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gées bonnes ou mauvaises. Les déistes qui composent la troisième classe, tout en admettant l'idée du devoir et de la divine providence, refusent de croire aux châtiments et aux récompenses d'une autre vie. Enfin, dans la quatrième classe sont compris ceux qui acceptent toutes les vérités de la religion naturelle, y compris le dogme de la vie future, et ne rejettent que le principe de l'autorité et de la révélation. Kant, non moins arbitraire, mais dont la définition a cependant trouvé plus de crédit que celle de Clarke, établit une différence entre le déisme et le théisme : le théiste, selon lui, reconnaît un Dieu libre et intelligent, auteur et providence du monde ; tandis que le déiste, dans l'idée qu'il se fait du premier principe des choses, ne va pas au delà d'une force infinie, inhérente à la matière et cause aveugle de tous les phénomènes de la nature (Critique de la Raison pure, p. 659). Le déisme, dans ce sens, ne serait plus qu'une forme du matérialisme et se confondrait avec la doctrine de certains physiciens de l'antiquité; par exemple celle de Straton de Lampsaque (Voy. ce nom). On comprend après cela que nous soyons embarrassés de faire l'histoire et la critique du déisme, puisque ce mot, sur la signification duquel on n'a jamais été d'accord, ne s'applique pas à un système en particulier, mais à plusieurs systèmes essentiellement distincts et dont chacun a sa place dans ce recueil. Quant à l'opinion qui rejette les dogmes révélés, ce n'est pas ici, où tout est donné à la spéculation philosophique, qu'elle peut être examinée. L'autorité de la révélation ne se prouve pas par des raisonnements, mais par des témoignages et par des faits ; et tous ceux qui ont pris une autre route, tous ceux, depuis Origène jusqu'à certains écrivains de notre temps, qui ont essayé de justifier par la raison ce qui, par sa nature même, doit être regardé comme au-dessus d'elle, ont également compromis les intérêts de la foi et ceux de la science. Nous dirons seulement, parce que nous pouvons le dire sans franchir les limites de l'observation philosophique, que c'est étrangement méconnaître la nature humaine que de supposer inutile l'intervention de l'autorité, et, par conséquent, de la foi, dans les croyances sur lesquelles se fondent la société et l'ordre moral. Qui oserait prétendre que les âmes puissent se passer de gouvernement et de règle dans un ordre d'idées où la sécurité est si nécessaire, où l'erreur et le doute ont de si déplorables conséquences? Voy. Théisme.
DELAFORGE ou DE LA FORGE (Louis). Docteur en médecine à Saumur, il fut l'ami de Descartes et fut considéré comme un des plus habiles cartésiens de son temps pour la physique. Son principal ouvrage, écrit d'abord en français, et ensuite traduit en latin, a pour titre : Traité de l'âme humaine, de ses facultés, de ses fonctions et de son union avec les corps, d'après les principes de Descartes, in-4, Paris, 1664. L'historien de la vie de Descartes, Baillet, porte ce jugement sur l'ouvrage de Louis Delaforge : « M. Delaforge a réuni dans cet ouvrage tout ce que M. Descartes avait dit de plus beau et de meilleur en plusieurs endroits de ses écrits ; il est même allé plus loin, il a expliqué en détail plusieurs choses que M. Descartes n'a touchées qu'en passant. » C'est dans la question des rapports de l'âme et du corps qu'il nous semble être allé plus loin que Descartes et avoir ajouté un nouveau développement à sa doctrine. Descartes, pour^ expliquer ces rapports et cette association de l'âme avec le corps, en avait appelé à l'assistance divine ; mais il n'avait pas entrepris de déterminer en quoi consiste cette assistance di-
OICT. l'IULui.
vine. Delaforge reprend cette question et s'efforce de lui donner une solution plus précise, en conformité avec les grands principes de la métaphysique cartésienne. Il y a , selon lui. deux causes de l'association qui existe entre l'âme et le corps : d'abord une cause générale qui est la volonté divine ; ensuite une cause particulière qui est la volonté humaine ; c'est Dieu qui est la cause générale de l'alliance de l'âme avec le corps. Car il n'y a rien dans le corps qui puisse être la cause de cette union, de cette alliance. C'est donc Dieu qu'il faut considérer comme la cause de cette association qu'on trouve chez les hommes entre certaines idées et certains mouvements corporels. Cette association constante des mouvements du corps avec les sentiments et les idées de l'esprit a été établie par Dieu dès le jour où, pour la première fois, tel mouvement a eu lieu dans le corps ou telle pensée dans l'esprit. Mais, à côté de cette cause générale et prochaine de l'alliance de l'âme et du corps, il faut reconnaître l'existence d'une autre cause particulière de cette dépendance mutuelle de l'âme et du corps ; cette cause particulière est la volonté de l'âme. Car, selon Delaforge, Dieu n'est la cause efficiente et prochaine que de ces rapports de l'âme et du corps qui ne dépendent pas de l'âme, et tous les mouvements corporels qui sont les résultats d'actes volontaires de l'esprit ont pour cause directe et efficiente la volonté humaine. Ainsi, toutes les actions réciproques, tous les rapports de l'âme et du corps, ne dépendent pas directement de Dieu, mais seulement cette classe de rapports sur lesquels l'âme n'a aucun pouvoir et qui s'opèrent sans elle, et malgré elle. Quant aux mouvements volontaires, il ne faut pas leur rechercher d'autre cause que la volonté elle-même. Mais si Louis Delaforge ne rapporte pas à Dieu toutes les actions réciproques de l'âme sur le corps et du corps sur l'âme, il lui rapporte déjà directement toute une grande classe de ces actions. Il se trouve ainsi placé, de même que Clauberg, sur la voie qui conduit à Malebranche, et sa théorie de l'âme et du corps fait déjà pressentir la théorie des causes occasionnelles. A ce titre, l'ouvrage de Louis Delaforge se recommande à l'intérêt de celui qui veut suivre attentivement les développements des principes posés par Descartes. L'ouvrage de Delaforge a été traduit en latin par Flayder sous ce titre : Tractatus de mente humana ejusque facultatibus et functionibus, in-4, Paris, 1666. On peut consulter : P. Damiron, Essai sur l'histoire de la philosophie en France au xvn* siècle, Paris, 1846, 2 vol. in-8 ; — F. Bouillier, Histoire de la philosophie cartésienne, Paris, 1854 et 1867, 2 vol. in-8. DELONDRE (Adrien-Pierre), né en 1824 à Paris, après avoir achevé toutes ses études au collège Louis-le-Grand, fut admis à l'École normale en 1845, à l'agrégation de philosophie en 1849, au doctorat es lettres en 1855. 11 enseigna successivement la philosophie dans les lycées de Chaumont, de Strasbourg, de Clermont, de Toulouse et à la faculté des lettres de Douai. Forcé par une cruelle maladie de quitter l'enseignement, il mourut à Paris après plusieurs années de souffrance en 1863. On a de lui ses deux thèses : Doctrine philosophique de Bossuet sur la connaissance de Dieu, Paris, 1855, in-8 ; — de Animi facultate quœ corpori movendo prœsit, Paris, 1855, in-8; — plusieurs articles philosophiques publiés dans la Revue Contemporaine et dans la Revue Européenne, parmi lesquels on remarque des études critiques sur le Somnambulisme naturel et artificiel, la folie, sur les tendances positivistes de l'école médicale,