‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 81 sur 101 · C. Bs · texte numérisé non relu

C. Bs

XÉNARQUE BB Séledcie , philosophe péripatéticien du i«' siècle de rère chrétienne, qui, après avoir tenu école dans sa ville natale, se rendit successivement à Alexandrie, à Athènes et à Rome. Pendant le séjour qu'il fit dans celte dernière ville , il gagna les bonnes grâces d'Auguste. Il comptait au nombre de ses disciples Strabon , qui parle de lui avec éloge {Géogr., liv. xiv). Il est également cité par Julien , dans son Discours sur la mère des dieux, et par Simplicius, dans ses commentaires sur le traité du Ciel d'Arislole. Il n'a laissé aucun écrit; mais on peut consulter sur lui : Patrizzi, Discttssiones peripateticœ , t. i, lib. X, p. 136; et Gaudentius , De philosophis romanis ^ c. 69. X.

XÉNIADE DE CoRiNTHE. Scxtus Empiricus {Adversus Mathematicos, lib. vu) parle de ce philosophe comme d'un disciple de Xénopbane , et le range, par conséquent, dans l'école d'EIée. C'est à ce fait qu'il faut rattacher les opinions qu'on lui attribue. Ainsi, quand il disait que rien n'est vrai , que tout est faux , il voulait parler probablement des choses finies et contingentes. Quand il affirmait, d'un autre c6té, que tout ce qui nait vient du néant (ex toO yà ovtoO et que tout ce qui meurt retourne dans le néant, c'était sans doute une hypothèse qu'il faisait, pour montrer que la génération et la mort sont absolument impossibles : car c'est au nom même de ce principe, consacré

par toute l'antiqailé , que rien ne vient du néant et n'y peut retourner, que les philosophes de l'école d'Elée niaient la génération et la mort, c'est-à-dire les choses conlingenles. — On peut consulter sur Xéniade, Fabricius, dans son édition des Œuvres de Sextus, note E. X.

XEIVOGRÂTE, un des premiers disciples de Platon, naquit à Cbalcédoine dans la l'"" année de la 96*" olympiade, ou 3% ans avant Jésus-Christ y succéda à Speusippe, en 339, dans la chaire de TAcadé* mie, et, après avoir enseigné sans interruption pendant vingt-cinq ans, mourut en 31^^ âgé de quatre-vingts ans. Son esprit était dépourvu d'élégance et de facilité. Plus d'une fois Platon lui donnait le conseil de sacrifier aux grâces ; et, le rapprochant d'Aristote , il avait coutume de dire que l'un avait besoin d'aiguillon et l'autre de frein. Xénocrate luimême se comparait à ces vases d'une embouchure étroite, qui reçoivent difficilement, mais conservent très-bien. En revanche, Pélévation de son âme, l'austérité de ses mœurs, sa fermeté, son désintéressement , son dévouement à son maître , lui ont concilié le respect de ses contemporains et doivent inspirer pour lui le même sentiment à la postérité. Qu'il soit vrai ou non que les magistrats d'Athènes regardaient sa parole comme un serment; que , tout étranger qu'il était, il a été choisi par les Athéniens pour être envoyé avec Pbocion en ambassade près de Philippe; qu'Alexandre le Grand lui envoya une députation , avec cinquante talents , et qu'il les refusa ; cette tradition seule nous montre quelle était, dans l'antiquité, l'autorité de son caractère.

Comme philosophe , Xénocrate est beaucoup moins remarquable. Autant que nous pouvons juger de sa doctrine par de rares traditions, dispersées dans différents auteurs , elle consistait principalement à traduire les idées de Platon par les formules mathématiques de l'école pythagoricienne. Ainsi, Dieu et l'âme du monde sont pour lui la monade et la dyade : la monade qui est aussi appelée le père des dieux , la raison , le nombre impair, règne dans le ciel \ la dyade , c'est la mère des dieux, le dieu femelle, qui* préside au mouvement oblique des planètes. Tous deux ensemble ont donné naissance au ciel et aux sept planètes. L'intelligence pure qui a formé le monde , la substance des idées ou la nature divine est comparée au triangle équllatéral , parce qu'elle est partout semblable à elle-même ; le triangle scalène, au contraire , formé d^ côtés inégaux , nous représente les choses mortelles; et le triangle isocèle celles qui tiennent le milieu entre les deux extrêmes, c'est-à-dire les génies, les forces immatérielles, parce qu'il se compose de deux côtés égaux et d'un côté inégal. Quant à Pâme humaine, il continue de l'appeler, avec Pythagore et Platon , un nombre qui se meut lui-même. En résumé, l'assimilation que Platon établit, dans le Timée, entre les éléments matériels et les diverses formes géométriques, Xénocrate cherche à l'étendre aux êtres et aux idées en général ; mais cette assimilation ne va pas jusqu'à l'identification ou à la confusion des nombres avec les choses elles-mêmes. Ainsi, Dieu, pour lui, n'estpas seulement l'unité; c'est l'intelligence activedont la pensée pénètre l'uDivers et se manifeste jusque dans les animaux privés de raison, c est-à-dire dans les lois de l'instinct. Cependant on peut dire qu'il a

abaissé la doctrine de Platon : car tandis que celui-ci noas montre les nombres comme an intermédiaire entre les choses périssables et les idées y Xénocrale les met sur la même ligne que les idées, ou tend à effacer toute différence entre les uns et les autres. Il résulte de là qae^ le monde intelligible se trouvant immédiatement en contact avec le monde sensible , le dernier peut être considéré simplement conoime un degré inférieur du premier, et la série, la progression des nombres, comme l'expression fidèle des rapports des êtres. Telle parait être, en effet; la pensée de Xénocrate lorsqu^il distingue un Jupiter très-haut (QirATcv aîa), un Jupiter premier, qui n'est pas autre chose que l'essence même des idées , et un Jupiter dernier (t'ov v^atov ) , dont le siège est dans la lune ; lorsqu'il reconnaît dans le ciel et dans les étoiles autant de divinités; lorsqu'il assigne à l'âme du monde la place que Platon donne à la matière ; en6n , lorsqu'il admet , au-dessous de l'âme du monde^ un nombre infini de génies ou de démons, les uns bons , les autres méchants, qui agissent sur les âmes humaines et régnent sur les éléments de la matière. Dans cette théorie confuse ne voit-on pas le germe du système néoplatonicien ?

Xénocrate prenait tellement au sérieux le rapport des choses avec les nombres, qu'il l'opposait comme un argument aux objections que Zenon tirait de la divisibilité infinie de la matière contre Texistence du monde. Chaque corps ayant son essence propre ^ et cette essence étant représentée par une figure de géométrie, par un triangle particulier, il en concluait qu'il y a des triangles et , par conséquent , des lignes indivisibles. C'est contre cette chimère qu'Aristote a écrit spn livre des Lignes insécables,

La morale de Xénocrate nous laisse peu de chose à dire : elle paraît avoir été plus pratique que spéculative, et se réduit à quelques maximes, telles que celles-ci : « Les véritables philosophes sont ceux qui font volontairement ce que les autres hommes font par la crainte des lois. » 11 résulte cependant d'un passage de saint Clément d'Alexandrie {Strom., liv. ii), qu'il cherchait à unir le bonheur avec la vertu, regardant celui-là comme une conséquence de celle-ci; et comme le bonheur ne peut être conquis que par les forces et les facultés qui sont soumise^ à notre âme , il voulait aussi le développement de toutes nos facullés ; mais il croyait en même temps que le bonheur complet est impossible et qu'il faut savoir choisir entre les biens de l'âme et ceux du corps.

On peut consulter sur Xénocrate : Van den Wynpersse, Diatribe de Xénocrate Chalcedonio , in-8°, Leyde, 1822; et la critique approfondie qui a été faite de cet ouvrage dans les AnnaUs de Heidelberg, année 1824., p. 275.

XÉiVOPHAJVE 9 le fondateur do Técole d'Elée, naquît à Colophon, colonie ionienne de l'Asie Mineure, aulrefois célèbre par sa prospérité et son luxe. Les auteurs sont partagés sur la date de sa naissance; mais, d'après les témoignages les plus nombreux et les plus dignes de foi, ceux d'Apollodore, de Solion et de Sextus Empiricus, il reçut le jour vers la 40* olympiade, ou environ 620 ans avant notre ère. Obligé, dans un âge déjà avancé ^ de quitter son pays, il passa quelque temps

à Zancle et à Catane, en Sicile , et vint, dans la 61* olympiade , s'établir à £lée, fondée récemment par des Phocéens dans la Grande>Grèce, à la suite de l'invasion des cilés grecques de l'Asie par les Perses. Il avait alors près de quatre-vingt-quatre ans; mais il ne devait pas manquer de sève et de vigueur, puisque huit ans plus tard il composait encore des poésies. Nous avons conservé de lui un fragment en vers où il se donne lui-même l'âge de quatre-vingt-douze ans. Il passa la fin de sa vie dans l'abandon et dans la pauvreté , ayant vu mourir ses enfants^ qu'il ensevelit de ses propres mains , et gagnant sa subsistance dans le mélier de rapsode, en chantant les vers dont il était l'auteur. Tant de revers n'eurent point de pouvoir sur son ûme. Timon le sillographe, qui ne ménage pas les philosophes, donne les plus grands éloges à sa bonne foi , à son indépendance et à sa modération. 11 mourut probablement à Colophon presque centenaiie.

On atlribue à Xénophane un grand nombre de poëmes, mais dont un seul intéresse la philosophie, c'est celui qui a pour titre : D$ la Nature (neptTrc^fûaewç). Ce titre, qu'on rencontre, avant Socrate^ dans une foule de compositions philosophiques, soit en vers, soit en pro^e, c'est Xénophane qui paraît l'avoir adopté le premier pour un genre de poésie dont il est le créateur. Le poëme de la nature, selon l'usage de ces temps reculés, n'a pas été écrit; mais Xénophane, comme nous l'avons dit plus haut, le récitait en chantant, et c'est la tradition seule qui nous en a conservé quelques fragments. On conçoit qu'une œuvre publiée de cette manière a dû périr presque en entier : il n'en est pas de même des opinions de Xénophane, que les générations philosophiques ont pu se transmettre sans le telle. C'est ainsi que nous possédons un assez grand nombre de témoignages indirects, de fragments en prose recueillis dans différents auteurs, et qui, sans les compléter, ajoutent considérablement aux fragments poétiques.

Ce serait se faire beaucoup d'illusion que de vouloir tirer de ces débris un système régulier et parfaitement un ; mais on n'y aperçoit pas ûon plus la contradiction qu'on a reprochée à Xénophane, en divisant sa doctrine en deux parties diamétralement opposées, dont l'une appartiendrait à l'école ionienne et l'autre à Kécolc pythagoricienne. Ses opinions lui appartiennent et se laissent très-bien concilier entre elles. Les unes, purement critiques, sont dirigées contre l'anthropomorphisme païen ; les autres se rapportent à la vraie nature de Dieu et représentent ce qu'on peut appeler la métaphysique de Xénophane; enûn, reste ce qu'on a appelé sa physique, c'est-à-dfre les opinions que nous tenons de nos sens^ et qui, dans sa pensée, comme dans celle de ses disciples, ne nous représentent ^ue des apparences sans réalité.

Sur la guerre que Xénophane faisait an polythéisme, il ne peut y avoir aucun doute. « Ce sont les hommes , dit-il , qui semblent avoir produit les dieux et qui leur prêtent leurs vêtements , leur voix et leur forme, d — n Les Éthiopiens les représentent noirs et camus , les Thraces avec des yeux bleus et des cheveux roux. » — « Si les bœufs ou les lions avaient des mains, sMls savaient peindre avec les mains et exécuter les mêmes ouvrages que les hommes, ils peindraient aussi des images des dieux et les représenteraient avec des corps de la même

forme que le lear : les chevaux avec un corps de cheval , les bœufs avec UD corps de bœuf, d Arislole, dans sa Rhétorique, lui fait dire que c'est une égale impiété de prétendre que les dieux naissent ou qu'ils meurent, car Tune et l'autre opinion détruit Texistence des dieux. Cette religion poétique de la Grèce, il ne la trouve pas seulement absurde, il lui reproche d*étre immorale. « Homère et Hésiode y dit-il , ont attribué aux dieux tout ce qui passe aux yeux des hommes pour déshonneur et infamie : le vol, Tadullère et la trahison. » Aussi Timon l'appelle-t-il le contradicteur des mensonges d'Homère, Cependant , ce poêle est encore celui qu'il préfère à tous les autres. Il n'était pas moins ennemi des philosophes qui parlent par allégories et qui introduisent dans leurs spéculations les divinités mythologiques, tels que Epiménide et même Pythagore. Il a composé contre ce dernier une épigramme assez mordante , qui nous a été conservée.

Aux grossières divinités de TOlympe, Xénophane veut substituer le Dieu unique , le Dieu immatériel , le Dieu immuable de la raison ; c'est vers ce but que tendent tous les efforts de sa métaphysique; car il ne faut pas confondre Xénophane avec ses successeurs : son dessein n'est pas d'établir qu'il n'y a qu'un seul être , mais un seul Dieu , et voici en quels termes il le définit dans son poème : « Un seul Dieu supérieur aux dieux et aux hommes, et qui ne ressemble aux mortels ni par le corps ni par l'intelligence. » — « Il est tout œil, tout intelligence, tout oreille. » Sans connaître la fatigue, il dirige tout par la puissance de Tintelligence. » — « Toujours semblable à lui-même, il ne peut jamais changer ni passer d'un lieu dans un autre, d Xénophane ne se contentait pas d'énoncer ces propositions, il essayait de les démontrer; et les arguments qu'il employait nous ont été transmis, non dans leur texte, mais dans leur esprit, par Aristote, Théophraste et Simplicius.

Il est impossible, disait-il, d'appliquer à Dieu l'idée de naissance; car tout ce qui naît doit naître nécessairement d'une chose semblable ou dissemblable à lui-même. Or, l'un et l'autre est impossible. Le semblable ne peut ni produire le semblable, ni en être produit; autrement la similitude serait détruite. Le dissemblable ne peut pas produire le dissemblable; car si le plus fort naissait du plus faible, ou le plus grand du plus petit, ou le meilleur du pire, ou, tout au contraire, le plus faible du plus fort, le pire du meilleur, Tétre sortirait du non-être, et le non-être de l'être.

Par cela seul que Dieu n'a pas commencé, il ne peut pas finir; car qu'est-ce qui finit? qu'est-ce qui est atteint par la génération et la mort? C'est ce qui est né; mais tout ce qui n'est pas né, tout ce qui est par lui-même et non par un autre être, est éternel.

Voilà réternité de Dieu démontrée; voici comment maintenant on prouve son unité. Si la nature divine existe, elle doit être ce qu'il y a de meilleur et de plus puissant; par conséquent. Dieu est un ; car s'il y avaitdeuxouplusieursdieux,ilne serailpas tout ce qu'il y a de meilleur et de plus puissant. Or, si Dieu est éternel , il est immuable, et, par suite, immatériel, puisque la matière subit tous les changements.

On conçoit que Parménide et Zenon, appliquant ces mêmes raisonnements a ta notion de Têtre^ en aient tiré cette célèbre conclusion, que

1*ètre est un, qu'il n'y a pas de miliea entre Tètre et le non-étre; mais Xénophane n'a jamais professé ce panthéisme logique ; il ne le laisse apercevoir, au moins d'une manière directe, dans aucun des fragments qui nous sont restés de lui, et Ton peut même lui attribuer le contraire; car puisque Dieu , comme il dit , gouverne ou meut le monde par la pensée de l'intelligence (voeu (ppevl irâvra xpa^aîvei), c'est qu'il est actif et distinct du monde. Cependant nous ferons remarquer que Dieu et l'intelligence, que Dieu et la pensée semblent se confondre chez lui, comme chez Parménide la pensée et l'être. « Etant un , dit Aristote (De Xénophane, Zenone et Gorgia)^ il convient qu'il soit partout semblable à lui-même, qu'il voie, qu'il entende, qu'il ait tous les sens dans son être tout entier ; car, s'il en était autrement, il y aurait en lui des parties qui seraient dominées les unes par les autres, ce qui est impossible. » C'est à cause de cette identité et de cette uni|é parfaite en Dieu, que Xénophane lui attribue la forme spbérique ; mais évidemment ces paroles ne peuvent être prises que pour une métaphore. Cet être immatériel, qui est tout intelligence et tout pensée^ ne peut pas revêtir une forme géométrique.

Nous voici arrivés à la partie la plus faible et la plus obscure de la doctrine de Xénophane , à ses idées sur le monde physique. Autant il a pu nous para!ti*e afOrmatif et absolu lorsqu'il parle de Dieu, autant il se montre ici irrésolu , sceptique ou esclave des apparences. Et comment s'en étonner? Si tout ce qu'il y a de réel dans Texistence appartient à Dieu , et si Dieu, la sphère éternelle, demeure renfermé en lui-même, parce qu'un être, comme nous l'avons vu précédemment, n'en peut produire un antre, le monde, la génération, comme disent les anciens philosophes, est nécessairement quelque chose de problématique, d'inintelligible à la raison, où il faut s'abandonner aux illusions des sens. De là cette sentence qu'on a faussement interprétée dans le sens d'un scepticisme universel ; car elle ne s'applique qu'à l'univers matériel et aux dieux de la mythologie : « Nul homme n'a su« nul homme ne saura rien de certain sur les dieux et sur l'univers (ircf l ^àvTCdv); et celui qui en parle le mieux n'en sait rien non plus : c'est l'opinion qui règne sur toutes ces choses. »

Les auteurs sont partagés sur les principes physiques ou les éléments reconnus par Xénophane. Les uns veulent qu'il ait fait tout dériver de la terre, les autres de l'eau, d'autres de l'eau et de la terre tout ensemble ; mais il est douteux même qu'il se soit occupé de cette question. On connaît mieux ce qu'il pensait de la Jorme de la terre. Se réglant sur l'apparence, il la considérait comme une sorte de cône tron- 3ué qui a son sommet sous nos pieds , dont la base se perd dans l'inni, et qui touche à l'air ou à l'élher. La mer lui paraissait la source de toute humidité , et s'il y a de l'humidité dans la terre, c'est que la mer l'a envahie autrefois ; de même si la mer est salée , c'est qu'il y a encore des parties terrestres en dissolution dans son sein. Les étoiles ne sont que des vapeurs de la terre, des nuages enflammés qui s'éteignent et se rallument comme des charbons : quand ils s'allument, nous disons qu'ils se lèvent ; quand ils s'éteignent , qu'ils se couchent. Le soleil est composé de la même manière. C'est la chaleur qui, en échauffant la terre, produit les végétaux et les animaux. On le voit, tout est

livré ici au hasard , à l'illasion et à l'apparence , parce qae Dieu seol est i'objet de la raison.

On peut consulter sur Xénophane : Brandis , Commentationum eleàtiearum pars prima j in-S"*, Alloua, 1813; — Karsten, Philosophorum grœcorum veterum reliquiœ^ in-S**, Amsterdam, 1830; — Cousin, t. !•' des Fragments philosophiques^ k^ édition, in-12, Paris, 184-7. Tous les fragments de Xénophane et tous les passages qui se rapportent à sa doctrine sont réunis et expliqués par ces trois écrivains. Cependant nous indiquerons aussi quelques travaux plus anciens : Fulleborn , Liber de Xénophane^ Zenone et Gorgia Aristoteli vulgo iributus , pariim illustratuSf in-b"*, Halle, 1789 ; — Spaiding, Vindieiœ philosophorum megarieorumf in-4**, ib., 1792} — Walther, les Tombeaux des étéaies ouverts y in-Vy Magdebourg et Leipzig, ilûk (allem.) ; — Bahle, Commentatio de oriu et progressu pantheismi inde a Xénophane^ primo ejus auctore,usque adSpinozam^ in*4<», Gœllingue; 1790; — Roscbœann, Dissertatio historico-philosophica de Xénophane^ in-ï'', Altdorf, 1729; — Tiedmann, Xenophanis décréta; Nova bibliotheca philologica et cntica , t. I", 2« cahier.

XENOPHON , fils de Gryllus , naquit à Erchia , bourg derAttique , Van h de la 73* olympiade ikkS ans avant Jésus-Christ). Il suivit pendant longtemps les leçons deSocrate, et combattit à Deiium aux côtés de son maître , qui lui sauva la vie. Selon toute probabilité , il prit aussi part à la guerre des Athéniens contre les Béotiens, puisqu'on dit qu'il a été prisonnier de ces derniers, et qu'il reçut pendant ce temps les leçons de Prodicus de Céos. Tout le monde connaît la célèbre retraite de9 Dix mille y dont il fut à la fois l'historien et le héros. Mais avant d'arriver au degré d'expérience qu'il montre dans cette action, il faut certainement qu'il se soit formé à Tart militaire pendant la guerre du Péloponèse. Banni d'Athènes à cause de sou amitié et de son admiration pou^ Agésilas , roi de Lacédémone ^ il suivit la fortune de ee prince jiisqu^à la bataille de Coronée , et s'établit ensuite en Elide, puis à Corinihe. Rappelé par les Athéniens , en 369 , il refusa de revenir, et mourut à Corinlhe en 355.

Les ouvrages philosophiques de Xénophon sont : les Mémoires sur Soerate, V Apologie de Socrate, le Banquet, Hiéron ; ses ouvrag«»s politiques sont la Cyropédie, l'Economique, les Républiques de Sparts et d'Athènes, tes Revenus de VAttique.

Xénophon a caractérisé lui-même avec trop de sévérité et de modestie la nature de son talent , au chap. 13 du Traité sur la chasse. « Je ne suis ^ dit-il , qu'un homme ordinaire ; mais je sais que la première éducation morale vient de l&i nature; après elle, consultons les hommes vraiment sages et éclairés, non ceux qui savent l'art de tromper. Pt'utélre mon style esl-il dépourvu d'élégance, mais je ne sliis point jaloux de cet avantage. J ai à cœur de tracer les leçons nécessaires H ceux qui se forment à la verlu. »

Xénophon se trompe : il écrit avec une rare élégance, et n'est point dn hothme ordinaire; mais il n'a pas, comme Platon, le sentiment sublime de l'idéal. Esprit positif et pratique, il s'est attaché à la letlre, bien plus qu'à l'esprit de renseignement de Socrate. Mais par 1à même,

XÉNOPHON. lois

les renseignements que nous donne Xénophon sur son naaitre sont précieux par leur exactitude, et curieux à recueillir pour Thisloirede la philosophie grecque.

Cet esprit d'ardenl prosélytisme pour la vérité , cette espèce d'apostolat qu'exerça Socrale, celte vie. toute publique , pour ainsi dire, cet amour de l'humanité qui franchit les limites du patriotisme antique, Xénophon n'en a pas senti, comme Platon , le souffle d i vin, mais il nous en rend témoignage, il décrit avec simplicité les faits qu'il a vus ; et, grâce à lui , nous pouvons constater tout ce qu'il y a de réalité dans cette poétique figure de Socralo que Platon a tracée. Il n'y a pas jusqu'au Banquet de Xénophon qui ne peigne comme le Banquet de Platon , mais non plus avec la même élévation , Socrate se mêlant aux festins voluptueux de ses disciples, élevant insensiblement la conversation des propos joyeux aux réflexions les plus hautes, tempérant et sancliûant, pour ainsi dire, la sensualité grecque par sa gravité sereine et sa pureté morale. Quand Xénophon , pour justiGer Socrate du reproche que lui firent ses accusateurs d'introduire une religion nouvelle dans l'Etat , atteste que son maître sacrifiait publiquement aux dieux , il nous apprend que Socrate , hardi novateur dans la doctrine, et dans la vie pratique bon citoyen, observait toujours dans ses actes la loi de son pays.

Les détails que nous a laissés Xénophon sur la doctrine métaphysique de Socrate sont importants. Là encore il justifie Platon d'avoir prêté à Socrate dans ses Dialogues une méthode et des théories entièrement imaginaires , et prouve ce qu'on a voulu contester, que Socrate ne fut pas seulement un moraliste , mais le chef d'une école philosophique.

Xénophon nous apprend que Socrate distinguait les sens et la raison (aicrôiiaetç xat Xo"fio[xo'ç , Métn. , liv. IV, c. 3). La scusation ne nous faisant connaître que les choses particulières, isolées, la raison les coordonnant et établissant un lien entre elles, il conseillait à ses disciples la dialectique (to ^laXé-fiaOai, Mém», liv. iy, c. 6), qu'il définissait ainsi : « Se réunir et délibérer en distinguant les choses par genres (ib. , c. 5). » Par la recherche des genres, Socrate préludait a la théorie platonicienne des idées, mais il n'alla pas si loin que son illustre disciple ; et l'on peut conjecturer, par un exemple étendu que donne Xénophon de l'application de sa méthode {Mim., liv. vi^ c. 8)^ qu'il ne séparait point dans sa pensée les essences des objets eux-mêmes.

Socrate faisait de la connaissance des ]ois naturelles (a^pa^ci ^6^) et de ridée de Dieu l'attribut spécial de l'homme {Mém., liv«iv , e. 4). Enfin il définissait le langage, la faculté que l'homme possède d'interpréter les signes (ép^xYiveU), et le considérait ainsi comme le fondement de la société (ib., c. 3).

Nous ne dirons qu'un mot des ouvrages politiques de Xénophen, pour les rattacher à Tinfluence de son maître. Tous ses écrits politiques sont dirigés contre Athènes, sa patrie, et il y loue sans oesse les lois de Sparte. Le même esprit se trouve chez Platon : on y reconuatt la haine de la démocratie, caractère commun aux principaux disciples de Socrate. Le plan d'éducation proposé dans la Cyropédie. offre les mêmes caractères : c'est presque la législation de Lycurgue mise en action^

1016 ZABARELLA.

UDe édacalion plus propre à former des guerriers et des citoyens que des hommes. Quant à V Economique, c'est un petit traité des vertas domestiques, qui ne se rattache à l'enseignement de Socrate que par un vif sentiment de la beauté , de Tordre et de rharmonie. On peut consulter sur Xénophon rarlicle de M. Letronne, dans la Biographie universelle; — OEuvres complètes de Xénophon, par Gail , 7 vol. in-4*, 1797-1814. A. H.

ZâBâRELLâ (Jacques) y né à Padone le 5 septembre 1533 , fut reçu docteur à Tâge de vingt ans ; à trente et un ans on le comptait

Krmi les plus habilefs professeurs de l'université de Padoue. L'étude et nseignement remplirent sa vie. Né d'une famille patricienne , et devenu bientôt , par l'éclat de son mérite , un des personnages les plus considérables de sa ville natale, il pouvait sans doute prétendre aux plus hauts emplois ; mais il dédaigna les grandeurs et voulut mourir dans sa chaire, en interprétant Aristote et en défendant les saines traditions du péripatétisme contre les déclamations véhémentes des nouveaux sectateurs d'Averrhoès. Doué d'un esprit non moins ferme que scrupuleux, il combattit même dans la légion péripatéticienne quiconque lui semblait avancer des propositions téméraires, et faire ainsi des ouvertures au parti de l'erreur. Son illustré collègue , François Pic^ ^ colomini , ne fut pas à Tabri de ses censures : il ne supportait aucun écart. Quand il mourut, au mois d'octobre de l'année 1589, on 6t frapper une médaille en son honneur, et la république pensionna Vune de ses filles. C'est un hommage auquel nous nous empressons de souscrire. Le XYi* siècle a proclamé bien des gloires ; elles n'ont pas toutes été consacrées. On avait alors trop d'enthousiasme pour distinguer sûrement le charlatanisme de la vraie science : nous l'accordons^ mais en revendiquant pour Zabarella tous les titres qui lui furent décernés, de son vivant et à l'heure de sa mort , par l'admiration et la reconnaissance. Ce fut , en effet , un véritable philosophe.

Voici le catalogue de ses œuvres philosophiques : De rébus naiuralibuslibri iriginta/in-f^y Cologne, 1590; et in-4*, 1594; in-4°, Francfort, 1607 et 1608. Zabarella place la psychologie dans la physique, suivant la méthode péripatéticienne , et c'est ainsi que l'on trouve, an nombre de ses trente livres de questions naturelles, des traités sur les Facultés de Tâme , sur la Vision , sur les Espèces intelligibles , sur les Procédés de l'Intelligence. Operalogica, in-4», Cologne, 1579; in-r, Venise, 1580; in-4% Lyon, 1586; in-f% Bâie, 1595; in-f% Cologne, par les soins de J.-Louis Havenreuter, 1597; in-4°, Venise, 1600; in-4% Francfort, 1608, 1623. La logique de Zabarella eut un grand succès dans les universités dltalie et d'Allemagne. — Commentaria in Aristotelis libros Physicorum, in-4% Francfort, 1602; — In Aristotelis libros de Anima, in-4**, Francfort, 1608 et 1619.

Sa doctrine est celle de l'école Ihomisle ; mais cette doctrine se présente , dans les traités de Zabarella , sous une forme moins scolaslique

ZABARELLA. 1017

que dans les gloses de saint Thomas : on remarque d^ailleurs^ cfaez Zabarella , les libres allares dn xvi' siècle ^ et quand il ne partage pas , sur une des questions agitées , le sentiment de saint Thonaas, d'Avicenne et même d'Aristote , il le déclare sans détours , sans périphrases ; il n'appartient pas à la catégorie des interprètes servîtes , mais à celle des docteurs indépendants. Un de ses meilleurs ouvrages est le traité quMl a composé sur la Matière première des choses : on n'y trouve pas seulement son opinion sur ce grave problème, qui, durant le xm^ et le xiY« siècle , embarrassa , troubla tant d'esprits ; on y peut encore apprécier à quel point 11 refuse de suivre aveuglément la voie syllogistique, et proteste, au nom du bon sens , contre les abstractions de la raison pure. Toute la philosophie de Zabarella est dans ce curieux traité, dont voici l'analyse.

Il y a, suivant Aristote , trois principes pour les choses naturelles : rétre , le non-étre , et le sujet qui doit naître et mourir. Quelle est l'essence propre de ce sujet que nous voyons, au sein de la nature, soumise à de perpétuelles vicissitudes? Distingué de l'être et du non-être, en lui-même , c'est la matière première. D'où vient la notion de ce principe ? Elle vient d'un raisonnement fondé sur l'analogie. Ainsi, nous ne cherchons pas longtemps le sujet d'un changement accidentel. La statue de marbre, privée de sa forme, va devenir un bloc de marbre. Le bloc de marbre , voilà donc le sujet de l'information accidentelle qui a donné la statue. Mais ce que nous venons de décomposer, cette statue que le génie de Praxitèle a produite et mise an nombre des choses , c'est un ouvrage de seconde main. Reste l'ouvrage de la nature , le bloc de marbre , qui déjà possède en lui-même les éléments ,de la substance, la matière et la forme, et peut être, par conséquent, l'objet d'une autre décomposition. Qu'elle soit faite, et l'on aura, d'une part , les qualités et la quantité qui réalisaient le bloc de marbre ; d'autre part , le sujet matériel qui servait de fondement à cette réalité. Mais comme il n'existe pas dans l'ordre des choses naturelles de matière sans forme, ou de forme sans matière , on dit bien que les éléments de toute substance naturelle sont réellement inséparables, et que l'esprit seul peut en opérer la décomposition. C'est donc par analogie qu'on arrive à la notion de la matière abstraite , ou première.

Voici maintenant un des plus habiles interprètes d'Aristot^, Thémiste , qui distingue dans la matière première son essence même , quatenus est ens, et sa manière d'être. Dépourvue de toute forme, elle est apte à recevoir toutes les formes. La notion de la matière première contient ces deux parties. On l'accorde , et Zabarella donne , à cet égard , des explications fort étendues , qui sont toutes conformes à la distinction de Thémiste. A l'essence de la matière correspond la privation de toute forme ; à sa manière d'être , la privation de telle ou telle forme déterminée. Soit ! mais Zabarella n'ira pas au delà de celte concession ; et, pour n'être pas confondu dans le troupeau des réalistes intempérants, il s'empressera de déclarer que Duns-Scot a trèsmal défini les deux états de Ja matière première. Duns-Scot veut que ces deux états soient réels , et il se représente une matière premièrement première , qui subsiste sous divers aspects avant la génération

4018 ZACHÀRIE.

des SQhstances. Ainsi , la doctrine de Duns-Scot est que la matière sabsislait obj Ativement dans la pensée divine longtemps avant le jouir natal du mondé. La volonté da Créateur étant intervenue ^ la matière a soudain changé d'état pour devenir secoridemBht première, et attendre dans cette condition l'acte formel qui devait la conipléter. Distioclions verbales et non réelles ! s'écrie ZarabeUa. En vent-ofa la preuve 1 on n'aura pas à la chercher bien loin. En son premier état, la matière possède, suivant les termes de Duns-Scot, Vacie entiiatif: c'est par cet acte qu'elle est constituée quelque chdse. Mais Taele entitatif ne se distingue pas réellement de l'entité , et l'entité de la matière est la matière elle-même , la matière produite hors de ses causes, et devenue l'inséparable conjointe de la forme. Au sein de ses causes, qu'est-elle donc ? non pas un acte , mais une pure idée ; non pas ito étant actuel et réel , comme l'affirme Duns-Scot , mais un être de raison. Toutes les chimères du réalisme ont , dit Zabàrella , la même origine : elles sont nées d'un sophisme verba). Pour les confondre, que faut-il faire ? Il faut simplement distinguer Tessence de l'existence. L'analyse de la substance donne la matière et la forme. Veut-on ensuite observer à part chacun des deux éléments de la substance? On trouvera, dans la matière, le sujet, et l'acte dans la forme. On pourra même aller plus loin encore dans cette recherche. Mais est-il permis à Tintelligence humaine d'attribuer l'existence à tout ce qu'elle imagine dans la région du mystère? non, sans doute. L'existfsface appartient aux choses et à Dieu : entre ces deux termes de l'être, il n'y a que le possible , et le possible est un monde habité par des êtres de raison. Telle est la conclusion de Zabàrella.

Cette conclusion nous suffit : nous n'avons pas besoin de soumettre d'autres problèmes à notre philosophe pour connattre sa doctrine. C'est la doctrine d'Aristote, de saint Thomas : c'est le nominalisme éclairé.

Zabàrella se distingue de ses mattres par sa méthode. Il est de soh temps , et , comme tous ses contemporains , il prend volontiers le ton fier du dogmatisme ; mais cetle fierté ne blesse pas chez un esprit naturellement grave, mesuré, ennemi de tout excès : elle n'a rien de commun avec l'incommensurable orgueil de Pic de la Mirandole, avec le pédantisme extatique de Ficio, avec l'acerbe jactance de Louis Vives et de Corneille Agrippa. Zabàrella ne dédaigne pas les questions traditionnelles , mais il les traite à sa manière , en homme qui b'est pas moins habile à faire un livre qu'à faire un cours. Sa méthodie est une sorte de compromis entre la logique du xiii*" siècle et la rhétorique du XYi«. B. H.

ZACHARIE 9 surnommé le Scolastique, après avoir étudié la philosophie à Alexandrie, sous Ammonius, fils d'Hermias, et suivi pendant quelque temps la carrière du barreau, embrassa l'état ecclésiastique et mourut en 560, évêque de Mitylène. Il a laissé deux ouvrages qui intéressent la philosophie. L un est un dialogue intitulé Ammonius, du nom de son mattre, où il soutient contre les philosophes païens en général, et particulièrement contre les philosophes alexandrins, le dogme de la création y et développe les conséquences de ce dogme par

ZANARDL i019

rapport à Torigine et à la fin de Thomme. L'aatre est dirigé contre les deux principes des manichéens. Le premier de ces deux écrits a été plusieurs fois publié d'abord par Tarinus : Zachariœ scholastici iimmonius, seu de mundi opificio contra pkilosophos, grœc^ et laU , una cum Origenii philocalia, in-b*^, Paris» 1618 et 1624*; ensuite par Barthius, avec le Théophraste d'Énée de Gaza, in-b^i Leipzig, 165o; enOn par M. Boissonnade, avec le même ouvrage d*£née de (Jaza, in-S*", Paris, 1836. — Le traité contre les manichéens se trouve dans le recueil de Canisius : Antiquœ lectiones, t. i*% in-4% Ingolstadt, 1601. X.

ZANARDt^en latin 2anardu$ (Michel), dej'otdre àés4ôtntntcains, naquit à Orgnano, près de fierganie, en iHtO ; étudia & Bologne la philosophie et la théologie ; enseigna successivement lâ thêoloffie dans plusieurs villes dltalie, et mourut à Milan en 16!i'l ou WA. n a laissé plusieurs ouvrages de philosophie où Ton trouve un interpt'ète fidèle et intelligent de la doctrine de saint Thomas : De physica et metaphysica : quœstiones et dubia in ocio libros AristoteUs de physiea auscultatione, 3 vol. in-4", Venise, 1615-1617; — des Commentaires sur la première partie de la Somme de saint Thomaisf , ib.,, ih-t^» lb2Ô; — Disputationes de tripUci universo cœlesti, elementari et miàto, etc., in-^"", ib., 1629. Ce dernier ouvrage est le plus important. On peut consulter sur Zanardi • Ecbard : Scriptores ordinU ptœdieat,, et Morhof, Polyhistor..., t. ii, liv. i, c. ik. a.

ZÉNODOTE. Il a existé dans l'antiquité deux philo!mt)Hëft de l^e nom y mais Tun et Tautre sans importance : un philosopha stoîcièh, disciple ie Diogènë de Séleucie, et un philosophe DéoplàtonicieA , disciple et successeur dlsidore, dahs Técole d'Alexandrie. X.

ZÉIVON d'Eléb. naquit à Elée , dans la Grande Grèce, selon toute probabilité dans la 6V olympiade , ou vers S90 avant Jésus-Chriât. Nobs savons, en effets par Platon (Parménide) qu'il était atrivé à Athènes avec Parménide, son matlre^ à l'âge à peu près de quarante ans, et que Socrate, encore très-jeune, les entendit tous deux exposer leir doctrine. Or, Socrate , qui avait reçu le jour dans la 70' olympiade , ou en Tan 4'70 avabt notre ère , ne pouvait pas avoir moins de vingt ans en prenant part à un eiitretien sur la métaphysique. Zenon avait donc quarante ans vers l'an 450, et était né, par conséquent^ vers MO. Cette date s'accorde avec le témoignage de Diogène Laërce , de Suidas et d'Eusèbe, qui nous le montrent florissant, c'est-à-dire dans la force de rage, dans la 78*', la 79' et la 80* olympiade. Doué de tous les avantages de la nature et de la fortune, beau, riche , d'une haute naissance , Zenon s'attacha à Parménide, dont il était aimé comme iln fils , et se consacra à la défense de son système , sans trahir ses devoirs de citoyen. « Il était à la fois, dit Diogène Laërce, très-vaillant en philosophie et en politique : n^cvi ^i dv^p 'YcvvatdTartc mX 2v ^ae^c^ç xa'. èv icoXttctà. » En effet, d'après ThistoHeh que nous venons de citer, et dont le récit est confirmé par Plularque, Zenon serait mort victidie de son patriotisme. Voulant rendre à Ib liberté son malheureux pays, tombée à la snite de l'anarchie^ au pouvoir d'uH petit tyia& appdé

Néarque oa Diodémon, il fat trahi par la fortane dans sa généreuse entreprise, et tomba au pouvoir de son ennemi. Sommé de' dénoncer ses complices ^ il nomma tous les amis du tyran , puis le tyran luimême, et lui lança au visage sa langue qu'il s'était coupée avec les dents. Cette action fut le signal de son supplice, qui provoqua , à son tour, un soulèvement populaire. Selon les uns il fat lapidé , selon les autres, pilé dans un mortier; ce qui fait dire au poëte Hermippe : « Cest ton corps qu*on a brisé, mais non toi. » Zenon ne quitta jamais sa petite ville que pour se rendre quelquefois à Athènes où, par l'éclat de sa parole il attirait à son enseignement Télite de la jeunesse, et, s'il faut en croire Plutarque, Périclès lui-même. Il faisait payer ses leçons, et même assez cher, puisqu'il reçut cent mines de Callias et de Pythodore; mais cet usage était universellement répandu jusqu'à Socrate.

Zenon n'a rien ajouté au système de Parménide ; il s'est borné à le dérendre contre l'école ionienne , à en être le champion ; et c'est à ce titre qu'Aristote le considère comme Tinventeur de la dialectique. C'est pour la même raison , sans doute , qu'il est le premier philosophe de l'école d*Elée qui ait écrit en prose; car la discussion , la polémique est incompatible avec la poésie. Diogène Laërce assure qu'il a beaucoup écrit; mais il ne nomme pas ses ouvrages. Suidas leur donne les titres suivants, qui s'accordent assez bien avec le rôle et le caractère de Zenon : les Disputes ou les Controverses (£pt<^ac); Examen ou Explication d'Empédoeie (ÉÇvi'piatc toû Ê{A7rs(^oxXsouc) ; Contre les philosophes naturalistes, probablement les ioniens (iipbc rohç (ptXoao(pouc irspl <p6oEttç). Mais si ces livres ont véritablement existé , il n'en est rien arrivé jusqu'à nous. Tout ce que nous savons , c'est que Zenon , soit dans ses écrits, soit dans ses discussions orales, employait la forme du dialogue et procédait par demandes et par réponses. Nous pouvons cependant nous faire une idée générale de sa manière, par l'analyse que Platon, dans l'introduction du Parménide, nous a laissée d'un de ses livres. Cette composition était partagée en plusieurs sections ou chapitres (xo-^ouç), et chacun de ces chapitres en plusieurs propositions ou hypothèses. C'étaient les propositions mêmes de ses adversaires que Zenon commençait à admettre par hypothèse, et dont il pressait ensuite les conséquences pour les faire tomber dans l'absurde. Tel est, en effet, le caractère propre de la dialectique, quMl ne faut pas confondre avec la logique.

Toute l'argumentalion de Zenon est dirigée contre le mouvement; car le mouvement supprimé, il emporte nécessairement avec lui la génération et la mort , l'accroissement et la diminution , le changement, en un mot , tous les phénomènes* de la nature et la nature elle-même. Le mouvement, en effet, c'est la vie générale de la nature, la première condition de son existence. Sans lui, Dieu ne peut concevoir la pluralité des êtres, puisque la division , qui donne naissance à la pluralité, n'est qu'une forme du mouvement. Mais à quelle condition peut-on supprimer le mouvement? A la condition de supprimer le temps et l'espace , dans lesquels notre raison place tous les changements. On supprime le temps et l'espace lorsqu'on en retranche la notion d^unité, ou quand, au lieu de les concevoir comme des touts continus, on les ré-

duit à des points et à des moments isolés , dont chacun se divise à Tinfini. Cette dissolution du temps et de Tespace, conséquence extrême du système ionien , voilà Thypotiièse sur laquelle reposent les arguments de Zenon , tels qu'Aristote nous les a conservés dans sa Physique (liv. vi, c. 9) 9 et qui pourraient bien être tirés du livre de Zenon intitulé lt$ Controverses. Ils sont au nombre de quatre.

1°. « Le mouvement est impossible , parce que ce qui est en mouvement doit traverser le milieu avant d'arriver au but (ce qui ne peut pas avoir lieu là où il n'y a pas de continuité et où chaque point se divise à rinfini). »

S"". « Le mouvement n'existe pas ) car ce qui court le plus vite ne peut jamais atteindre ce qui court le plus lentement. En effets il faudrait que celui qui poursuit fût déjà arrivé au point d'où l'autre part (ce qui ne peut pas être avec la divisibilité infinie et la discontinuité de l'espace y qui met toujours un infiniment petit entre les deux coureurs). » C'est cet argument qu'on a appelé V Achille; car il suppose qu*AchiIle aux pieds légers ne peut jamais atteindre la lourde tortue.

S"". « Le mouvement est identique au non-mouvement (au repos). En effet, tout mouvement a lieu dans un espace qui lui est égal, c'est-àdire où il a lieu an moment où il existe; donc, comme on est toujours là où l'on est, la flèche est toujours en repos quand elle est en mouvement (car elle n'est jamais où elle n'est point). »

k"*. « Le mouvement conduit à l'absurde. Supposez deux corps égaux entre eux, mus dans un espace donné et dans une direction opposée, et avec la même vitesse ; supposez que l'un part de l'extrémité de l'espace donné , l'autre du milieu (comme l'un n'aura parcouru que la moitié de l'espace quand l'autre Taura parcouru entièrement, le même espace sera parcouru par deux corps égaux et d'égale vitesse dans un temps inégal), il en résulte qu'une moitié du temps parait égale an double. »

Outre ces quatre arguments principaux, il y en avait d'autres également rapportés par Arislote ; par exemple celui-ci : Tout mouvement est changement; or, changer, c'est n'être ni ce qu'on était, ni ce qu'on sera; donc ce qui change n'est pas, ou le changement, par conhéquent le mouvement, n'a lieu dans rien.

C'est, dit-on, en entendant ces objections contre le mouvement, que Diogène le Cynique , pour toute réponse, se mit à marcher. Mais cette réponse n'en est pas une; car Zenon s'adressait à un système qui, niant toute unité et ne reconnaissant que des choses multiples ^et divisibles, était forcé de nier aussi la continuité de l'espace et du temps. Zenon élevait aussi contre l'espace une ojbjection directe, également tirée de ridée de pluralité. « L'espace, disait-il, est le lieu des corps ; mais dans quel espace est l'espace lui-même? » Il fallait répondre : Dans un autre espace, et celui-ci dans un autre encore, et toujours ainsi jusqu'à Tinfini. La conclusion était que la pluralité est impossible et qu'il n'y a que Tunité.

C'est cette dialectique, et son habileté à mettre ses adversaires en contradiction avec eux-mêmes, qui ont fait passer Zenon , aux yeux de quelques-uns, pour le premier représentant du scepticisme; mais Zenon sceptique ne serait pas le disciple de Parménide. Platon ne

i032 ZENON.

dirait pas qne ses écrits étaient ane défense de la doctrine de son matlre. Quant à la physiqae que lui attribue Diogène Laërce (\ïy. ix, $ 80), elle est la même que celle de Parménide, et repose sur le même principe, sur Topinion on les apparences contradictoires des sens. Elle nous montre les contraires , le cfaaud etie froid, le sec etThomide, comme les principes de toutes choses.

On pourra consulter sur Zenon d*Elée la plupart des écrivains qne nous avons indiqués pour Xénopfaane. Nous y ajouterons : Stœadiin, Hiitaire et eêprii du êcepticisme, 1. 1"', p. 200^ in-S*", Leipzig , lèOft (ailem.)* — Loehse, Dissertaiio de argumentis gnibus Zeno Bleuies nuû lum esse motum demonstravit, in-8% Halle, lldk.

ZENON 9 le fondateur de l'école stoïcienne, naquit à Citliam y petite ville de l'Ile de Cyprès , fondée par des Phéniciens et peuplée par des Grecs. Il serait difûcile d'indiquer la date précise de sa naissance ; mais on voit , par quelques détails de sa vie , qu'il passa ses dernières années sous le règne d'Antigone Gonatas, roi de Macédoine , et que sa carrière se prolongea jusque vers la 130* olympiade, ou Tan 364 avant Jésus-Christ. Son père, appelé Mnasée ou Démée, était marchand, et lui-même , dans sa jeunesse , exerça la même profession. Il avait vingt* deux ans lorsque , parti pour Athènes sur un vaisseau chargé de pourpre, il fit naufrage à l'entrée du Pirée et perdit sa riche cargaison. Aégoûté alors des affaires, qui, d'ailleurs convenaient peu à la nature de son esprit , il se donna à la philosophie qu'il aimait déjà : car, son père , à la suite d'un voyage en Grèce , lui avait apporté les écrits de l'école socratique. D'après une autre tradition, c'est à Athènes mème« en entendant lire le second livre ûes Mémorables de Xénophon, qu'il conçut pour la philosophie cette passion qui ne le quitta qu'avec la vie. Il s'attacha d'abord à Craies, à qui il emprunta la plus grande partie de la morale qu'il enseigna plus tard ; mais la grossièreté de mœurs de l'école cynique révolta sa pudeur, et il alla chercher une instruction plus élevée auprès de Stilpon , qui unissait, à un esprit subtil, des habitudes et des principes austères. De Stilpon il passa à Diodore Grenus, le dialecticien le plus renommé de l'école mégarique ; et c*est à l'influence de ces deux philosophes que l'école stoïcienne doit sans doute le goût prononcé qu'elle montra toujours pour les discussions dialectiques. En6n ses derniers maîtres furent Xénocrate et Polémon, les suc^îesseurs de Platon à la tète de l'Académie, qui lui apprirent à considérer, dans leur ensemble, les diverses parties de la science; à joindre la physique à la dialectique et à la morale; et à concevoir la nature comme un être vivant, soumis aux lois de l'intelligence.

Après avoir suivi pendant près de vingt ans les différentes écoles, Zenon tenta de les réunir dans une école nouvelle, dont il établit le siège sous le Portique ( Stooc), connu aussi sous le nom de Pécile (la Galerie peinte) , et autrefois le lieu des réunions des poêles : de là le nom de stoïciens que prirent peu à peu ses disciples , appelés d'abord zénoniens. Timon le Sillographe, lui reprochait d'avoir fait de ce monument l'asile des gens oisifs, pauvres et mal vêtus; mais d'autrf^s témoignageis nous apprennent que Zenon évitait la foule, et que, afin de la tenir éloignée, il exigeait souvent une obole de ses auditeurs. l\

lui arrivait même de ne parler que devant deux oa trois personnes. Sa parole était sobre , froide et concise ^ quelquefois jusqu'à l'obscurité ; il n'en fit pas moins une profonde impression sur les esprits , grâce à l'autorité de son caractère et à l'élévation de ses principes. Il comptait parmi ses disciples le roi Antigone Gonatas, qui ne venait pas à Alhèpeg sans aller l'entendre ^ et qui voulut Tattirer à sa cour. Ptolémée Philadelphe chargeait ses ambassadeurs de recueillir ses paroles. Il resta à la tète de son école pendant cinquante^uit ans , admiré pour son austérité et redouté pour sa franchise. Sa tempérance passa en proverbe. Son patriotisme se partagea entre Athènes , qu'il protégea contre le courroux du roi de Macédoine, et sa petite ville natale. On raconte qn€ les Athéniens avaient en lui une telle con fiance , qu'ils lai donnèrent à garder les clefs de leur citadelle; et après sa mort ils rendirent un décret par lequel ils déclarèrent qu'il a bien mérité de la patrie en excitant la jeunesse à la sagesse et à la vertu ^ dont sa propre vie lui donnait l'exemple , et qu'ils lui décernent une couronne d'or, avec un tombeau dans le Céramique. Selon l'opinion la plus commune, il aurait atteint l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans.

On attribue à Zenon un assez grand nombre d'ouvrages , dont voici les noms, selon Diogène Laërce : un traité de In République (lioXiTcîa), dirigé probablement contre la République de Platon ; — delà Vie sehn la Nature humaine (nspi tou xarà ^uaiv 6(00); — de V Appétit, ou de la Nature humaine (iiEpi ôpa^ç, i wepl àvôpcôTrou (pû<j8wç); — des Passions; — du Devoir (riept toO xaôiixovToç); — de la Loi; — de la Science grecque; — de la Vue; — de l Univers; — des Signes; — Opinions de Pythagore; — Questions générales (KaôoXixa); — des Mots; — cinq livres de Problèmes; — Leçons sur la poésie; — l'Art (sans doute la Dialectique); — les Solutions et les réfutations morales de Cratès. Mais de tous ces écrits , dont la liste même est incomplète 9 il n'est resté que les titres et quelques fragments ou citations indirectes. On voit que Zenon avait posé toutes les bases de la doctrine stoïcienne, et, comme nous Tavons déjà remarqué plus haut, qu'il en a dessiné toutes les parties : la morale , la dialectique, la physique. Mais dans quelles proportions les a-t-il réunies? dans quelle mesure ley a-t-il développées? lusqu'à quel point est-il parvenu à les fondre ensemble dans un tout homogène? C'est ce qu'il est difficile de savoir avec les faibles documents qui nous restent. On lui a attribué, comme cela arrive assez généralement aux fondateurs, les opinions qui apparUen-^ nent à l'école tout entière, et qui se sont formées successivement. Il est certain cependant qu'en morale et en politique il se tenait encore très-près de Cratès : car, dans son traité de la République, il repoussait, à la manière des cyniques, lés mœurs , les lois , les sciences , les arts, tout en demandant, comme Platon, la communauté des bjlens. Aussi, éisait-on que cet ouvrage avait été écrit sur la queue du chien, c'est-à-dire dans le temps où il était encore sous l'influence de son premier maître. Un de ses disciples, Alfaénodore, effaça de ses ouvrages, qu'il trouva dans la bibliothèque de Pergame, tous les passages qui ne s'accordaient pas avec les idées plus récentes de Fécole. Ces idées, s'écartaient donc, sur plus d'un point, de celles du fondateur. Ce qui parait avoir surtout manqué à Zenon , c'est r«Dité , o*qiM

Tesprit de système. De là vienl que les anciens , reeoDDaissant facilement les emprunts qu'il avait faits aux doctrines antérieures , lai reprochaient d'avoir innové dans les mots plutôt que dans les choses : Zeno quoque non tam rerum inventor fuit, quam novorumverborum (Cicéron, JDe finibus bon» et mal., lib. m, c. 2, et lih. iv^ c. 2). Si> en moralCi il s*est inspiré surtout de Técole cynique , sur la question de la Providence il ne paratt pas s'être beaucoup éloigné de l'Académie. Une maxime , qui lui est attribuée par Diogène Laërce^ ferait supposer que Dieu était pour lui une Providence morale. Comme on lui demandait s'il était possible de cacher à Dieu ses fautes : « Non, répondit- il , on ne peut même lui en cacher la pensée. » Mais à cette idée venait se joindre le principe de la physique d'Heraclite , que le monde a pour principe le feu et doit périr par le feu. Le principe de sa logique est que toutes nos idées viennent des sens ; seulement il reconnaît que la sensation ou la représentation purement passive ((pavraota) ne peut se changer en connaissance que par ces trois actes de notre .esprit : d'abord Voêsentiment, ou le jugement ; puis la compréhension, et enfin la science. La sensation était représentée par la main ouverte ; le jugement par les doigts légèrement recourbés } la compréhension par la main entièrement fermée ; enfin une main fermée et fortement serrée par l'autre était l'image de la science. C'est positivement à Zenon qu'on attribue l'invention de ces gestes symboliques. Voyez, pour l'école qu'il a fondée, le mot Stoïciens. Nous renvoyons au même article pour les ouvrages à consulter. — L'antiquité nous parle d'un autre philosophe stoïcien, qui portait le nom de Zenon de Tarse. Il était disciple de Chrysippe et lui succéda, à la tête du Portique. D'après Diogène Laërce(liv. vu, § 35) il aurait laissé peu d'ouvrages ; mais un grand nombre de disciples. Selon Numenius, cité par Eusèbe {Prœparat. evang., lib. xv, c. 18), il aurait regardé comme une hypothèse l'opinion stoïcienne que le monde doit finir par un embrasement.

ZÉNOIV, philosophe épicurien, le plus illustre et le plus habile de sa secte , au temps de Cicéron , qui avait suivi ses leçons à Athènes et qui en parle plusieurs fois avec admiration (De nantira (/eorum^ lib. i, c. 21 , 33 , Si* ; Tuscul. Quœst., lib. m, c. 17 ; De finibus bon, et mal. , lib. I, c. 5; Epist. ad Atlicum, lib. v, ep. 11).

Au témoignage du philosophe romain, Zenon avait dans son enseignement de hautes qualités d'éloquence, mais il y mêlait trop volontiers la rudesse des invectives, et les jardins d'Epicure donnaient quelquefois le spectacle d'étranges scandales. Ses doctrines ne paraissent pas avoir sensiblement diflféré de celles du mattre ; la définition qu'il donne du bonheur {Tuscul. Quœst,, ubi supra) résume avec une précision remarquable l'esprit même de la théorie épicurienne sur ce sujet. Voilà, du reste, tout ce que Ton savait jusqu'ici de Zenon l'Epicurien. Les papyrus découverts à Herculanum nous ont récemment fourni quelques fragments de ses controverses avec les stoïciens sur la nature des dieux, et nous permettent de signaler les titres de deux de ses ouvrages, dont Philodème avait laissé des extraits ; ce sont : 1*" les Mœurs et les Vices (probablement des philosophes) ; 2*" les Leçons ou Cours (de philosophie, sans doute : 2x<^Xa(). Consulter, pour plus de détail, les Volu-

ZIMâRA. lOâo

mina Hereulanensia (vol. vi , publié en 1839). On peut espérer qu'il sortira de la même mine quelques documenls utiles pour Thistoire de la philosophie. — Diogèue Laërce cite encore ( liv. vu , § 35) un philosophe épicurien , homonyme de Zenon et natif de Sidon en Phénicie y disciple d*Âpollodore ; il doit être, par conséquent, antérieur au Zenon que nous venons de faire connaître. Tout ce que Ton sait de lui , c'est que ce fut , au jugement de Diogène , un écrivain fécond^ remarquable par la clarté de sa pensée et de son style. £. £.

ZIMARA (Marc-Antoine) y médecin , philosophe et théologien, né vers 1460 , à Galatina, près d'Otrante, mort à Padoue en 1532, après avoir professé dans cette ville la philosophie , et la théologie à Naples. Comme philosophe, il appartient à Técoled'Averrhoès, dont il expose les doctrines dans un ouvrage intitulé Tabulœ et diludda" iiones in dicta Aristotelis etAverrois recognita et expurgata, etc., 2 vol. in-f^y Venise , 1564'. Comme médecin , il a mêlé ensemble Tastrologie judiciaire , la magie , Talchimie avec les doctrines d'Aristote et des Arabes. On se fera une idée des aberrations de son esprit par le titre seul d'un de ses écrits : Antrum magico-medicum , in quo arcanorum magicorum , sigillorum , signaturarum , et imaginum magicarum, «6eundum Dei nomina et eonslellationes astrorum , atm signatura planeiarum constitutarum ad omnes eorporis humant affectus curandos, the^ saurus locupletissimui , etc., in-S"*, Francfort , 1625. La seconde partie de ce livre a paru en 1826 , ib. , in-8®. — Un fils de Zimara, Théophile, a publié un commentaire latin sur le Traité de l'dme, d'Aristote , in-8^ Venise , 1558. X.

ZIMMER (Patrice-Benoît), né en 1752, près d'Ellwangen, dans le Wurtemberg , mort en 18*20 , après avoir été successivement curé de Steinheim , professeur de théologie catholique dans les universités de Dillingen et dlogolsladt, recteur de l'université de Landshut , et, en cette qualité, député à la seconde chambre des Etats de Bavière. 11 a appliqué les principes delà philosophie de Schelling (de son premier système) à la théologie et à la philosophie des religions, et a rendu , pour cette raison, son orthodoxie très-suspecte. Voici les titres de ses principaux écrits, tous rédigés en allemand , à l'exception du premier : Fides eœistentis Dei, swe de origine hvjusfidei, unde ea de

• • •- ^ J-I.-A 'a* • Oa I\.ii ^mmt\.s

décadence générale du genre humain, in-8**, ib., 1809; — Recherchée sur l'idée et les lois de l'histoire, in 8'', Munich , 1817. X.

ZIMMERMANIV (François-Antoine), né en 1749, à Germersheim , mort en 1790 , à Wisloch , près de Heidclber^, après avoir été quelque temps professeur de philosophie dans runiver&ilé de cette ville, appartenait à l'école de Leiboitz et de Woif, ou à l'école éclectique d'Allemagne. Il a laissé les ouvrages suivants , dont plusieurs se rapportent à Thisloire de la philosophie : Principium rationis sufficientis philosophice examinntnm, in- 8% Ueidelberg , 1780 ; — De perfectione mundi, in-S"} ib. , 1780 j — < De philosophiw practioM mev. «s

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thodo, m-4'», Heidelberg, 178t ; — Logiea, în-8*, ib., 1788 ; — Diisertatiofxontologia,eoimologia, psychoiogia et théolagia naturali, în-&% ib. , 1783 ; — Synopsis philosophtœ moraliê, JD-8% ib. , 178i } — Epistola de atheùmo Evhemeri et Diagorœ , dans le Mnêée de Brème , t. i*', p. 4 ; — Vita et doctrina Epicuii , in-fc", flt;icletberg , 1785 ; — Dt semu moraii, in-4^, ib. ^ 1785; — De pkilosophia iingua vemaeuta eœplananda , 10*4'', ib. , 1785; — de V Utilité qu'on peut tirer d% V histoire de la philosophie , ïn-k^'y ib. , 1785. — On compte aussi habitaeliement parmi les philosophes Jean -Georges Zioimermann , rameur du livre de la Solitude; mais ce livre intéresse plutôt la littérature que la philosophie. Les autres ouvrages de cet écrivain se rapportent ou à la médecine y ou à la politique. Richerand lui a consacré an article très-étendu de la Biographie universelle,

EORZI (François), en latin Georgius, surnommé Veneiue, da lieu de sa naissance^ naquit à Venise en 1460, entra de bonne heure dans Tordre des Franciscains, et mourut en 1540, après avoir passé toute sa vie à enseigner et à écrire. Son principal ouvrage a pour titre Francisci Georgii Veneti, minorilanœ familiœ, de Harmonia mundi totius eantica tria, in-f^^ Venise, 1525; Paris, 1544 et 15^6. C'est une des œuvres les plus désordonnées et les plus confuses du mysticisme de la renaissance , en partie païen , en parti chrétien. En effet , l'auteur, qui est très-instruit , mais dépourvu de toute critique et de toute méthode^ a réuni ensemble les doctrines néoplatoniciennes, néopythagoriciennes, rabbiniques, cabalistiques et celles du prétendu Denys i'Aréopagite , sans s'inquiéter de les mettre d*accord. Ses prédilections paraissent être cependant pour le chef de Técole d'Alexandrie, qu'il n'appelle jamais autrement que « mon cher Plotin » {Plotinus noster). Il exprime le plus profond mépris pour le raisonnement et le syllogisme. La vérité , selon lui, descend d'en haut sur celui qui la cherche avec humilité. Nous avons, pour la percevoir, un sens intérieur on spirituel complètement distinct de la raison. La vérité, c'est la lumière dont le Verbe divin est le foyer éternel : « celui qui la reçoit se transforme, de clarté en clarté, dans l'image de celui qui est la splendeur du Père et sa véritable image. » L'homme, en même temps qu'il est l'image de Dieu, est l'image de l'univers , un petit monde , un microcosme ; et il n'est pas possible qu'il en soit autrement, puisque le monde, à son tour, est limagede Dieu; puisque le. monde, selon la pensée de Platon , existe d'abord dans la pensée de Dieu. Aussi Ton peut connaître le monde en Dieu et Dieu dans le monde. Malgré la force avec laquelle Zorsi se prononce pour la liberté divine, l'Eglise a jugé son livre dangereux et l'a mis à Vindex. Des éditions nouvelles n'ont été autorisées qa*avec des corrections. X,

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