‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 4)Chapitre 47 sur 91 · PUFENDORF · texte numérisé non relu

PUFENDORF

pose en principe qu'il n'y a rien de juste on d'injuste avant toute institution , égalisant ainsi la qualité morale des actions sous un niveau uniforme d'indifférence avant que Dieu ou le législateur humain se soit prononcé. Il y a là , et certainement Pufendorf s'en croyait fort éloigné , quelque apparence d'affinité avec le système de Hobbes. Il est vrai que les lois positives qui régissent les diverses nations n'imposent aucun devoir avant d'être, et qu'elles ne sont qu'après que le législateur a prononcé; mais on ne peut comparer Dieu à ces législateurs humains , soumis à tous les procédés de notre existence finie , et attendre qu'il prononce, à une époque déterminée du temps, les lois éternelles de la morale qui résultent nécessairement de la nature qu'il a attribuée aux choses. Ainsi, la force que Pufendorf donne au droit, en le faisant sortir de la morale, il roterait à la morale en la faisant en quelque sorte relever de l'arbitraire du législateur. Si Grotius n'a pas été aussi explicite que son disciple dans son exposition, il a été du moins , après Cicéron , plus intelligent défenseur du principe absolu de la justice et du droit; et c'est à tort que Pufendorf le blâme ( liv. i, c. 6 ) d'avoir soutenu que la loi ne constitue pas la justice des actions , mais suppose déjà existante et supérieure à elle cette justice même.

Il y a encore une autre observation à faire sur cette opinion de Pufendorf, c'est que si elle est fondée jusqu'à un certain point, quand il s'agit de quelques détails des législations particulières aux divers peuples , il n'en saurait être de même dans les rapports dont Pufendorf étudie de préférence les principes , puisque le droit international n'agit qu'entre des pouvoirs indépendants les uns des autres, et ne se fonde que sur la science, trop souvent individuelle et arbitraire, et sur les traditions diplomatiques des peuples , sans qu'un pouvoir ou un conseil supérieur intervienne par des décisions. Raison de plus pour que le jurisconsulte philosophe n'ébranle pas lui-même les bases sur lesquelles seules peut reposer avec sécurité l'édifice qu'il est appelé à construire.

Nous n'entrerons point dans les détails , quelquefois oiseux, quelquefois plus subtils que vrais, a l'aide desquels Pufendorf développe les considérations morales auxquelles il rattache la doctrine du droit. Et quant aux autres parties de l'ouvrage, au-dessous des principes généraux que nous venons d'analyser se trouvent des questions particulières de droit qui ne sont point de notre sujet.

Il est donc facile d'assigner à Pufendorf sa véritable place dans la science du droit naturel. Il se rattache évidemment à Grotius ; il est son disciple, malgré le désaccord que nous avons signalé plus haut, sur un point important , il est vrai , mais où l'opposition est dans la manière moins abstraite et moins ralionelle d'exprimer des vérités analogues, plus que dans la pensée elle-même. Génie moins ferme et moins élevé que Grotius, il le surpassa par le développement et la méthode de son exposition scientifique , et dut être, par cela même, un utile propagateur de sa doctrine. Il se distingue de Selden en ce qu'il n'a point admis, ou n'a du moins admis que dans un très- petit nombre de cas, des éléments empruntés à la théologie et à la tradition sacrée; il se dislingue encore plus de Hobbes, malgré l'observation que nous avons faite plus haut, en ce que , rattachant sa

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