‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 63 sur 101 · ULRIC DE HUTTEN · texte numérisé non relu

ULRIC DE HUTTEN

Luther commencera son audacieuse entreprise^ il aura un allié tout naturel , et assez embarrassant quelquefois^ dans Tintrépide adversaire des moines et des romanistes.

Il y a un livre d'Ulric de Hulten qui a sa place marquée dans la lutte de l'esprit et de la philosophie moderne contre la philosophie scolastique; ce sont les Lettres des hommes obscurs. : Epistolœ obteu* rorum virorum ad venerabilem virum magistrum Ortuinum Gratium, in-4°, Venise (probablement Mayence) , 1S16. Elles ont été pu* bliées en trois parties ; la troisième partie porte ce titre : Epistoîarum obseurorum virorum a diversis ad diversos icriptarum et nil prœter lusum jocumque continentium in arrogante^ sciolos , plerum* que famœ bonorum virorum obtrectatores , et sanioris doctrinœ otm* taminatores, pars m). Intervenant dans Todieuse querelle suscitée au savant Reuchlin par les théologiens de Cologne , Ulric de Hutten composa une satire où la barbarie monacale , au commencement du XYV siècle, est impitoyablement bafouée. L'auteur suppose que les théologiens de Cologne^ correspondant avec un de leurs chefo^ lui donnent des nouvelles de la dispute de la Faculté de théologie avec Reu* chlin, et il leur fait exprimer, dans un latin digne du sujet y les secrètes pensées de cette ridicule et grossière oppression. La publication des Lettres des hommes obscurs a été un des coups les plus terribles parlés par le xvi* siècle aux inepties de la scolastique expirante. Si Ulric de Hutten n'est pas le seul auteur de ce pamphlet célèbre^ il n'est ploi permis de nier aujourd'hui qu'il y ait eu la plus grande part> et qae^ sans son impulsion, cette œuvre si curieuse n'eût pas vu le jour.

Ses autres ouvrages n'appartiennent qu'indirectement à Thistoire des sciences philosophiques. Soit qu'il lance d'éloquentes invectives, aa duc de Wurtemberg, assassin de son cousin Jean de Hutten; soit que dans maints pamphlets il vienne au secours de Luther {Ein Klagsehrift an aile Stand teutscher Nation; — Auferweeher der teutscher Na^ tion, etc.), soit que dans des dialogues imités de Lucien, il confronté l'Italie et l'Allemagne et encourage celle-ci dans sa révolte {Trias rôw mana, inspicientes, etc.), Ulric de Hutten nous apparaît toujours comme l'une des plus curieuses figures du xvi*' siècle; mais la philosophie pr^ prement dite a peu de chose à revendiquer dans ses travaux. Le moyen flge était mort; ce que cette période avait eu de grand et de sérieux avait depuis longtemps disparu; il n'en restait plus qo^un appareil philosophique sans âme^ des institutions vieillies, maintes entraves contre lesquelles se heurtait sans cesse le vivant esprit du monde moderne ; c'était travailler à la cause de la philosophie que d'écarter ces obstacles et de frapper de ridicule l'odieux despotisme de rignoranee. Telle a été la tâche remplie par Ulric de Hutten , et dont Tbistoire des idées doit lui tenir compte ; tâche qu'il eût rendue plus bienfaisante encore, s'il n'eût pas mis trop souvent la violence au service du toen droit, et si son impétuosité, ses colères, ses téméraires innovations n'eussent alarmé Luther lui-même.

Les œuvres latines et allemandes d'Ulrto de Hutten ont été publiées par M. Ernest MiUich, 5 vol. , Rerlin, 1821-25. Les Epistolœ o6«eiirorum virorum, imprimées souvent en Angleterre et en Allemagne, ont été publiées aussi par M. Mûnch , avec une introduction intéreâante et des

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notes; 1 vol. 9 Leipzig, 1837. — On peut consulter, sur Uiric de Hulten, les Mémoires de Niceron , t. \y, p. 24i^-301; — les articles de Bayle et de Cbauffepié ; — les Biographies des hommes illustres de la renais^ tance, par Meiners (allem.), Zurich, 1797, t. m; — la Vie d'Ulrie de Hutten, par Schnbart (allem.); 1791, 1 vol.; — l'Histoire de la littérature allemande, par Gervinus (allem.), t. ii; et Touvrage de H. Charles Hagen : l Allemagne au temps de la réforme (allem.), t, !«'• S. R. T,

UNITÉ. La notion d'unité est une des plus fondamentales et des plus nécesaires qui appartiennent à notre raison, car elle est la conditkm même de la pensée et se méle|à toutes ses opérations. Percevoir, juger, classer, comparer, raisonner, méditer, c'est embrasser en un seul acte plus on moins prolongé, c'est lier dans son esprit, au moyen de certains rapports, plusieurs faits, plusieurs idées, plusieurs jugements, plusieurs raisonnements. Si Tunité est la condition universelle de la pensée , nous sommes obligés d'y voir aussi la condition universelle de l'existence, puisque nous ne pouvons connaître ce qui est que par les lois et les facultés de notre intelligence. En effet, un être n'existe pour nous qu'autant qu'il se distingue de tous les autres, qu'il est et demeure lui-même, c'est-à-dire qu'il forme une unité. De là vient que certains philosophes de l'antiquité, comme ceux qui ont formé les écoles d'Elée et de Mégare, ont confondu dans upe seule idée l'unité et l'être, et, assimilant de la même manière la multitude ou la diversité au néant, ont été conduitsà n'admettre qu'un être unique , l'être absolu, et. à considérer la nature comme une vaine apparence. Mais c'était prendre une abstraction pour une réalité; car l'unité n'est qu'un des caractères , une des conditions de l'existence , elle n'est pas l'existence même; pas plus qu'elle n'est l'intelligence ou la pensée, bien qu'elle soit la condition de toutes les opérations de l'intelligence. L'unité détachée de toute autre idée, de tout autre attribut, n'est qu'un mot vide de sens. Puis, on ne conçoit pas plus l'unité en général que l'existence en général ou Têtre en général. Toute unité est nécessairement déterminée, elle est telle ou telle unité, et non pas une autre, comme tout ce qui est, est tel ou tel être défini par la raison ou par l'expérience. Ce sont ces différentes espèces d'unités que nous allons essayer de mettre en lumière et de distinguer les unes des autres par la méthode d'observation.

La première unité dont l'idée se trouve en nous et sans laquelle il nous est impossible d'en concevoir aucune autre, c'est celle de notre propre conscience. Supposez, en efifet, que celle-là n'existe pas, alors la pensée elle-même cesse d'exister, comme nous l'avons dit en commençant , puisqu'on ne pense pas sans savoir qu'on pense ou sans avoir conscience de sa pensée. Mais comment la conscience est-elle une? Parce qu'elle se rapporte à un seul être, à une seule personne, à un seul moi; et ce moi, comme nous l'avons démontré tant de fois ( Voyez Ame , Substance , Cause) , n'est pas simplement le sujet de la pensée ou de la conscience, c'est-à-dire quelque chose d'abstrait, une entité logique, mais une force qui agit en même temps qu'elle pense, une pause personnelle et libre. La notion d'unité, telle que d'abord elle

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