DIO
impudentice expédition sistit, in-4, Kœnigsberg, 1727; — Delaunay, de Cynismo, ac prœcipue de Anlisthene, Diogène et Cralete, in-4, Paris, 1831. X.
DIOGÈNE, surnommé le Babylonien, quoiqu'il fût né à Séleucie, était un philosophe stoïcien d'une grande réputation et l'un des chefs du Portique, où il avait eu pour maîtres Chrysippe et Zenon de Tarse. Il fit partie, ainsi que Carnéade et Critolaùs, de l'ambassade que les Athéniens envoyèrent à Rome au sujet de la ville d'Orope. Comme Carnéade aussi, il s'arrêta à Rome pendant quelque temps et y professa les doctrines de son école. Autant que nous pouvons juger de son enseignement par les très-faibles traces qui nous en sont parvenues, il cherchait à atténuer le principe stoïcien qui ne reconnaît d'autre bien que la vertu et considère tout le reste comme indifférent. Il admettait, au contraire, l'utile comme une conséquence du bien ou comme le moyen d'y atteindre. (Cic., de Fin., lib. III, c. x; Diogène Laërce, liv. VII, ch. lxxxviii). Diogène Laërce (liv. X, ch. xxvi et cxvni) parle aussi d'un épicurien du nom de Diogène, qu'il fait naître à Tarse en Cilicie et à qui il attribue un Résumé des doctrines morales d'hpicure.
DIOGÈNE de Laërte, en Cilicie, ne nous est connu que par l'ouvrage précieux qu'il nous a laissé. On ne sait rien de sa vie; à peine son nom se trouve-t-il cité par quelques grammairiens d'une époque récente. Réduits aux conjectures, les commentateurs ont voulu, sur la foi d'un manuscrit, substituer le nom de Denys à celui de Diogène; ils se sont demandé si le mot Laërte désigne le père ou la patrie de Diogène, son père et sa patrie étant d'ailleurs tout à fait inconnus. Il n'est guère plus facile de fixer avec précision la date de sa naissance et celle de ,sa mort. Entre l'erreur de Suidas, qui, le confondant avec Quintus de Laërte, le donne pour contemporain d'Auguste, et l'opinion deDodwell, qui le rejette jusqu'à Constantin, il y a place pour bien des hypothèses qui s'appuient sur des autorités fort recommandables. Nul ne saurait mieux que Diogène lui-même fixer nos doutes à ce sujet. Des écrivains qu'il cite, le plus moderne est Athénée, qui vivait encore au commencement du règne d'Alexandre Sévère (222 après J. C). Diogène est donc postérieur au ne siècle de l'ère chrétienne. D'autre part, il n'aurait pas vécu longtemps après cette époque, s'il en faut croire le grammairien Etienne de Byzance, qui, vers 500, le considérait comme un auteur déjà ancien. On doit donc se croire autorisé, avec Heumann et Brucker, à placer Diogène vers le milieu du me siècle, un peu plus près de nous que n'ont fait Jonsius et Fabricius. Quant à la durée de sa vie, on ne peut que la conjecturer d'après les longues recherches que suppose la rédaction de son ouvrage sur les philosophes ; mais, à cet égard, les renseignements précis nous font défaut, comme à l'égard de son caractère et des événements de sa vie.
Une expression empruntée par Diogène à la langue de l'Église a été curieusement relevée, et l'importance en a été fort exagérée par ceux qui ne remarquaient pas avec quelle complaisance Diogène expose les opinions philosophiques les plus contraires au christianisme. Des observateurs également prévenus, mais dans un autre sens, ont cru voir que Diogène a développé la doctrine d'Épicure plus amplement que toutes les autres, et ils en concluent qu'il était épicurien. Mais, outre qu'il témoigne trop bien lui-même de son ignorance sur le fond de cette doctrine, s'il est permis d'appuyer une conjec-
ture sur de semblables raisons, Diogène serait bien plutôt suspect de stoïcisme, la vie de Zenon de Cittium et la doctrine du Portique étant le sujet qu'il a traité le plus longuement.
Quoi qu'il en soit, ces Vies des philosophes sont le seul ouvrage que nous ayons de Diogène ; aucune raison ne peut faire soupçonner qu'il en ait écrit d'autres, si ce n'est toutefois un recueil de Poésies diverses, dont il parle souvent, et qui n'était sans doute que la collection de ses épigrammes. Ce livre, dont la perte ne paraît pas mériter nos regrets, existait peut-être encore à la fin du xiie siècle; au moins Tzetzès semble y faire allusion par l'épithète d'épigrammatiste appliquée à Diogène. Mais son vrai titre à l'estime de la postérité, c'est le recueil intitulé : Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres.
Ce livre était dédié à une femme qui professait pour les doctrines de l'Académie une haute admiration. La dédicace étant aujourd'hui perdue, quelques mots de l'auteur, à l'article de Platon, sont le seul renseignement qui nous reste sur cette femme. Reinesius conjecture avec assez de vraisemblance que ce pouvait être une certaine Arria, citée avec éloge dans l'ouvrage de Theriaca, ad Pisonem. A l'exemple de Diogène, trois siècles plus tard, Damascius dédiait à Théodora une nouvelle histoire des philosophes. Diogène de Laërte a pris soin de nous avertir qu'il a partagé son travail en dix livres; mais cette division arbitraire en cache une plus systématique dont il nous donne le secret dans sa préface. Après avoir établi par des arguments puérils que la Grèce est le berceau de la philosophie, il consacre son Ier livre aux hommes qui ont honoré ce nom de sages que déclina la modestie de leurs successeurs. Passant ensuite aux philosophes proprement dits, il les partage en deux grandes écoles : l'école ionienne et l'école italique. Les spéculations des ioniens remplissent la moitié du IIe livre, où se trouvent encore Socrate, rattaché bon gré mal gré à cette école, et les disciples qui n'ont fait que répandre sa doctrine. La vie de Platon, une analyse rapide de son système, diverses classifications des ouvrages de ce philosophe, forment le livre III. Platon est pour Diogène un second père de la philosophie grecque; c'est de lui qu'il fait sortir les dix écoles auxquelles il ramène toutes les sectes philosophiques si complaisamment énumérées par Varron. Toutefois, c'est dans ce livre surtout que se trahit le vice de l'ordre adopté par Diogène : après être convenu que Platon ne doit pas moins à Pythagore qu'à Socrate, il est forcé, pour rester fidèle à sa division, de rejeter au VIIIe livre l'analyse des doctrines de l'école italique. Il consacre le IVe livre aux académiciens. Il expose dans le Ve les opinions d'Aristote et des péripatéticiens, avec une négligence et une rapidité bien regrettables. Le VIe livre renferme Antisthène et les cyniques ; le VIP, Zenon et les stoïciens. Cette partie est, sans contredit, la plus intéressante de tout l'ouvrage. L'auteur s'est plu à y développer avec une abondance assez désordonnée, il est vrai, les doctrines du Portique, dont il est avec Cicéron l'historien le plus considérable. On y peut recueillir des détails précieux sur la logique et sur la grammaire, qui toutes deux étaient en grande estime auprès des stoïciens, un exposé de leurs doctrines cosmologiques, suivi d'une longue énumération et d'une analyse minutieuse des biens et des maux de l'âme, selon les disciples de Zenon. Le VIIIe livre, consacré aux pythagoriciens, est un recueil complet de tous les contes qui avaient cours dans le monde sur Pythagore et quelques-
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uns de ses élèves. On comprend aisément combien les inventions de l'école italique perdent à être ainsi rapprochées de la logique rigoureuse des doctrines stoïciennes. On ne voit aucun ordre dans la distribution du IXe livre. Heraclite y est placé avant Xénophane, ainsi rejeté après tous ses disciples; Diogène d'Apollonie, disciple d'Anaxagore dont la vie est comprise dans le livre II, y est rapproché d'Anaxarque, de Pyrrhon et de Timon, qui tous trois appartiennent à l'école de Socrate. La vie d'Épicure et celle du stoïcien Posidonius remplissent le Xe livre. Diogène combat et repousse les imputations injurieuses auxquelles Épicure a si souvent été exposé, avec une intelligence dont il n'a guère donné d'autre preuve, et qui, par cela même, peut sembler ici suspecte de plagiat.
Tel est, en effet, le défaut capital et caractéristique de Diogène : il manque absolument de cette critique qui l'ait l'honneur de quelques historiens modernes. Ses recherches ne sont que laborieuses. Il ramasse sans choix tous les jugements, toutes les anecdotes qu'il a rencontrées dans ses lectures; de là de singulières disparates et des contradictions impardonnables. Quand il rencontre plusieurs versions sur un même fait, il se contente de les rapporter les unes à la suite des autres, avec une entière indifférence. Les mêmes anecdotes ou les mêmes sentences sont attribuées à différents philosophes. Mais, du moins, avec une bonne foi qui mérite toute notre reconnaissance, il indique les sources où il puise, et cite même souvent les textes originaux.^ Aussi une analyse, quelque détaillée qu'elle fût, ne saurait donner une idée de ce livre, où se mêlent sans se fondre les opinions et les styles les plus divers ; et l'on conçoit la mauvaise humeur de quelques critiques modernes contre ce mélange de tous les tons et de tous les styles, et surtout contre cette vanité pédantesque du poète érudit, citant à chaque page ses propres épigrammes. En somme, le livre de Diogène n'est certes pas, comme le prétend Ménage, Vhistoire de l'esprit humain; mais Scaliger a pu, sans injustice, en louer l'érudition variée, et c'est à bon droit que Montaigne regrette qu'il n'y ait pas eu plusieurs Laërte. En effet, malgré quelques divergences partielles, cet historien s'accorde en général sur la biographie des philosophes, comme sur le détail de leurs doctrines, avec les meilleurs témoignages de l'antiquité classique, par exemple avec ceux de Cicéron et de Plutarque. Son ouvrage, d'ailleurs, n'est-il pas le seul de ce genre qui nous soit parvenu? Aristote, celui des philosophes grecs qui accorde le plus d'attention aux systèmes qui l'avaient précédé, ne touche encore cet examen qu'à l'occasion de ses propres travaux. Les ouvrages d'Hippobate et d'Androcydes, dont la perte est si regrettable, ne comprenaient pas dans son ensemble l'histoire de la philosophie. Diogène fut donc au moins le premier qui forma un recueil de toutes les opinions de l'antiquité sur les philosophes les plus célèbres. Longtemps respecté, à ce titre, par lus âges suivants, il servit de modèle à tous les historiens qui lui succédèrent, jusqu'à l'époque où Bayle donna I à l'esprit de la critique moderne, et provoqua une réforme appliquée depuis pu- Leibniz à l'histoire de la philosophie. On pourrai^ même suivre l'influence de I • siècle,
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que nous devons de connaître plusieurs écrivains secondaires, dont les erreurs mêmes ou les mensonges ne sont pas sans intérêt pour l'historien. Près de la moitié des fragments qui nous restent d'Hermippus ne se sont conservés qu dans le livre de Diogène. Combien de fragments de Timon, de Chrysippe, de Dicéarque, de Sotion, de Favorinus ne lui devons-nous pas encore, sans parler des pièces authentiques, telles que le testament d'Aristote et celui d'Épicure, documents si rares aujourd'hui, et que bannissaient trop souvent de l'histoire les sévères convenances du genre historique, tel que le comprenait l'antiquité? Sans doute, on peut le dire, Diogène de Laërte ne brille ni par la profondeur ni par l'originalité de son jugement; sans doute, il ne comprend pas toute l'importance de l'histoire de la philosophie. La nécessité de l'ordre dans lequel les systèmes se succèdent, les rapports du développement de la pensée humaine avec celui des doctrines philosophiques, sont des choses qu'il ne soupçonne même pas. Des qualités nécessaires à l'historien il n'a guère que les plus modestes : la bonne foi, avec l'étendue et la variété des connaissances. A part des fautes de chronologie, des confusions assez fréquentes entre les noms propres et les titres d'ouvrages distincts, et autres négligences dont il faut bien le rendre responsable, comme compilateur, les autres erreurs répandues dans son livre reviennent de droit aux auteurs qu'il avait consultés, et que nous ne pourrions apprécier ici en détail sans sortir des bornes naturelles de cet article. Regrettons seulement que Diogène ne se soit pas plus souvent recommandé d'autorités aussi imposantes que celles d'Aristoxène, placé, pour son érudition et sa fidélité, presque à l'égal de son maître Aristote ; mais qu'il ait fait de trop fréquents emprunts à des écrivains d'une autorité suspecte, tels que Dicéarque, Hermippus et Timée.
Le texte de Diogène Laërce nous est parvenu mutilé et plein d'altérations. Saumaise, sur la foi d'une table détachée d'un ancien manuscrit, déplore la perte d'un grand nombre de biographies, parmi lesquelles se trouvaient sans doute celles de Cornutus, de Polémon et d'Épictète. Épuré, éclairci depuis l'édition princeps (in-4, Bàle, 1533), par les soins d'Henri Estienne, de Casaubon, d'Aldobrandini. de Ménage, de Meibom, de Kùhn (travaux réunis dans l'édition d'Amsterdam, 2 vol. in-4, 1692 et 1698), de Rossius, le texte a été publié en dernier lieu par Hùbner (4 vol. in-8, Leipzig, 1828 et 1831) et par G. Cobet, en 1850, dans la bibliothèque grecque-latine de Firmin-Didot. La traduction latine d'Ambroisede Camaldule, corrigée par le bénédictin Brugnolius (Venise, 1457), a été heureusement remplacée par celle de Thom. Aldobrandini (in-f°, Rome, 1594, et Londres, 1663). L'ouvrage a été mis en français par Fougerolles (in-8, Lyon, 1602}; par Gilles Boileau (2vol. in-12, Paris, 1688): par un anonyme (3 vol. in-12, Amst.. 1758; 2 vol. in-8, Paris, 1796; 1 vol. in-12, Paris, 1841 : cette dernière traduction est attribuée à Chauffepied). Une traduction meilleure et plus récente i dominée par M. Zévort, Paris, 1847, 2 vol in-12. E. E.
DIOMÈNE de Smyunk, partisan de la philosophie de Démocrite, à Laquelle il avait été initié par Nessus, dis liai du célèbre Abdé-
ritain. 11 transmit à son tour la même docque. Celui-ci étant contemporain d'Alexandre Le Grand, il faut admettre que S ii à peu près dans le
même temps, c'est-à-dire dans le iv" siècle avant l'ère chrétienne. X.
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DION, surnommé Chrysostomeou Bouche cVor} naquit vers le milieu du Ier siècle, à Pruse dans la Bithynie, d'une famille considérable. Il cultiva d'abord l'art oratoire, tel qu'on le comprenait alors, c'est-à-dire la rhétorique des sophistes ; puis, ayant pris goût pour l'étude de la philosophie, il s'attacha à l'école stoïcienne, dont il adopta sans restriction tous les principes. Mais sa manière de vivre et sa conduite extérieure auraient pu le faire passer pour un disciple d'Antisthène. Ainsi, au lieu du manteau des philosophes, il portait habituellement une peau de lion et s'élevait contre la corruption de son temps d'une manière plus propre à irriter le3 esprits qu'à les ramener au bien. Un de ses amis ayant été enveloppé dans une conspiration contre la vie de Domitien et condamné à mort, Dion craignit pour lui-même et se réfugia dans le pays des Gètes, où il vécut longtemps ignoré, travaillant de ses mains et n'ayant d'autres livres que le Phèdon et le discours de Démosthène sur l'Ambassade. Après la mort de Domitien, il retourna à Rome, où il vécut quelque temps en très-grande faveur auprès de Néron et de Trajan; puis il retourna dans sa patrie, et y mourut dans un âge fort avancé. On a conservé de lui quatre-vingts discours qui ne témoignent pas seulement de sa fécondité et quelquefois de son goût, mais aussi de ses connaissances et de son esprit philosophiques. Ils furent publiés pour la première fois à Venise, en 1551, in-8; puis d'autres éditions en ont paru, à Paris, in-f°, 1604, et à Leipzig, 2 vol. in-8, 1784. On trouve dans le IIe vol. des Vies des orateurs grecs, par de Bréquigny (2 vol. in-12, Paris, 1742), une Vie de Dion Chrysostome et la traduction de plusieurs de ses discours. Consultez encore : L. Etienne, Dio philosophus, Paris, 1849, in-8 ; — Martha, Dionis philosophantis effigies. Paris, 1854, in-8, et du même auteur, les Moralistes sous Vempire romain, Paris, 1864, in-8. X.
DIONYSODORE de Chios, frère d'Euthydème, qui a donné son nom à un dialogue de Platon, où ils sont tous deux mis en scène et représentés comme des sophistes de l'espèce la plus frivole. Tout ce que nous savons, ou plutôt toutes les conjectures qu'on a faites sur Dionysodore, s'appliquant aussi à Euthydème, nous renvoyons le lecteur à ce dernier nom. X.
DISAMIS. Terme mnémonique de convention par lequel les logiciens désignaient un mode de la troisième figure du syllogisme. Voy. la Logique de Port-Royal, 3e partie, et l'article Syllogisme.
DISJONCTION (Argument disjonctif), (dislimgere, disjoindre, séparer). On appelle disjonction ou proposition disjonctive une proposition dans laquelle on rapporte à un sujet, comme attributs possibles, plusieurs déterminations qui s'excluent réciproquement ; ainsi : Les animaux sont ou raisonnables ou privés de raison. Et on appelle argument disjonctif celui dont la majeure est une proposition disjonctive, comme : Il est nécessaire que le vice soit puni dans cette vie ou dans une autre; or, il n'est pas toujours puni dans cette vie; donc, il y a nécessairement une autre vie où il sera puni.
Les attributs rapportés au sujet dans la majeure s'excluant réciproquement, il s'ensuit que si, dans la mineure, on affirme du sujet un de ces attributs, les autres doivent en être niés dans la conclusion, et que si la mineure nie tous les attributs sauf un seul, la conclusion doit affirmer celui-ci. En d'autres termes, si la mineure est affirmative, la conclusion est négative, et si la mineure est négative, la conclusion est affirmative; ce qui est particulier à cette sorte d'argu-
ment, et tient à la nature de la disjonction. Mais il convient de remarquer que la négation et l'affirmation s'entendent ici des attributs, non de la qualité des propositions.
Ce qu'il faut principalement observer dans l'emploi de cet argument, c'est la parfaite opposition des attributs dans la proposition disjonctive; ce qui n'a lieu rigoureusement que quand cette proposition présente deux attributs contradictoires. Dans les autres cas, il faut donner à la disjonction autant d'attributs qu'il y en a de possibles, avoir soin qu'ils soient bien distincts et qu'ils ne rentrent pas les uns dans les autres, et examiner s'ils ne peuvent pas être attribués tous ou plusieurs en même temps. Ainsi, dans l'exemple si souvent cité : On ne peut gouverner les hommes que par la force ou par la raison ; or, il ne convient pas d'employer la force, qui est un moyen trop peu durable et trop peu digne de l'homme ; donc, il faut gouverner par la raison; il pourrait être vrai de dire que, pour gouverner les hommes, il faut unir la force à la raison. Mais, quelque complète que soit l'énumération des attributs qui s'excluent, comme rien n'indique nécessairement que cette énumération est complète, il en résulte que, dans ce cas, cet argument, n'ayant rien de nécessaire, est plutôt un argument probable qu'un argument démonstratif. Il est d'ailleurs bien rare que l'énumération disjonctive soit complète ; on entrevoit quelques attributs, et l'on croit avoir tout examiné. De là vient que « les fausses disjonctions sont, comme le dit Port-Royal (Logique, 3e partie, ch. xn), une des sources les plus communes des faux raisonnements des hommes. »
DISTINCTION (oioupEffiç). Ce terme de logique a reçu plusieurs acceptions. Dans l'école on traitait de la distinction réelle et de la distinction de raison. Par distinction réelle, on entendait celle qui se trouve dans les objets mêmes, indépendamment de toute conception de ces objets : par exemple, les étoiles, les hommes, la volonté, le mouvement, etc. On établissait que cette distinction est de trois sortes: de chose à chose, comme de Dieu à homme; de mode à mode, comme de bleu à blanc, de sentir à vouloir ; et de monde à chose, comme de corps à mouvement, d'homme à liberté. Par distinction de raison, on entendait celle que nous faisons en séparant par un acte de la pensée des choses unies et inséparables dans la réalité, comme quand on ne considère dans un corps que sa longueur, ou sa largeur, ou sa profondeur. On ajoutait que la distinction réelle se fait en niant une chose d'une autre : Scipion n'est pas Annibal; et la distinction de raison en considérant une qualité sans l'objet auquel elle est unie, ou sans les autres qualités qui l'accompagnent. Ces deux expressions, empruntées d'Aristote, ne sont plus guère en usage : on dit généralement abstraction au lieu de distinction de raison, et souvent différence au lieu de distinction réelle (voy. les articles Abstraction et Différence. On peut aussi consulter Bossuet, Logique, liv. I, ch. xxt).
Deux autres sens sont encore donnés à ce terme. Suivant l'un, la distinction consiste à séparer un objet de connaissance de tout ce qui n'est pas lui; suivant l'autre, à discerner et à expliquer les divers sens d'un mot confondus dans un argument.
Prise dans le premier de ces deux sens, la distinction l'ait partie de l'observation, et est le préliminaire obligé et la condition de toute bonne analyse. Nul objet n'existe isolé dans la nature, et de là vient qu'en apercevant un objet, on l'aperçoit nécessairement uni à d'autres objets,