TERRASSON
génie et son influence, exprimés avec une certaine force et une certaine éloquence. « La philosophie da ce recaeil consiste y dit-il, à préférer, dans les doctrines humaines , Texamen à la prévention , et la raison à l'autorité, » C'est à ce point de vue de la méthode et de Tesprit qu'il exalte Descartes. «La philosophie n*est pas autre chose, dit-il, que Tesprit de Descartes cultivé et porté à son plus haut point par TAcademie des sciences, cet esprit qui, se répandant peu à peu dans le public, laisse dans la boue tout ce qui lui est opposé et même tout ce qui n'y participe pas. » Il attribue à l'Académie des sciences le principal honneur de l'établissement de la philosophie nouvelle, ce qui est vrai , sans doute , de la physique et des nouvelles méthodes géométriques , mais non de la métaphysique ; ce n'est que d'une manière indirecte que l'Académie des sciences a pu contribuer au triomphe de la métaphysique de Descartes , par celui de la physique. Il n'apprécie pas moins bien l'heureuse et féconde influence de Descartes sur les lettres que sur la physique et les mathématiques. Il loue Descartes d'avoir
{perfectionné l'éloquence française et fait, pour ainsi dire, sortir de 'enfance le raisonnement en matière littéraire. En effet , c'est Descartes qui a créé cette prose noble et ferme qui convient à l'éloquence, et c'est depuis la propagation de sa philosophie et de sa méthode qu'il y a du goût, de l'ordre, de la méthode dans la plupart des ouvrages de l'esprit. C'était la mode au xyiu* siècle de sacrifier Descartes à Newton. Terrasson fait avec équité la part de l'un et de l'autre. Il remarque que la philosophie de riewton ne s'est pas trouvée propre , comme celle de Descartes , à toute espèce de doctrine , parce que le système de Descartes est un système philosophique, au lieu que celui de Newton n'est que physique ou géométrique. Il proclame Descartes , avec raison , le premier auteur de ce qu'il y a de bon dans le newtonisme, et cela dans les points mêmes où le newtonisme lui est contraire. D'ailleurs il n'approuve pas les physiciens aveuglément attachés à Descartes , comme l'ancienne école l'était à Aristote : ces gens-là , dit-il , sont dans la nouvelle philosophie sans en avoir l'esprit, et ils vont contre l'intention de Descartes même , qui a voulu faire non des cartésiens , mais des philosophes. Ce qui semble lui plaire par-dessus tout le reste dans la physique de Descartes, c'est l'idée de l'infinité du monde : de là seulement on pourrait tirer une conjecture à l'appui de l'assertion de l'auteur d'une lettre adressée à l'éditeur, et imprimée en tète de l'ouvrage où nous puisons , qui attribue à l'abbé Terrasson le fameux traité de V Infini créé. Ce traité de l'Infini créé, attribué à différents auteurs , est certainement l'ouvrage de quelque malebranchiste excessif qui soutient hardiment l'infinité de la création dans le temps et dans l'espace, dans l'ordre des esprits et des corps, et qui fait les plus grands et les plus singuliers efforts d'imagination pour mettre ce système en harmonie avec la religion. Nous avons encore à montrer l'abbé Terrasson comme un de ceux qui des premiers, et avec le plus de rigueur philosophique, ont formulé la loi delà perfectibilité de l'esprit humain. Il voit dans le cartésianisme la suite et la preuve des progrès accomplis par l'esprit humain. Il s'est mêlé à la querelle des anciens et des modernes ; il a écrit une dissertation critique sur V Iliade ; et de même que Perrault, Fontenelle, Lamotte^ il a le