SIMO
Morale, critique, grammaire, rhétorique, etc., presque toutes les parties de la science philosophique y figurent. On a pensé longtemps que tous ces dialogues étaient perdus; mais un très-habile philologue, M. A. Bœckh, a cru en reconnaître quatre (sur le Juste, sur la Vertu, sur la Loi, sur l'Amour du Gain) parmi les dialogues apocryphes qui se trouvent dans la collection des œuvres de Platon, et il a rassemblé, à l'appui de sa conjecture, un grand nombre d'arguments spécieux, sinon décisifs. Si l'opinion de M. Bœckh était admise, nous aurions dans ces quatre dialogues, malgré leur peu de mérite, un témoignage intéressant de la popularité des enseignements de Socrate à Athènes, et de l'élégance qui avait pénétré jusqu'aux derniers rangs de la société athénienne. Diogène Laërce voudrait, en outre, que Simon eût donné le premier exemple de ces dialogues, assertion très-invraisemblable. Il ajoute que Périclès ayant offert à Simon un asile dans sa propre maison, le cordonnier philosophe refusa cette offre généreuse pour garder sa liberté. Voy. pour plus de détails : A. Bœckh, In Plalonis (jui vulgo fertur Minoem (c'est le dialogue sur la Loi, où se trouve une assez longue digression sur Minos), ejusdemque libros priores de Legibus commentalio (Halle, 1806); et, Simonis Socralici, ut videtur.dialogi quatuor... . Additi sunl incerti aucloris dialoyi Enjxias cl Axiochus. Grceca recensuit et prœf. criticam prœmisit A. Bœckh (Heidelberg, 1810). Au reste, quelque lumière sur ce sujet pourra nous venir, un jour, par la publication de quelque nouveau papyrus comme ceux que nous a rendus la bibliothèque philosophique d'Hercuianum. On est d'autant plus autorisé à l'espérer que les derniers fragments publiés de cette précieuse collection (Papiro Ercolanese inedilo publicato da domenico Comparetti, Florence, Turin et Rome, 1875, in-8) contiennent précisément des débris d'une de ces Aiaoo/ac çi^oaoçwv, ou Listes des Ecoles philosophiques, que Diogène Laërce a si souvent consultées, mais avec négligence, pour la rédaction de ses Vies des philosophes. E. E.
SIMON PORTUIS, voy. Marta.
SIMONIDE, un des plus grands poètes lyriques de la Grèce, n'était pas moins célèbre dans l'antiquité par sa sagesse que par son talent poétique. Cicéron dit de lui : « Non tantum suavis poeta, sed doctus sapiensque ; non-seulement un charmant poète, mais un savant et un sage » {de Nat. Deor., lib. I, c. xxn).
Né d'une famille pauvre dans l'île de Céos, 558 ans avant notre ère, Simonide, encore jeune, se mit à parcourir les villes de l'Asie Mineure pour tirer parti de ses talents; puis il vint à Athènes, où il obtint la faveur d'Hipparque, fils et successeur de Pisistrate, et qui, à l'exemple de son père, tâchait de se faire pardonner son usurpation par la douceur de son gouvernement et par la protection qu'il accordait aux lettres. Hipparque ayant succombé sous les coups d'Harmodius et d'Aristogiton, Simonide se retira auprès d'Alevas, roi de thessalie, qui cherchait depuis quelque temps à l'attirer à sa cour. C'est à cette époque de sa vie qu'il faut placer l'aventure merveilleuse dont Phèdre a tiré la fable de Simonide préservé par les dieux, que Cicéron raconte d'ailleurs avec détail dans le second livre de VOralcur. Un passage du Protagoras de Platon nous apprend, en outre, que le poème, ou ode agonislique, dont il s'agit, avait été composé en l'honneur de Scopas, fils de Créon le Thessalien.
A ce même fait Cicéron rattache l'invention de la mémoire artificielle, dont plusieurs autres auteurs font également honneur à Simonide. En
effet, Scopas et ses convives ayant été écrasés sous les ruines de la salle du banquet, furent tellement défigurés qu'on ne pouvait les distinguer les uns des autres. Cependant il importait de les reconnaître pour que les honneurs funèbres pussent être rendus à chaque mort par sa famille. Simonide se souvint de la place que chacun des conviés occupait, et par là il put indiquer aux parents les corps de leurs proches. Mais ce qui importe ici, c'est la réflexion que Cicéron prête à Simonide : il remarqua «que c'est l'ordre surtout qui éclaire la mémoire de sa lumière», ordinem esse maxime qui memoriœ lumen afferret, et, par la suite, il inventa ce procédé de mnémonique locale, qui consiste à associer l'idée des choses au souvenir des lieux qui s'y rattachent.
Non-seulement les vainqueurs dans les jeux publics ambitionnaient l'honneur d'èlre chantés par Simonide, mais la gloire de son nom le fit rechercher de tous les hommes illustres de son temps. Plutarque [Consol. ad Apoll.) raconte que Pausanias, roi de Lacédémone, vantait continuellement ses exploits. Un jour qu'il demandait à Simonide, d'un ton moqueur, de lui donner quelque sage maxime, le poète, qui connaissait sa vanité, se contenta de lui dire : « Souviens-toi que tu es homme. » Pausanias ne parut pas y faire attention. Mais plus tard, lorsque après avoir trahi sa patrie, il se trouva en proie à une faim intolérable, dans un asile d'où il ne pouvait sortir sans s'exposer au dernier supplice, il se souvint des paroles de Simonide, et s'écria par trois fois : « 0 mon hôte de Céos, qu'il y avait un grand sens dans tes paroles! et moi, dans mon peu de sens, je trouvais qu'elles ne signifiaient rien! »
C'est à lui que Plutarque attribue ce mot ingénieux : «La peinture est une poésie muette, et la poésie une peinture parlante.» Il dit encore, et il est hon d'avoir toujours présent à l'esprit ce mot de Simonide : « Qu'il s'était souvent repenti d'avoir parlé, et jamais de s'être tu. »
A quatre-vingt-sept ans, Simonide, cédant aux instances d'Hiéron. roi de Syracuse, se rendit à sa cour. Déjà il avait chanté la victoire éclatante remportée sur les Carthaginois par Gélon et ses frères Hiéron, Polyzèle et Thrasybule. Hiéron, dont le règne avait été d'abord souillépar des crimes, réforma sa vie. Simonide se réconcilia avec Hiéron, roi d'Agrigente, et avec son frère Polyzèle, qui, craignant pour ses jours, s'était retiré auprès d'Hiéron. C'est ce même roi Hiéron qui pria Simonide de lui dire ce que c'est que Dieu. Le poète lui demanda un jour pour y songer. Le lendemain, questionné de nouveau, il demanda deux jours; et chaque fois qu'on le sommait de répondre, il réclamait un temps deux fois plus long. Enfin, surpris de ce manège, Hiéron voulut en savoir la cause : « C'est, répondit Simonide, que plus j'examine cette matière, plus je la trouve obscure.» Cicéron, qui rapporte ce fait {de Nat. Deorum, lib. I), en conclut que Simonide s'arrêta dans le doute. Cette opinion n'est pas éloignée de celle d'Aristote, lorsqu'il dit (Métaphysique, liv. I, ch. n) : « C'est pourquoi on est fondé à penser que la possession de la science des principes n'appartient l'homme; en sorte que, selon Simonide, Dieu seul possède ce privilège : on 6eo; âv y.6vc; ï/y. Toûxo ye'pa;. Ceci est un passage du poème de Simonide en l'honneur de Scopas, que nous retrouvons dans le Protagoras de Platon.
Aristote, dans le chapitre de sa Rhétorique (liv. II, ch. xvi) où ii traite des mœurs des riches, après avoir dit qu'ils sont hautains, voluptueux, fastueux, ajoute : « De là ce mot de Simonide à la femme d'Hiéron, qui lui demandait lequel valait mieux, d'être riche ou sage? il répondit
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