‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 4)Chapitre 73 sur 91 · ROMAINS (PHILOSOPHIE CHEZ LES · texte numérisé non relu

ROMAINS (PHILOSOPHIE CHEZ LES

mitigé, ou le probabilisme de la nouvelle Académie; mais à cette opinion ils joignaient toujours les enseignements plus élevés et plus mâles du Portique. C'est aux systèmes qui donnent le plus de place à la morale, qui poursuivent le plus directement le but pratique de la vie, et ne considèrent les autres questions que dans leur rapport avec ce but ; en un mot, c'est au stoïcisme et à l'épicurisme qu'ils s'attachèrent de préférence. A la première de ces écoles se rattachent, outre les disciples de Panœtius que nous venons de nommer, tout ce que Rome, dans les derniers siècles de son histoire, renfermait encore de cœurs généreux et de véritables citoyens : le second Brutus , le savant Varron , Caton le jeune, celui qui mourut à Utique, pour ne pas survivre à la liberté de son pays, et les derniers soutiens du nom romain sous la tyrannie des empereurs, ceux qu'on peut appeler les martyrs de la philosophie stoïcienne : Canius Julius, Thraséas Pœtus et Helvidius Priscus. Le stoïcisme n'agit pas seulement sur les idées et les sentiments des Romains , il pénétra aussi dans leur législation , il régénéra leur jurisprudence. L'influence de celte doctrine philosophique sur le droit romain , quelques efforts qu'on ail faits dans ces derniers temps pour la révoquer en doute,' demeure un fait incontestable. Tous les principes généraux des jurisconsultes romains, et l'on en peut citer un grand nombre, sont des maximes stoïciennes fondées sur l'idée que les stoïciens se faisaient de la raison et de l'universalité de ses lois. C'est pour cela même que le droit romain a été dé6ni la raison écrite, ratio scripta. Dès le premier contact de l'esprit romain avec la philosophie grecque , nous voyons Mucius Scœvola , l'élève de Panaetius, fonder une école de jeunes jurisconsultes auxquels il enseigne les principes du stoïcisme, et qui comprend dans son sein Aquilius Gallus et Lucilius Balbus, tous deux contemporains de Cicéron. N'estce point cette école, continuée par un autre stoïcien , Servius Sulpicius, le disciple de Posidonius, qui se prolonge jusqu'à Gaïus, à Ulpien et à Paul?

La philosophie épicurienne semble avoir exercé sur la société romaine une action plus étendue, plus générale, mais beaucoup moins profonde. Son influence attaquait plus les mœurs que les opinions et les institutions. Aussi ne cite-t-on qu'un petit nombre de ses partisans avoués et réfléchis, ou qui aient fait publiquement profession de ses doctrines : Titus Albucius, que Cicéron appelle un demi-Grec, contemporain du poète Lucilius et une des victimes de sa verve satirique; Pomponius Atticus, l'ami de Cicéron; Cassius, un des meurtriers de César; César lui-même, comme nous en pouvons juger par le discours qu'il prononça à l'occasion de la conjuration de Catilina; Lucius Torquatus, le descendant du grand citoyen de ce nom, et Caïus Velleius, que Cicéron , dans son traité de la Nature des dieux, choisit pour interprète de la doctrine d'Epicure.

Tous les noms que nous avons cités jusqu'à présent appartiennent à des jurisconsultes, à des guerriers, à des hommes d'Etat ; mais Rome a aussi produit des auteurs plus ou moins célèbres, qui ont défendu dans leurs écrits les opinions philosophiques dont leur esprit s'était imbu. La philosophie épicurienne a eu d'abord pour organes Amafanius ou Amafinius, Rabirius et Catius , dont le seul mérite, si nous en

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