VALLA
sance. Son përe^ savant docteur en droit, était avocat consistorial près du saint-siége.
Yalta rendit d'éminents services à son époque par de nombreuses et d*éléganles versions d'auteurs grecs. Il en rendit aussi en combattant avec espHty avec éloquence , la barbarie et l'intolérance du bédantiftme scolastique. Il attaqua même Torgueil et Timmoralité dont le elergé s^était rendu coupable en plus d'un endroit. Il osa conte&tet* jus*
Îu'aux droits des pontifes $ï ce que l'on appelle là donation de lonstantin. C'est à cause de ces attaques téméraires qu'il fut banni de ftome; mais Alphonse Y, roi d'Aragon et de Naples, l'accueillit et le protégea toute sa vie. Le pape Nicolas Y le rappela dahs Roiiiê même et le nomma son secrétaire. Après avoir enseigné les humUiiités à Pavie, à Milan, à Florence et ailleurs , après avoir été impliqdé dans toutes les querelles littéraires de l'Italie , et avoir laiici Qnè foule de diatribes contre le Pogge aussi bien que contre ISartole, YàlIÀ mourut à Naples comblé de gloire et d'honneurs , à l'âge de cinqdâkité et un ans, en 1457.
Son ouvrage le plus connu, tant admiré et tant employé par Erasme, c'est le livre des Elégances de la langue latine.
Les écrits qui nous intéte^sent ici , puisqu'ils concernent la philoso-<> phie autant que la littérature classique , sont au cotatraire peu connus, et peut-être ne méritent-ils pas de l'être davantage, lis sont an nombre de trois : De dialectica contra Aristotelicos, id-f^, Yenise, lii99 ; •^ De libertate arbitrii , in-i®, Bâle, 1518 ; — De Xiolvi/ptaXe et vero bono, in-4.%ib.,1519.
Dans ces trois ouvrages , Yalla combat presque toujours les mettes adversaires, c'est-à-dire les sectateurs d'Aristote et les partisans de la scolastique. Parmi ceux-ci, Boëce lui semble le nom le plus conMdérable^ mais il n'en repousse pas moins certains antagonistes eontémt)oraids de ces mêmes scolastiques : Cusa , par exemple , lequel , selon Yalla , a le tort d'accorder à l'esprit humain la puissance de pénétrél* les mystères du monde idéal et supérieur, au lieu de le rappeler au sentiment de sa faiblesse et au devoir de l'humilité. Yalta acctito le péripatétisme de l'école, non-seulement de partir d'une ontologie abstraite, hérissée d'entités et de quiddités puériles, non-seuleoietit de suivre une méthode compliquée , sophistique , surchargée dé termes barbares et de procédés contraires au bon sens -, mais de cddâuire à rorgdeil d'esprit, en méconnaissant les limites de la science nlittirelle, et à l'irréligion, en enseignant l'éternité du monde et la mortalité de l'àme individuelle.
Il regarde la doctrine d'Aristote comme absolument impraticable ; et voilà pourquoi, dans ses Dialogues sur le bonheur, il compati la morale des stoïciens et celle d'Epicure , négligeant à la fois la Jddorale d'Aristote et celle de Platon. Dans ce parallèle, tout l'honneur revient, du reste, à la morale chrétienne, infiniment supérieure aux leçons de l'antiquité. La philosophie de Yalla est, en général , pratique plutôt que spéculative. La faculté qu'il met à la tête de toutes les t>ùissancës dont rhomme peut être doué , c'est la volonté. C'est parce que l'ËVadgile s'adresse spécialement à la volonté, que Yalla préfère la philosophie chrétienne à toute autre sagesse. La volonté est libre , dit-il }
la prescience divine ne peut pas la borner, parce que celte perfection n'est pas cause de nos actes. La toute-puissance de Dieu la limile-telle? S'il en était ainsi y l'accord de not>e liberté et de cet autre attribut de la Divinité serait un mystère^ une difficulté insoluble , piais une difficulté qui ne serait pas de nature à détruire la liberté^ non plus que la Providence divine. Tout dans Tbomme, la mémoire même et le jugementy obéit à la volonté^ parce que nos sentiments et nos actes ont^
I)our source et pour objet, le bien (m kmal, c'est-à-dire l'amour ou a haine de Dieu. Le vrai bonheur neHaurait consister que dans le plaisir de chercher le vrai bien, par conséquent de cultiver la vertu , par conséquent d^aimer Dieu , l'auteur et la source de tout bien réel.
Telle est la substance des traités moraux de Yalla. On y remarque une certaine élévation de sentiments, une tendance marquée vers une piété libre à la fois et simple , conciliable avec les besoins d'une croyance positive et les élans d'une intelligence avide de lumières et de progrès. C. Bs.
VAN-HELMONT (Jean-Baptiste), né à Bruxelles en 1577, issu des deux anciennes familles des Mérode et des Stassart^ se consacra de bonne heure à l'exercice de la médecine ^ malgré la résistance de sa mère , que ce choix blessait dans son orgueil. Telle fut Tardeur avec laquelle il suivit sa vocation, que, reçu licencié, à l'âge de dix-sept ans , à Tuniversité de Louvain , il fut appelé par ses maîtres à professer la chirurgie. Mais Yan-Helmont (k)nvient plus tard qu'il était chargé d'enseigner alors ce qu'il ne savait pas. À vingt-deux ans, il avait lu et commenté la plupart des ouvrages de médecine dus aux Grecs et aux Arabes , et les défauts qu'il y trouva lui inspirèrent dès ce moment le projet d'une réforme dans l'art de guérir. Tout à coup , après une atteinte de la gale, pendant laquelle il s^est convaincu de Timpuissance des remèdes prescrits en pareil cas par les auteurs , il se dégoûte de la médecine^ se reproche d'avoir dérogé en embrassant cette profession, renonce à tous ses biens en faveur de sa sœur, se défait de tout l'argent qu'il avait retiré de ses livres , et se met à voyager. Il parcourt successivement l'Allemagne, la Suisse, l'Angleterre, et, au bout de dix ans de cette vie errante, il rencontre un empirique qui lui découvre quelques-uns des secrets de l'alchimie, c'est-à-dire de la chimie. Aussitôt son imagination s'allume, et il retrouve sa passion pour la médecine; bon pas la médecine de Galien et d'Hippocrate, mais celle de Paracelse. Sans se faire illusion sur les imperfections de son nouveau maître, il marche sur ses traces, il cherche le remède universel; il prend le titre de philosophe par le feu {philosophus per ignem ), et la renommée qui s'attache au merveilleux , surtout en médecine, le respect et la reconnaissance qu'il inspire par l'exercice gratuit de son art, l'encouragent à persévérer dans cette voie. De retour dans sa patrie , retiré dans la petite ville de Vilvorde, à deux lieues de Bruxelles , il passe le reste de sa vie à faire des expériences et à écrire, préférant son indépendance à la brillante position que lui offrent à leur cour les empereurs Bodolphe II, Mathias et Ferdinand II. Malgré le moyen qu'il prétendait avoir trouvé de prolonger la vie humaine, il mourut
en 16i-49 flgé de soixante-sept ans , après avoir perdu sa femme et quatre enfants.
La médecine^ selon Yan-Helmont, se confond avec la science de la natare^ et dans la science de la nature il comprend la science des esprits, comme celle des corps, la métaphysique et la physique. Ses doctrines, nous n'osons pas dire son système, intéressent donc à un haut degré l'histoire de la philos<u>hie« Mais, avant de les faire connaître, nous devons donner une idée de ce que, à défaut d'un autre mot, nous appellerons la méthode de Van-Helmont, c'est-à-dire des procédés auxquels il demande la vérité, et du rôle qu'il attribue à la raison humaine.
Yan-Helmont est surtout un esprit indépendant, un hardi novateur. Il repousse également la méthode scolastique, encore florissante dans les écoles à l'époque où il vivait, et l'autorité des anciens, accréditée par les philosophes de la renaissance. La méthode scolastique n'est pas autre chose que le syllogisme ou le raisonnement : or, le raisonnement ne peut rien pour les principes; un principe ne se démontre pas^ et la science est avant tout la connaissance des principes. L'autorité des anciens est encore plus méprisable : car les anciens n'étaient que d'aveugles païens, indignes de servir de guides à ceux qu'éclairent les lumières de la grâce. Nous ajouterons que Van-Helmont ne montre pas plus de déférence pour l'autorité de Paracelse; et quant aux théologiens, il les renvoie a la théologie, en distinguant la science de Dieu de celle de la nature. Au raisonnement et à l'autorité , Yan-Helmont substitue deux choses qui vont difficilement ensemble : l'illumination et l'observation, le mysticisme et l'expérience. L'expérience lui parait propre à nous montrer les phénomènes , les effets extérieurs, la surface des choses; mais leur essence intime, leurs principes, rien ne peut nous les faire connaître qu'une révélation expresse , qu'une illumination intérieure de Tàme, provoquée en nous par la lecture de l'Ecriture sainte, le jeûne, la prière et la contemplation. Il raconte que plus d'une fois, après avoir vainement cherché à comprendre un objet par le raisonnement, il finissait par s'en faire une image, qu'il contemplait avec les yeux de l'imagination , et avec laquelle il avait comme des entretiens prolongés , ac velut eamdem alloquens. Fatigué par cet effort, ii s'endormait, et pendant son sommeil, surtout quand il avait jeûné, la même image lui apparaissait en songe et lui révélait ce qu'il voulait savoir. C'est ainsi qu'il a vu son âme sous la forme d'une vive lumière. Souvent aussi la vérité lui était communiquée par une grâce soudaine, quand, renonçant à tout désir, à toute action et à toute pensée, il s'abandonnait simplement à Dieu. Dans cette méthode étrange, Texpérience, comme on doit s'y attendre, ne joue que le second rôle; elle est appelée en témoignage des idées qui ont été conçues à priori ^ et quant à ces idées mêmes, bien qu'elles soient présentées comme le résultat d'une révélation intérieure et personnelle, il est impossible de n'y pas reconnaître l'influence de Paracelse et même de Cornélius Agrippa , inspirés eux-mêmes par les principes de la kabbale. Il conçoit toute la nature comme animée^ vivante, intelligente; mais, au lieu de n'admettre, à l'exemple de ses devanciers et de ses deux contemporains Jacob Boehm et Robert Fludd, qu'une seule vie, qu'une seule
èâ* VAN-ftELMONT.
ftme éi DDe seule intelligence, il a soin, poar garder intact le dogme de la création y de multiplier à l'infini les agents spirituels, les forces invisibles de la nature , et de diviser sous mille formes ce que les premiers avaient cherché a réunir. De là Fabsence de tout ordre et de toute synthèse danë Texposition de sa dôctrihe; de là une variété qui Va jusqu'à la confusion , sans compter les obscurités qui résultent de son langage et de sa méthode. Voici les points capitaux autour desquels viennent se grouper toutes ses opinions.
Dieu est le créateur et non la substance de la nature. Par bn acte de sa toute-paissance et de sa liberté infinie, îl a tiré Tunivers du néant ; il Ta formé , sans aucune matière préexistante, d'après un plan coliCQ dans sa sagesse.
En créant Tunivers, Dieu n'a créé que les principes dont Tunivers Èe compose; car, en agissant les uns sur les autres, en se mêlant et se combinant de diverses manières d'après des lois inhérentes à leur na* ture, ces principes nous rendent compte de tous les faits dont nous sommes témoins. Quoique Yan-Helmont n'ait jamais pris la peine de les conjpter et de les classer, on peut cependant être sûr qu'ils se trouvent compris dans les désignations suivantes : les éléments ^ les elfchées, les ferments, les blas^ les dmes.
Selon Yan-Helmont , il n'y a pas quatre éléments , mais deux, VaW et l'eau, qui ont été créés avant le ciel et la terreT Aussi croit-il , malgré son orthodoxie, que le récit de la Genèse est de vingt-quatre heures en retard , et que le jour qui nous est signalé comme le pretnier , n'a été que le secood. L'air est un corps compressible et dilatable , qui ne parait pas avoir d'autre office que celui de récipient et d'agent de transmission. Il est chargé de loger, dans les intervalles qui existent en lui , les vapeurs, exhalaisons ou gaz émanés de la terre, pour les transmettre ensuite aux différents corps terrestres. Ces intervalles sont de deux espèces : les pérôlides, c'est-à-dire les vases destinés à recevoir les émanations dont nous venons de parler, et le magnale, qui , sans être le vide, n'est pourtant plus l'air, mais une forme de l'air, une chose neutre, intermédiaire entre la matière et Tesprit; car le vide absolu n'existe pas pour Van-Helmont. Le magnale est, à proprement parler, ce que nous appelons les pores. Il est la seule cause de la compressibilité et de la dilatabilité de l'air.
L'air ne doit pas être confondu avec les gaz, dont le nom, tiré probablement du mot allemand GeUt (esprit), est de Tinvention de Yan- Helmont. L'air, comme nous venons de le dire, est ur élément. Les gaz, ne sont que le résultat d'une transformation opérée par un ferment, quand il est mis en contact avec un corps. Ils ont leur principe dans Peau, et peuvent tous par le froid se résoudre en eau. De plus, Tair est coereible ou peut être renfermé dans un vase. Les gaz n'ont point Cette propriété.
L^eau , le second élément reconnu par Yan-Helmont, joue un rôle bien plus considérable dans sa théorie. Elle est là matière dont sont formés tous les corps tangibles, et cette transformation ne lui fait point perdre son essence ; car tous les corps, de même que tous les gaz, peuvent, dans certaines circonstances, se résoudre en eau. C'est à ce principe que se rapporte la fameuse expérience du saule. Un saule^ du
VAN-HELMONT. été
poids de 5 livres, planté dans un pot imperméable qni contenait 200 livres de terre, pesa, au bout de cinq ans, 169 livres 3 onces, non compris le poids des feuilles. D*où venait cet accroissement? Ce n^est pas de la terre où Tarbre était planté ; car celle-ci était à peine dimi-' nuée de 2 onces : c'est donc de Teau distillée dont la plante étidt arrosée.
La terre n'est pas un élément, mais, comme tous les autres corps ^ un produit de Teau ; la matrice, et non la mère, des différents corps èn-^ gendres dans son sein. Quant au feu , loin d'être un élément, il n^est pas même un corps ^ il n'est pas une substance, mais un intermédiaire entre la substance et Taccident. Il ne produit rien ; il dessèche , il dé* truit, et ne parait utile que pour séparer ce qui est salutaire de ce qui est nuisible. Voilà pourquoi les alchimistes soumettent tous les corps à l'action du feu. Il ne faut pas parler d'une chaleur vitale; la chaleur n'est que l'effet, non la cause de la vie.
Mais comment l'eau, matière unique de tous les corps tangibles, se transforme-t-elle dans les corps? La matière, selon Van- Helmont> n'est pas purement inerte; ennemi des abstractions scolastiqûes, il ne conçoit pas plus l'inertie absolue que le vide absolu. Cependant il ne donne à la matière qu'un rôle tout à fait subalterne ; il la considère comme une cause auxiliaire, eoagissante, non comme une cause e/}iciente. Quelquefois même elle n'est à ses yeux que la substance de l'effet : materia est ipsUsima effectué substantia. La cause efficiente, celle qui joue le principal rôle dans les productions de la nature, est le principe que nous avons annoncé sous le nom d*arehée ; mais il porte aussi les titres û*esprit séminal ei agent séminal, parce qu*il réside dans les semences, parce qu'il est lui-même une semence vivante.
L'arehée est en même temps la vie et la forme des êtres physiques, ou leur forme active, substantielle. Il est produit par la réunion delà vapeur vitale {aura vitalis) et d'une forme ou image séminale {imago seminalis). Le premier représente la matière, et la seconde l'esprit. La semence visible n'est que l'enveloppe ou la silique de cette forme séminale, unique source de la fécondité. Les archées sont aussi nombreux que les différentes espèces de corps, soit organisés, soit inorganiques. 11 y en a pour les animaux ; il y en a pour les végétaux, et d'autres pour les minéraux. Leur aspect est lumineux et a pins oo moins d'éclat, selon qu'on monte ou qu'on descend l'échelle de la création. Ce n'est pas encore tout : dans les êtres vivants > dans l'homme et dans les animaux, il y a un archée pour chaque partie distincte de l'organisme; mais pour maintenir l'ordre et l'unité dans les fonctions, tous les archées particuliers sont placés sous le commandement d'un archée supérieur ou central, qui, avant de diriger le mouvement général de la vie, préside à la génération et détermine la forme de l'animal. Grâce à cette faculté, l'arehée ,. loin de subir la loi de la matière, lui donne la forme et les propriétés dont il a lui-même besoin; en un mot, il se fait son propre corps. Mais il ne faut pas dire, avec quelques historiens de la philosophie, qu'il en est le créateur; il le fabrique ayec l'eau , la matière première de toutes les substances tangibles.
Cependant, quelle que soit leur puissance, les archées ne sont pas des êtres libres, capables de prendre par eux-mêmes une détermination ;
ils ont donc besoin d'une impulsion ou d*ane excitation da dehors , sans laquelle ils resteraient à la fois inactifs et isolés les uns des autres. Cette excitation, ils la reçoivent des ferments, ainsi appelés parce qu'ils agissent à la manière du levain qui fait travailler la pâte. Les ferments sont donc les agents éloignés , la cause occasionnelle des phénomènes physiques , tandis que les archées en sont les agents immédiats, la (^use efficiente. Yan-Helmont distingue un ferment général, inaltérable, immortel, et des ferments particuliers, sujets à la corruption et à la mort. Le premier, créé dès Torigine du monde, a été répandu dans tous les lieux où devaient exister des semences propres à former des corps; et il a même la vertu, en s'unissant avec l'eau, d'engendrer lui-même ces semences que l'archée doit plus tard faire éclore. Il n'est ni isubstance , ni accident, mais une existence neutre, une simple forme qui ressemble à la lumière, et qu'on appelle souvent du nom de lumière vitale. Les ferments particuliers sont, comme les archées, partagés entre tous les corps. Placés dans les corps bruts, ils agissent par le contact de ces corps avec d'autres corps de la même espèce, comme le levain d'où ils tirent leur nom. Dans les corps organisés , ils sont unis à la semence, qu'ils excitent à se développer, et à laquelle ils communiquent un caractère propre, individuel : car ils varient dans chaque espèce autant que les individus : Fermenta individualiter per species distincta»
Les archées sont le principe de toute organisation , de toute spécification, de toute forme, soit générale, soit particulière. Les ferments sont les agents excitateurs de ce principe , incapable de commencer Faction par lui-même. Mais U existe, dans la nature physique, un antre phénomène dont il faut chercher la cause : nous vouions parler du mouvement, tant intérieur qu'extérieur. La cause du mouvement ou la force motrice, dans le langage de Yan-Helmont, s'appelle le hlas, sans doute de l'allemand blasen, qui veut dire souffler, chasser Tair des poumons , comme qui dirait la force impulsive. Pour chaque corps doué de mouvement spontané il y a un blas particulier. Au premier rang il y a le blas des astres , qui les fait mouvoir en cercle et qui agit par ce mouvement sur les corps terrestres; puis vient le blas des hommes. Ce dernier est de deux espèces : l'un naturel , qui agit sans la participation de notre volonté; l'autre libre, qui n'est que la volonté même. Il y a, entre les hommes et les astres, entre le blas des uns et celui des autres , une relation de temps et de signes , qui nous permet de prédire l'avenir , qui explique la divination , les songes prophétiques, les augures, mais qui ne porte aucune atteinte à notre liberté et ne concerne que la partie mortelle de notre existence.
Enfin, au-dessus des principes que nous venons d'énumérer, sont les âmes. Il y a deux espèces d'âmes : l'âme sensitive, commune à l'homme et aux animaux ; l'âme intellectuelle, immortelle , ou simplement Vesprit {mens) , qui n'appartient qu'à l'homme. Les végétaux^ aussi bien que les minéraux, n'ont qu'un archée, mais point d'âme; leur existence n'est que le développement d'une forme préexistante dans la semence ; ils ne sont pas vivants. L'homme n'avait , dans l'origine, qu'un esprit immortel, véritable image du Créateur où se réfléchissaient Tunité, l'harmonie de la nature divine, où toutes les fa-
cultes f unies par Tamoar et éclairées de la lumière d'en haut , n'offraient entre elles aucune distinction et encore moins de combat. Mais depuis que Thomme, abusant de la liberté, qui est inséparable de son être, s'est dégradé par le péché, le désordre et la division se sont établis dans sa nature. A son esprit immortel, qui est sa vraie substance, est venue se joindre une âme sensitive ou mortelle, siège de toute passion et de toute erreur. C'est à elle que nous devons de chercher la vérité par le raisonnement, au lieu de la voir comme autrefois par intuition. Elle seule reçoit les atteintes de la maladie , est soumise à l'influence des astres et périt avec le corps. Nous la partageons avec les animaux , car elle est le principe même de la vie animale. Elle commande à Tarchée central , dont nous parlions tout à Theure , comme celui-ci aux archées secondaires. Réunie, pendant ta vie, à Tesprit immortel, elle forme un duummrat {jus duumviratus) j qui a sou siège dans l'orifice de Testomac , tandis que Tarchée réside dans la rate. Le cerveau n'est pas le siège de l'âme ^ mais l'organe de ses perceptions et de la mémoire , et l'agent par lequel elle transmet sa volonté. Toutes ces facultés , en se séparant des organes qui leur obéissent , cesseront de se distinguer les unes des autres ; la mort rendra à notre esprit immortel son indépendance et son unité.
On voit clairement que Yan-Helmont , en appliquant à toute la nature les idées de vie, de force et de formes préconçues , c'est-à-dire les principes de l'idéalisme et du dynamisme, cherche à sauver le dogme de la création et la hberté humaine. Mais en fuyant un excès il tombe dans un excès contraire. Pour éviter la doctrine de l'identité, qu'il appelle de son véritable nom , et qu'il combat comme une autre forme de l'athéisme ; pour mettre le plus d'intervalle possible entre Dieu et la nature , entre la nature et l'homme , il multiplie à l'infini les agents et les principes ; il brise arbitrairement , par de chimériques hypothèses, l'unité de la création ; il introduit non-seulement la métaphysique dans la chimie , mais la chimie dans la métaphysique. Il a été plus heureux en appelant l'expérience au secours de ses conceptions à priori, La méthode expérimentale a produit entre ses mains des résultats féconds. Les historiens modernes de la chimie lui attribuent la découverte du thermomètre à eau , de l'acide sulfurique^ de l'acide carbonique , de l'acide nitrique , du deutoxyde d'azote, de l'acidité du suc gastrique , etc.
Les œuvres de Yan-Helmont , souvent réimprimées et traduites dans plusieurs langues, ont été publiées pour la première fois, par les soins de son fils, sous ce titre : Ortus medicinœ, id est initia physicœ tnaudita^ progressus medicinœ novus, in morhorum ultionem ad vitam longam, in-i"", Amst. , 1648 et 1652. L'édition de 1652 (2 tomes en 1 vol. in-i"" ), publiée par L. Elzevir, est la meilleure. — On consultera utilement sur Yan-Helmont la notice de Ritter, dans le tome x, c. 8 de son Histoire de la philosophie, et deux excellents articles publiés par M. Chevreul, dans le Journal des savants, février et mars 1850.
VAN-HELMONT (François-Mercure), le fils du précédent, naquit probablement à Yilvorde, en 1618. Non content d'étudier comme son père la médecine et la chimie, il s'exerça, dès sa jeunesse , dans tous
m VAN-HELMONT.
les arts et dans plusieurs métiers. Il savait peindre ^ graver, toarner, lisser de la toile et même faire des chaussures. Un jour, il lui prend fantaisie d'apprendre la langue des bohémiens ; il se joint à une de leurs bandes et se met à courir avec eux une partie de TEurope. En 1662 j, il est à Rome , où , par suite de quelques propos inconsidérés en faveur delà métempsy chose, il se fait arrêter par l'inquisition. Rendu, peu de temps après, à la liberté , il se rend à Manheim, en 1663 , près de rélecteur Charles-Louis, à Sulzbach, en 1666, et prend part, avec Knorr de Rosenroth , à la publication de la Cahhala dehudata, qui joue un si grand rôle dans les systèmes alchimiques. Il visite ensuite la Hollande et l'Angleterre^ et après avoir passé quelques années dans ce dernier pays, près de la comtesse de Cannovsray , son disciple et la sœur du chancelier Finch , il retourne en Allemagne , et meurt en 1699 , âgé de quatre-vingt-un ans , dans un faubourg de Berlin* Il se vantait d'avoir trouvé l'elixir de vie et la pierre philosophale.
Au lieu du mysticisme de Jean -Baptiste, corrigé par l'expérience et par un vif sentiment de la liberté et des facultés morales de l'homme, nous ne trouvons chez François-Mercure qu'un illuminisme sans règle y dégénérant en panthéisme. Il veut, comme il ledit lui-même dans la préface des œuvres dç son père , embrasser tout entier, depuis la base jusqu'au fahe 9 le saint art, V arbre de la vie, c'est-à-dire la science mystique; il veut voir toutes choses dans leur essence^ dans leur principe commun. Aussi, pour qu'on ne se méprenne pas sur le but de ses recherches , prend-il le nom de philosophe par Vunité (pMlosçphusper unum in quo omnia)^ comme son père avait pris celui de
1}hUosophe par le feu. En effet, toute sa doctrine se réduit à un méange assez informe des dogmes chrétiens avec le système de la kabbale. Il admet la création, mais une création éternelle, sans commencement ni fin, et qui n'est pas autre chose, au fond, qu'une émanation. La substance de tous les êtres est la même, unica nimirum subsiantia sive entitas, et il n'y a que les modes qui diff^èrent. Toute la nature est vivante, tout corps est animé et toute âme a un corps. L'âme, c'est la lumière; le corps, ce sont les ténèbres. Mais ce qui est lumière à un certain degré , devient ténèbres à un degré supérieur, et ce qui est ténèbres se change en lumière à un point de vue opposé. Les ténèbres n'étant qu'une négation , c'est-à-dire un moindre degré de lumière , la matière un moindre degré d'esprit, il en résulte que tout est esprit, que tout est lumière ; que la vie de la nature consiste en une suite do transformations de l'unique substance ; que la vie de Tâme ne peut s'expliquer que par la métempsy chose. A ce dogme, consacré aussi par la kabbale, François-Mercure rattachait cette idée de son père, que l'âme se fabrique le corps dont elle a besoin. Ainsi, une âme dégradée par les passions brutales se fait, après cette vie, un corps do bête. Celle qui a vécu saintement se fait un corps angélique. Il n'y a
{»oint de déchéance absolue : car il y a une limite nécessaire dans les énèbres ou dans le mal. Toute âme arrivée à cette limite se relève et se régénère. L'originalité ne manque pas moins à toutes ces opinions que la solidité.
Yan-Helmont s'est aussi occupé do langage. Il croyait avoir démontré que l'hébreu est la langue naturelle de l'homme, celle que tout homme
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parlerait s'il n'était corrompu par la société, et qae tous ses caractères représentent si fidèlement la positioq où doivent se trouver les orgaues pour les prononcer, qu'un sourd-muet pourrait les articuler à la première vue. C'est même à cette idée qu'il a consacré son premier ouvrage : Alphabeti vere naturalis , hebraici, brevUsima delineatio, qunf simul methodum suppeditat juœta quam^ qui surdi nati sunt, sic ifi/brmari possunt , ut non alios solum loquentes intelligant , sed et ipsi ad êermonis usum perveniant ,in'i2, Suizbach, 1667. Les autres ouvrage3 de Yan-Helmont sont ; Opuscula philosophica quibus continentur principia philosophiœ antiquissimœ et recentissimœ, etc., inl2, Amst., 1690 'y — Seder Olam , sive Ordo sœculorum , historica enarratio doC" trinœ, in-12, ib. ^ 1693; — Quœdam prœmeditatœ et eomideratœ cogitationes super quatuor priora capita Hbri primi Moisis , in-8% ib., 1697. — On peut consulter sur ce philosophe , Reimmann , Historia universalis atheismi , in-S"", Hildesheim, 1725; et Adelung, ^utotri de la folie humaine, t. iv, p. 29k et suiv« (allem.)*
VANINI. Son vrai nom , tel qu'il est écrit dans les archives d^ l'ancien Parlement de Toulouse, était Vcilio, et son prénom Pompeio; mais il y substitua, par une fantaisie digne de cette époque, ceux de Jules César, afin d'exprimer son désir, disent les mémoires du temps , de conquérir la France à la vérité comme le dictateur romain avait autrefois conquis la Gaule. Né à Taurisano , près de Napies , vers 1584> , puisqu'il affirme avoir trente ans en 1516 , au moment où il publie ses Dialogues sur Naples, il étudia successivement i Naples et à Padoue , puis se mit à parcourir tous les pays et toutes le^ villes de l'Europe ou la philosophie était cultivée, la Hollande, la Belgique, l'Angleterre, Genève, Lyon, Paris, vivant comme il pouvait, donnant des leçons sur toutes choses , principalement sur la médecine, la philosophie et même la théologie; car il a dû entrer dans les ordres , comme le fait supposer un passage des Dialogues où il assure avoir fait autrefois des sermons. Enfin il se rendit à Toulouse, où son esprit plein de vivacité, ses dehors aimables , son immense érudition , son éloquence, lui valurent d'abord de très-grands succès et attirèrent à son enseignement de nombreux élèves ; même le premier président du Peorlement , Lemazuyer, lui donna un appartement dans son hùtel et lui confia l'éducation de ses enfants. Mais bientôt accusé, par la rumeur publique, de professer l'athéisme, il fut poursuivi pour ce crime devant le Parlement, et, sur le réquisitoire du conseiller Catel^i condamné à être brûlé vif après avoir eu la langue coupée. Cette exécrable sentence, prononcée le 9 février 1619, après un procès de six mois , fut exécutée immédiatement avec une cruauté dont les détails font frémir d'horreur.
Vanini n'a laissé que deux ouvrages, bien qu'à tort ou à raison il s'en attribue beaucoup d'autres. L'un s'appelle Amphithédtre de Véternelle Providence : Amphitheatrum œtemœ Providentiœ divino-magicum, ehristiano-physicum , necnon astrologo-catholicum , advèrsus vetens philosophos, atheos, epicureos, peripatetieos etstoicos, auctore Julio Cœsare Yanino, philosopho, theolojfo acjuris utri^sque doctore, in-12j( Lyon, 1615. L'autre; habituellement cité sous le aom de i>ia/o9tie<n4r lamiMre,
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parce que c'est on traité de physique, rédigé sous forme de dialogues , a pour véritable titre .- Quatre livres mr les secrets admirables de lanature, reine et déesse des mortels: Julii Cœsaris Vanini, Neapolitani, etc. y de admirandis naturœ ,reginœ deœque mortalium, arcanis^ libri quatuor, in-12, PariS; 1616. Entre ces deux écrits , qui se suivent à une année de distance, on remarque une différence énorme, pour ne pas dire une opposition complète. Le premier, dédié au duc de Taurisano, ambassadeur d'Espagne auprès du saint-siége, et revêtu de toutes les approbations officielles , respire partout une orthodoxie sévère et une soumission absolue à l'Eglise, en même temps qu'il défend, au nom de la raison, la Providence, la liberté, la responsabilité humaine. Le second, dont le titre seul est déjà presque un cri de révolte, nous représente Iç monde comme un être éternel , vivant de sa propre vie , un dieu, et, à ces doctrines, qui rendent évidemment inutile Tintervention d'un créateur, ajoute des maximes d'une morale relâchée et même licencieuse. Mais l'auteur le déclare lui-même {Dialogues, p. 428), celui-là n'est qu'un masque, et les Dialogues seuls contiennent sa véritable pensée. Cependant nous allons essayer de les analyser rapidement Tun et l'autre.
L* Amphithéâtre se divise en cinquante chapitres ou exercices, dans lesquels, après avoir établi l'existence et la nature de Dieu, après avoir déterminé l'idée et donné les preuves de la providence , après avoir reconnu deux espèces de providence, l'une générale et l'autre spéciale , Vanini discute les objections que soulèvent ces doctrines ; il réfute les arguments de Diagoras , de Protagoras et de leurs modernes imitateurs contre l'existence de Dieu ; il résout les difficultés que Cicéron élève sur la conciliation de la liberté humaine avec la divine Providence ; il attaque le matérialisme des épicuriens et le fatalisme de de l'école stoïcienne. Partout il se montre l'adversaire des philosophes scolastiques , de Cicéron et de Platon , reprochant aux premiers leur ignorance , au second ses déclamations , et au dernier des rêveries de vieille femme : anilibus fere platonicis deliriis et insomniis. Il ne reconnaît pour maître qu'Aristote , interprété par Pomponace et par Averrhoès. Aussi Dieu est-il conçu par lui non pas comme la cause ou le principe moteur de l'univers , mais comme la substance éternelle et infinie, comme l'être des êtres } et, rejetant absolument Ja preuve pa^ le mouvement , il le dépouille , en quelque façon , de l'activité que cet argument suppose, et est conduit à en donner cette définition équivoque : « Enfin il est tout, au-dessus de tout , hors de tout, en tout , à cAté de tout, avant tout, anrès lout^ et tout entier. » Quant à l'immortalité de l'âme, il se montre le digne disciple de Pomponace. Il ne croit à l'immortalité de l'âme que parce que le corps doit ressusciter ; et il ne croit à la résurrection des corps que sur la foi de l'Ecriture. «J'avoue ingénument, dit -il (exerc. 27, p. 163-164), que l'immortalité de l'âme ne peut être démontrée par des principes naturels ; c'est un article de foi . puisque nous croyons à la résurrection de la chair. Le corps, en enet, ne ressuscitera pas sans l'âme.... Moi donc, chrétien et catholique, si je ne l'avais appris de l'Eglise, qui nous enseigne certainement et infailliblement la vérité , j'aurais de la peine à croire à Timmortalité de l'âme. » En revanche^ il parle très-bien de la liberté, qu'il