TURNBULL
que toutes les vérités utiles fluiraient par être connues et adoptées par tous les hommes. Ce progrès y selon lui , n'avait pas de terme assignable. Mais qu'importent quelques illusions de détail ? Tidée mère j ridée féconde, seule vraie, était là et ne devait plus périr.
Condorcet dit que Turgot avait conçu le plan d'un grand ouvrage sur rame, sur Dieu, sur le monde, les sociétés, les droits des hommes, les constitutions politiques, la législation, radministralion et l'éducation. C'est sans doute un malheur que Turgot n'ait pu achever un pareil ouvrage. Il avait touché à toutes les matières indiquées par Condorcet , et à toutes avec succès. Mais ce que nous savons de sa vie et de ses idées suffit à faire pressentir ce système, dont ses travaux et ses écrits n'ont été que le reflet^ et qui, plus fécond que bien des systèmes conçus loin des hommes et des aCTaires,' donna un si noble essor à celle riche intelligence. Peu d'hommes ont su mettre une aussi complète unité dans tous les actes de leur existence. Il y en a moins encore , dans la sphère élevée où brilla Turgot, qui aient été mus aussi constamment et aussi profondément par le seul amour du bien public et de l'humanité. F. R.
TURNBULL ( Georges ) , né en Ecosse vers la fin du xvii« siècle, mort probablement en 1752 à Aberdeen, où il enseignait, depuis 1721, la philosophie morale au collège Maréchal , et comptait parmi ses élèves , de 1723 à 1726 , Thomas Reid. Il a laissé deux ouvrages : Prit^ cipes de philosophie morale ou Recherches sur le sage et bon gouver^ fiement du monde moral {The principles of moral philosophy , an enquiry, etc.), 2 vol. in-8*, Londres, 1740; — Traité sur la peinture ancienne et ses rapports avec la philosophie et la poésie ( A Treatise upon ancient painting and its connection, etc.) , in-8°, ib., 1741. A ce dernier écrit vient se rattacher celui qui a pour titre Collection curieuse de peintures anciennes, d'après des dessins excellents, faits sur les originaux, in-f% ib., 1744. Turnbull, comme il le déclare lui-même, est de l'école de Shaftesbury et d'Hutcheson, tant pour la méthode que pour les principes , tant pour la politique et la morale que pour la philosophie. Ce qu'il se propose surtout , c'est de transporter dans la philosophie morale la méthode de la philosophie naturelle de Newton, a Le grand maître, dit-il, dont la sagacité et l'exactitude merveilleuse ont fait faire tant de progrès à la philosophie naturelle, en exposant la méthode qui seule peut mener à des connaissances certaines , déclare que cette méthode peut servir à la philosophie morale autant qu'à la philosophie naturelle. Frappé de cette grande pensée, il y a longtemps que j'ai été conduit à étudier l'esprit humain de la même manière qu'on étudie le corps humain ou toute autre partie de la physique, et que j'ai tâché d'expliquer les phénomènes moraux comme on explique les phénomènes naturels. » On croirait entendre parler Reid luimôme, tant le disciple, en cela , est resté fidèle au mattre.
Conséquent avec lui-même, c'est par l'expérience, c'est par le témoignage direct de la conscience, et non par le raisonnement, que Turnbull établit la liberté humaine, a Si le fait de la liberté est certain, dit-il, il n'y a pas de raisonnement contre ce fait; mais tout raisonnement, quelque spécieux ou plutôt quelque subtil et embarras-
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sant qa'il soit , s'il est contraire à un fait y ne peat être qu'on sophisoie.... Le fait de la liberté est aussi assuré que tout fait d'^pé^ rience et de conscience puisse Tétre. »
L'ouvrage le plus important de Turnbull^ les Principes élephiloso^ fhi^ t^rale, se divise en deux parties^ dont chacune est l'objet d'un vqIiiqaç distinct. La preipièrç partie est purement philosophique el tf^Ue successivement, par la méthode expérimentale, les points suiy^ntsi : la liberté } le sentiment du beau, soit du beau naturel, soi( di| ^eau moral ; le sentiment du grand et du sublime ^ l'organisation sea-r $ible de l'homme ou le rapport de l'homme à la nature^ la dépendance réciproque du corps et de l'àme ; la loi de progrès et de perfection ; l'habitude ; la raison ; la raison morale ou le sens du bien et du v^^\ ; le rapport du sens moral à la religion ; table comparative du bien qI dvt mal dans l'humanité ; enfin la défense de la nature humaine ou 1^ réfutation des principales objections élevées contre la dignité de ('homme et contre la vertu. La seconde partie ou le second volume , e](clusivement religieux et fondé uniquement sur des autorités re^ ligieuses , a pour titre particulier Philosophie chrétienne ou Doctrine chrétienne concernant Dieu y la Providence, la vertu et Vétat futur, démontrée conforme à la vraie philosophie. C'est une suite de passages 4ea saintes Écritures où se retrouvent toutes les vérités démontrées ptûiQsopbiquement dans le premier volume. %^
ULRIG PE HUTTEIV, né à Sleckelberg, en Franconie, Tan 1488, et mort dans llle d'Unnau , sur le lac de Zurich, au mois d'août 1523, appartient à Thistoire de la philosophie, non pas précisément par ses doctrines, mais par le rôle important qu'il a joué au milieu de la plus grande crise qu'ait traversée l'esprit moderne. Après de brillantes études à Fulde, à Cologne, à Francfort-sur-l'Oder, reçu mattre es arts en 1SQ6, il se fit bientôt connaître par des poésies latines où brille, comme dit Bayle, une remarquable industrie. Ces poésies n'étaient pas seulement l'œuvre d'un littérateur habile, elles attestaient une âme ardente et un patriotisme plein d'audace. Le second ouvrage d'UIric de Hulten, le panégyrique d'Albert de Brandebourg, archevique de Jlaycnçe {In laudem reverendissimiAlberti, archiepiscopi Moguntini, panegyricm)y est une glorification de l'Allemagne où l'apologie du
i tassé est mêlée d'appels enthousiastes à l'avenir. L'élégance des formes atines et la fougue des sentiments germaniques y forment un singulier contraste. Ce contraste, c'est tout Ulric de Hutten. Pendant sa vie entière, on le voit passionné pour la renaissance des lettres et la mission de l'Allemagne. A Tignorance oppressive du moyen âge déclinant il oppose les lumières de la renaissance ; aux prétentions et aux abus de la cour de Rome , la fierté germanique. Ses écrits antérieurs à 1517 renferment bien des idées qui font pressentir la réforme. Lorsque