‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 4)Chapitre 50 sur 91 · PYRRHON. Î9S · texte numérisé non relu

PYRRHON. Î9S

4u poids de toutes deux. Que faire ? Pyrrhon répond ; {S'abstenir t

Mais., çlira-t-pn , il est impossible de $'flb$tenir en t^tes choses. Un doute universel est le comblç de Vextwvagapce ; car *% dpute de soi , il est asse* réfuté j et s'il s'affirme, voilé le douleur qui, malgré lui , ne doute plus, et se condamne à l'affirmation , c'est-à-dire à, ta contradiction.

Raisonner ainsi , c'est , selon nous , m pas entendre Vfacx* pyfe rhonienoe. D'où vient cette foox* ? des contradictions de la raison , «vTiêsfft; twv Xcr^v. Mais où se rencontre cette «vTt««atç? est-elle universelle ? certainement non ; elle est tout entière dans le domaine des choses obscures , à£nXa , c'est-à-dire des essences , des rapports et des lois invisibles des êtres. Mais quant aux pures impressions de conscience , aux faits internes , elle n'y pénètre pas. En un mot , s'il est permis d'appliquer à une école de l'antiquité une terminologie toute moderne , le doute pyrrhonien est tout entier dans la sphère de l'objectif ; il n'atteint pas la région de la conscience et 4e la subjectivité.

Que ce soit là la doctrine avouée de l'école pyrrhonienne, c'est ce qui résulte évidemment de vingt passages décisifs de SextusEmpiricus, confirmés pleinement par Diogène Laërce ( Sextus, Hypotyp. Pyrrh., lib. i, c. 11 , 13 ; Advenus Mathem., p. 1&39 édit. Henri Estienne. — Diogène Laërce, liv. ix , p. 262, édit» Ménage). Et si Ton doutait que cette doctrine fût déjà dans Pyrrhon , voici un témoignage qui trancherait la question. Pyrrhon admettait positivement un critérium ; ce critérium , c'est l'apparence, to <patvo>ivov (Diogène Laërce, liv. ix, p. 263 B). Or, que signifie ce critérium de vérité dans la doctrine sceptique par excellence ? est-Ce un critérium absolu au sens où un matérialiste eût pu l'admettre ? il est trop clair que non. Il s'agit donc ici d'un critérium purement subjectif. Pyrrhon doute absolument de tout ce qui dépasse la conscience ; mais comme Pyrrhon n'est pas un sophiste , il ne doute pas de son doute , il ne doute pas de la conscience.

Ce point est capital ; ne craignons pas d'y insister encore. Les sens disent que la nature est pleine de vie et de mouvement; Parménide démontre que le mouvement et la vie sont impossibles : voilà Yantithèse. Gorgias et Protagoras le résolvent en disant, l'un : « Il n'est pas vrai qu'il y ait du mouvement ; il n'est pas vrai , non plus, que le mouvement soit impossible , car rien n'est vrai. » L'autre : « Il est vrai qu'il y a du mouvement ; il est également vrai qu'il n'y en a pas, car tout est vrai. » Pyrrhon, témoin de ce conflit, en prend acte, et s'abstient simplement , oùftv JptÇii.

Il ne nie pas , il ne doute pas que le mouvement n'apparaisse aux sens ; c'est un fait. Il ne nie pas , il ne doute pas que la démonstration de Parménide ne semble irréfutable à l'entendement : c'est pn autre fait. Il ne nie pas , enfin , il ne doute pas que les solutions de Protégeras et de Gorgias n'aiept l'air d'être contradictoires t c'est encore un fait, un fait de conscience , un fait qui est au-dessus de la négation et du doute. Mais , maintenant, y a-t-il du mouvement, absolument parlant? il en doute. N'y en a-t-il pas? il en doute* Le mouvement

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