‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 4)Chapitre 85 sur 91 · SANCHONIATHON · texte numérisé non relu

SANCHONIATHON

très écrits philosophiques, qui ont pour titre : De Divinalione per somnum,ad Aristotelem; — In librum Aristotelis physiognomkum commentarius; — De longitudine et brevitate vitœ. Ils ont été réunis dans l'édition de Rotterdam, in-12, 1649. On a joint ses ouvrages philosophiques à ses compositions médicales dans une édition complète de ses œuvres, publiée sous ce titre : Opéra medica; hisjuncti sunt tractatus quidam philosophici non insubtiles , in-4°, Toulouse , 1636. Une réfutation du prétendu scepticisme de Sanchez a été publiée par Ulrich Wild :Quod aliquid scitur , in-4°, Leipzig, 1664. Une autre réfutation, sous forme de notes, a été publiée avec l'ouvrage même de Sanchez, par Daniel Gartmarck : Sanchez aliquid sciens, additœ sunt teœtui notœ refutatoriœ, etc., in-12, Stettin, 1665.

SANCHONIATHON. Que ce mot désigne un personnage historique, un personnage symbolique et mythologique, ou le recueil complet des pages sacrées de l'ancienne Phénicie, ou l'auteur , c'est-à-dire le collecteur de ce recueil, toujours est-il qu'il joue dans l'histoire des doctrines et des lettres philosophiques un rôle considérable.

Les Grecs Philon de Byblos, Athénée, Suidas, et les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles qui parlent de Sanchoniaton d'après eux, prennent Sanchoniathon pour un personnage historique, né à Tyr ou à Sidon, vers l'époque de la guerre de Troie ou celle de Sémiramis. Us le qualifient de philosophe et lui attribuent les ouvrages suivants écrits en langue phénicienne : De la Physiologie d' Hermès ; — des Coutumes ou des lois des Ty riens; — une Théologie égyptienne , et d'autres écrits.

Cette existence historique et ce rôle d'écrivain ou de philosophe sont contestés à Sanchoniathon par celui des historiens modernes qui s'est le plus occupé de l'ancienne Phénicie. Le mot San-chon-i&th , dit M. Movers {Die Religion der Phœnizier, p. 99), signifie en phénicien la loi entière de Chon. Chon est le dieu révélateur, Bel ou Hercule philosophe. Ce nom d'un recueil, Philon, trompé par la tradition phénicienne, l'a pris pour un nom d'auteur; de là, c'est-à-dire de la tradition phénicienne et de la tradition grecque , est né pour nous le personnage de Sanchoniathon. Des analogies frappantes se présentent ailleurs, chez plusieurs nations, au sujet de leurs livres sacrés : ainsi, dans Flnde, Vyasa passe également pour avoir recueilli les védas; chez les Babyloniens , les noms des sept livres sacrés et celui du recueil complet ont été transportés également sur des êtres mythologiques.

Cette hypothèse n'a rien d'illégitime, mais elle soulève de grandes objections. D'abord l'interprétation du mot sanchoniathon est un peu forcée, et l'invocation du dieu Chon arbitraire. En second lieu, on n'a rien gagné, et l'on a manqué aux règles. d'une saine critique lorsque, de deux personnages que les mêmes autorités nous donnent pour historiques, contemporains et écrivains du même genre, nous entendons Mochus et Sanchoniathon, on a fait disparaître l'un par voie étymologique tout en conservant l'autre.

Nous maintiendrons donc Sanchoniathon comme personnage historique, en même temps que nous nous efforcerons de rétablir son caractère phénicien contre les assimilations helléniques de son inter-

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prête Philon. Ce dernier dit que, voulant donner la théologie primitive de la Phénicie , il a recherché ce qui n'avait pas été altéré par les interprétations des prêtres et qu'il était parvenu , à la suite de longues recherches, à trouver l'ancien écrit de Sanchoniathon, qu'on tenait caché. Il nous faut aujourd'hui recommencer une œuvre semblable à Regard de Philon lui-même, et retrouver Sanchoniathon au milieu des altérations dont il s'est rendu coupable , car nous sommes loin des temps où Scalîger, Grotius, Bochart, Selden, Huet, Goguet et Mignot voyaient , avec Porphyre et Eusèbe , dans les fragments conservés par ce dernier une sorte de traduction faite sur l'original phénicien de Sanchoniathon , par Philon. On ne doit plus y voir avec Dodwell , van Dale, Riehard Simon, Leclerc, Meiners et Hissmann, une simple fraude , une supposition ; mais il y faut faire une grande part à l'écrivain de Byblos. En effet, ce philosophe, outre les deux erreurs fondamentales qui faussent son exposé , à savoir, révhémérisme et l'hypothèse de l'autorité des mythes égyptiens et phéniciens sur tous les autres , veut encore démontrer notamment que l'ancienne théologie de la Grèce, et celle du judaïsme elle-même, n'étaient que celle de la Phénicie. Il faut donc , tout en le prenant pour guide de la théogonie et de la cosmogonie phéniciennes, demeurer constamment en garde contre lut, ei ne pas perdre de vue un seul instant que ce qu'il nous dorme est une conception hellénique d'un bout à l'autre. Cette opinion , qui s'appuie de l'autorité de Fouché, de Heyne, de Beck, d'Orelli et de Movers, est plus admissible que celle de Creuzer et de Gésemus , qui inclinent à penser que l'ouvrage mis sous le nom de Sanchoniathon est un composé de fables phéniciennes , de dogmes théologiques et d'allégories d'un âge récent, fabriqué à Alexandrie par un Grec , et attribué après coup à cet antique historien (Scvipturœ Imguœqtte Phmiciœ monumenta, p. 343). Plus inadmissible encore est l'hypothèse de Lobeck, qui veut qu'Eusèbe lui-même ait fabriqué le fragment qu'il assure avoir tiré de Philon [Aglaophamus, p. 1268 et sq.).

En résumé, voici ce que nous expose le Sanchoniathon de Philon snr la théogonie et la cosmogonie phéniciennes.

Il y a dans le développement religieux et philosophique' de l'ancienne Phénicie trois ères distinctes, trois cycles de divinités, ayant chacune ses générations ou «es classes particulières. Le premier cycle offre douze générations, issues des dieux anté-amnianes , Baan, le Chaos ténébreux , et Kolpia, l'Air ou le souffle. Ce sont, comme leurs noms Hodiquent en grande partie, des éléments, des puissances, des ouvriers cosmiques : AKm et Protogonos ; Phos, Fyr et Phlox; Castes, I4hanos, Antttfbanos et Brathy ; Hypsouranios et Ousoos; Agréas et Hafiieus; Cbusor et Hephaistos; Tedmitès et Gaeinos; Agros et Agreuèrbs ; Aiètaî eft Titanes ; Amonos et Mages ; Misoor et Sydyk • les Kabires, ainsi qu'Esmoua et Taaut.

La deuxième ère oflre trots générations : Elieun et Berout^ Onranos et Gè ; El «• Krenos, avec vingt-deux assistants du premier rang et vingt-deux du second , dont les •appellations sont indistinctement empruntées au grec et aux dialectes Sémitiques, d'après l'alphabet phénicien.

Eusèbe ne nous a pas conservé dans ses extraits les noms que Phi-

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