REINHOLD
Mercure allemand, et lui donna sa fille en mariage. Ses Lettrée sur te philosophie de Kant, insérées dans cette feuille en 1786 et Tannée suivante , lui valurent une prompte célébrité et une chaire de philo* sophie à l'université d'Iéna, où il enseigna avec un grand succès» ai qu'il quitta en 1794 pour celle de Kiel. Il mourut en 1823.
En 1785, la philosophie de Kant, si nouvelle pour le fond et si difficile dans sa nouveauté, ne comptait encore que peu de partisane , et avait pour adversaires les philosophes les plus respectés de la nation* Les Lettres de Reinhold concoururent puissamment à la propager» en la faisant mieux comprendre. Elles reparurent revues et augmentées » à Leipzig , de 1790 à 1792, en 2 volumes. Les huit premières sont Jeè plus intéressantes. Ainsi que Reinhold Ta dit ailleurs (Mémoire sur les progrès de la métaphysique depuis Leibnitx et Wolf)9 une sorte de syn* crélisme régnait dans le domaine de la philosophie au moment où parut la première critique de Kant. La métaphysique avait cessé d'être une science; ce n'était plus qu'un agrégat incohérent d'opinions dis* parâtes. Un retour à Wolf était impossible. Cet étal de choses appelait une réforme , et cette réforme devait commencer par une nouvelle théorie de la raison et de la science. Reinhold se persuada que Kant; dans sa Critique de la raison pure, avait mis à découvert l'organisme le plus secret de l'esprit humain , et parfaitement mesuré le domaine légitime de la connaissance; qu'il avait ainsi. résolu heureusement le problème principal de la philosophie , et concilié en même temps le dogmatisme et le scepticisme, l'empirisme et le ratio* nalisme, la science et la foi. La Critique satisfaisait à la fois sa raison et son cœur; il applaudissait surtout a l'esprit pratique de la nouvelle philosophie, qui, loin de faire dépendre la morale de la spéculation, relevait au-dessus de celle-ci , et fondait la religion elle-même sur la foi inviolable dans la loi morale. Cette satisfaction , Reinhold désirait la communiquer aux autres , en exposant dans un langage clair et souvent élégant les principaux résultats de la philosophie de Kant. Ses Lettres eurent un grand succès, dû autant au talent de l'écrivain qu'à l'importance du sujet* Dans la première, l'auteur in-* siste sur l'ébranlement sans exemple qu'avaient subi vers ce temps toutes les doctrines, tous les principes, toutes les idées reçus. Selon lui , la cause en était dans l'état de décadence, d'incohérence et de déconsidération où était tombée la métaphysique. Toutes les autres sciences souffraient de cet état de la philosophie générale en proportion de leurs rapports plus ou moins intimes avec elle. La psychologie, la cosmologie et la théologie rationnelles , la philosophie religieuse ou la science du fondement de nos espérances d'une vie future, y tenant de plus près, devaient en souffrir le plus. L'esthétique, la morale, le droit naturel , s'en ressentaient visiblement , ainsi que la jurisprudence et la théologie positives elles-mêmes. L'histoire et les sciences physiques semblaient seules à l'abri de toute atteinte ; car, pensait-on , qu'y a-t-il de plus certain que les faits, de plus immuable que la nature? De là l'empire croissant du sensualisme. Hais qu'est-ce que la nature? quel en est le principe, et qu'est-ce que l'histoire sans philosophie ? Une nouvelle philosophie première et fondamentale était dona devenue nécessaire dans l'intérêt de toutes les sciences, surtout dans-
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celai de la religion, de la morale, du droit, de l'esthétique , et elle n'était possible qu'en se fondant sur une bonne théorie de la connaissance. Reinhold expose ensuite les résultats de la Critique pour toute? les sciences philosophiques, et montre partout comment la solution vraie de toutes les questions dépend de la théorie de la raison.
Le premier volume des Lettres est encore aujourd'hui un des exposés les plus clairs et les plus naïfs, si ce n'est des plus complets, de la Critique de la raison pure, et Kant lui-même rendit à l'auteur le témoignage qu'il l'avait parfaitement compris. Le second est consacré à la philosophie pratique, et on le consulterait utilement pour l'histoire de la morale et du droit philosophique.
Cependant , bien que la philosophie de Kant eût encore tout son assentiment, elle lui semblait laisser quelque chose à désirer. La nouvelle théorie de la connaissance, vraie en soi , avait besoin d'être ramenée à son principe, principe universel, sur lequel repose la critique, que Kant n'a pas énoncé, mais qu'il suppose partout. Reinhold prétendit suppléer à ce défaut dans sa Nouvelle théorie de la faculté représentative (1789), ouvrage auquel se rattachent trois autres écrits : des Destinées de la philosophie de Kant (1789); — du Fondement de la science philosophique (1791); — Mémoires pour servir à la conciliation des mésintelligences entre les philosophes (2 vol., 1790-94 ).
En remontant à l'origine de nos connaissances , Kant en avait nettement distingué les sources diverses, selon la psychologie reçue; mais il n'avait pas songé à les déduire d'un principe commun, à les ramener à un fait unique et primitif. Cependant la vie intellectuelle et morale est une dans son origine comme dans sa un; elle est le développement progressif d'un même principe, bien que , dans son cours , ce développement offre des aspects et des produits divers. Or, ce principe , par une réminiscence de Leibnitz peut-être, Reinhold le plaça dans la faculté représentative. La représentation dans l'esprit en général peut être considérée en soi, indépendamment des catégories, et précède la connaissance, puisque celle-ci en résulte. De la représentation il faut distinguer le sujet où elle a lieu et l'objet qu'elle représente : elle est l'unité ou la synthèse du sujet et de l'objet dans la conscience. Aussi , par la faculté représentative Reinhold entendait la conscience ellemême, non i'aperception ou la conscience de soi pure, mais la conscience que le sujet a de lui-même dans l'intuition d'un objet, par là même qu'il le conçoit comme tel et qu'il s'en distingue. La représentation en soi est ce qui , dans la conscience , est rapporté à l'objet et au snjet, et ce qui se distingue de l'un et de l'autre.
La représentation, ainsi définie, suppose une faculté qui en est la cause et qui la précède dans le sujet ; et, de même que le nom générique de représentation comprend l'intuition sensible, le concept et toute, espèce d'idées ; de même la sensibilité, l'entendement et la raison sont compris sous le nom général de faculté représentative , racine commune de toutes les autres facultés. L'idée de cette faculté première ne peut être déduite que du seul fait de la représentation ellemême comme principe de la conscience. Ce principe est aussi le point de départ de la théorie de la connaissance et de toute philosophie. De cette manière, ce qui n'était qu'une hypothèse dans la Critique de