PYRRHON, PYRRHONISME, ÉCOLE PYRRHONIENNE
Pyrrhon , qui a donné son nom à une des écoles les plus célèbres de l'antiquité , naquit à Elis , où il florissait vers l'an 340 avant Jésus- Christ. Les deux seuls faits certains de sa vie , c'est qu'il voyagea en compagnie de son maître Anaxarque, à la suite de l'expédition d'Alexandre le Grand , et que, de retour dans, sa patrie, il reçut les fonctions du sacerdoce de l'estime de ses concitoyens. Voilà la part du vrai dans la biographie de Pyrrhon; tout le reste n'est qu'une sorte de légende où il faut moins chercher le caractère réel de ce personnage que' l'impression que son étrange système avait laissée de lui dans l'imagination populaire. On le représente comme pratiquant, avec une fidélité invraisemblable, la maxime sceptique de l'indifférence absolue, n'aimant rien, ne craignant rien, répétant sans cesse ce passage d'Homère : « Comme naissent et tombent les feuilles des arbres , ainsi les opinions des mortels. » Dans une traversée qu'il fit sur mer, il s'éleva
m PYRRHON,
une tempête, Voyant seg onmpagqQQS saisis de crainte et de tristesse, il les pria, d'un air tranquille, de, if garder un pourceau qui était là et qui mangeait à sqq orduwjfô i « Voijà, leur dit-il , quelle doit être l'insensibilité du sage. »
Laissons là (es légendes , et esjs&yoos, de ressaisir les traits un peu MMtâpis de cet bQnnwe mte aerdioaire qui n'écrivit pas une ligne , et qu'après vingt stèles 091 n'a pas oublié \ de cet homme qui le premier conçut et prit au sérieux Vidée sceptique , et la marqua si fortement de gpn empreinte , qu'aujourd'hui ÔOCore elle porte son nom et parle so* langage,
Pyrrhon copamepoa ses études philosophiques par la lecture de Déttoorita. Il s'attacha ensuite à l'école de Mégare et à celle des sophistes , dont la dialectique stérile le dégoûta du raisonnement et de la science.
Fatigué des livres et des écoles , Pyrrhon voulut lire dans le grand livre du monde , et, comme Descartes plus tard, il n'y recueillit que l'incertitude.
De retour en Grèce , il y retrouva ce qu'il y avait laissé : au lieu de principes fixes, l'orgueil et la lutte des systèmes, et partout, au moins pn apparence, la raison en guerre avec la raison. Platon était mort, et l'Académie, que la forte main du mettre ne retenait plus sur ses mauvaises pentes , dérivait vers le pythagorisme. Arislote fatiguait de ses objections l'Académie affaiblie, et lui-même parvenait à peine à désarmer d'obstinés contradicteurs. A côté de ces grandes éeoles , les cy-r niques étalaient le scandale de leur extravagant rigorisme , tandis que les disciples d'Aristippe, fort peu épris de l'austérité, s'abandonnaient mollement à la vie avec les sens pour guide et le plaisir pour bo|i6sole.
A qui se fier 9 où se prendre dans cette ppiverselle variété ? ou trouver la sagesse 9 dans l'affirmation ? dans la négatiop ? dans un autre parti ? Ce troisième parti, Pyrrhon f\ l'honneur de l'avoir conçu ; beaucoup de bons esprits: avaient douté avant Pyrrhon; mais perv eonqe avant lui n'avait élevé le doute au rang d'une méthode. La gloire, des philosophes est moins dans les idées qu'ils prennent pour drapeau, que dans l'emploi qu'ils en savent faire. Pyrrhon conçut le premier ridée du doute régulier et systématique ; et si la forcé lui manqua pour l'organiser fortement, il sut, du moins, l'exprimer avec une netteté supérieure.
fluivant Pyrrhon , aussitôt que la raison entreprend de percer les mystères qui l'environnent, elle s'embarrasse entre deux alternatives contradictoires pu i\ lui est également impossible de se fixer. Les uns disçnt qu'il y a une vérité absolue s oe sont les philosophes dogmatiques proprement dits ; les autres le nient : ce sont les sophistes , lesquels sont enoore des dogmatiques, quoique négatifs. Chacun des deux partis donne ses raisons > et ces raisons se valent. Choisit- on la première alternative? on y trouve la lutte et la contradiction. Choisit-on la seconde ? même lutte , même contradiction : car qu'y a*t-il de plus absurde et de plus contradictoire qu'une négation absolue qui se nie elle-même avec tout le reste 1 Prend-on le parti désespéré de nier les deux alternatives ou de les affirmer ensemble? on est accablé