‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 360 sur 439 · SAUT · texte numérisé non relu

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l'amour pur de l'idéal et la contemplation du premier principe, « qui n'a point de nom », sont mis fort au-dessus des vertus élémentaires dans lesquelles se renfermait Épictète (voy. la préface de Simplicius sur le Manuel). L'âme ainsi purifiée est appelée à une vie meilleure, et elle a pour garant de son immortalité la Providence divine, que Simplicius invoque en termes touchants à la fia de ce traité: « Voilà, dit-il, tous les éclaircissements qu'il m'a été possible de fournir à ceux qui lisent Épictète. Je me réjouis de ce que ces temps de tyrannie m'ont donné l'occasion d'entreprendre un tel travail. 11 ne me reste qu'à finir ce traité par une prière qui en rappelle l'objet: « Seigneur, père et guide de « la raison qui est en nous, fais, je t'en supplie, « que nous gardions le souvenir de la noblesse « naturelle que nous te devons; et, puisque nous « avons en nous-mêmes le principe de nos mou- « vements, aide-nous à nous purifier, à nous « rendre maîtres du corps et des passions, et à « nous en servir comme d'instruments, suivant « notre devoir. Aide-nous aussi à redresser notre « raison, en sorte qu'elle soit unie aux êtres réels « par la lumière de la vérité. Enfin, le dernier « vœu que je t'adresse pour notre salut (awcrioiov), " c'est que tu daignes dissiper entièrement les « ténèbres qui couvrent les yeux de notre âme, « afin que, suivant l'expression d'Homère, nous « puissions connaître et l'homme et Dieu.» Le caractère religieux de ce passage a été fort remarqué par plusieurs critiques modernes, qui ont prétendu y trouver des traces de christianisme ; mais plusieurs fois, dans ce traité, l'auteur raille « ces nouveaux sages qui font sortir le monde du néant», et dans cette fin même que l'on vient de lire, on a pu voir qu'il maudissait la tyrannie des chrétiens. Au reste, il n'est pas étonnant que Simplicius, écrivant au vie siècle, ait employé quelquefois des formes de langage qui étaient devenues populaires. On a insisté plus judicieusement, à notre gré, sur la valeur morale de ce commentaire tout rempli d'excellents préceptes. Quant à sa portée philosophique, elle est assez évidente par le seul contenu du livre. Simplicius y traite ex professo les questions suivantes dans cinq dissertations assez étendues : 1° du libre arbitre; 2° de l'utilité des épreuves; o° de la nature et de l'origine du mal ; 4° des obligations spéciales qui dérivent de nos diverses relations ; 5° de l'existence et des caractères de la Providence divine. Ces dissertations contiennent, avec des erreurs fâcheuses, un grand nombre de vérités exprimées en un langage ferme et précis. En voici deux ou trois exemples relatifs à la volonté humaine : « La liberté est l'essence propre de l'homme; — Ce qui est libre est, par sa nature, toujours maître de soi-même; — L'âme ne saurait être forcée : l'objet de notre choix peut être hors de nous, mais le choix par lequel nous nous y portons est un mouvement intérieur de l'âme, et, par conséquent, il dépend toujours de nous; — L'âme est la seule cause du mal (moral).»

On le voit, Simplicius ne commente pas en compilateur, comme son adversaire Philopon, mais en homme qui sait penser et qui appuie sa doctrine à la fois sur le raisonnement et sur le témoignage des plus illustres philosophes. Ses commentaires n'ont pas seulement le mérite d'expliquer toujours avec clarté, quelquefois avec profondeur, la pensée d'Aristote ou d'Ëpictète, rattachée systématiquement au néo-platonisme; ils se recommandent encore à l'historien de la philosophie par les nombreux fragments d'ouvrages perdus qu'on y rencontre, et que Simplicius emploie avec autant de jugement que d'éru-

dition. Ce n'est pas que sa critique soit à l'abri de tout reproche : il admet un peu légèrement l'authenticité de certains écrits attribues de son temps à Aristote, au pythagoricien Arcbytas, et même à Orphée. Il fait aussi un trop fréquent usage des traditions fabuleuses de la Perse et de L'Egypte; mais, à part cet amour excessif de l'antiquité et de l'Orient, qui est un défaut commun à toute son école, Simplicius mérite l'éloge que lui décerne Fabricius; ses écrits sont bien, en effet, « un répertoire do la philosophie ancienne. » Il a été aussi appelé le ciment de tous les anciens philosophes, omnium veterum philosophorum coagulum.

Pour la bibliographie, voy. la Bibliothèque grecque de Fabricius (édit. Harlès, t. IX, p. 529- 567); l'article du savant Daunou sur Simplicius, dans la Biographie universelle; et le recueil intitulé Scholia in Aristotelem (collcgit C. A. Brandis, in-4, Berlin, 1836) : les extraits de Simplicius occupent à peu près le quart de ce volume.

Ch. W.

SINCLAIR (Jean, baron de), né en 1776 en Ecosse, mort à Vienne en 1815, après avoir parcouru différentes carrières civiles et militaires, publia en allemand deux ouvrages de philosophie, conçus dans un esprit modéré, et généralement juste, mais dépourvu d'élévation et de profondeur. Le sens commun et la conscience morale sont les deux guides d'ordinaire suivis dans les deux ouvrages dont voici les titres : Vérité et certitude (3 vol. in-8, 1811); — Essai d'une physique fondée sur la métaphysique (in-8, 1815).

On «.trouve cependant aussi, dans l'un et l'autre ouvrage, des réminiscences des systèmes contemporains, des emprunts faits à Kant, à Ficlite, à Schelling. La philosophie dite de ï identité, par exemple, fournit à Sinclair le but et le problème de la spéculation, « l'union et l'identification de la différence et de la non-différence » {Vérité et certitude, t. I, p. 8, 18, 27). Cette union, néanmoins, Sinclair ne la regarde que comme une tâche à proposer et à accomplir dans le cours des âges, et non pas comme un fait accompli ou primitif. La foi naturelle du genre humain, et non l'autorité de l'intuition intellectuelle, lui semble la véritable sauvegarde de la science philosophique. C. Bs.

SIUN-TSEU, philosophe chinois de l'école de Confucius, qui vivait 230 ans avant notre ère. Quoique de la même école que Meng-Tseu. il avait une autre doctrine que ce dernier sur la nature de l'homme, car il soutenait que cette nature est vicieuse, et que les prétendues vertus de l'homme sont fausses et mensongères. Cette opinion pouvait bien lui avoir été inspirée par l'état permanent de guerre civile auquel les sept royaumes de la Chine étaient livrés de son temps.

Ce même Siun-Tseu distinguait ainsi tence matérielle de la vie, la vie de la co sance, la connaissance du sentiment de la justice : « L'eau et le feu, disait-il l'élément matériel (khi), mais ils ne vivent pas ; les plantes et les arbres de haute tige ont la vie, mais ils ne possèdent pas la connaissance; les animaux ont la connaissance, mais ils ne possèdent pas le sentiment de la justice. L'homme seul possède tout à la fois l'élément matériel, la vie, la connaissance et, en outre, le sentiment de la justice. C'est pourquoi il est le plus noble de tous bs de ce monde! » G. P.

smith [Adam); célèbre économiste et l'un des principaux représentants de l'école i

iquil le 5 juin 1723. àKirkaldv. en I De bonne heure, il se distingua par les pius heu-

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reuses dispositions pour l'étude, et son père, qui remplissait les fonctions d'inspecteur des douanes, le fit passer, en 1737, de l'école de Kirkaldy à l'université de Glascow, où il resta trois ans. 11 y trouva pour maître Hutcheson, dont l'enseignement exerça sur son esprit la plus profonde et la plus légitime influence. En même temps qu'il se passionnait pour une doctrine généreuse qui faisait appel aux plus nobles sentiments du cœur humain, il y puisa le goût de cette sage méthode expérimentale qui contrôle les données de l'observation psychologique par l'étude de l'histoire, de la littérature et des langues, et l'on peut dire que cette première rencontre décida de sa vocation philosophique. Au sortir de l'université de Glascow, sa famille, qui voulait le voir entrer dans l'Église en Angleterre, l'envoya achever ses études au collège de Béjiol, à Oxford; mais la théologie ne souriait pas au jeune Adam, qui pendant plusieurs années continua de s'occuper de science et de littérature. Enfin , renonçant à l'état ecclésiastique , pour lequel il ne se sentait pas d'inclination, il revint en Ecosse et se fixa, vers 1748, à Edimbourg. C'est à cette époque qu'il paraît s'être lié avec Hume, et dès lors s'établit entre ces deux hommes, de caractère et d'esprit si différents, une inaltérable intimité. Smith, qui désirait suivre la carrière de l'enseignement, commença par donner à Edimbourg quelques leçons publiques de rhétorique et de belles-lettres. Elles eurent assez de succès pour que l'université de Glascow, en 1751, le nommât professeur de logique. L'année suivante, en 1752, on lui confia la chaire de philosophie morale, devenue vacante par la mort de Thomas Craigie, disciple immédiat d'Hutcheson. 11 l'occupa pendant treize années consécutives. Sa réputation comme professeur, dit son biographe Dugald Stewart, jeta le plus grand éclat et attira à l'université une multitude d'étudiants animés du désir de l'entendre. Les objets d'enseignement dont il était chargé y devinrent des études à la mode, et ses opinions le sujet principal des discussions et des entretiens des cercles et des sociétés littéraires. Quelques particularités de prononciation , quelques petites nuances d'accent ou d'expression qui lui étaient propres, devinrent même souvent des objets d'imitation. En 1759 Smith publia sa Théorie des sentiments moraux, qui lui valut un juste renom dans le monde philosophique en Angleterre et en France. En 1763 il se démit de ses fonctions de professeur (ce fut Reid qui lui succéda dans sa chaire de philosophie morale à l'université de Glascow) pour accompagner le jeune duc de Bucclengh dans ses voyages sur le continent. A Paris, il retrouva Hume, secrétaire d'ambjssade. qui l'introduisit dans la célèbre société du duc de La Rochefoucauld. Il s'y lia avec la plupart des philosophes et des économistes du temps, principalement avec Turgot et Quesnay. On a prétendu que Smith aurait puisé dans ses entretiens avec eux les principes essentiels d'économie politique développés dans son grand ouvrage, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, qui ne parut, en effet, qu'en 1776. Mais Smith, fidèle aux traditions dé son maître Hutcheson, comprenait l'économie

tique dans renseignement de la philosophie morille; il l'avait enseignée pendant treize ans a l'univcsité de Glascow, et tous les matériaux de son livre >■! ■ ient recueillis avant son voyage en France. Dugald Stewart, son biographe, cite "ii manuscrit, à la date de 1755, "qui prouve i ette époque Smith étail déjà maître du plan général e1 îles principales subdivisions de

oeuvre. Après trois années d'absence, Smith

revint en Angleterre avec le jeune duc de Bucclengh, à là fin de 1766, et alla se fixer au lieu de sa naissance, à Kirkaldy. Il y demeura dix ans. tout occupé de ses travaux, notamment des deux grands ouvrages dont il avait annoncé la publication dès 1759, à savoir, un traité sur la richesse, et un autre sur le droit civil et politique des peuples. Le premier, Rcclicr<h, la nature et les causes de la richesse des nations (An inquiry into the nature and causes of the wealth of nations), parut, comme nous Pavois dit, en 1776, et obtint aussitôt le plus brillant succès. Avant la fin du siècle, il avait été plusieurs fois traduit dans presque toutes les langues de l'Europe. Le gouvernement, juste appréciateur d'un si éclatant mérite, nomma Smith, en 1778, commissaire des douanes en Ecosse. Celui-ci dut venir alors fixer sa résidence à Edimbourg, qu'il ne quitta plus. En 1789. il donna une nouvelle édition de la Théorie des sentiments moraux (c'est celle qui a servi de texte à sa traduction de Mme de Condorcet, Paris, 1798); mais il ne put malheureusement achever son Traité de droit civil cl politique; il mourut le 8 juillet 1790. à l'âge de soixante-sept ans. Avant sa mort il fit impitoyablement détruire tous ses papiers : quelques écrits seuls furent conservés et publiés sous le titre d'Essais philosophiques (Essays an philosophical subjects), in-4, Londres, 1795.

Il n'est rien resté de l'enseignement de Smith sur la logique, que le traité intitulé Considéralions sur l'origine et la formation des langues, inséré à la suite de la Théorie des sentiments moraux, et quelques opuscules compris dans les Essais. Cependant la première partie de ce cours avait été complètement rédigée, et Blair, à qui Smith en avait communiqué le manuscrit, le cite avec éloges dans ses Leçons de rhétorique. C'est déjà une regrettable' perte; mais il en est une plus cruelle, et que rien dans les écrits de notre auteur ne saurait ni compenser ni réparer.

Nous savons que Smith divisait l'enseignement de la philosophie en quatre parties. Dans la première, ou théologie naturelle, il considérait les preuves de l'existence de Dieu et de ses attributs, ainsi que les principes ou facultés de l'esprit sur lesquels se fonde la religion. Dans la seconde, ou éthique, il exposait la doctrine morale tirée du seul principe de la sympathie, telle qu'il l'a publiée dans sa Théorie des sentiments moraux. Dans la troisième, au témoignage de son biographe, il traitait avec plus d'étendue des principes moraux qui se rapportent à la justice. Il suivait, dans cette matière, un plan qui semble lui avoir été suggéré par Montesquieu : il s'appliquait à tracer les progrès successifs de la jurisprudence, tant publique que privée, depuis les siècles les plus grossiers jusqu'aux siècles les plus polis; il indiquait avec soin comment les arts qui contribuent à la subsistance et à l'accumulation de la propriété agissent sur les lois et sur le gouvernement, et y amènent des progrès et des changements analogues à ceux qu'ils éprouvent. Dans la quatrième, enfin, il examinait les divers n" ments politiques qui ne sont pas fondés sur le principe de la justice, mais sur celui de la convenance, et dont l'objet est d'aceroître les richesses, le pouvoir et la prospérité de l'Etat.

Or, de ces quatre parties de son enseignement, nous n'en connaissons aujourd'hui que deux, sa doctrine morale et sa doctrine économique. Il ne paraît pas que Smith ait rédigé son Cours de théologie naturelle, dont il serait facile d'ail de restituer les principaux points, en consultant celui d'Hutcheson; mais une perle irréparable est

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•elle du traité de Droit eiril et politique. Dans ce grand ouvrage, annoncé dès 17.7.). l'auteur se proposait, d'après le plan qui nous en est parvenu, de suivre parallèlement l'histoire et la théorie du droit depuis ses plus obscurs commencements chez les peuples et dans l'âme humaine, jusqu'à son développement le plus achevé. Que de vues originales, ingénieuses ou profondes perdues à jamais, si l'on juge du mérite de ce traité par celui des deux autres, qui ont fait de Smith l'un des moralistes les plus éminents et le fondateur d'une science nouvelle! Les ouvrages qu'il a laissés sont donc : la Théorie des sentiments moraux, avec une dissertation sur l'origine des langues: les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, et différents Essais plt ilosoph iq ues.

Smith a sa place marquée, dans l'école écossaise, à la suite d'Hutcheson, dont il fut le disciple, comme on sait, et dont plus tard il occupa la chaire à l'université de Glascow. Suivant Hutcheson, ce n'est ni à la sensation ni à la raison qu'il faut demander lo principe de la morale, mais au sentiment, et il avait fait sortir de la bienveillance naturelle au cœur de l'homme toutes les vertus et tous les devoirs. Smith adopte la méthode et la doctrine de son maître. Adversiire déclaré de la morale de l'intérêt, il cherche également à expliquer les actes moraux par l'intervention d'un sentiment désintéressé: seulement, au lieu de la bienveillance, il choisit la sympathie.

Voyons comment de ce fait, dont la portée semble si restreinte au premier abord, Smith a pu tirer une règle de conduite universelle, avec toutes les obligations spéciales qui en découlent. Le fait, en lui-même, est bien connu. Un irrésistible penchant nous pousse à partager les joies et les peines, les émotions, les manières d'être de nos semblables, et à nous identifier en quelque sorte avec eux. Quelque degré d'amour de soi qu'on puisse supposer à l'homme, dit Smith, il y a évidemment dans sa nature un principe d'intérêt, pour ce qui arrive aux autres, qui lui rend leur bonheur nécessaire, lors même qu'il n'en retire que le plaisir d'en être témoin. C'est ce qui fait de la sympathie le principe des affections bienveillantes et des vertus aimables; elle ne laisse que de douces émotions dans l'âme de celui qui l'éprouve, aussi bien que dans Fàme de celui qui en est l'objet : aussi cherchons-nous toujours à mettre nos sentiments à l'unisson de ceux d'autrui. Sommes-nous affectés de quelque peine ou de quelque joie, nous en adoucissons la manifestation extérieure en présence d'un témoin, qui ne saurait la ressentir au même titre que nous: tandis que celui-ci, de son côté, comme par une complaisance instinctive, s'efforce d'exalter sa sensibilité au niveau de la nôtre. Smith multiplie sur ce point les exemples; il est subtil, ingénieux, délicat, et fait valoir avec une rare sagacité toutes les ressources de la sympathie, poui arriver enfin à cette conclusion fondamentale, à savoir : que nos jugements moraux sur les actions d'autrui sont antérieurs à ceux que nous portons sur nous-mêmes. Dans son hypothèse, un homme relégué dans une île déserté, et qui aurait vécu sans aucune communication avec son espèce, n'aurait pas plus d'idée de la convenance ou de l'inconvenance de ses sentiments et de sa conduite que de la beauté ou de la difformité de son visage. La notion du bien et du mal, du juste et de l'injuste, ne nous est donc suggérée, si nous l'en croyons, que par la vue des actes d'autrui. Nous ne concluons pas, dans nos jugements moraux, de nous-mêmes à nos semblables. ; de nos semblables à nous; et. si nous n'avions

ete préalablement les spectateurs cl les juges de leur conduite, nous Bërions hors d'état d cier et de juger la noire.

Telle est la doctrine expressément formulée par Smith, et conforme d'ailieurs au principe sur lequel elle repose. Suivons-la mau dans ses détails. A quel titre qualifie* d'honnêtes et de déshonnétes les nous sommes témoins? La réponse est bien simple. Nous appelons honnêtes ou morales les actions qui nous t'ont sympathiser avec leur auteur, et nous les approuvons en conséquence: d nêtes ou immorales, celles que nous désapprouvons par le motif contraire. S'agit-il di propre conduite? La réciproque a lieu : nous la tenons pour bonne quand elle excite les sympathies de nos semblables; pour mauvaise, quand elle provoque leur antipathie. Une fois maîtres de cette double expérience, nous nous faisons les spectateurs de nous-mêmes, pour ainsi d nous prononçons sur la moralité de nos actes, en consultant l'impression qu'en ressentirait un témoin étranger, ou celle que nous avons déjà ressentie dans des situations analogues. Quant à la raison, Smith lui réserve les fonctions de recueillir les divers cas particuliers dans lesquels il a été reconnu qu'une action est bonne ou mauvaise, et d'en tirer une règle générale applicable à tous les cas du même ordre. C'est ainsi que se forme peu à peu, dans l'esprit de chacun de nous, un code de morale plus ou moine complet, et dont les prescriptions, confiées à la mémoire, nous permettent de juger immédiatement notre conduite et celle d'autrui, sans avoir besoin de recourir au critérium de la sensibilité

Smith explique avec la même facilité, dans sa théorie, les phénomènes moraux secondaires qui se rattachent à la distinction du bien el du mal, et en particulier le sentiment ou la notion du mérite et du démérite. A la vue d'une action bienveillante, que se passe-t-il en moi? J'éprouve une double sympathie, et pour la personne qui oblige, et pour celle qui est obligée. Or, quel est le sentiment de la personne obligée? La reconnaissance, c'est-à-dire le désir et la volonté de rendre le bien pour le bien, de récompenser le bienfaiteur de sa bonne action, et l'idée de récompense équivaut à celle de mérite. Moi donc, qui partage la disposition de l'obi g me sens animé du même désir de récompenser le bienfaiteur, dont l'action, par cela seul, me paraît méritante. A la vue d'une action malveillante, au contraire, en même temps que j'éprouve de l'antipathie pour l'offenseur, je sympathise avec le ressentiment de l'ofl comme lui, je voudrais rendre le mal pour le mal, en un mot, punir l'auteur de l'acte cruel dont j'ai été témoin. Ainsi le mérite et le rite s'identifient avec l'idée même de récompense et de punition, laquelle, à son tour, nous est suggérée par les impressions de 1 1 sympathie et de l'antipathie. La joie d'avoir bie"u fait et le remords d'avoir mal fait reçoivent une explication identique. Grâce à la faculté que nous avons de nous rendre les spectateurs de nos proj res a ;tes, nous somme quand nous avons bien ou mal agi. da mêmes dispositions où se trouverait un témoin étranger vis-à-vis de nous; et nous reconnaissons, en conséquence, aux sentiments i qu'excite en nous noire conduite, que nous mérité ou démérité.

Smith i i du principe fon-

damental de son système, établit une class tion deâ vertus, qu il partage en vertus aimables emières, qui résultent de la tendance que nous avons à meure nos

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