‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 4)Chapitre 1 sur 91 · SCIE» PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

SCIE» PHILOSOPHIQUES

PERSÉE ou Persaus de Cittium , surnommé Dorothée , philosophe stoïcien qui florissait dans la 130° olympiade , on vers l'an 260 avant J.-C. 11 était, selon les uns, l'esclave, selon les autres, le parent de Zenon, le fondateur de l'école stoïcienne, qui le compta parmi ses disciples les plus zélés et les plus chers. Àntigone Gonatas, roi de Macédoine, ayant prié Zenon de venir habiter sa cour et de répandre dans ses Etats l'amour de la philosophie , le chef du Portique , déjà vieux, envoya à sa place Persœus, assurant que le disciple ne le cédait en rien au maître , et qu'il avait sur lui l'avantage de la jeunesse et de la force. Persaeus fut comblé par Antigone d'honneurs et de richesses. Non content d'enseigner à ce prince et à ses courtisans la philosophie , il exerça plusieurs commandements militaires. 11 se trouvait, dit-on, à la tète de la garnison de Corinthe, quand cette ville fut prise par Aratus, et il périt les armes à la main. Il paraît même avoir été plus soldat que philosophe, car on raconte que le roi, pour éprouver sa constance, lui ayant annoncé un jour la fausse nouvelle que ses biens avaient été pillés par l'ennemi, Persœus resta loin, dans cette occasion, de l'impassibilité stoïcienne. Diogène Laërce (liv. vu, Vie de Zenon) lui attribue plusieurs ouvrages, dont les titres seuls nous sont parvenus : De la Royauté , nipî êaatXiî^ ; ta République lacédémonienne , TloXireta Xaxovuw ; du Mariage, Ilept fapou; de l'Impiété, ifyl à<™€ttaç$ des Amours, iTepl *pw™v, Thyeste, eueVmç. 11 avait aussi écrit un grand nombre de dissertations, de discours et de traités polémiques.

On peut consulter sur ce philosophe la Vie de Zenon, dans Diogène Laërce, édit. Huebner, 2 vol. in-8°, Leipzig , 1828. Les documents que l'éditeur a réunis dans le deuxième volume, les notes de Casaubon et de Ménage ne laissent rien à désirer. X.

PERSES (Doctrines religieuses et philosophiques des). Entre la mythologie, dont les récits et les symboles ne s'adressent qu'à l'ima-

gination , et la philosophie qui ne parle qu'à la raison, il y a un degré intermédiaire de la pensée : c'est la raison revêtue de la forme de la tradition; c'est une religion qui s'efforce de répondre à tous les grands problèmes de la morale, de la physique, de la métaphysique, et qui, accueillie d'abord sur la foi d'une autorité immuable, Gnit par se modifier de mille manières et par engendrer mille sectes oppas^es 50us le travail constant de la réflexion. Tel est le caractère <{W çogp #1$ l'çsprit humain dans la plupart des contrées ç}e l'Orient, mais plus particulièrement dans celie dont nous allons nous occuper; car, quel que soit dans l'Inde ou dans la Chine l'empire des dogmes et des traditions, il est impossible de n'y pas reconnaître une philosophie très-originale et très-avancée. En Perse, au contraire, les doctrines philosophiques, quoique assez nombreuses, sont d'un caractère équivoque et d'une originalité contestable, tandis que les idées religieuses, arrivées en peu de temps à un haut degré de perfection morale, ont toujours conservé la première place dans les esprits.

Les idées religieuses adoptées par les Perses , et dont le système de Zoroastre est la plus haute, mais non la seule expression, se sont étendues bien plus loin et ont duré plus longtemps que leur puissance politique. Apres avoir conquis la plus grande partie de l'Asie, elles ont pénétré dans l'Egypte et dans la Grèce par l'école d'Alexandrie, dans la Judée par la captivité de Babylone et la domination des 8ér leqcides, daqus l'Occident par te gaostlcisme, le manichéisme, la secte àes catarrhes , puis , détrônées par l'islamisme dans les lieux mêmes qu'elles eurent pour berceau , elles se sont développées et en quelque sorte rajeunies sous le feu de la persécution , ou , réfugiées au fond de l'Inde, elles y ont conservé jusqu'aujourd'hui leurs monuments séculaires et leur pureté originelle.

I. Pendant Longtemps las croyances religieuses et métaphysiques de la Perse ne pouvaient être connues que par un petit nombre de passages obscurs, quelquefois supposés, et le plus souvent contradictoires, des auteurs grecs et latins. Quelques lignes du premier livre d Hérodote, de Y Introduction de Diogène Laôrces de la Cyropédie de Xénuphon, le traité de Plutarque wr I$if et Osirù, des citations éparses de Pline i'Ançiea, à peine quelques mois de Platon , de Strabon , do ttodore de Sicile , et les prétendus Oracle* de Zoroastre (Acfya tcû z«>pootaxfo)) recueillis par Palrizzi , tels sont à peu près les matériaux que v l'érudition la plus attentive parvenait à réunir sur ce grave sujet, lorsque, à la fin du xyii* siècle, \m savant anglais , trè^- versé dans la connaissante des langues orientales, Thomas Hyde, songea à tirer parti des écrivains musulmans. BJ' était-il pas, en effet, bien juste de supposer qpe les successeurs on les descendants des sncieps disciples des mages, arabes, turcs ou persans, devaient avoir retrouvé sur les Heux quel-? que$ traditions encore vivantes de la vieille religion , et étaient appelés tout à la fois à compléter et à rectifier les documents transmis par les Grecs? Aussi le livre de Hyde, Veterum Persarum et magorum religionis historia (in-4°, Oxford, 1700 et 1760), fut-il un véritable événement dans la science 5 et les autres connaissances dont il offre la preuve, l$s recherches curieuses dont il est rempli , rendaient ce suoeèa tr&-JégHi»e. Il n'est pas un érudit occupé dés religions de

l'Orient qui puisse, même aujourd'hui, se dispenser de le consulter. Cependant il est bien éloigné de ce qu'on était pn droit d'espérer et d'attendre. JL'auleur, ne sachant ni le zend ni le pehlvi , les deux langues sacrées de la Perse, et ne pouvant, par conséquent, puiser aux sources, se laisse souvent égarer par ses guicjes, et mêle à leuFS erreurs ses propres hypothèses. Ainsi , il soutient que les Perses, après avoir reçu de Sera le culte du vrai Dieu, y substituèrent plus tard le culte des astres , mais qu'Abraham les tira de cette idolâtrie et les rendit à la foi de leurs pères ; qu'ils adoraient un seul Dieu , créateur du ciel et de la terre, et que les autels sur lesquels ils sacrifiaient au feu étaient une imitation de l'autel de Jérusalem. La partie la plus intéressante de l'ouvrage de Thomas Hyde , c'est la traduction du Sad-der, abrégé de la théologie cérémonielle et pratique des Perses, qui, rédigé en pehlvi , fut traduit en vers persans par Schah- Mord, le fils de Malek Schah, en 1495, et ensuite en latin par le théologien anglais. Cet abrégé renferme cent préceptes, qui sont considérés comme autant de portes pour entrer au ciel. De là le nom de Sad-der, qui signifie les Cent portes.

Mais que sont tous ces documents indirects et ces traditions incertaines devant les monuments originaux, devant les livres mêmes de Zoroastre, ou ceux qu'upe foi de vingt-deux siècles au moins consacre sous son nom , et«que l'on peut appeler les écritures saintes de l'ancienne Perse? Ces monuments précieux, un jeune Français, Anquetil-Duperron, alla les chercher, vers le milieu du dernier siècle, dans le Guzarate, au fond de l'Inde, où il savait que les Guèbres ou Parses, c'est-à-dire les Perses restés fidèles au vieux culte de leurs pères et chassés de leur pays par la persécution musulmane, les conservaient religieusement. Parti de Paris, comme simple soldat, le 7 novembre 1754, arrivé dans l'Inde le 10 août 1755, il traversa seul, à pied, sans argent, sans ressources, au milieu des plus grands dangers, un espace de près de 400 lieues, pour se rendre de Chandernagor à Pondichéry et de Pondichéry à Surate, étudia pendant plusieurs années le zend et le pehlvi près des destours, ou prêtres parses, et revint en France le 4 mai 1762 avec quatre-vingts manuscrits , au nombre desquels se trouvaient l'original zend et la traduction pehlvi des ouvrages suivants : 1° YYzeschné, recueil de prières et d'élévations que M. Eugène Burnouf a publié avec une traduction et un commentaire, sous le titre de Yaçna (in-4°, Paris, 1833) ; 2° le Vispered, où sont énumérés les principaux êtres de la création ; 3° le Vendidad, considéré comme le fondement de la loi mazdéienne. Ces trois livres réunis forment ce qu'on appelle le Vendidad-Sadè ; 4° les Yescht-Sadé, diverses compositions et fragments de différentes époques; 5° le livre Sirozi ou les Trente jours, sorte de calendrier liturgique , composé des prières qui doivent être adressées au génie de chaque jour j 6° le Boun-Dehesch 9 collection de traités dogmatiques sur différents points, et partagée en trentequatre sections ; manière d'encyclopédie théologique, composée probablement en zend , mais qui n'existe plus qu'en pehlvi. Ce sont ces différents écrits que Anquetil-Duperron a fait connaître, avec une relation de ses voyages et une Vie de Zoroastre , dans une traduction française publiée à Paris, en 3 vol, in-4°, 1771 , sous le titre gé«

néral de Zend-Avesta , c'est-à-dire la Parole de vie, ou , selon M. Burnouf , la Parole de feu. C'est par ce nom qu'on désigne le code entier de Zoroastre , [ou la loi révélée dont il se disait l'interprète; mais ce code, dans l'origine, était beaucoup plus considérable. D'après le DabUtan, ouvrage dont nous parlerons tout à l'heure, il aurait été formé de vingt et un livres, désignés sous le nom de nosks ou naçkas. Sept de ces livres auraient traité des premiers principes des choses et de l'origine de tous les êtres; sept auraient été consacrés aux lois civiles, morales et religieuses; et les sept derniers à l'astronomie et à la médecine. Mais, au lieu de vingt et un naçkas, il n'en resterait plus aujourd'hui que quatorze dans un état de conservation plus ou moins complète. Nous ne savons pas jusqu'à quel point cette division si étudiée peut s'accorder avec la lettre et avec l'esprit du Zend-Avesta. Ce qui est certain , c'est que les ouvrages que nous venons de mentionner sont les seuls de cet ordre, ou plutôt de cette langue, qui existent aujourd'hui dans l'Inde, où ils ont été apportés de la Perse, en 1276, par le destour Ardeschir. Non content de les introduire en Europe et de les traduire , Anquetil en a démontré l'authenticité et développé l'esprit par une suite de savantes dissertations publiées dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et le tome m des Mémoires de l'Institut (classe d'histoire et de littérature).

Les manuscrits si glorieusement conquis par Acquetil-Duperron acquirent une nouvelle valeur et fournirent des lumières inattendues entre les mains de M. Eugène Burnouf. Cet illustre orientaliste, ayant découvert que le zend n'est qu'une dérivation du sanscrit, la langue du Zend-Avesta de celle des Védas, fit servir celle-ci comme une clef infaillible à l'interprétation de celle-là, et donna un sens précis à ce qui n'en avait pas dans l'opinion de son prédécesseur. Par ce résultat philologique, il a été conduit à un résultat philosophique que l'on rencontre plus d'une fois dans l'histoire de l'esprit humain. Il s'est assuré que les idées exprimées dans les monuments; religieux offraient entre elles le môme rapport de filiation que les deux langues, c'est-àdire que le mazdéisme, ou le culte de Zoroastre, doit ôtre considéré comme une transfiguration, une métamorphose spirituelle du culte brahmanique. «Les Parses, dit-il dans l'ouvrage que nous avons déjà cité (Commentaire sur le Yaçna , p. 5U) , les Parses ont personnifié des abstractions, des qualités morales, qui, d'abord significatives au propre, sont devenues par la suite des ôtres mythologiques. » En d'autres termes, les Indiens adorent la nature, et les Parses s'élèvent au-dessus d'elle.

Les livres zends , grâce aux travaux d'Anquetil et de M. Burnouf, peuvent nous donner une idée de la doctrine de Zoroastre. Mais quoi! avant Zoroastre , qui lui-môme en appelle souvent à une révélation plus ancienne, et dont Hérodote , en parlant de l'institution des mages (liv. i, c. 140), semble ignorer l'existence , les nations antiques et policées de l'Iran n'ont-elles possédé aucune tradition , n'ont-elles connu aucun enseignement religieux qui ait pu les préparer à recevoir la loi mazdéenne? A cette question vient naturellement s'en rattacher une autre : Comment supposer qu'une œuvre comme le Zend-Avesta n'ait jamiis été l'occasion d'aucun autre système, n'ait jamais produit

cette diversité d'interprétations, ces opinions opposées, ces sectes ardentes que Ton voit sortir ailleurs de tous les monuments semblables, surtout si l'on songe aux vicissiludes politiques de la Perse et aux impulsions différentes qu'elle a dû recevoir? Sur ces deux problèmes, les systèmes qui ont existé en Perse avant la religion de Zoroastre, et ceux qui sont sortis de son sein ou qui ont suivi sa chute, il y a deux documents à consulter, très-curieux l'un et l'autre, mais d'une valeur inégale, le Desatir et le DabUtan.

Le Desatir, c'est-à-dire la Parole du Seigneur ou le Livre céleste, est, si Ton en croit l'éditeur oriental, un recueil de quinze livres envoyés du ciel à quinze prophètes dont le premier est Mah-Abad, c'est-à-dire le grand Abad, et le dernier, Sasan, deuxième du nom. Parmi ces prophètes se trouve Zoroastre, qui n'occupe entre eux, dans l'ordre chronologique, que la treizième place. Sasan II vivait au temps de Khosrou-Parwiz, contemporain d'Héraclius, et termina ses jours neuf ans avant la destruction des Sassanides par les Arabes. «La langue, dit M. Sylvestre de Sacy (Journal des savants, janvier 1821), dans laquelle est écrit le Desatir, diffère du zend, du pehlvi , du persan moderne et de toutes les autres langues connues, et il serait de toute impossibilité aujourd'hui d'en entendre un seul mot sans la traduction littérale qu'en a faite en persan Sasan deuxième du nom , et qui est jointe à l'original verset par verset, et presque ligne par ligne. Sasan ne s'est pas contenté de traduire le Desatir, il y a joint parfois un commentaire où il déploie une métaphysique subtile et raffinée. » C'est cet ouvrage, déjà connu en partie par l'auteur du Dabistan , et dont un fragment en persan avait reçu le jour en 1789 dans les Nouveaux mélanges asiatiques de Calcutta , qui a été publié à Bombay, en 1818, par Moulla Firouz Ben Kaous, accompagné de l'ancienne version persane et du commentaire du deuxième Sasan , avec une traduction anglaise, tant de l'original que du commentaire (2 vol. gr. in-8°). -

C'est un fait bien extraordinaire qu'un tel monument soit resté ignoré de l'histoire , qu'il ait existé avant et après Zoroastre tant d'écrivains et de livres célèbres dont pas un seul n'est mentionné dans l'antiquité sacrée ou profane; mais l'incrédulité est complètement justifiée lorsqu'on connaît la chronologie du Desatir et les anachronismes qu'il décore du nom de prédictions. Le premier des quinze personnages qu'il met successivement en scène, et qui a donné son nom à tous les sectateurs du Desatir, Mah-Abad, n'est pas seulement un prophète de l'Iran , il est le premier père et le législateur du genre humain dans la période cosmogonique à laquelle nous appartenons : car, après avoir péri dans un cataclysme universel , à la fin de la précédente période , notre espèce a recommencé avec lui dans la période actuelle. Mah-Abad a eu pour successeurs treize apôtres et princes de sa race, treize Abad qui forment avec lui la dynastie des Mah-Abadiens. Le nombre des années qui marque la durée de cette dynastie ne peut être exprimé dans aucune langue; il faut se contenter de le représenter aux yeux par un 6 suivi de vingt-trois zéros. Encore ce signe n'est-il pas exact : car chacun des jours dont se compose l'année mah-abadienne est une révolution de Saturne, évaluée à trente années solaires. Après la dynastie des

Màh-Abadierts, vient celle de Dji-Afran , le secohd prophète de l'Iran , dont la famille, déjà singulièrement dégénérée > n'a régné qu'un millidti d'années mah-abadiennës. Le troisième prophète est Schaï-KéliV, fondateur d'une nouvelle dynastie, qui, inférieure à la précédente, ne subsisté que pehdant un schamar, c'est-à-dire un espace de dix millions d'anhées. À la dynastie des Sfchaï succède celle de Yasan , fils de Sehaï Mahboul, et quatrième prophète de l'Iran: Cette dynastie dure quatrevingt-dix-neuf salam, ou neuf millions neuf cents ans. Alors nods éhtrons avecGhilschah ou Kaïomors (Cayoumarlh, selon M. de Sacy) dans tine époque moins fabuleuse.

Les faits historiques rapportés par le Desâtir, sous forme de prédictions , n'offrent pas moins de prise à la critique que sa chronologie imaginaire. Ainsi le premier Sasan , qui se dit fils de Darius II et frère d'Alexatidre, parle de Manès et de ses disputes avec Sapof , de Mazdek et même de Mahomet , c'est-à-dire de personnages et d'événeknehls postérieurs à lui de six à neuf siècles. Sasan V, qui se place sous le règne de Khosrou-Parwiz; et qui est mort neuf abs avant la chute des Sàssanides, fait mentioh de la conquête des Arabes, de la puissance dès Turcs et de la corruption dé la religion musulmane : d'où il faut conclure, selon H. de Sacy [Journal des savant*, février 1821) , que les deux derniers livres dix Desatif ont été écrits dans l'Inde , ou dans une contrée voisine de l'Inde, six ou sept siècles après l'hégire* et que le reste dé l'ouvrage peut appartenir au n* ou mè siècle de là thème ère»

Quand on admettrait cette supposition dans toute sa sévérité, le Desatir serait encore un ihonUment de la plus haute importance pour l'histoire de là phildsophie, comme le fait d'ailleurs rémarquer luithème l'illustre orientaliste que nobs avotis pris poiir guide dahs cette question, a Quoique ce livre, dit-il (tiftt supra) ; sdit loin de pouvoir prétendre à la haute antiquité qu'il s'attribue lui-fflêinfe, on ne saurait douter qu'il ne contienne d'anciennes traditions dont brie judicieuse critique peut profiter, en les séparant des idées plus tnbdernes qui en ont changé la face , et qui peut-être Sont diieS au mélàbge des doctrines et des traditions ahciennes. »

LeDabistan, c'est-à-dire YEcolè des mœurs, est un oriVfagé d'un tout autre càtactère, mais nob riioins précieux pbUr lfe sujet qUe ribds traitons. L'auteur, Mbhspn-Fani, ou de quelque aùtte nom qu'il s'appelle , car les philologues né sont point d'accord sur ce point , est un Persande la secte des sbufis, qui , né en 1615, sous le règne de Schah- Djéhan, passa la plus grande partie de sa vie à voyager dahs l'Inde , en étUdiàftt partout sur son passage les sectes religieuses et philosophiques répandues dans celte vaste contrée. Il prend connaissance de tous lebrs livres, se fait initier â toutes leurs traditions et à tdUs leurs thjrstèrfcs, entre en conversation avec leurs plus célèbres docteurs et corifronte les interprétations ptales avec les dogmes écrits. C'est en rédigeant ces observations qu'il a Composé le Dabistan , où l'on Voit analysées sans art, mais avec impartialité et d'une manière attachante, profonde quelquefois, ces cinq grandes religions : celles des mages, des Indiens, des juifs, des chrétiens, des mUsulmahs, et ce que l'auteur appelle la religion des philosophes , y compris leurs principales ramifications. Ce livre était cbmplélemebt 'ignoré des sàiràhts de l'Eu-

PERSES ( D0CTH1NES t)ËS ). 7

rope, lorsqu'il attifa , en 1787, l'attention dé Williaiti Jôhes. Ce rt'éSt qu'en 1809 qu'il fut publié pdur là première fôtë, à CaléUtta, dànà l'original persan, et qu'il en partit quelque* fragments, ifaddltS ëb âïiglatë, dans lë9 Rteh&chèè asiatiques. ÊnSt% bdë ttadtictiôb fcdffiptèté de robvi-ttgë , également ett dttglaiS , accothpdgbéë de ttdlëS sàvablea . dune IdtfédUctibn et dé labléab* analytiques, a été pbbliéë à Vètk. ëû 1843 (3 vdl. in-8«), par taM.MVid Stiéa et Àulhdny Tftfyer. ad* frâfc du dbiMté de trëâbellon orîéblale de la Granae-Btetagrië et de l'Irlande. Le pretoiet* volume est cbrtsacré lotit entier au* Sëete* fefteiett* ses et philbaoptaiqueë de là Péftë, et peut se diVisèf en deb* balïlëà f celle qui ëe rapporte eu* doctrines àntërledréi à ZortWStte Opt Zdroàstrë îui-niéttië, et celle ôÛ il est qdëstibb de système pltts récent, ou tout du niôiîls rajëuniS; Dhtis là première, l'àUtëtii1 du DabiStatt be fait guère que répéter, tfanSauébne différence essentielle, le Désatlf et le Zend-AVèstaJ et cette doncofctanëe iàbti^ fait Voit côtabién l'ub de ces deux itiobbtaehts a été bien compris eb Europe, et quelle valeut* il faut attache* à l'autre. La seconde partie nous offre des faits ètitièfe^ ment nouveaux , entièrement étrange jusqu'à ée jbUt à l'Èbtopè Savante , et qui peuvent étfé accueillis aveë eonfiabee quanti on ddttgë à 1' e*âbtitudë dodt ttdtW Voyagédt fait tifeùVe dahà dëS niàtièïes parfaMtenient ëotihtiès de UOus i par ëfcetnpie, lorsqu'il parlé des jbiK, dès chrétiens et des Indiens;

Neds avdbs crb nécessaire d'indiquer ràpidëmëbt lèâ ttàtéf iati* (Jbe la sciëbce a affiWsfc jiiSqu'à présent pour la cottnàlSsartce des idées' de l'Ihib , et les trois ptfnéipàlës sdUrcës ôû i! faut pdlsef * nôbs allbns ëSsàyët à présent d'ëb faire sortie ce qbi pebt intéresser rhistdlre de la philosophie ; en édnlibettCdnt toutefois bàf le Zëhd-ÀVestà ' car* là est le point fixe stir lequel reposent et abtour duquel doivent s'étendit toutes bOs recherchés; le système de ZotoaSlte est l'expression la plufe haute et la plus bbiversëlle de l'esprit de 1 Wiëhne Perse.

II; La première question que Soulève le fcertd-AVestd, d'est Celle db son authenticité; Les livres zendS rapportés de Surate vers le tbllifeh du dernier siècle dnt-ils été Véritablement , Sibon écrils , du mblfts inspires pft* ZordàStrë? SoxiUils ubë œuVre sincère, ôrlgltt&le , dd Setilëtaéttt Ubè de des itapôstures si fréquentés en OHëdt, et ou quelques traditions anciennes se mêlent àU* inventions d'dné imagination plUs

tfbniëtnpbràihe la résolue dans le prêffllèr Sens. En uéttibMrant que zend, dette làttgbe à peine comprise des dëstobfs ebk-mèmes, U'è^t Qu'Ubé dérivsttiOb , uti filon égnré de la làbguë déâ Védas, elle â prouvé en même temps là haute antiquité dèé écrite qui notis lotit fait Cotlballi-e et des idées dbrit elle est l'interprète. Telle est d*ailleurs là nature de céS idées, tel est lëuï dàfbctère feligifeu* et piimitif. telle est lfedt eonroribitè avéè tout ce qbë bbuS pbUvbnS Savoir sur là féîigiôh des Penses par les auteui*s gréés et latins, qu'elles offrent pai- elles seUléS Ube gàraritie suffisante aux SoupçortS de là critique.

Qdabt à l'âge du Zcnd-AVesta , qbant â là date précise de là ifiissiôti de £ort)àstre et du tfibtaphe de sa ddfciritie pariai les peuples de l'Iran , d*èst Uti problètnë plus difficile à rësotidfe ; car là Pérèe n'a pas

plus de chronologie que l'Inde, ou, si elle en a une, c'est une chronologie fabuleuse comme celle du Desatir, poétique comme celle du Schah-Nameh. Nous nous trouvons ici placés entre deux points extrêmement éloignés l'un de l'autre. Si nous en croyons la critique moderne, c'est-à-dire les conjectures d'Anquetil-Duperron (Vie de Zoroastre, Zend-Aventa, t. n) , généralement adoptées aujourd'hui , Zoroastre, ou, pour l'appeler de son nom zend, Zéréthoschthrô (astre d'or, astre brillant), serait né à Urmi , dans l'Iran, en 585 avant noire ère, et aurait rempli sa mission en 549. C'est dans cette année même qu'après avoir converti sa patrie , il se serait rendu à Balk , capitale de la Bactriane, où il aurait gagné au nouveau culte, d'abord le roi , puis la cour, puis toute la nation et même un brahmane, Sankara- Acharya, ou, comme l'appelle le Dabistan, Djangran-Ghacbah , arrivé de l'Inde pour discuter avec lui. Le roi qui régnait alors à Balk, Gushtasp, père d'Isfendiar, est supposé être le même qu'Hystaspes, père de Darius. Ayant passé dans la capitale de la Bactriane environ dix ans (de 539 à 524 avant J.-C), le prophète iranien aurait été prêcher sa doctrine à Babylone, et aurait rencontré Pythagore au nombre de ses disciples. C'est dans ce temps que les Grecs ont placé le règne de Cambyse. Enfin, revenu en Perse après trois ans d'absence, Zoroastre aurait vu son culte publiquement adopté dans la Cbaldée, dans la Perse, dans la Médie, dans la Bactriane, alors réunies sous le sceptre de Darius, et serait mort à l'âge de soixante-dix-sept ans, en 512 avant Jésus-Christ. Tel est le résultat des suppositions d'Anquetil , qui , du reste, est bien éloigné d'en dissimuler l'incertitude, et ne les avance qu'avec une extrême circonspection. Si nous consultons les auteurs grecs, nous les verrons presque tous s'accorder entre eux pour placer le fondateur de la religion des Perses à une distance qui détruit complètement notre système de chronologie. Selon Diogène Laërce (Vitœ philosoph. Proœm.), Hermodore le platonicien, dans son livre des Mathématiques, faisait vivre Zoroastre 5,000 ans avant la guerre de Troie. Hermippe , cité par Pline l'Ancien [Hist. nat., liv. xxx), et à qui l'on attribue une traduction de plusieurs ouvrages de Zoroastre, exprimait la même opinion , que l'on retrouve aussi chez Plutarque , dans le traité d'Isis et d'Osiris. Aristote, si l'on en croit Diogène Laërce (ubi supra) et Pline (liv. xxx), se contentait de placer son existence à 6,000 ans avant Platon, ou un peu moins de 6,400 ans avant notre ère. La plupart aussi pensaient que les mages étaient plus anciens que les prêtres égyptiens et même les gymnosophistes, c'est-à-dire les brahmanes de l'Inde. Nous ajouterons à toutes ces allégations celle de Justin (liv. i, c. 1), ou plutôt de Trogue-Pompée, qui faisait de Zoroastre un roi de la Bactriane, créateur des arts magiques, et vaincu par Ninus.

On reconnaîtra saus peine ici l'écho des vieilles traditions de la Perse : car, quelle autre autorité qu'une tradition orientale aurait pu donner aux Grecs l'idée de cette fabuleuse antiquité? Quel livre, quel monument, quel fait véritablement historique voyons-nous invoqués par eux ? Qu'est-ce qui pouvait leur faire supposer que les mages étaient plus anciens que les prêtres de l'Egypte et les brahmanes de l'Inde, sinon ces dynasties mythologiques, ces interminables générations de prophètes dont il est question dans Je Desatir? Aussi a-t-on pensé,

avec raison, tant qu'on a été réduit à ces vagues témoignages, que le nom de Zoroastre s'appliquait moins à un homme qu'à tous les réformateurs, à tous les instituteurs religieux de l'Iran. Si nous avons va Justin faire de Zoroastre un roi , cela vient certainement de ce que , dans les traditions que nous avons citées, ces premiers prophètes nous sont représentés en même temps comme les premiers souverains de la terre, comme des chefs de puissantes dynasties. Au contraire, les dates d'Anquetil-Duperron s'accordent à merveille avec tout ce que racontent de l'auteur du Zend-Avesla les auteurs orientaux euxmêmes. Quel est, en effet , le rang qu'occupe Zoroastre parmi les quinze prophètes du Desatir? Il est placé immédiatement après les temps mythologiques et héroïques de la Perse et avant ceux de la décadence, puisque Sasan , premier du nom , qui vient après l'auteur du Zend- Avesta, est censé vivre à l'époque de Darius Kodoman et d'Alexandre. Or, l'histoire des anciens Perses ne sort de ses ténèbres et ne commence véritablement que sous les règnes de Cyrus , de Cambyse et de Darius Hystaspes. Est-ce Darius lui-même ou son père qui, sous le nom de Ghustasp, joue un si grand rôle dans la vie de Zoroastre? Peu nous importent.les noms propres, c'est une époque que nous cherchons; et avant celle que nous avons trouvée, il n'y a que des traditions étrangères à Zoroastre; après elle , le triomphe de sa doctrine est déjà un fait accompli dans l'immense empire des successeurs de Darius. Remarquons, en outre, que la conquête que fit Darius d'une partie de l'Inde nous explique la conversion du brahmane Djangrangaehah. Enfin ce sage de la Grèce qui assiste, dans Babylone, aux prédications du nouveau prophète, nous transporte au milieu du vie siècle avant notre ère; car ce sage ne peut être que Pythagore, qui florissait dans la 62e olympiade ou 528 ans avant J .-C . , que saint Clément nous représente comme un disciple de Zoroastre, et qu'une tradition généralement répandue fait voyager en Egypte et dans la Chaldée.

Le Zend-Avesta est, dans le sens antique et primitif du mot, un code religieux, c'est-à-dire qu'on y rencontre tout à la fois, confondus, sans ordre, un culte, une législation et un système de croyances, une sorte de philosophie. Nous laissons de côté la partie cérémonielle et civile pour nous occuper seulement des dogmes proprement dits et de la morale.

Le plus caractéristique et le plus connu de ces dogmes, c'est celui qui reconnaît à la tète de l'univers deux principes , l'un auteur du bien, et l'autre du mal, Ormuzd et Ahrimane. Mais ce dualisme n'est admis que dans une certaine mesure, autant qu'il est nécessaire pour écarter de Dieu la responsabilité du mal ; il n'est pas le fond de la religion de Zoroastre'. Le fond de la religion de Zoroastre c'est le monothéisme. En effet, d'abord Ormuzd et Ahrimane sont tous deux sortis, ou, comme dit le Boun - dehesch , ils sont tin seul peuple de Zervane- Akérène, c'est-à-dire le temps sans bornes ou l'espace infini. Le Zend-Avesta ne s'explique pas davantage sur la nature et les attributions de ce principe: aussi a-t-il été compris de diverses manières par les différentes sectes du magisme. Les uns n'y ont vu que le temps abstrait , les autres que l'espace ou le lieu , et d'autres , formant la secte des zervanites , une émanation de la lumière première ; mais la

réserve même des livres originaux rions autorise à Croire qu'il s'agit iei de l'infini, supérieur à toute distinction du bien et du mal, et que son essenee mêitie ne permet pas de définir;

De plus , il n'y a aucune égalité entre Ormuzd et Ahrimarie. A eh croire quelques sectes > dont les opinions sont rapportées par Séharistàni (Thom. Hyde* Vet. Pérs\ hitt. , o* 22) et par l'auteur dii Dabislan (U i, p. 356 de la traduction anglaise) * Ahrimane aurait reçu l'existence après Ormuzd; et* par conséquent, ne serait pafc éternel; il serait né d'un doute conçu par Ormuzd sûr sa propre puissance* oU il aurait accompagné la création* c'est- à-dire le développement dé la puissance divine, (tontine l'ombre accompagne la lurhière; en tin mot > il n'est qu'une négation , une limite. Mais nous n'avons pas besoin de sortir des paroles du Zend-Avesta pour montrer que ces deux puissances sont loin d'être placées shr là mênie ligne et de former un antagonisme inconciliables Onriuzd seul, Ahurà-MazÛaô, comme l'appellent les livres zerids (c'est-à-difè là grande lumière > ou* sel oh la traduction de M* Biirnoaf , le roi trèt-eamnt) , possède véritablement les attributs de là Divinité. Ltli seul est invoqué, adoré dans là religion de Zorbastre, qui s'appelle de son nomj le mazdéisine* Voici en quels termes il est ordohné de le prier : « J'invoque et je célèbre le créateur Ahurâ-Mazdaô}lumineux) rëspléhdtésant, très^grànd ettrès-bon^trèsparïait et très-énergique* très-intelligent et très<-beau, éminenl en pureté, qui possède la bonne science y source de plaisir, lui qui nous a eréés j qtii nous à formés > qui nous a nourris , lui le plus accompli des êtres intelligents; » (E. Burnouf; CommknU sur le Ferçha>p. 146.) Ahrimane, au contraire, l'esprit du rhalj le roi des ténèbres* d'à qu'un pouvoir iirtiitê et temporaire qui le fait ressembler beaucoup moins à un des auteurs de là création qu'à tin ange déchu , à ube créature révoltée contre Dieu et destinée a se réconcilier avec lui; En effet , selon les livrés tends, et surtout selon le Bon n-dëhfescb Cloute là dufée de la nature se partage en quatre périodes de trois rrtille ans éhàcurië. Dans là première , c'est Ormdzd seul qui règne } car c'est lui qui a commencé l'œuvre de la eréation. « J'ai agi le premier, dit-il a son prophète ( Vèndidad-Swdé > farg. 1), ensuite ce Pétyaré , » c'est-à-dire le contradicteur ou Ahrimane. « An Commencement , Ormuzd , élevé audessus de tout , était avec la science souveraine , avec la pureté * dans la lumière du modde-. Ce trône do lumière j ce lieu habité par Ormtozd, est ce qu'on appelle la lumière première 5 et dette science souveraine , dette pureté , production d'Ormuzd ', est ce qu'on appelle la loi; » (Zend-Avesta, t. ni; p. 34>3.) Dans la seconde période, Ormuzd et Àhrirfcane luttent ensemble avec des avantages à peu près égaux, l'uti régnait sur la lumière^ l'autre sur les ténèbres; l'uh formaht toute chose pour le bien, l'autre pour le Drtah Dans la troisième période* la victoire appartient à À brimante \ e'edl lui et leà êtres sdHis de ses mains, Iefe dëtfiofis * les puissances infernales* qui gouvernent le monde , c'està-dire que le monde marche à sa fin; Enfin, Ormuzd repreftd le dessus, et) cette fois pour toujours > les morts ressuscitent purifiés de leurs fautes* le mal disparaît, et avec lui l'enfer^ Ahrimane lui-même, fébitaril des prières et offrant ues sacrifices , est un zélé serviteur du roi de la lumière, a Cet injuste, cet iinpur, dit le Yaçna (h. 30 et 31) , qui h'est

PERSES (DOCÎtotoES DÉS). 11

que dew dans Ses petosées, fcé foi ténébreux deis datvahdS} qdi né comprend que le mal , à là réSbrfrecUori il dira PAvesta ; exébutdht la loi, il l'établira même datiS la derheufc des dàrvàhds. » Il ëfct imttoësiblfe de dire plus clairement que la puissante d'Àhritnftrie n'est hi éternelle ni absolilë 9 mais témpbbairé ël relative. Elle n'irilërVient qUb dans l'état âCtUel du moRde, pour éb expliquer les imberfëctiotas et ëfa décharger là responsabilité divibe. Ayant que ce monde fût formé, elle n'existait pais ëncdre, et qUahd il atkra disparu et fait place à Un mOtide meilleur-, elle ti'fe*tëterà piu§; ëdr, pour le principe du m1 al, c'est avoir perdu l'exigence qiië d'être réuni et sdbordbhhÉ h celtki dli bien:

Après avoir défini, autant qu'il dépendait de bbus, l'essenite et lès rapports des dfeUx pHticipeS , noUS sOttitneS nhtUreltemelit conduits à rechercher CoMthferil et dans quel OHre ils ont btdduit l'uniVérs.

Les livrés zënds ne s'expliquent pas sur l'aéte par lequel Ofrmtiztl h donné l'existence au monde, et sur la maniéré dont il est sorti luitnêihfe, airisi que Soft etanértJi, du sein de l'Eternel. US disent bien qti'Ôràiuzd et Ahrinritiné ont été doHnés de Zervàh-Akéfrèhb, qu'OtttoUzd a rfdnrttf le ciel, la terre et tOtttéë ses productions; mais <jue fout-il entendre par là? Est-ce là ëtéatiod telle qUë nous la COttbëVods aujourd'hui, telle que rudrttët l'orthodoxie chrètiënrie , ou Sifaplemerit l'étaahatiOti? Nous n'héiitobs pas à adopter ce dernier sebS, et voiëi par quels tnbtifs. Si étrt donné, d&tis la lâtighe db Zénd-A^esta, signifie êtfé tféfi, Orhiuzd à été Créé aussi bien qbfe lé thbiide; car la mêriie efcpresSiôh s'applique à l'bh et à l'autre: Or, il est impossible de regarder Ormuzd comme Une création * càt lui seul , fconitile riboS l'avons rtibhtré, a tih rôle actif dans l'existence , lui sëbl 4 tous les attributs et tiëbt la plùfee de Dieu ; il est le premier aUtetir, lé défenseur et le rëdëtiiptëUr de l'btiiverti NouspouvôbS assurer qu'il eh est la sbbstabce, quand hotis vôyobs le Zëhd-Avesta (t. h , p. 180) lé désigner quelquefois coirime le corps des corpè. Il est la grande lumièW, par conséquent s ses rapports aVec les êtres sobt les mêmes tjue ceux des rayons avec le soleil. AUSSi n'àvofts-bbus aucbnë raison de bonteâlër l'aUlhërtticilé de ce passage des HVréS zendè cité dabs le Dabistâh (t. î, p. 23d). C'est Ohnuzd qui parlé à Zofoastrë : « Apprends & tods lesbbniibés due tout objet brillant et lubiirieux est l'éclat de ffia ptdprè lumière.... Rien , dabs le motidë, n'est au-dessus de la lhmière , dobt j*ai éfréé lé paradis, les âbgës et tout Oe qdi est agréable, tandis qUé l'ëtifër est Une production des ténèbres. » 11 faut, en outre, tenir Compte de ce fait historique, que le gnoStléisme et 10 toUflibhéisine , si élroitetoeùt liés au système dé 16iroastte , Sont tondes sur le système de l'émanation. GiittUzd est doflc une érbariation de l'éternité bu de l'infini , au sein duquel il était primitivement Confondu avec les lébèbfës , et le mbbde est ube émfttiàtidn d'Ottnuzd. Mais il y a entre éuk cette difféi*éûCe fofadamétitale , qUe le prétnlérest Unëémahatioh éternelle dUtenipS éternel(Zërvûtoe-Akérènè), et le second une éniabation trabsitoire du temps phéhoménal , Si l'on peut s'éXpritaél' ainsi, c'ést-à-dire du temps qui sert à mesurer les révolutions dûjciel et la succession des événements (ZerVane).

Ormbzd ti'a pas produit directement les êtres matériels et spirituels dont l'univers se compose, il lésa produits par i'intèrkhédiaire de la parole, du Verbe divin, du saint Honovèr. a Le pur, le saint, le prompt

Honover, je vous le dis clairement, ô Sapetman Z oroastre, était avant le ciel, avant l'eau, avant la terre, avant les troupeaux, avant les arbres, avant le feu, fils d'Ormuzd, avant l'homme pur, avant les dews, avant les kharfesters (les animaux utiles ou innocents) , avant tout le monde existant, avant tous les biens, avant tous les purs germes donnés d'Ormuzd. » (Yaçna, h. 19). En d'autres termes, « ce qu'Ormuzd est à l'Eternel ou à l'Infini, le Honover Test à Ormuzd, c'est-à-dire sa pensée, son âme, son image, et, par là môme, la source et le modèle de toutes les perfections des êtres. » (Anquetii, Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. xxxyii, p. 6200 U a un corps et une Ame : son Ame, ou, comme disent les livres zends, son férouër, c'est la réunion de toutes les idées, qui forment, en quelque sorte, sa substance intelligible; son corps, c'est la réalisation de ces idées dans la nature des êtres, c'est l'univers tout entier, tant spirituel que matériel. (Zend- Avesta, t. n, p. 323 et 595.)

Au-dessous du Verbe divin , de l'intelligence ou de la raison universelle qui a préexisté et présidé à la formation des choses , nous rencontrons ce que, dans la langue de Platon, on a appelé les idées, ce que les livres zends nomment les férouërs 9 c'est-à-dire les formes divines, les types immortels des différents êtres. Le feu et les animaux ont leurs férouërs comme l'homme; les nations, les villes, les provinces, aussi bien que les individus. Il y a les férouërs des anges, de la loi, d'Ormuzd lui-même, et, comme on Ta vu plus haut, du Verbe d'Ormuzd. Il n'y en a pas pour Ahrimane et ses démons , ni pour le premier principe des choses, le temps sans bornes. Cela se conçoit, puisque le mal n'est qu'une négation et que l'infini échappe à toute forme déterminée. Cependant il faut remarquer que ces types ont plutôt un caractère mythologique que métaphysique, et ressemblent plus à des puissances effectives qu'à de pures conceptions de l'esprit. Ils ont pris naissance pendant la première période de la durée du monde, quand Ormuzd était encore sans rival, et ont d'abord existé seuls dans le, ciel, puis réunis aux différents êtres qu'ils représentent, et, faisant partie de la nature pendant cette vie terrestre, ils ont été chargés de combattre l'influence des mauvais génies. Ormuzd , en les exilant de leur première patrie, leur adressa ces mots {Zend-Avesta, t. n, p. 350) : « Quel avantage ne retirerez-vous pas de ce que, dans le monde, je vous donnerai d'être dans des corps ! Combattez les daroudj (les créatures d'Anrimane) ; faites disparaître les daroudj. A la fin, je vous rétablirai dans votre premier étal, et vous serez heureux. A la fin, je vous remettrai dans le monde, vous serez immortels, sans vieillesse, sans mal.» C'est la théorie des idées amenant à sa suite , comme dans le système de Platon , les dogmes de la préexistence et de l'immortalité.

Il est évident que les férouërs9 étant les exemplaires d'après lesquels toutes les créatures ont été formées, ont dû exister avant ces créatures, de quelque nature qu'elles soient, comme l'original existe avant la copie; voilà pourquoi nous les avons placés , sans écouter l'usage , audessus des puissances spirituelles , c'est-à-dire des génies et des anges qui peuplent le ciel de Zoroastre. Ces derniers se divisent en deux classes : les amschaspands et les izeds.

Les amschaspandj (c'est-à-dire les immortels excellents on les saints

immortels) sont au nombre de six. Le premier, Bahman, dont le nom signifie la bienveillance ou la bonté, a sous sa protection les troupeaux. Le second, Ardibeheseht , dont le nom se traduit par pureté excellente, est le maître du feu, l'Ouriel des Hébreux et des Chaldéens. Le troisième, Schahriver ( le roi puissant, selon Anquetil-Duperron; Y excellent roi, selon M. Burnouf] , a sous sa surveillance les sept mé~ taux et les richesses enfouis dans le sein de la terre. Le quatrième, Sapandomad (disposition de camr humble et soumise , selon Ànquetil ; selon M. Burnouf, celle qui est sainte et soumise), est un esprit féminin, gardien de la terre. Le cinquième et le sixième, Kordad (qui produit tout), et Amerdad (qui rend immortel), ne sont jamais séparés l'un de l'autre. Le premier est le génie préposé aux eaux, et le second , à la garde des arbres et des fruits (Comment, sur le Yaçna, p. 147-166).

Les izeds, dont le nom signifie, selon M. Burnouf, objets d'admiration, sont des génies du second ordre, réunis en une vaste hiérarchie et préposés à toutes les parties de l'univers. Ils ont sous leur garde, les uns les différentes heures du jour, les autres les différents jours du mois ou les mois de Tannée; ceux-ci, les astres; ceux-là, les plantes, les arbres, les troupeau*; d'autres, les hameaux et les villes. Le premier et le plus puissant des izeds, c'est Mithra , que Ton a sonvent confondu tantôt avec Ormuzd, tantôt avec le Soleil , mais qui est parfaitement distinct de tous deux. Il est appelé Y œil d 'Ormuzd et le protecteur des provinces de l'Iran, quoique ses attributions s'étendent à toute la terre et qu'il semble plutôt un médiateur universel entre la créature et le créateur. On le représente avec mille oreilles et dix mille yeux, parcourant l'espace qui s'étend entre le ciel et la terre, la main armée d'une massue pour effrayer les mauvais génies, ou d'un poignard d'or pour fertiliser la terre. Il donne à la terre la lumière, il trace le chemin à l'eau, il entretient l'harmonie dans le monde, et pèse les actions des hommes sur le pont Tchinevad , c'est-à-dire le passage étroit qui sépare cette vie de l'autre (Mémoires de V Académie des Inscriptions, t. xxxvn, p. 620). A peu de distance de Mithra, nous rencontrons Sérosch , dont le nom signifie la parole faite corps, ou la parole incarnée. 11 est en quelque sorte le lieutenant d'Ormuzd sur la terre (Comment, sur le Yaçna, p. 41).

Du monde intelligible et du monde spirituel , nous descendons au monde matériel , dont le Boun-déhesch nous raconte en ces termes .la formation successive : «En quarante-cinq jours, moi, Ormuzd, aidé des amschaspands , j'ai bien travaillé, j'ai donné le ciel. En soixante jours, j'ai donné l'eau; en soixante-quinze, la terre; en trente, les arbres; en vingt, les animaux; en soixante-quinze, l'homme. » Ces six époques de la création, formant ensemble une année de trois cent soixante-cinq jours , s'appellent les six gahambars, et sont célébrées chaque année par autant de fêtes qui portent le même nom.

Le ciel parait avoir pour substance le feu, cet emblème matériel de la Divinité, et se compose de deux parties : le ciel immobile, séjour d'Ormuzd; et le ciel mobile, ou les étoiles, confiées à la direction de Mithra. Ces dernières font leurs révolutions autour d'un même pivot, l'albordj, montagne qui s'élève de la terre jusqu'au ciel immobile. C'est aussi du haut de celte montagne, appelée le Nombril de la terre,

U PERSES (DOGT|lïNES PES).

que fjpscend l'eau, pppr se distribuer epspite par mille canaux sur la §H|:fyce de notre planète , çt former les mers, les lpgs , (es fleuves et les fmsseai|x. Lp terre 5e divise pn sept parles on foschvyrs, séparées les upes des autres par 4'iuimepses étendues d eau qui pQrteqt je porp de zarès. Toutes ces parties, cppfléeg & la garde d'autant de gépies particuliers, diffèrent les upes des aii(res par lp poulepr et la poqfqpmation dé leurs habitants. Lp plus heureuse entre elle? r c'est l'Airyana ou l'Iran, «le premier lieu, dit Je Zen.d-Ave$ta , la 'ville' semblable au paradis , que je produisis au comqiencemept. » C'est, en effet, là que Zqroastre place le paradis terrestre et fait naître pos premiers parents.

I)e piême que le ciel pst formé d'un seul élénjept, l'eau d'une seule jspurce , et la terre d'un seul noypu , de même tous les arbres , tous les apippaux , tous les hommes ne sont que des rejetons infiniment var^s. d'un seql arbre, d'un seul animal, d'un seul homme. C'est la conséquence à laquelle devait nécessairement aboutir la théorie des idées que nous avons exposée plus haut. Une seule tige ? donqée par QrmVfêd, produisit d'abord dix mille espèces, dont nous trouvons, dans Je feqpq-déhesch , upe classification fondée sur certaipes idées médicale^.. (]ç§ dix mille espèces ep produisirent, à leur tpur, cent vingt ityjllë, ^e premier de tous les arbres fut le fiom> arbrisseau des mqntpgqes , avec lequel les Perses alimpntajept le feu sacré. Le premier (Je tous les animaux fut le taureau , qui , après avoir lpngterpps existé seuj , fut tué par Àbritpane et les de^vs. Mais son âme, devenue celle de toute la nature animale , lu] sqrvéput sous le nom de gosçhouroun ; et de §a semence purifiée naqujreqt depx taureaux , l'un m4]e et l'autre femelle , qui produisirent jputes les espèces d'apimapx. Enfin le premier homme fut Kaniaor?, sprti 4'PP des côtés du taureau, sous l'aspect d'un jeune foomme de çjuipze 3ns. En d'autres termes, lp forme humaine se dégage et §e distipgue du type plus général de rapipwljtij, liaïompfs eut le mfrnç sort que le taureau; mais en courant il pVpit répandu ]a semeqce sur |a terre. Cette semepee, fécondée et purifiée p^ir le soleil , donna naissance au premier cpuple, Meschia et tâeçchiané, qpe je Zepd-Avpstp nous présente a leur origine sous la fqrme d'up qrbre a depx tiges , sans doute l'arbre symbolique des générations humaines.

Telles sont , dfffls l'qrdre même où elles ont été produites , les œuvres de la puissance et de |a bonté d'Ormuzd j mais a chacune d'elles, aussitôt qu'elle recevait le jopr, était opposée upe œuvre d'Ahnnwpp, destjnée à la combattre ou à la corrompre. Ainsi, à l'armée céleste des apischaspppcls et des izeds répondirent les noires légipps des deyys , des daroudjs pt des darwands , ou la hiérarchie des esprits du mal. Contre le ciel lui-m^rae , poutre ce pippde PU brille la lumière et qu'éclairent, même pendant la puit, des étoiles sans nombre , Ahrimane copstrqisit le vaste epipire des ténèbres, cette jjpmepse prisop qui s'appelle l'enfer, |e douzak. L'equ qui descend de j'Albordj , il la soqil|a par ses impures créations ; il couvrit la terre de pl^ptes vénéneuses > d'animaux malfaisants ou horribles ; mais c'est surtout contre l'homme, la plus accomplie des œuvres, 4 Ormuzd , que se tournèrent d'abord et qpe se tournent encore §a fureur 0* s& wsfc

Nos premiers parents , lieschia et Meschiané ,. à peine sortis de la semence de Kaïomors , vivaient innocents et heureux dans le paradis terrestre, lieu d'abondance et de délices , plus beau que le monde entier, et semblable au Béhescht (au paradis céleste) , quand Ahrimane sauta sur la terre sous la forme d'une couleuvre , vint troubler leur âme et bouleverser leur existence. « Il courut sur leurs pensées , il renversa leurs dispositions , et. leur dit : C'est Ahrimane qui a donné l'eau , la terre , les arbres , les animaux. Ce fut ainsi qu'au commencement Ahrimane les trompa -, et, jusqu'à la fin, le cruel n'a cherché qu'à les séduire. » ( Zend-Avesta, t. xxiv , p. 351 878.) En effet , cet égarement de leur esprit ne fut qu'une première victoire remportée sur eux par ie génie du mal. « Le dew, qui ne dit que le mensonge , devenu plus hardi , se présenta une seconde fois , et leur apporta des fruits qu'ils mangèrent, et par là, de cent avantages dont ils jouissaient , il ne leur en resta qu'un.» (Ubi supra.) Séduits une troisième fois , nos premiers parents en vinrent à boire du lait. A la quatrième fois , ils allèrent a la chasse , mangèrent la viande des animaux qu'ils venaient de tuer, et se firent des habits de leurs peaux : c'est le Seigneur faisant des tuniques de peau à Adam et Eve. Ensuite ils découvrirent le fer, avec lequel ils coupèrent les arbres et se construisirent une tente. Enfin, ils s'unirent charnellement, et leur* descendants, héritiers de leurs misères, armés les uns contre les autres par la colère et l'envie , continuèrent d'adorer le dew , cause de tous leurs maux, Jusqu'au moment où le fils dePoroschasp et de Dogio , c'est-à-dire Zoroàstre, vint leur révéler la vérité et les appeler à la vraie foi.

Les conséquences de ces dogmes , par rapport à la vie humaine , 6ont faciles à apercevoir. En politique, l'abolition des castes ; car les hommes n'ont plus, comme dans l'Inde, quatre origines différentes; ils descendent tous d'un même couple , ils sont tous enfants d'un même père et soumis à la même loi. On lit dans le Vendidad-Sadé (h. 10) ces belles paroles : « Je vous adresse ma prière, 6 Hom , qui faites que le pauvre est égal au grand. » Au lieu de castes , on ne rencontre plus en Perse que des classes , à la tête desquelles se trouvent les mobeds (de mogh bed , c'est-à-dire juges des mages), et les déstours (c'est-à-dire surveillants) , en un mot , les prêtres. La forme du gouvernement doit être monarchique ; mais Je roi , image d'Ormuzd sur la terre, a pour tâche de soulager et de protéger le pauvre (Vendidad-Sadé , h. 19), ou, comme on Ta dit dans un autre temps et sous une autre influence, il doit être l'homme du peuple. 8e montre-t-il infidèle à sa mission, le grand prêtre, ou archimage, le destourandestour , a le droit de prononcer sa déchéance. « Enlevez le roi qui n'est pas selon votre désir. » (Vendidad-Sadé, h. 8.) Dans la constitution de la famille, abolition de la polygamie. Le mari est le chef , lerei absolu du foyer domestique ; on lui doit obéissance comme à Dieu. Mais un homme ne peut épouser qu'une seule femme : le couple de Meschia et de Meschiané doit servir de modèle à tous les mariages. En morale , le parsisme peut être considéré comme la première revendication de la liberté humaine. Tandis que le panthéisme de l'Inde ne peut conclure qu'au fatalisme , à l'indifférence, à l'anéantissement

de soi-même , le dogme de Zoroaslre nous représente la vie comme un combat sans trêve et sans relâche , où l'homme , pour se défendre contre un ennemi aussi rusé que méchant , est obligé de faire usage de toutes ses facultés. Le champ de bataille , c'est à la fois son âme et la nature ; car tout ce qui est mauvais vient d'Ahrimane , les forces rebelles du monde extérieur, les animaux immondes et malfaisants, comme les passions de son propre cœur. Mais pour lutter, il faut avoir des forces , il faut être exempt des privations qui , en énervant le corps , ne sont pas moins funestes à l'esprit : aussi , loin de recommander les macérations et les jeûnes , comme font la plupart des législateurs de l'Orient, Zoroastre les proscrit formellement. « Si Ton ne mange rien, dit-il (Vendidad-Sadé, forg. 3), on sera sans force et l'on ne pourra pas faire d'œuvres pures. Il n'y aura ni forts laboureurs , ni enfants robustes , si l'on est réduit à désirer la nourriture. Le monde, tel qu'il existe, ne vit que par la nourriture. »

A cette idée qui fait de la vie un combat et une épreuve, vient nécessairement se rattacher le dogme de l'immortalité. L'âme , au sortir de ce monde, est attendue et jugée par Mithra, près du pont Tchinevad , dont Mahomet a fait le pont Sourate. Si le nombre des bonnes actions l'emporte sur celui des mauvaises, elle traverse sans danger ce pont tranchant comme un rasoir et entre dans le béhescht, c'est-à-dire dans le séjour des élus. Le contraire a-t-il lieu, elle descend près des démons dans l'abîme. Si l'on en croit un recueil de traditions fort anciennes, le Sadder-Boun-Dèhesch, traduit en grande partie par Anquetil-Duperron , dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions (t. xxxvii, p. 646-648), la croyance à la spiritualité et à l'immortalité de l'âme aurait revêtu chez les Parses une forme plus analytique. Toute la partie sensitive et intelligente de notre êlre serait considérée comme la réunion de trois principes distincts : d'abord le djan, c'est-à-dire le principe vital, qui conserve la force du corps et entretient dans toutes ses parties l'ordre et l'harmonie; ensuite Yakho, principe divin et inaltérable qui nous éclaire sur le bien qu'il faut faire, sur le mal qu'il faut éviter, et nous annonce dès cette vie une vie meilleure: en un mot, la conscience ou plutôt la raison morale: enfin, l'âme proprement dite, la personne humaine, qui se compose a son tour de ces trois facultés : 1° l'intelligence , désignée sous le nom de boé; 2° le rouan, qui paratt tenir à la fois du jugement et de l'imagination ; 3° le ferouer, ou la substance même de l'âme, qui, après avoir existé séparément dans le ciel , a été obligée de s'unir au corps. Le principe vital n'est qu'une sorte de vapeur qui s'élève du cœur et que la mort doit dissiper. La raison morale, Yakko, retourne au ciel d'où elle est descendue; l'âme proprement dite, formée par la réunion des trois autres éléments , demeure seule responsable de nos bonnes et de nos mauvaises actions , est seule réservée aux récompenses du paradis et aux châtiments de l'enfer.

Au dogme de l'immortalité de l'âme, le Zend-Avesta ajoute celui de la résurrection des corps. Mais cette révolution qui , selon la loi de Zoroastre, doit s'étendre à toute la nature, loin d'éterniser les supplices, a pour but, au contraire, d'y mettre un terme, en faisant disparaître du même coup le mal physique et le mal moral. Les morts

PERSES (DOCTRINES DES). ij

rappelés à la vie comparaîtront devant le tribunal d'Ormuzd. Les bons iront au goritman (le ciel des élus); les méchants seront précipités dans le douzakh (l'enfer); et quand ils auront éprouvé pendant trois jours, en corps et en âme', les uns toutes les joies du paradis, les autres toutes les peines de l'enfer, ils se trouveront égaux, il n'y aura plus de méchants ni de réprouvés; « tous les hommes seront unis dans une même œuvre,» revêtus de corps immortels, affranchis de tous les besoins humiliants et assurés pour toujours de la félicité des anges. Ormuzd, ayant terminé ses œuvres, se reposera dans sa gloire; Âhrimane, comme nous l'avons dit plus haut, adressera des prières et offrira des sacrifices à l'Eternel. A la place même de l'enfer, on verra une contrée d'abondance et de délices [Zend-Avesta, t. m, p. 411-M5).

III. Que quelques-unes des croyances que nous venons d'exposer aient été répandues dans l'Orient avant Zoroastre , c'est ce qu'il est impossible de contester. Zoroastre', lui-même , en appelle sans ôessé à une révélation plus ancienne , celle de Heômo ou Hom , dont Thomas Hyde a fait Abraham. Le culte de Gàhambars , bu des six époques de la création , est universellement attribué à Djemschid, un des rois des temps héroïques de la Perse, et dont le règne , selon les calculs de Ferdousi , remonterait à l'an 3429 avant notre ère. Nous savons aussi que la distinction des deux principes, avec tout leur cortège de bons et de mauvais anges, était déjà un dogme consacré par la religion des Chaldéens (Voyez ce mot). Mais quand on considère dans leur ensemble les idées développées dans le Zend-Avesla , on y reconnaît sans peine on système original et puissant, dirigé à la fois contre le sabéisme et Je brahmanisme. Au sabéisme, c'est-à-dire au culte des astres, il oppose l'idée d'un monde spirituel antérieur et supérieur au monde nature] , d'une intelligence suprême, dont toute l'armée céleste a reçu l'existence et suit les ordres. Au brahmanisme, qui absorbe tous les êtres en un seul et nous montre la nature divinisée et tournant sur ellemême dans un cercle invariable , il oppose la distinction de Dieu et de l'univers, du bien et du mal, de l'âme et du corps , la Providence divine, la liberté humaine, l'égalité des droits et des devoirs, la lutte considérée comme une condition de la vie , et la vie elle-même comme une préparation à une félicité immortelle. Ces deux principes, détrônés mais non emportés par la religion de Zoroastre , nous allons les trouver essayant de se relever et de se rajeunir, à l'aide du mysticisme, dans le système des sipasiens, c'est-à-dire les adorateurs Ml' est ainsi que se nomment les sectaires qui prennent pour base de leurs croyances le Desalir et les prétendues prophéties des Abad, affirmant que Zoroastre n'a rien changé à cette primitive révélation, qu'il n'a fait que la traduire en paraboles et en allégories, pour lui donner plus d'accès dans la multitude. Cette méthode allégorique unie avec des prétentions à une antiquité merveilleuse, est un des traits caractéristiques des sectes qui se forment à une époque de dissolution et de décadence. Voici, au reste, les opinions les plus importantes des sipasiens, telles que les présentent à la fois le Desatir et le Dabistan.

Dieu est l'être universel, l'unique substance. L'unité, l'identité, l'éternité sont ses principaux attributs, ou du moins les seuls qu# nous

puissions saisir ; car son essence nous est incompréhensible. Tout ce q*t est participe de son existence et ne peut jamais se séparer de loi; par conséquent, l'univers n'a pas commencé et ne doit pas finir. Il est te résultat, non d'une créature, mais d'une émanation éternelle. Le premier de tons les êtres sortis du sein de Dieu se nomme Azad- Babman* Il représente l'universelle intelligence, il réside dans la sphère de la plus pure lumière, et sert de médiateur entre le principe suprême et les existences inférieures. A son tour, il donne naissance à une innombrable hiérarchie d'anges , de génies , d'esprits qui animent et dirigent les astres, les éléments, la terre, les minéraux , les végétaux, tes animaux y compris l'homme. La nature entière doit donc être considérée comme un être vivant , intelligent, dont toutes les parties se lient et réagissent les unes sur les autres comme les organes de notre corps; mais celte vie est universelle, et, comme nous l'avons remarqué tout à l'heure, éternelle, et divisée par périodes astronomiques dont rien ne peut donner une idée dans les autres systèmes. Lorsqu'une période commence, une des étoiles fixes gouverne seule l'univers pendant mille ans. Au bout de ce temps, elle s'associe un autre astre pendant le même nombre d'années. Tous les astres, jusqu'au dernier, qui est la lune , deviennent , ainsi à tour de rôle et pour la même durée, les associés de celui qui a d'abord régné seul. Ce cercle étant épuisé, l'astre dirigeant cède la place à celui qui lui a été associé le premier, et les choses se passent exactement comme auparavant. C'est de cette manière que le gouvernement du monde passe successivement à tous les astres r dont le nombre total nous représente un pareil nombre de milliers d'années qui forment le règne de chacun d'eux. Au terme de cette succession , la période est accomplie, et une autre période commence , ramenant avec elle tous les phénomènes et tous les êtres qui ont existé auparavant. Chacune de ces révolutions s'appelle un jour. Trente de ces jours forment un mois , douze mois une année, un million de ces années un fard, un million de fards un vard, etc. Toute cette chronologie nous rappelle Tannée divine des Indiens , comme les quatorze abad nous font penser aux quatorze Manou.

L opinion que les sipasiens se forment de l'Ame humaine est liée à leur système général. Ils supposent que les âmes, non moins diverses dans leur nature que les corps, viennent de différentes régions du ciel, le&~unes du soleil, les autres des étoiles fixes, d'autres des planètes, selon la disposition du corps qui les reçoit. Après une vie irréprochable, consacrée à la vraie foi et aux bonnes œuvres , elles remontent vers les étoiles et s'élèvent peu à peu jusqu'à la sphère éthérée , séjour des purs esprits, où elles jouissent de la contemplation de la suprême lumière, minenivanminou. Si, au contraire, le vice et le crime ont effacé en elles le souvenir de leur origine , elles descendent successivement dans toutes les formes inférieures à la nature humaine, dans les animaux , dans les plantes, dans les minéraux même , et finissent par rester attachées aux éléments bruts. Enfin , si le bien et le mal se balancent dans leur carrière , elles se purifient par un certain nombre de migrations, puis arrivent au niveau des âmes bienheureuses. C'est par cette foi dans la métempsychose qu'ils justifient le respect qu'ils partagent

avec tons les habitants de la Perse pour les animaux utiles on innocents et la guerre qu'ils font aux animaux nuisibles. Les animaux utiles ont été des hommes coupables de fautes vénielles. Les animaux nuisibles sont habités par des âmes de meurtriers et de criminels endurcis.

Ce panthéisme, moitié astrologique et moitié métaphysique, est dignement couronné par un mysticisme sans règle et sans frein. De même que les étoiles disparaissent devant le soleil, de même, disent les sipasiens (Daftwfcm, t. i, p. 83), l'Âme doit s'anéantir devant Dieu, soleil des êtres. Ils pensent qu'il y a quatre degrés , quatre états de l'intelligence par lesquels on arrive à cette perfection. Le premier est la vision de Dieu ou songe ; le second , la révélation dans l'état de veille ; le troisième , l'extase ; le quatrième , l'anéantissement en Dieu , avec la faculté de quitter son corps. Ici encore on reconnaît sans peine la doctrine indienne du Yoga, si ce n'est le soufisme. L'auteur du Dabistan a conversé avec plasieurs membres de cette secte; il parle longuement de son dernier chef, Àzar Kaivan, qui, né à Khum, en Perse, en 1588 de notre ère, mourut à Patna , dans l'Inde, en 1673, après avoir passé toute sa vie dans la contemplation et la plus dure abstinence , adoré parmi les siens comme le continuateur et le descendant de la dynastie mahabadienne (ubi supra, p. 97).

Le mysticisme indien nous apparaît d'une manière non moins évidente, mais plus exclusive, dans la secte des djemschaspiens , ainsi appelés du nom de leur fondateur; car ils prétendent être les disciples de Djemscbasp , fils de ce même roi Djemschid à qui l'on attribue l'institution des gâhambars. C'est une origine moins reculée, mais tout aussi imaginaire que celle des sipasiens. Ces sectaires sont aussi connus souS l'appellation de yekanah-binan , c'est-à-dire les prophètes de Vunité, parce que Dieu eàt le seul être dont ils reconnaissent l'existence. Tout le reste, les cieux, les anges, les étoiles, les âmes, les éléments, les animaux, les végétaux, les minéraux, en un mot, l'univers, tant matériel que spirituel, n'existe que dans la pensée divine. Voici en quels termes on fait parler Djemschasp , exposant sa doctrine à un de ses disciples (ubi supra, p. 194) : « Sache , 6 Ablin, que le Tout-Puissant a conçu en idée la première intelligence, La première intelligence a conçu de la même manière trois choses , à savoir : la seconde intelligence , l'âme de la sphère supérieure et le corps de ce même ciel. La seconde intelligence a conçu de la même manière trois choses, et ainsi de suite , jusqu'aux éléments et à leurs diverses combinaisons. C'est absolument comme lorsque nous nous taisons l'idée d'une ville avec des places, des jardins et des habitants, qui, hors de notre imagination, n'ont aucune existence. » C'est, comme on voit, l'idéalisme, sinon dans sa perfection, du moins dans toute sa hardiesse. Lès djemschaspiens ont développé leur système dans plusieurs ouvrages, dont le plus célèbre a pour titre : Testament de Djemschid adressée Abtin, et pour auteur Farhang-Destour.

Les samradiens, ainsi appelés du mot samrad, qui signfie imagination, pensée, ne diffèrent pas essentiellement de la secte précédente, mais ils se divisent en plusieurs classes, qui marquent autant de degrés dan* l'idéalisme , depuis la doctrine dé Berkeley jusqu'aux conséqueu-

ces sceptiques du système de Kant. La première classe des samradiens, dont le fondateur, Fartosch , est censé avoir vécu sous le règne de Zohak, c'est à dire, selon le calcul de Ferdousi , 2729 ans avant notre ère, ne regarde comme une idée oif une illusion que ce monde élémentaire; tout le reste, cieux, substances simples, leur paraît avoir une véritable existence. La seconde classe des samradiens, qui a pour chef Farschid, fils de Fartosch, ne regarde comme réel que les substances simples , et compte parmi les illusions le ciel et les astres. La troisième classe, docile aux leçons deFariradj, fils de Farschid, abandonne aussi les substances simples, telles que les cieux et les pures intelligences, et ne conserve ' à la réalité que les attributs nécessaires de Dieu. Enfin, une quatrième classe, composée des disciples de Faramand, successeur de Fariradj, n'excepte rien de l'idéalisme, pas même les attributs divins. Dieu, pour eux, est tout ce qui est, et Dieu n'est qu'une idée (Dabistan, t. i, p. 195 et suiv.). Il est assez vraisemblable que ces quatre personnages se succédant de père en fils à la tête de ces quatre écoles ne sont qu'une manière symbolique de peindre les différents degrés de l'idéalisme et la pente fatale qui l'entraîne au scepticisme. Du reste, l'auteur du Dabistan nous assure avoir rencontré dans l'Inde, en 1054 de l'hégire, ou 1637 de notre ère, un certain nombre de Parses opiniâtrement attachés à ce système. Ce sont les pyrrhoniens de l'Orient, et on leur attribue une foule d'aventures qui rappellent les scènes de Molière dans le Mariage forcé.

Du scepticisme à l'athéisme, la distance n'est pas grande. Aussi lisons-nous dans le Dabistan (t. i, p. 203) que, vers le milieu du règne de Zohak, vivait en Perse un penseur du nom de Schidrang, à la fois guerrier et philosophe, qui ne reconnaissait pas d'autre Dieu que la nature, ou, pour employer ses expressions mêmes, la disposition et la constitution (khoy mani&ch); en un mol , la force qui agit sur les éléments. Ces éléments , toujours les mêmes , selon lui , passent alternativement dans tous les êtres, dans les hommes comme dans les animaux , dans les animaux comme dans les plantes, de la dissolution à l'organisation et de l'organisation à la dissolution.

C'est aussi l'athéisme, ou un panthéisme matériel, que nous rencontrons dans la doctrine des paikariens , ainsi appelés de leur fondateur Paikar. Selon ces sectaires , Dieu ne serait pas autre chose que le feu, dont la lumière aurait donné naissance aux astres. Mais le feu n'est pas seulement lumineux, il est aussi sec et chaud; par ces deux propriétés, il a engendré l'air; dans l'air, il y a un principe d'humidité qui a produit Peau. L'eau, étant à la fois humide et froide, a engendré par sa froideur la terre. Enfin, de la combinaison de ces quatre éléments sont sortis tous les corps composés (ubi supra , p. 204). Si la Perse a son Heraclite, elle a aussi son Thaïes dans la personne d'AIar, chef des alariens , et son Anaximène dans Milan , chef des milaniens. En effet, le premier reconnaît pour principe de l'univers l'humidité ou l'eau , et le second, l'air (ubi supra, p. 204-207). Un médecin du nom de Schadib , que ses disciples font vivre dans l'Iran, à la fin du règne de Zohak, se figurait que les choses avaient pour principe générateur la terre. Les propriétés froides de ce corps auraient donné naissance à l'eau ; ses propriétés humides, à l'air ; sa sécheresse, au feu; et celui-ci,

à son tour, aurait engendré le ciel et les étoiles. Enfin, tontes ces hypothèses matérialistes, presque identiques à celles de l'école ionienne, viennent se résumer et se concilier dans le système du mobed Akhschi, contemporain de Schadib et fondateur de la secte des akhschiens. D'après ce philosophe, Dieu est l'essence de tous les éléments, et, dans ce sens, il est vrai de dire qu'il n'a aucune forme , qu'il est partout et qu'il reste immuable, tandis que tout change dans l'univers. Il admet la résurrection, mais dans une acception purement physique, comme la transformation des éléments et la révolution périodique de la nature. Il rejette les récompenses et les châtiments d'une autre vie , faisant consister le paradis dans les plaisirs des sens , dans la jouissance de tous les biens matériels, et l'enfer dans la douleur et la privation. Des vieilles croyances de l'Iran il n'a conservé que la loi qui commande la douceur et défend la cruauté envers les êtres inoffensifs ; mais il permet l'inceste et déclare l'adultère innocent quand le mari consent à son propre déshonneur. Le bien et le mal, dit-il, n'ont rien d'absolu ; ils dérivent exclusivement des institutions et des lois , que l'homme change à volonté. Les akhschiens peuvent être considérés comme les épicuriens de la Perse. Ils étaient fort nombreux à l'époque où écrivait l'auteur du Dabistan; mais , repoussés par les autres sectes de leur nation , ils prenaient généralement le masque de l'islamisme (ubi supra, p. 208- 211).

Ainsi nous avons trouvé en Perse le matérialisme , le scepticisme , Vépicurisme , sans compter les systèmes d'un ordre plus élevé; nous à&ons y rencontrer le communisme, dans une secte dont l'existence ne peut pas être contestée , car elle a été la cause d'une révolution politique et a fait tomber un roi de son trône. Cette secte est celle de Mazdak, qui, après avoir vu un instant le triomphe de ses principes sous le règne de Kobad, périt dans les supplices par les ordres de Nouschirvan ou Chosro&s le Grand , vers l'an 533 de notre ère. Mazdak était grand prêtre ou archimage de la religion de Zoroastre {Destouran-Destour)-, mais il osa tirer des dogmes qui lui étaient confiés des conséquences étranges. Se donner entièrement à Dieu , se détacher de soi et du monde , voilà quel devait être , selon lui , le but de tous nos efforts. Plus on approche de ce but, plus on est heureux-, plus on s'en écarte, plus on est malheureux. Or, qu'est-ce qui nous attache le plus à la terre ? Qu'est-ce qui nous empêche de nous donner à Dieu et de vivre en paix avec nos semblables ? C'est la possession individuelle, exclusive, des biens et des femmes , parce que cette possession est l'essence même de l'égoïsme et le contraire de l'abnégation. Que les biens etjles femmes soient donc mis en commun. « Les biens et les femmes , disait Mazdak {ubi supra, p. 372-380), doivent appartenir à tous exactement comme le feu, l'eau et les plantes de la terre. — C'est une grande injustice que la femme de l'un soit parfaitement belle quand celle de l'autre est précisément l'opposé. Il est donc ordonné par les règles de l'équité et de la vraie religion à un homme de bien d'abandonner pour quelque temps son aimable compagne à un voisin qui en a une méchante et une laide , et d'accepter en échange cette femme disgraciée. — Il est également contraire à la justice et à la nature qu'un homme occupe on rang distingué, tandis qu'un autre reste

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pauvre et dénué de toutes ressources. C'est donc un devoir pour le vrai croyant de partager sa fortune avec celui qui partage sa foi. Il est même obligé, selon la religion de Zoroastre, de lui envoyer sa femme pour le visiter, afin qu'il ne reste pas privé de compagne. » On sait que cette doctrine, acceptée et mise en pratique par Kobad , souleva contre lui toute la Perse, le fit chasser du trône et causa des désordres qui ne finirent que sous le règne de Chosroës. Mais c'est en vain que ce prince fit mourir dans les supplices le nouveau prophète et ses principaux disciples : la secte survécut. L'auteur du Dabistan rencontra encore un grand nombre de ses adeptes qui lui montrèrent un ouvrage de Mazdak, écrit en vieux persan et intitulé le Desnad. Ce livre, si nous en croyons le même écrivain, a été traduit en persan moderne par Ayin Schakib.

Indépendamment de ce système politique et social , le mazdéisme a aussi produit plusieurs sectes philosophiques , qui , au fond , ne reconnaissant d'autre autorité que la raison, interprètent le Zend-Avesta parla méthode allégorique, dans le sens de leurs propres opinions. Toutes ces sectes sont réunies sous le nom de Beh-Dinan , ou partisans de la vraie foi, d'une religion meilleure. Elles prétendent que la Î[uerre d'Ormuzd et d'Ahrimane n'est pas autre chose que la lutte de 'esprit et de la matière, et, dans une sphère plus circonscrite, de l'âme et du corps , lutte dans laquelle le principe supérieur doit finir par triompher. Les démons sont les passions, les appétits qui naissent du corps, et les anges les facultés de l'esprit ou les qualités de l'âme. Quelquefois aussi c'est l'être et le non^tre qu'elles nous représentent par les deux puissances. L'être se confond avec le bien, et le mal avec le non-être; c'est-à-dire que le mal n'est qu'une pure négation, et que le bien seul est en possession d'une existence réelle , absolue , éternelle (Dabistan, 1. 1, p. 359 et suiv.). Cette manière d'interpréter les livras saints, dans la langue théologique de l'Europe s'appellerait lé rationalisme. Il nous resterait encore à parler des manichéens et des soufisj mais ces deux hérésies fameuses sortant du cadre que nous nous sommes tracé ici par les liens qui les rattachent , l'une au christianisme, l'autre à la théologie musulmane, nous avons cru devoir les réserver pour des articles distincts.

Si nous jetons maintenant un coup d'œil d'ensemble sur l'espace que nous venons de parcourir, nous y trouvons, comme dans toute civilisa.tion un peu avancée , trois périodes : Tune de pure soumission/où l'on n'entend que la voix inspirée du prophète; Vautre de soumission et 4e raisonnement tout ensemble, ou l'on discute sur les dogmes, où Ton remonte le cours des traditions , où des sectes diverses se disputent la préséance ; enfin la troisième de pur raisonnement, de spéculations indépendantes et souvent hostiles à la vieille foi. Pendant cette période, la Perse a cessé d'exister comme puissance morale et politique; assaillie à la fois par les idées musulmanes et par les idées. indiennes, elle a dû subir nécessairement cette double influence. Aussi rien de plus contestable, comme nous l'avons dit en commençant, que l'antiquité et, par conséquent, l'originalité de ses systèmes philosophiques; mais ses doctrines religieuses, son dualisme mitigé, ses idées sur la liberté , sur l'unité du genre humain , la régénération du

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