‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 37 sur 439 · I3AC · texte numérisé non relu

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— 111 et IV. Ce n'était pas encore assez d'à trouvé la méthode, si l'un n'enseignait la manière de s'en servir : pour cela, il fallait d'ail avec le secours de l'observation et do l'expérience, rassembler le plus grand nombre de faits possible, c'est l'objet de la troisième partie, Vllistoire naturelle et expérimentale; puis, travailler sur ces faits de manière à s'élever graduellement, par une sorte d'échelle ascendante, de la connaissance des faits singuliers à la découverte de leurs causes et de leurs lois, ou à redescendre par une marche inverse de ces lois générales à leurs applications particulières ; ce travail est l'office d'une quatrième partie que Bacon appelle VÈchelle de V entendement {Scala inlellectus). — V et VI. Il semblait qu'après ces recherches il n'y eût plus pour constituer la science qu'à recueillir et ordonner en un corps régulier les vérités découvertes par l'application de la méthode; mais Bacon, pensant avec raison que le moment n'était pas encore venu de donner des solutions définitives, fait précéder la vraie philosophie d'une science provisoire dans laquelle il consigne les résultats obtenus par les méthodes vulgaires. De là encore deux parties qui complètent VInstauratio; l'auteur appelle la cinquième Avant-coureurs ou Anticipations de la philosophie {Prodromi sive Anlicipationes philosophiœ) , et la sixième, Philosophie seconde (par opposition à la philosophie provisoire ou préliminaire), Science active (c'est-à-dire propre a l'action, à la pratique), Philosophia secunda sive activa.

De ces six parties, l'auteur a, comme on l'a dit, exécuté la première dans le de Augmentis ; il a écrit aussi la portion la plus importante de la deuxième : en effet, il ne manque guère au Novum Organum, pour être une exposition complète de la nouvelle méthode, que les préceptes sur l'art de redescendre du général au particulier, et d'appliquer la théorie à la pratique; la troisième et la quatrième partie ont été à peine ébauchées par l'auteur dans ses diverses histoires (Historia Densi et Rari, Historia Venlorum, Historia Vilœ et Mortis, Sylva sylvarum), ainsi que dans les morceaux qui ont pour titres : Topica inquisitionis de luce et lumine, Inquisitio de forma calidi, etc., qui offrent quelques essais informes de l'application de l'induction à la recherche des causes et des essences. A la philosophie provisoire, qui forme la cinquième partie, appartiennent plusieurs mémoires sur divers points de la science, que Bacon a laissés manuscrits; tels sont ceux qui ont pour titres : Cogitationcs de natura rerum, de Fluxu , Thcma cœli, de Principiis et Originibus. Quant à la sixième partie, c'est un monument dont il pouvait tout au plus tracer l'ordonnance, mais dont il laissait la construction aux siècles luturs. En effet, l'édifice n'a pas tardé à s'élever : il a été promptement avancé par ceux qui ont su manier le nouvel instrument, par les Boyle, les Newton, les Franklin, les Lavoisier, les Volta, les Linné, les Guvier.

Il nous faut maintenant entrer dans quelques détails sur ce qu'il y a de plus important dans la réforme tentée par Bacon, à savoir : son but, sa méthode et ses résultats.

Son but, c'est l'utilité pratique de la science, c'est le bien de l'humanité. Bacon voulut qu'au lieu de se livrer à d'oiseuses et stériles spéculations, la science ne visât qu'à des applications Eratiques; qu'au lieu de nous apprendre à comattre un adversaire par la dispute, elle tendît à enchaîner la nature elle-même-, et à établir l'empire de l'homme sur l'univers; qu'au lieu do dépendre d'heureux hasards le progrès des

arts et de l'industrie lut assuré par le prog de la science; c'est dans ce sens qu'il ré sans cesse : - Savoir, c'est pouvoir: — Ce < ] u i est cause dans la spéculation, devient m< dans l'industrie; — Pour dompter la nature, il faut s'en faire l'esclave, etc. » Scienlia et potenlia humana in idem coincidunt, quia ign<>ratio causœ destiluit effectum : — Natura nisi parendo vincitur; — Quod in contemplatione instar causœ est, id in opérai' instar rcgulœ est (Xov. Org.. lib. I. c. m). C'est par les mêmes motifs que, dans le deuxième titre du Xovum Organum, à ces mots : sive de Interpretationt nalurœ, il ajoute ceux-ci : et regno hominis, et qu'il donnera la science définitive vers laquelle doivent tendre tous nos efforts le nom de scientia activa. Les innoinbrables applications qu'on a faites de la science à l'industrie, les merveilleuses découvertes qui, depuis deux siècles, sont nées de ce concert et qui ont centuplé la puissance de l'homme en augmentant ses jouissances, prouvent surabondamment combien ce grand homme avait vu juste sur tous ces points. Ainsi, sous ce rapport, la révolution dont il avait donné le signal a été pleinement consommée.

Sa méthode, c'est l'observation, soit pure, soit aidée de l'expérimentation, et fécondée par l'induction. Il voulut, en effet, qu'au lieu de se contenter, comme on l'avait fait jusque-là, d'hypothèses gratuites, la science ne s'appuyât que sur l'observation qui recueille les révélations spontanées de la nature, ou sur des expériences habiles et hardies qui mettent, pour ainsi dire, la nature à la question pour lui arracher ses secrets; qu'au lieu de débuter, comme la scolastique, par de vaines abstractions, par des propositions générales admises sans contrôle, la philosophie commençât par le particulier et le concret, et qu'elle soumît à un examen rigoureux tout ce qui avait été regardé jusque-là comme un axiome incontestable; qu'au lieu de prétendre découvrir la vérité par la seule force du syllogisme, et en la tirant par déduction d'un petit nombre de principes abstraits, on ne procédât à la recherche des causes des phénomènes et des lois de la nature qu'avec le secours d'une induction légitime. Ces recommandations sont cent fois répétées. L'induction de Bacon, pour employer une comparaison qui lui est familière, est une échelle double par laquelle on s'élève des effets aux causes, des faits particuliers aux lois générales de la nature, pour redescendre ensuite des causes aux effets, des lois générales aux applications particulières. Afin de découvrir par cette induction la véritable cause, la véritable loi d'un phénomène, la véritable essence d'une propriété (ce que Bacon appelle sa forme, en conservant une expression de la scolastique dont il change le sens), il faut, après avoir recueilli par l'observation tous les faits qui précèdent ou qui accompagnent le phénomène en question, confronter tous ces faits avec le plus grand soin, rejeter ou exclure tous ceux en l'absence desquels le phénomène peut se produire, noter ceux en présence desquels il se produit toujours; rechercher parmi ces derniers ceux qui varient en degré, c'est-à-dire qui croissent ou décroissent avec lui; c'est à ces caractères que l'on reconnaît la véritable cause; la manière dont cette cause agit constamment en est la véritable loi. On appliquera ensuite la1 même méthode à la recherche du principe de cette première cause, de la loi de cette première loi, et l'on s'élèvera ainsi graduellement aux causes suprêmes, aux lois universelles.

Bacon ne se contente pas de ces vues généra-

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