‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 97 sur 439 · DIOD · texte numérisé non relu

DIOD

DIOG

tradictoires, on pose à l'avance que le mouvement est impossible, afin de pouvoir conclure qu'il l'est en effet, on fait une pétition de principe. Mais cette réfutation était interdite aux épicuriens. Ne faisant des objets continus que des agrégats d'éléments indivisibles, ils n'avaient nul droit de trouver mauvais que l'on composât le temps continu d'une succession de présents insaisissables. Si des zéros d'étendue formaient le corps étendu, pourquoi des zéros de durée n'eussent-ils pu former le temps? Diodore ne prouvait donc pas que le mouvement est impossible; mais il prouvait que la doctrine épicurienne était mauvaise, puisqu'on en déduisait comme une conséquence légitime l'impossibilité du mouvement.

Autre argument contre le mouvement. Il y a deux sortes de mouvements : le mouvement par prépondérance et le mouvement pur. Le premier a lieu quand le plus grand nombre des parties d'un corps est en mouvement et le reste en repos. Le second, lorsque toutes les parties sont à la fois en mouvement. Or, de même qu'une tête blanchit par parties avant de devenir complètement blanche ; de même le mouvement par prépondérance doit précéder le mouvement pur. Si le mouvement par prépondérance était possible , comme deux molécules mobiles sur trois suffisent pour produire un mouvement général, une quatrième molécule ajoutée aux trois premières serait aussitôt entraînée dans leur mouvement. De même pour une cinquième jusqu'à l'infini. De^ sorte que dans un corps de dix mille molécules, par exemple, d'eux d'entre elles, par voie de prépondérance, entraîneraient dans leur mouvement les neuf mille neuf cent quatre-vingt-dixhuit autres, ce qui est absurde. Donc, le mouvement, par prépondérance est impossible. Donc, lien est de même de toute espèce de mouvement.

Un critique de l'antiquité (Sextus Emp., Adv. Malhem., lib. X) a dit que cet argument n'était qu'un pur sophisme ; on ne peut pas être d'un autre avis.

2° Distinction de la puissance et de l'acte. Le mouvement est défini par Aristote le passage de l'être en puissance à l'être en acte. De la distinction de la puissance et de l'acte dépend la possibilité du mouvement. C'est donc cette distinction que tout adversaire du mouvement doit s'efforcer de détruire. Euclide disait: « Le possible, c'est ce qui est. » Diodore dit : « ce qui est ou ce qui sera, » et il ajoute aussitôt : « ce qui sera est nécessaire. » Exemple : Il est impossible que je sois à Corinthe si j'y suis ou si je dois y être un jour. Si je dois y être, il est

i iible que je n'y aille pas, et si je ne dois pas y être, il est impossible que j'y aille jamais. Donc, il n'y a pas d'acte que nous fassions et que nous .1 lirions pu ne pas faire; tout est déterminé à l'avance; tout est immuable dans l'avenir comme dans le présent, comme dans le passé. C'est le fatalisme dans toute sa pureté. Et qu'on ne dise pas avec Cicéron (de Fato, c. vu) que Diodore n'est pas fataliste, parce qu'il ne fait que définir des mots (vim verborum intcrpretalur) . Qu'importe? Les mots ne sont-ils pas les signes choses? Et si pour définir le mot possible, on se croit obligé de nier la liberté, en a-t-on moins compromis l'ordre moral? C'est sur ce .in que, dès l'antiquité, une lutte mémorah le s'était engagée entre Diodore, Chrysippe et l'ulon le dialecticien. Chrysippe avait écrit un - intitulé Contre Diodore, et quatre livres sur le Possible. Diodore riposta avec les iuents de son école; il lança contre son adverre I rcumenl du possesseur, un argumenl

que tous les auteurs louent et que nul ne rapporte. La querelle n'était pas moins vive avec Philon. Rien ne serait plus digne d'intérêt que cette grande controverse qui touchait aux pluhautes questions de la métaphysique, celles de la Providence et de la liberté. Faute de documents, il nous est impossible de nous en faire une idée.

3" Légitimité des propositions conditionnelles. La puissance et l'acte se retrouvent en logique sous la forme du conditionnel et du vrai. Le conditionnel n'est que le vrai en puissance, qui devient le vrai en acte par sa relation avec un principe supérieur. Exemple : Si les lois de la n dure restent les mêmes, le soleil se lèvera demain. Chrysippe disait qu'une proposition conditionnelle est vraie lorsque le conséquent, posé en sens contraire, ne peut convenir à l'antécédent. Règle fausse, puisqu'on ne peut conclure qu'une chose convienne à une seconde de ce que son contraire ne lui convient pas. D'après Philon, la proposition conditionnelle serait vraie de trois manières : lorsque l'antécédent et le conséquent sont vrais; lorsque l'antécédent et le conséquent sont faux: lorsque l'antécédent est faux et le conséquent vrai. Elle serait fausse seulement lorsque l'antécédent est vrai et le conséquent faux: comme si, dans une proposition conditionnelle, il y avait à s'inquiéter de la vérité ou de la fausseté des parties. Diodore a fort bien vu que la valeur de la proposition ne dépendait que de la relation ou, comme on dit, de la conséquence des parties entre elles. Il enseigne donc que la proposition conditionnelle est vraie lorsqu'il est et sera toujours impossible que, l'antécédent étant vrai, le conséquent soit faux. Cette doctrine de la nécessité de relation est intimement liée au fatalisme de Diodore. Malgré ce vice d'origine, ce critérium est le seul vrai, parce qu'en réalité tout est fatal en logique. Dans les rapports des idées entre elles, la liberté n'intervient pas.

Diodore soutenait encore, dit-on, qu'il n'y a ambiguïté dans aucune des expressions du langage, puisque celui qui parle ne dit que ce qu'il sent et sent bien qu'il ne dit qu'une seule chose. Cette opinion n'est sans doute qu'un corollaire de ce principe, qu'il n'y a de réel que ce qui est un et de possible que ce qui est réel. Au fond, c'est là toute la doctrine de Diodore, c'est là l'origine et le seul but sérieux de tous ses arguments.

On peut consulter : Cicéron, de Fato, ch. vu, vin ; — Sextus Empiricus. Adv. Logicos, lib. VIII ; Adv. Malhem., lib. X; — Diogène Laërce, Vie de Diodore; — Deycks, de Megaricorum doctrina ejusque apnd Plalonem et Arislotelem vestigiis, in-8, Bonn, 1827 ; — H. Ritter, Histoire de la Philosophie, 6 vol. in-8, Hambourg, 1837-1841 ; et, surtout ses Remarques sur la philosophie de V Ecole mégarique. in-8, ib., 1828 (ail.); — D. Henné, l'École de Mégare, ,in-8, Paris, 1843; — C. Mallet, Histoire de l'École de Mégare, Paris, 1845, in-8. D. H.

DIOGÈNE d'Apollonie, né à Apollonie, dans l'ile de Crète, florissait à Athènes vers la Lxxxe olympiade, environ 460 ans avant notre ère. Disciple d'Anaximène, contemporain et sans doute ami d'Anaxagore, il procède de l'un et de l'autre, et mêle leurs doctrines opposées sans s'inquiéter de les concilier entre elles.

Son premier soin est de s'assurer d'un point fixe (àpx^l àv<x[Lyt.G6v]T:rlio:) sur lequel il puisse fonder toute sa doctrine; mais ce point fixe, ce n'est pas dans la conscience, c'est dans le spectacle du monde qu'il croit le trouver.

» L'univers, dit-il, ne peut avoir qu'un seul

DIOG

DIOG

principe ; car, entre principes divers, toute influence réciproque, toute relation véritable seraient impossibles. Puisque l'univers est un être vivant et organisé, il s'ensuit qu'il ne peut venir de principes divers. »

Tel est le point de départ de Diogène. Avant lui, bien des philosophes avaient dit qu'il n'y a qu'jin seul principe du monde ; Diogène le premier semble avoir essayé de prouver qu'on n'en peut admettre plus d'un. Sous ce rapport, il est le continuateur d'Anaximène et l'adversaire d'Anaxagore, dont il réfute implicitement la doctrine des homéoméries.

Maintenant, quel est ce principe unique? Il n'est pas aisé de le définir; car l'unité du monde laisse éclater partout une dualité véritable. La matière et l'esprit, la pensée et l'étendue, la liberté et la fatalité se mêlent et se pénètrent sans jamais se confondre, et restent essentiellement irréductibles. Tous les systèmes partis de l'unité avaient nié l'un des contraires au lieu d'en expliquer la coexistence. Que fait Diogène? il met les contraires en présence au sein même du principe dont tout dérive. Selon lui, le principe unique, c'est l'air : et jusqu'ici il ne fait que répéter Anaximène ; mais ce principe est aussi l'intelligence, et c'est ce qu'avait dit Anaxagore. Air et intelligence, matière et esprit, étendue et pensée, fatalité et liberté, le principe de Diogène est donc un et double tout ensemble. Le monde; qui vient de lui, est fait à son image. C'est ainsi qu'en partant de l'unité, Diogène explique la dualité du monde. Au fond, que fait-il? il affirme et nie à la fois une seule et même chose d'un seul et même être considéré sous le même rapport et au même moment de son existence. Il échappe à une question embarrassante par une hypothèse absurde ; il nie le principe de contradiction et avec lui toute certitude. Sans doute, même dans les temps modernes, de plus grands esprits que Diogène n'ont pas craint d'associer dans l'être premier des attributs incompatibles ; mais cette association n'en est pas moins monstrueuse. Seulement, si on l'admet, Diogène se charge de tout expliquer.

« L'air est grand et fort, il est éternel et impérissable, et il sait bien des choses (îtoXXà eWoç ècrTi). Il produit tout, pénètre tout, dispose tout, est dans tout, et il n'y a rien qui ne participe de sa nature. Mais tout en participe diversement , car, ainsi que la pensée, l'air est variable à l'infini. Tantôt froid, tantôt chaud; tantôt sec, tantôt humide ; tantôt calme, tantôt agité, jamais il ne produit sur nos sens le même effet, jamais il ne s'offre à nos yeux sous la même couleur.»

De là un système de physique, de physiologie et de psychologie tout ensemble, une sorte de dynamisme universel dans lequel l'harmonie du monde s'explique par l'unité du principe primitif, et sa variété par les modes divers de ce même principe. D'abord, les quatre éléments ne sont que de l'air à différents degrés de condensation. Notre terre est de l'air refroidi. Cet air, en se solidifiant, a repoussé au loin et dans toutes les directions les parties légères, le ciel, le soleil, les étoiles. Voilà pourquoi la terre est au centre du monde.

L'air est aussi le principe de la vie. Déjà, la semence animale contient de l'air, car elle est écumeuse; le sang aussi estécumeux. L'âme des bêtes n'est qu'un peu d'air chaud, l'âme des hommes qu'un air plus chaud encore. Quelques degrés de chaleur font toute la différence d'un homme à un autre.

Reste la psychologie. Lorsqu'un objet physique, agissant sur nos organes, ébranle l'air qui s'y trouve contenu, il en résulte une perception

sensible. Ce qu'on appelle la pensée n'est que le passage rapide de l'air à travers le sang. C'est dans le cœur que la pensée se forme, et c'est le cœur qui en est le siège.

On le voit, tout s'enchaîne dans ce système : il n'en a pas moins le défaut de s'appuyer sui une proposition contradictoire, à savoir : l'identité de l'air et de l'intelligence, de ce qui nécessairement est étendu et de ce qui nécessairement ne l'est pas. Mais, dans ce syncrétisme arbitraire, il s'en faut que l'air et l'intelligence aient une part égale : à le bien prendre, c'est l'air qui est tout et qui fait tout; l'intelligence est absorbée par la matière. Au fond, qu'est-ce que le système de Diogène ? celui d'Anaximène avec un mot de plus, et ce mot est d'Anaxagore. Malgré la couleur décidément matérialiste de sa doctrine, les fervents du polythéisme ne purent lui pardonner d'avoir parlé de l'intelligence ; et il paraît que, devenu l'objet de l'animosité populaire, il eut beaucoup de peine à échapper à la mort.

Diogène d'Apollonie avait écrit un livre sur la nature, dont il nous est resté quelques fragments. Les auteurs à consulter sont, parmi les anciens : Aristote, de Anima, lib. I, c. n; — de Gen. et Corrupt, lib. I, c. vi'; — Simplicius, in Phys. Arist., p. 6 et 32; — Diogène Laërcc, lib. IX, c. lvii; — Cicéron, de Nat. Deor.} lib. I, c. xn ; — Parmi les modernes : Schleiermacher, sur la Philosophie de Diogcned,Apollonie{M.ém. de l'Acad. des se. de Berlin), 1815; — Panzerbieter, de Diogenis Apolloniatœ vita et scriplis, in-8, Meiningen, 1823; — Schorn, Diogenis Apolloniatœ fragmenta quœ supersunt, aisposita et illustrata, in-8, Bonn., 1828; — enfin Ritter, Histoire générale de la Philosophie, 6 vol. in-8, Hambourg, 1837-1841. X.

DIOGÈNE le Cynique naquit à Sinope, ville du Pont, la troisième année de la xci" olympiade, 414 ans avant notre ère. Icésius, son père, faisait le change des monnaies et les falsifiait à l'occasion. Diogène, alors peu pénétré du mépris des richesses, était comme son père faux-monnayeur et banquier. Cette fraude fut découverte, et le futur philosophe, chassé de sa ville natale, alla chercher un refuge à Athènes. Révolté, dès sa naissance, contre les lois; nourri et entretenu dans cette révolte, il voyait se tourner contre lui la société tout entière, et son humeur satirique, son orgueil, son esprit mordant, éloignaient de lui jusqu'à la pitié. Sans amis et sans pain, errant et misérable, il en était réduit à ronger le long des chemins les jeunes pousses d'arbres afin de tromper un peu sa faim. Un jour, il vit un rat qui courait çà et là cherchant comme lui sa nourriture. « Quoi ! dit-il, cet animal sait se passer de la cuisine des Athéniens, et moi je serais malheureux de ne pas manger à leur table ! » Il reprit courage pensant qu'un état si semblable à celui des animaux pourrait bien être le véritable état de la nature.

Il y avait longtemps qu'Antisthène avait essayé de réduire toute la philosophie à cette maxime : vivre conformément à la nature. Diogène voulut suivre ses leçons; mais Antisthène, abandonné de tous ses disciples, avait juré du n'en plus recevoir. Il repoussa le nouveau venu et le menaça de son bâton. « Frappez, s'écria Diogène, mais sachez que vous ne trouverez pas de bâton assez dur pour m'écarter de vous lorsque vous parlerez. » Antisthène n'eut pas le courage de le renvoyer.

Doué, comme son maître, d'une volonté forte, d'une grande énergie de caractère, Diogène avait pur-dessus tout ce qui avait manqué à Antisthène, une parole agréable et facile, beaucoup

DIOG

DIOG

d'esprit, surtout l'esprit de sarcasme. D'après la tradition des écoles, le vieux cynique s'émerveillait des vives reparties de son élève, de ses traits caustiques, de sa verve railleuse. La multitude était séduite; pour la première fois les disciples affluaient. Un jour, un jeune homme arrive d'Égine, entend Diogène, et ne songe plus à retourner dans sa famille. Son frère vient le chercher et subit le charme à son tour. Le père accourt lui-même, et finit par se faire, avec ses deux fils, le disciple de Diogène (Diogène Laërce, liv. VI).

Ce réparateur de l'école cynique, ce maître de la jeunesse athénienne, n'apportait pourtant pas une doctrine nouvelle. Loin de là, son premier soin avait été de retrancher de l'enseignement de son école ce luxe de discussions subtiles et de spéculations logiques dont l'ancien disciple de Gorgias l'avait embarrassé. Il y a pour l'homme, disait-il, une double discipline : celle de l'âme, celle du corps. Toutes deux sont essentiellement pratiques. On exerce le corps par la gymnastique et l'âme par la vertu. La vertu consiste à vivre conformément à la nature , c'est-à-dire avec le moins de désirs et le moins de besoins possible. Par conséquent, les bienséances, la politesse, les arts et les sciences sont des superfluités condamnables ; la beauté, la richesse, la naissance et la gloire ne méritent que le mépris; la religion et les lois sont des inventions de la politique ; le mariage, la propriété sont des abus qu'il faut abolir : tout est commun dans l'état de nature ; les biens sont communs, les femmes communes, les enfants communs. En attendant le redressement de ces abus, les vrais sages (ceux de l'école cynique probablement) sont les seuls maîtres de toutes choses. La raison en est claire et convaincante.Tout appartient aux dieux, les sages sont leurs amis, et entre amis tout est commun

Voilà le fond de la doctrine, déjà exposée pai Antisthène au milieu de la risée publique. Pour lui donner quelque importance, il ne fallait rien moins que le talent de Diogène et probablement aussi sa haine contre la société, qui l'avait rejeté de son sein.

Sous prétexte d'en revenir à la nature, il s'est efforcé d'abolir en lui tous les sentiments humains, et s'est donné à lui-même avec complaisance le nom de chien. Véritable chien en effet, soumis et caressant quand il a faim, hargneux et grondeur quand il est rassasié, il repousse la glorieuse main d'Alexandre et accepte un manteau d'Antipater. Il cherche sa nourriture par les rues de la ville, caress mt ceux qui lui donnent, aboyant contre ceux qui lui refusent et mordant les méchants. Il a son trou, c'est-à-dire son tonneau, qui lui sert de refuge j il essaye quelque temps de manger de la chair crue. Son manteau, comme la peau de l'animal, semble adhérent à sa poitrine. Il le porte pendant le jour, il s'en enveloppe à la nuit tombante, et s'endort où il se trouve : sur la terre humide, sur les degrés d'un temple, souvent sous le portique du temple de Jupiter, « magnifique demeure, dit-il, que lui ont bâtie les citoyens d'Athènes. » Puis viennent les exagérations de toute espèce. Au plus fort de l'été, il se roule dans le sable brûlant; l'hiver, il marche nu-pieds sur la neige et presse contre sa poitrine nue les statues glacées. Quelquefois, il se fait accabler d'injures par la pn|iul;ico et s'arrête pour demander l'aumône à des statues. Il jette au loin son gobelet parce qu'il a vu un homme boire dans le creux de sa main. 11 jette aussi sonécuelle parce qu'il a vu un ent;mt mettre ' purée 'I". lentilles dans une cavité faite ê Bon pain. Voilà à quoi .se réduit pour lui la perfection du 1 1 vie humaine.

Aussi ne peut-il trouver -un homme véritable, même en allumant sa lanterne en plein jour. Pour lui, les Lacédémonicns sont des enfants, les autres Grecs des immondices (xaOiç,u.'xTa), quelque chose de pis : des femmes. Ayant avili la femme, Diogène la déclare vile et dangereuse. On lui montre les cadavres de deux malheureuses suspendus aux branches d'un olivier. 11 dit dément : « Plût aux dieux que tous les arbres des forêts ] ortassent de tels fruits! » Après les femmes, les représentants de la religion populaire. En considérant les interprètes des songi lus devins et ceux qui les écoutent, il trouve que l'homme est le plus sot de tous les animaux. Enfin le fils d'Icésius n'aime pas les gens de loi. Si deux légistes dont l'un se dit vole par l'autre le prennent pour juge, il condamne le premier pour avoir réclamé ce qu'on ne lui a pas pris; le second pour avoir pris ce qu'on lui réclame. Sans doute il prétendait, comme le singe de la fable,

Qu'à tort et à travers

On ne pouvait manquer condamnant un pervers

Mais, en Diogène, haine et mépris partent d'un fond commun, nous voulons dire la haute opinion qu'il a de lui-même. S'il se compare à quelque chose, c'est au soleil. Il se trouve avec le dieu Sérapis la même analogie qu'a Alexandre avec Bacchus. Pris par des pirates et mis en vente sur un marché d'esclaves, si on lui demande ce qu'il sait faire, il répond : « Commander aux hommes libres, » et il se met à crier : « Qui veut un maître? Qui a besoin d'un maître? » Xéniade, riche Corinthien, l'acheta et lui confia l'éducation de ses deux fils. Les anciens admirent beaucoup la bonne éducation qu'il leur donna. Il leur apprit à monter à cheval, à manier l'arc et la fronde, à avoir la tête rasée, à marcher pieds nus. On voudrait savoir s'il se souvint qu'ils avaient une âme. Le seul mot de Diogène que l'on puisse louer sans réserve est sa réponse à un tyran qui lui demandait le plus beau bronze qu'il connût. « C'est, dit-il, celui dont sont faites les statues d'Harmodius et d'Aristogiton. »

Devenu vieux, il passait l'été à Corinthe et l'hiver à Athènes. C'est ce qu'il appelait aller, comme le grand roi, de Suse à Eebatane. Un matin, ses amis le virent étendu dans le Cranion, gymnase voisin de Corinthe. Il était enveloppé dans son manteau, selon sa coutume, et ne faisait aucun mouvement. Ils voulurent voir s'il dormait; il était mort. Il avait quatre-vingt-dix ans.

L'antiquité s'est trop occupée de Diogène. Les habitants de Corinthe n'eussent pas dû lui élever une colonne surmontée d'un chien de marbre, ni ceux de Sinope des statues. Malgré son talent incontestable, ce Socrate en délire, comme Platon l'appelle, n'a été ni un grand homme ni un philosophe.

Parmi les nombreux dialogues qu'on lui attribue, il en est peu dont l'authenticité ne soit contestée par les anciens eux-mêmes, et il n'en est pas un seul qui nous soit parvenu. Nous avons un recueil de lettres qui portent son nom; mais ces lettres sont supposées comme l'a démontré M. Boissonnade.

Consultez sur Diogène, son biographe Diogène Laërce (liv. VI, en. xx et suiv.), et les disserdont voici les titres : la Vila di DiocinicOf du Grimaldi, in-8, Naples. 1777; — !'•> f,xxY|; jjiaiv6tj.£vo;, ou Dialogues ae Diogène de Sinope} par Wieland, in-8. Leipzig, 1770; — tatio de faslu phiïosophico virtulis colore infucato in imagine Diogenis cynici, par Montons. in-4, ib., 17P2; — Bartbusii Apoïogeticum ïiogcnem cj/m'cuMi a crimine ci siultitiœ cl

Page 1