‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 4)Chapitre 78 sur 91 · SALES · texte numérisé non relu

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de sept éditions (la première, publiée en 1770, la dernière, en 1804) , et qui, de six volumes in-12, dont elle se composait d'abord, s'est augmentée successivement jusqu'à dix volumes in-8°. Rien n'empêchait d'en augmenter le nombre indéfiniment, car il n'y a aucun ordre, aucune méthode, aucune suite, aucune unité de composition dans ce livre. Toutes les questions y sont, non pas traitées, mais remuées pêle-mêle, dans un style boursouflé, ridiculement emphatique., qui semble être la charge de celui de Rousseau; et l'on passe alternativement d'un sujet et d'un genre à un autre, du roman à la dissertation, de la philosophie à l'histoire ou à la politique, des réflexions générales aux confidences personnelles, sans que l'auteur essaye même de justifier ces changements. Cependant, au milieu de ce cahos, on démêle une sorte de doctrine qui donne à Delisle de Salles une physionomie distincte parmi les philosophes secondaires du xvmc siècle.

Il admet, « comme une des premières vérités de la nature, dont il n'est plus permis de douter depuis Locke, » que toutes nos idées prennent leur origine dans les sens; mais , en même temps, il élève à côté de ce principe une théodicée et une psychologie qui le renversent complètement. Sans chercher à démontrer l'existence de Dieu, il l'admet comme une vérité évidente par elle-même. Dieu , pour lui , ce n'est pas le Créateur, c'est l'architecte du monde, et la nature en est le machiniste. La nature, par conséquent, est éternelle. Elle n'est pas un principe distinct de la matière > elle est la matière même en mouvement, et ce qui produit le mouvement c'est le feu élémentaire, le feu dans toute sa pureté, sans aucun mélange d'autres substances» Ce feu primitif communique à l'univers le mouvement et la vie. Il remplit le même rôle que l'âme du monde chez quelques anciens. Il est l'instrument de Dieu, l'agent universel de la nature.

En psychologie, Delisle de Sales s'est plus inspiré de Descartes que de Locke. Il veut que cette science , fondement de la morale et du droit naturel , au lieu de procéder par hypothèses , comme dans les systèmes de Condillac et de Bonnet; au lieu de créer l'homme, en quelque sorte, dans une statue, l'observe tel qu'il est, à la lumière de la conscience. Mais il ne lui permet pas de dépasser les bornes de l'expérience, de joindre à l'observation le raisonnement, et de s'élever des faits au principe d'où ils découlent ; en un mot , la psychologie doit être une science expérimentale et non rationnelle. L'intelligence, la volonté, la sensibilité, l'unité, la simplicité, l'activité, sont des attributs incontestables de la nature humaine , parce que la conscience les atteste. Si nous voulons aller au delà de ces qualités et affirmer quelque chose de la substance même de notre être, nous sortons aussitôt des limites naturelles de nos facultés ; nous nous trouvons sur le domaine de l'hypothèse. Cette circonspection s'accorde assez peu avec les aventureuses hypothèses que nous avons exposées tout à l'heure* Au reste, de Sales cherche à suppléer par le sentiment à l'insuffisance de l'observation. C'est au nom du sentiment, non de la science, qu'il croit à la spiritualité et à l'immortalité de l'âme.

Nouveau changement de doctrine dans la morale. La morale de Delisle de Sales, comme celle d'Helvétius, a pour unique fondement l'amour de soi : car toutes les vertus, ou du [moins les qualités que

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