‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 357 sur 439 · SIMO · texte numérisé non relu

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longtemps des signes de cette espèce. Personne ne prendra au sérieux la proposition de de Ronald, que l'alphabet est une révélation divine, une création surnaturelle, contemporaine de celle de l'homme. L'alphabet a été précédé de plusieurs modes d'écriture, comme les langues abstraites ont été précédées par les langues poétiques, et celles-ci par les sons naturels ou imitatifs des choses. D'abord on s'est contenté de peindre les objets, de les représenter par un dessin plus ou moins fidèle, qui est pour l'œil ce que l'onomatopée est pour l'oreille : c'est l'écriture in rébus, en usage chez tous les peuples entants, qu'on a rencontrée au Mexique au moment de la découverte de ce pays, et qui occupe aussi une grande place parmi leshiéroglyphes égyptiens. Aces formes grossières succèdent ou viennent s'associer des caractères symboliques où, tout comme dans le langage de la poésie, des idées morales et métaphysiques, des sentiments, des passions. sont représentes par des images sensibles : tel est le caractère de l'écriture héraldique, d'un grand nombre d'hiéroglyphes et des plus anciens signes de l'écriture chinoise. Ces symboles se dégradant peu à peu par une suite d'abréviations, se changent en caractères cursifs qui expriment non des sons, mais des idées, et s'adressent à l'esprit sans passer par l'oreille. Nous avons un exemple considérable de cette substitution dans l'écriture actuelle des Chinois, dont les clefs portent encore des traces évidentes de leurs premières formes. Des signes abstraits, mais incommodes, formant ce qu'on appelle récriture idéographique, on est conduit peu à peu à l'écriture phonétique, qui représente les différents sons de la voix ou les éléments de la langue parlée. L'écriture phonétique nous offre clie-même deux degrés : elle est syllabiquc ou alphabétique, c'est-à-dire que les signes dont elle se compose représentent des syllabes comme l'écriture japonaise, ou des sons tout à fait élémentaires, de simples lettres, comme la plupart des langues connues.

Ainsi, à part certains signes particuliers inventés par les savants pour un but déterminé, comme ceux de l'algèbre ou de la musique, rien d'arbitraire, rien d'artificiel, mais aussi rien de surnaturel dans le langage, tel que nous le connaissons par l'expérience et par l'histoire. Tous les éléments dont il est formé, tous les faits qu'il réunit ont leur raison d'être dans la propriété des choses et dans les facultés de l'homme. La p i rôle et l'écriture sont l'expression de la pensée, et, comme la pensée, elles se transforment, se développent, s'élèvent du concret à l'abstrait, du monde sensible au monde intelligible, nous montrant, à côté des lois les plus générales de la nature et de la raison, les empreintes particulières des temps, des lieux, des nationalités. A nos instincts et à nos passions, qui sont partout et toujours les mêmes, répondent les sons et les gestes, qui ne changent pas davantage, et dont l'usage nous est connu dès notre naissance. C'est en vain qu'on voudrait qualifier d'irréligieuse une manière de voir qui a pour elle des espritsaussi religieux que Platon, Leibniz, Herder, Maine de Biran, Reid et Dugald Slewart. est la seule conforme à la majesté divine et a la dignité humaine.

Aux auteurs que nous avons cités dans le cours de cet article, nous ajouterons : Walton, Dissertatio de linguarum origine, dans le tome II de 1 1 Polyglotte; — Leibniz, Miscellanea Berolin., t. Il, in-4, 1710, et Considérations sur la culture et la perfection de la langue allemande, édit. Dutens, t. XII, 2" partie: — Smith, Consil 'ions sur l'origine et la formation des

langues, dans la Théorie des sentiments moraux, traduction française, t. II: — Reid, Recherche» sur l'entendement humain, ch. iv, sect. 22, dans le tome II de la traduction française ; — Dugald Stewart, Philosophie de l'esprit humain, t. III de la traduction de M. Peissc; — Degérando. des Signes de Varl de penser considérés dans leurs rapports mutuels, 4 vol. in-8, Paris, an VIII; — Charma, Essai sur le langage, 2" édit., in-8, Paris, 1846; — l'abbé Cari, de Origine et natura sermonis. in-4, Paris, 1821 ; — Despn'z, de Sermone, in-'», Pans. 1828; — Denis, de >'<•/•monis origine, Paris, 1847, in-8; — Renan.'/'' l'Origine du langage, Paris, 1862, in-8; — Max Mùlier, la Science du langage, traduite en français par G. Perrot et G. Harris, Paris, 1864, in-8; — J. Griinni. de VOrigine du langage, traduit en français par F. de Wegmann, Paris, 1859, in-8; — A. Lemoine, de la J'/njsionomie et de la Parole, Pans, 1865, in-12; — Ed. Chaignet, la Philosophie de la science du langage, étudiée dans lu formation des mois, in-18, Paris. 1875.

SILHON (Jean), né à Sos, petit bourg des environs d'Auch, vers la fin du xvi' siècle, mort à Paris en 1667, après avoir été l'un des premiers membres de l'Académie française, et un des secrétaires de Richelieu et du cardinal Mazarin, s'est distingué par plusieurs écrits très-estimés de ses contemporains, et qui appartiennent, les uns à la politique, les autres à la philosophie. Les écrits philosophiques de Silhon sont : 1° les deux Vérités, in-8, Paris, 1626. Ces deux vérités sont l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. Dans une troisième partie, dont le plan seul a été conçu, l'auteur devait établir la vérité du christianisme; 2° de immortalité de l'âme, in-4, ib., 1634 : c'est la dernière partie du précédent ouvrage, présentée avec plus de développements ; 3° de tu Certitude des connaissances humaines, in-4, 1661. Cet ouvrage, dont il n'a paru qu'une première partie, se divise, tel qu'il est, en cinq livres. Dans les deux premiers, l'auteur établit la certitude de nos connaissances contre les objections des pyrrhoniens, et particulièrement de Montaigne; dins les deux suivants, il traite de l'obéissance que les sujets doivent au souverain ; enfin, dans le cinquième, revenant à la question de la certitude, il définit ce qu'il appelle la démonstration morale. On voit que Silhon ne brille pas par la méthode; malgré les éloges qui lui sont accordés par Bayle, il n'est pas plus remarquable par le fond des idées. En homme sensé et pratique, il voyait les ravages qu'avait faits dans les esprits le scepticisme de Montaigne et de Charron; mais il fallait pour les combattre autre chose que des lieux communs.

SIMMIAS de Thèbes, disciple et ami de Socrate, joue un rôle important dans le Phédon de Platon: il est d'ailleurs peu connu, quoique Diogène Laërce (iiv. II, § 124) atteste qu'il avait écrit vingt-trois dialogues philosophiques sur divers sujets. Plutarque nous apprend encore (Sur le génie de Sacrale) que Simmias avait longtemps vécu en Egypte, mais il ne paraît pas qu'il ait rapporté de ce pays des notions importantes sur la langue et sur les sciences égyptiennes. Ses dialogues étaient fort courts, à ce qu'il semble, puisque, comme ceux de Simon, ils tenaient tous en un volume. E. E.

SIMON d'Athènes, nous dit Diogène Laërce (Iiv. II, jj 122), était un cordonnier. Comme Socrate allait quelquefois converser dans sa boutique, Simon prenait note de ce qu'il retenait de ces entretiens, et c'est ainsi qu'il devint capable d'écrire des Dialogues socratiques. On lui en attribuait trente-trois, dont Diogène nous a conservé les titres. Les sujets en sont très-variés.

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