‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 4)Chapitre 66 sur 91 · REINBECK · texte numérisé non relu

REINBECK

propriétés et déterminations que présente le monde. » (P. 126-144.) Dieu est l'être qui créa le monde inanimé pour le bien des êtres vivants. C'est en contemplant les voies par lesquelles tout ce qui est inanimé sert à ce qui est vivant , qu'on se convainc le mieux de l'existence de Dieu. Le monde, n'ayant pas en lui-même la raison de son existence et de sa nature , mais l'ayant hors de lui, dans sa fin dernière, est nécessairement l'effet d'une cause effective et infiniment sage.

De même que le principe de la téléologie, aux yeux de Reimaras, démontre seul l'existence de Dieu d'une façon invincible, de même seul il nous procure une véritable connaissance de la nature. Il en en est des productions de la nature comme des produits de l'industrie : on ne les connaît qu'en sachant à quoi ils servent. On confond souvent la simple utilité avec la destination réelle ; toutefois , les productions de la nature n'ont leur raison définitive que dans l'usage qu'ils peuvent avoir pour nous. Aussi Reimarus trace-t-il un tableau détaillé des intentions divines réalisées dans le monde animé et animal. La principale différence entre l'homme et l'animal, il la met dans la raison, cette faculté qui permet à l'homme d'abstraire, de dépasser le présent, de goûter des plaisirs spirituels. Le rapport de l'âme et du corps est une influence mutuelle, peut-être inexplicable, mais incontestable, cependant : il ne peut y avoir contradiction à penser qu'une substance simple, comme l'âme, entretienne un commerce réciproque avec une constitution composée, telle que le corps.... Si le monde subsiste, c'est qu'il est conservé, c'est-à-dire toujours créé de nouveau. Le soin constant que Dieu prend pour la conservation et le bonheur des êtres s'appelle la providence. Tous les doutes formés cotftre la providence, fondés sur la présence du mal, se dissipent lorsqu'on fait voir que les maux, pris isolément et spécialement, ont un but salutaire. L'imriortalité des âmes est montrée comme possible par la simplicité des âmes; comme réelle, parce qu'il y aurait un être inutile, sans but, si l'âme humaine était mortelle. Si notre désir de science et de félicité n'est pas satisfait, l'animal va plus loin que nous : car il n'a pas de contradiction dans sa destinée. La disproportion entre le mérite et la récompense exige aussi une réparation future. Quant à la religion , elle a pour effet, entre beaucoup d'autres, d'accroître la jouissance des biens terrestres, et non de la troubler ou de l'interdire.

On attribue aussi à Reimarus la composition des fameux Fragments de Wolfenbuttel, publiés par Lessing en 1774 et années suivantes.

Reimarus eut pour éditeur de plusieurs de ses ouvrages son fils Jean-Albert-Henri; connu comme naturaliste, et, à quelques égards, continuateur des recherches philosophiques de son père. C. Bs.

REINBECK (Jean-Gustave), né en 1682 à Zelle, selon d'autres à Berlin, mort dans cette dernière ville en 1741, est un théologien attaché à la philosophie de Leibnitz et de Wolf. Membre de la commission ecclésiastique qui fut instituée à Berlin , par les ordres du roi Frédéric-Guillaume 1er , pour examiner l'accusation d'athéisme portée par Lange contre Wolf, il se prononça hautement en faveur du philosophe. Cependant il ne partageait point toutes les opinions du professeur de Halle. Ainsi, à la doctrine de l'harmonie préétablie , il pré-

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ferait celle de l'influence physique. Ses Considérations sur les vérités divines contenues dans la confession d'Aug&bourg et celles gui s'y rapportent, etc. (in-4°, Leipzig, 1731) , sont précédées d'une préface, qui est une œuvre purement philosophique. L'auteur y expose ses Pensées sur l'âme, et défend les droits de la raison dans un Traité sur l'usage de la raison et de la philosophie en théologie. X.

HEINHARD (François-Volkmar), le plus célèbre prédicateur de l'Allemagne protestante , né en 1753, mort à Dresde en 1812, a mêlé son nom et son utile influence à la philosophie contemporaine par plusieurs ouvrages très-estimés au commencement de notre siècle. Elève de l'école de Leibnitz et deWolf, il se distingua néanmoins par un savant éclectisme et par une inclination heureuse pour la philosophie pratique. Adversaire véhément du scepticisme, il est en même temps théologien doux et tolérant. Ses qualités, solides à la fois et brillantes, paraissent surtout dans son Système de la morale chrétienne ( in-8°, 1788 et 1789; 5e édition, 1815). Là se trouve une des plus belles et des plus judicieuses comparaisons de la morale philosophique avec les préceptes de l'Evangile.

Le principe commun assigné à Tune et à l'autre morale est emprunté à la doctrine de Wolf : c'est le perfectionnement indéfini et harmonieux de toutes les facultés de l'homme. L'analyse que Reinbard fait de ces facultés et de leurs rapports atteste qu'il avait autant de pénétration en psychologie , que d'élévation en morale.

Reinhard est, de tous les orateurs allemands, celui qui popularisa la plus grande somme de saines connaissances sur la nature de l'homme

et sur ses rapports avec Dieu. C. Bs.

REUVHOLD (Charles-Léonard), joiîa un rôle assez considérable dans l'histoire de la philosophie allemande, surtout comme commentateur et propagateur de la philosophie de Kant. Sa vie, d'ailleurs, n'est pas sans intérêt , et plusieurs de ses écrits méritent encore d'être étudiés.

Né à Vienne en 1758, fils d'un ancien sous-officier de l'armée de Marie-Thérèse , s'étant fait remarquer au gymnase par son talent et sa docilité, il fut reçu en 1772 comme novice au collège des jésuites de Sainte-Anne. Il y était depuis une année à peine, lorsque arriva la nouvelle de la suppression de Tordre, par suite de laquelle il fut rendu à ses parents. La lettre qu'il écrivit en celte occasion est une pièce très-remarquable , qui peut servir à caractériser l'éducation donnée par les jésuites. En 1774 , le jeune Reinhold entra au collège des barnabites, où il passa huit années et où il servit vers la fin comme maître des novices et comme professeur de philosophie. Ayant été admis dans une société de libres penseurs , dite la Loge de la concorde , qui se forma vers 1780, et qui combattait surtout l'esprit monastique (son président, Jean de Born, est l'auteur de la fameuse Histoire naturelle des moines) , il se fit en lui une révolution complète en matière de religion. Alors l'honnêteté de son caractère ne lui permit plus de rester dans son ordre. Il résolut de s'enfuir, et se rendit secrètement à Leipzig en 1783. Bientôt après, Wieland l'associa à la rédaction du

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