, Anaximène, Heraclite, font naître toutes choses des transformations diverses d'un seul élément ; les autres, comme Leucippe et Démocrite, ont recours au mouvement et aux atomes. Des athées déclarés, poursuivis comme tels par leurs

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contemporains, sortirent également de ces deux écoles : à la première se rattache le célèbre sophiste Protagoras ; à la seconde, Diagoras de Mélos, le premier, je crois, qui reçut le nom d'athée. Un peu plus tard, ce n'est plus seulement au nom de la physique que l'athéisme entreprend de s'établir dans les esprits : il veut aussi avoir pour lui la philosophie morale et se montrer d'accord avec la nature intérieure de l'homme. C'est ainsi qu'il se produit dans l'école cyrénaïque, qui ne reconnaît chez l'homme d'autres principes d'action que les instincts les plus matériels, que les sensations les plus immédiates, les plus grossières, et qui a donné naissance à deux athées fameux, Théodore et Evhémère. Enfin, après les deux vastes systèmes de Platon et d'Aristote, l'athéisme dut prendre également une forme plus large, plus élevée, autant que l'élévation est dans sa nature, et, si je puis m'exprimer ainsi, plus métaphysique. Ce changement a été opéré par Straton de Lampsaque, disciple égaré de l'école péripatéticienne. En effet, repoussant la physique purement mécanique de Démocrite, Straton reconnaissait dans la matière une force organisatrice, mais sans intelligence, une vie intérieure sans conscience ni sentiment, qui devait donner à tous les êtres et les formes et les facultés que nous observons en eux. Cette force aveugle recevait de lui le nom de nature, et la nature remplaçait à ses yeux la puissance divine (Omnem vim divinam in nalura sitam esse. Cic, de Nat. Deor., lib. I, c. xin). Ëpicure, dont l'athéisme a été suffisamment établi, était le contemporain de Straton et le servile imitateur de Démocrite. Tout son mérite est d'avoir épuré et développé avec beaucoup d'art la morale qui découle de cette manière de comprendre la nature des choses. A partir de cette époque, l'étude delà nature humaine se substituant de plus en plus aux hypothèses générales, l'athéisme prend un caractère moins dogmatique, moins tranchant, et se rattache ordinairement à unepsychologie sensualiste. C'est ainsi qu'il s'offre à nous chez les modernes, même dans Hobbes, dont le matérialisme n'est guère que la conséquence d'une analyse incomplète de la théorie nominaliste de l'intelligence humaine. Mais à cette influence il faut en ajouter une autre toute négative; je veux parler de cet esprit d'hostilité qui se manifesta à la fin du xvne et dans tout le cours du xvine siècle contre les dogmes de la religion positive. Et cet esprit à son tour ne doit pas être isolé des passions d'un autre ordre qui ont amené la rénovation de la société tout entière. Ce mouvement une fois accompli, l'athéisme devient de plus en plus rare; et l'on peut dire aujourd'hui, s'il en reste encore des traces dans quelques autres sciences, il a disparu à peu près complètement de la philosophie. Les progrès d'une saine psychologie en rendront le retour à jamais impossible; car c'est par une observation exacte de toutes les facultés humaines que l'on rencontre en soi tous les éléments de la connaissance de Dieu, et que l'on aperçoit le vice radical des deux systèmes dont l'athéisme est la conséquence. Sans doute il y aura toujours à côté de l'idée de Dieu des mystères impénétrables, des difficultés invincibles pour la science ; mais, de ce que nous ne savons pas tout, il n'en résulte pas que nous ne sachions rien; de ce que nous ne voyons pas fous les rapports qui lient les deux termes, le fini et l'infini, on n'en peut pas conclure que les termes eux-mêmes n'existent pas. On a dépassé, et par là même on a compromis la vérité, quand on a prétendu que l'athéisme conduisait nécessairement à tous les désordres et à tous les crimes. Considéré individuellement, l'athée peut trouver, dans son intérêt même, la

seule règle de conduite à laquelle il puisse s'arrêter, un contre-poids suffisant à ses passions : mais la société ne saurait se contenter ni d'un tel mobile, ni d'un tel frein. En fait d'intérêt, un autre n'a rien à me prescrire; chacun juge de ce qui lui est utile d'après sa position, d'après ses moyens d'agir, et surtout d'après ses passions. Et quand on parviendrait, avec ce faible ressort, à empêcher le mal, jamais on ne ferait naître l'amour du bien; car le bien n'est qu'une abstraction, un mot vide de sens, s'il n'est pas confondu avec l'idée même de Dieu.

Il existe sur l'athéisme plusieurs traités spéciaux dont nous donnons ici les titres : Pritius, Dissert, de Atheismo in se fœdo et humano generi noxio, in-4, Leipzig, 1695. — Grapius, an Atheismus necessario ducat ad corruptionem morum, in-4, Rostock, 1697. — Abicht, deDamno Atheismi in republica, in-8, Leipzig, 1703. — Buddeus, Thés, de Atheismo et Super stitione, in-8, Iéna, 1717. — Stultitia et irrationabilitas Atheismi, par Jablonski, in-8, Magdeb., 1696. — Leclerc, dans la Bibliothèque choisie, Histoire des systèmes des anciens athées. — Mùller, Atlieismus devictus, in-8, Hamb., 1672. — Theoph. Spizelii, Scrutinium Atheismi historico-theologicum, in-8, Augsb., 1663. — Heidenreich, Lettres sur l'Athéisme, in-8, Leipzig, 1796 (ail). — Reimmann, Historia Atheismi et Atheorum falso et merito suspeclorum, etc., in-8, Hildesh., 1725. — Sylvain Maréchal, Dictionnaire des Athées, in-8, Paris, 1799.

ATHÉNAGORE d'Athènes florissait vers le milieu du ne siècle de l'ère chrétienne, et fut d'abord un zélé disciple de Platon, dont il a longtemps enseigné la philosophie dans son pays natal. S'étant converti au christianisme, il essaya de concilier dans son esprit les principes de sa foi nouvelle avec les doctrines de son premier maître. Ce mélange fait le principal caractère des deux ouvrages que nous avons conservé de lui, une apologie des chrétiens adressée à l'empereur Marc-Aurèle et à son fils Commode, et un traité de la résurrection des morts, Athenagorœ legatio pro christianis, et de Resurreclione mortuorum liber; grœc. et lat., éd. Adam Bechenberg, 2 vol. m-8, Leipzig, 1684. — Une seconde édition en a paru à Oxford, en 1706, publiée par Ed. Dechair. Il existe une traduction française de ces deux ouvrages par Armand Duferrier, 1777, et une autre du second, par P. L. Renier, Breslau, 1753. Voy. aussi Brucker, Hist. crit. de la Phil., ch. m, et toutes les histoires ecclésiastiques. Du reste, Athénagore est très-rarement cite par les auteurs un peu anciens.

ATHÉNODORE de Soli (Alhenodorus Solensis), philosophe stoïcien dont on ne sait absolument rien, sinon qu'il a été disciple immédiat de Zenon, le fondateur du stoïcisme. (Voy. Diogène Laërce, liv. VII, ch. i.)

ATHÉNODORE de Tarse (Athenodorus Tarsensis). Il a existé deux philosophes de ce nom, tous les deux attachés à l'école stoïcienne. L'un, surnommé Cordylion, était le contemporain et l'ami de Caton le Jeune. Il était placé à la tête de la fameuse bibliothèque de Pergame, et l'on raconte de lui (Diogène Laërce, liv. VII) que, dans un accès de zèle pour l'honneur de l'école dont il fai*' sait partie, il essaya d'effacer des livres stoïciens tout ce qui ne lui semblait pas absolument irréprochable; mais cette supercherie ne tarda pas à être découverte, et l'on rétablit les passages supprimés. — L'autre Athénodore est plus récent. Il porte le surnom de Cananites et a donné des leçons à l'empereur Auguste, sur qui il a exercé, dit-on, une salutaire influence. Il a publié plusieurs écrits qui ne sont pas arrivés jusqu'à nous.

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Voy. Recherches sur la ois et les ouvrages d?Athénodore, par M. l'abbé Sevin (Mém. de l'Acad. des inscript., i. XIII).— Hoffmanni, Dissert, de

Athenodiiro Tarsensi, philosopha stoïco. in-4, Leipzig. 1732.

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