‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 80 sur 101 · WOLLASTON · texte numérisé non relu

WOLLASTON

LeibnitZy quelquefois celles de Descartes , souvent celles de tout le monde : son originalité est dans son esprit encyclopédique et sjpslématique. En cherchant à tout définir et à tout démontrer, il a porté la clarté dans une foule de notions obscures ou ma\ déterminées , et par les efforts mêmes qu'il faisait pour convertir en vérités démontrées certaines hypothèses plus brillantes que solides^ il en fit mieux ressortir la faiblesse et Tinconsistance.

11 rendit surtout d'immenses services à TAIIemagne; ses ouvrages furent pour elle un foyer dont les lumières se répandirent sur toutes les sciences. Non-seulement la terminologie dont il se servit demeura en usage longtemps après qu*il eut cessé de régner^ mais toute la philosophie allemande moderne se rattache à la sienne par la critique de Kant.

La philosophie de Leibnilz^ qui ne formait pas un corps de doctrine régulier, et qui n'avait pas une terminologie bien arrêtée , ne devint réellement dominante que sous la forme systématique que lui donna Wolf. La philosophie de Wolf , qui était celle de Leibnitz systématisée, complétée, démontrée, et parfois rapetissée, grâce à la clarté avec laquelle elle était exposée, et aussi grâce aux persécutions dont elle fut d'abord roirjet, fut bientôt généralement adoptée et enseignée dans toutes les chaires |)rotestantes. Dès 1738, Ludovici, dans son Précis de V Histoire de la philosophie de Wolf, put citer cent sept écrivains appartenant à cette école toute nationale, sans parler de ceux qui en appliquèrent la méthode et les principes à d'autres sciences, à la théologie, au droit, à la médecine, à la littérature. On renaarque parmi les principaux disciples de Wolf : Thiimmig, qui publia un abrégé de cette philosophie : Inslitutiones philosophiœ wolfianœ in ustis academicos adornatœ, 2 vol. in-8°, 1725 j BilOnger, Baumeister, G. Frédéric Meyer, et surtout Baumgarten, qui essaya le premier, sons le nom û' Esthétique, de réduire en science, selon la méthode de Wolf, la théorie du beau dans les arts (^JEsthetica, 2 vol, iû-8% Fraucfort-sur-lOder, 1750-58).

La philosophie de Wolf, en général saine et élevée, profondément religieuse et morale , à la fois respectueuse pour la foi et la raison, pour l'autorité et la liberté, préserva longtemps TAllemagne de Tinvasion du matérialisme, lutta avantageusement à TAcadémie de Berlin contre la frivolité des beaux espritsdont s'entourait Frédéric II , et donna naissance à la grande philosophie de Kant , qui la ruina et la fît tomber en oubli. Les historiens de la philosophie allemande, devenus plus justes envers sa mémoire, depuis que tant d'autres systèmes sont tombés après le sien , ne parlent plus aujourd'hui de lui qu'avec respect et reconnaissance {Voir entre autres : Erdmann , Histoire de la philosophie moderne, liv. ii, 2' partie, Leipz'g, 18i2j et Christian Barlholmèss, Histoire de l'Académie de Berlin, liv. i, in-8**, Paris, 1851). J. W.

WOLLASTON (William) naquit en 1659 dans le comté de Strafford, entra dans l'Eglise anglicane, et exerça, pendant plusieurs années, les fonctions de deuxième maître à l'école publique de Birmingham; en 1688, un héritage qui le mit dans l'aisance lui permit de se

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fixer à Londres et de se livrer à Tétade de la philosophie. II mourut eo 172b.

La doctrine morale de Wollaston est exposée dans son Esquisse de la religion naturelle, publiée en 1722 à la Haye, 1 vol. in-4% et traduite presque aussitôt en fi*ançais (1726).

Wollaston doit être rangé parmi les philosophes qui fondent la morale sur la base immuable de la raison , et non sur un vague instinct de la sensibilité, comme Adam Smith, ou sur l'intérêt, règle mobile et flottante , comme Epicure et Hobbes. Mais la plupart des moralistes de Técole rationnelle considèrent la notion da bien comme un principe suprême , identique à la nature même de l*être parfait , absolument simple et irréductible , type divin placé par Dieu dans notre intelligence. Wollaston , au contraire , tente de définir Tidée du bien, et établit qu'elle peut se résoudre dans la notion du vrai. Tel est le critérium de la morale : Agir conformément à la vérité, c>st bien agir } toute mauvaise action est un mensonge. En eiïet, dit Wollaston , on altère la vérité par des actes, comme par des paroles : violer un contrat, c'est le nier en action. Dépouiller un voyageur, c*est revendiquer en action la propriété de ce qn-on lui vole. Défigurer la vérité par ses actes , c'est nécessairement faire mal, puisque c'est la même chose que soutenir une proposition fausse^ c'est-à-dire contraire à la nature des choses. Et nou-seulement on nio la vérité par une contradiction directe, mais on la nie aussi par simple omission. Ne pas tenir sa parole , c'est aussi bien nier la promesse faite, que faire le contraire de ce qu'on a promis.

Une seule observation montrera ce qu'il y a de faux dans la théorie morale de Wollaston. Quelle que soit Tessence du bien , ce qui fait qu^une action est bonne doit élre nécessairement contenu dans ce qui nous détermine à faire le bien. Or, qui de nous songe, lorsqu'il agit^ à la maxime proposée par Wollaston? Ma conscience me dit clairement que lorsque je m'abliens de voler, le motif qui me pousse n'est nullement la crainte de nier une vérité.

Voir l'excellente analyse de M. JoufFroy dans le Cours de droit naturel, t. Il, 24.* leçon. Il ne faut pas confondre le moraliste Wollaston avec un autre William Wollaston, son descendant, né en 1766, et mort en 1828, savant physicien anglais qui fit plusieurs découvertes utiles, et inséra plusieurs mémoires dans les Philosophical transactions. X.

WYTTENBACH (Daniel), né à Berne en 17i6, mort en 1828 à Oegsgeest, professa successivement la philosophie et l'éloquence grecque et latine à Amsterdam et à Leyde , et publia un grand nombre d'ouvrages, ou plutôt d'opuscules, qu'il importe de signaler à ceux qui s'occupent de Ihistoire de la philosophie. C'était avant toutes choses un très-savant et très-élégant humaniste, un des meilleurs philologues de son temps ^ et, à ce titre, ce qu'il a publié sur les matières philosophiques en laugue latine, mérite d'être recommandé fortement à ceux Îui voudraient traiter ces niêmes matièrt^s dans cette même langue, e fut un de ces critiques éminents dont la puissante impulsion porta si loin; en Hollande, l'élude de la philosophie ancienne. Quant à la

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philosophie proprement dite, il professait un sage éclectisme, peu favorable à ridéalisme sceptique de Kant.

Voici les titres de ses écrits les plus connus : Oratio dephilosophia, auctore Cicérone , laudaiarum artium omnium procréatrice et quasi parente y in-th"', Amst., 1779; — Dissertatio qua disquiritur: Num solius rationis vi et quitus argumentis demonstrari possit, non esse plures uno Deo? Fuerintne unquam populi aut sapientes, qui ejue veritatis ratio^ nem sine revelationis dimnœ ad ipsos propagatœ subsidio habuerint? in-4.°, Leyde, 1780; — Prœcepta philosophiœ logicœ, in-8°, Amst., 1782; — Quœ fuerit veterumphilosophoruminde a T haleté etPythagora usque ad Seneeam senteniia de vita et statu animarum pôst mortem cor^ paris, in-ï** , ib., 1786; — De conjunetione philosophiœ eum eleganiio' ribus litteris, in-S"", Leyde, 1821; —: De philosophiœ eieeronianœ lœoy qui est de Deo; — Dephilosophia kantiana^ iD-8% Amst., 1821.

Citons, en6n, parmi ses travaux de philologie, Texcellente édition, avec notes et commentaire, qu'il donna du Phédon de Platon, en 1806, et dont la meilleure réimpression parut en 1825 à Leipzig.

La nièce de Wy ttenbach , depuis 1817 sa femme , est auteur de plusieurs ouvrages de morale et d*esthétique, souvent attribués au célèbre érudit lui-même. Quoique Allemande de naissance , madame Wyttenbach écrivait en français. Ses livres les plus intéressants sont : Théa^ ^ène (Paris, 1815), et Symposiaques , ou Propos de table (ib., 1823).

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