SANCHONIATHON
Ion donnait aux divinités de la troisième ère ; mais il cite ailleurs deux de ces noms : Thuro Chusarthis ( l'Harmonie) etSurmo-Bel (le Serpent de Bel), auteurs d'écrits sacrés ou interprètes des dieux, et qu'on peut assimiler à Taaut-Hermès et à d'autres personnages mythiques.
Quant à la cosmogonie , que Sanchoniathon doit avoir liée à celle théogonie, elle offrait, selon Philon , des solutions à tous les principaux problèmes qu'on agitait, de son temps , chez les Grecs : la formation des choses et les principes qui y présidèrent, l'origine des êtres célestes et des êtres terrestres. Sanchoniathon reconnaissait deux principes ou deux éléments antérieurs à tout : le souffle d'un air obscur et un chaos ténébreux ; l'un plus actif, l'autre plus passif, infinis, illimités, mais non pas purement matériels tous les deux. En effet, dans l'air surgit un désir, une aspiration (ko'ôoc) , qui mit en jeu sa force latente et qui figure en mythologie comme frère à'Eros et fils ù'Astarté. Tel fut le commencement de toutes choses. D'abord naquit Mot, le mélange qui contenait les germes du monde et des êtres dont le monde est peuplé. En vain Philon, dominé par la mythologie égyptienne, fait-il de Mot une substance purement matérielle , il ne peut réussir, avec cette interprétation, à expliquer l'origine de l'intelligence. « Il y avait, dit-il, quelques animaux n'ayant pas de sensibilité ftôa ou* «xovTa atcôyiaw), qui devinrent des animaux doués d'intelligence ($»<x vospa). Comment le devinrent-ils ? C'est ce que le matérialisme de Philon ne saurait expliquer ; mais, compilateur érudit , il nous apprend le nom de ces êtres, celui de fr>?<x<wu.£v, dont on a fait les mots sémitiques tzophé sehemaïm, gardiens du ciel , par la raison que Philon les appelle lui-même ig cùpxvoi xaXo'iTTat , speculatores e cœlo. » Il ajoute : « Ils furent façonnés d'une manière semblable à la figure d'un œuf, et Mot brilla ainsi que le soleil, la lune, les astres et les grandes étoiles. » Mais ces mots rendent bien imparfaitement sa pensée ou sa théorie, car il veut dire que, de la masse liquide de forme ovale sortit, non pas d'abord la terre, mais le ciel où brillent ces astres animés et intelligents auxquels fut confiée, selon Platon, la création des hommes. Toutefois, le Sanchoniathon -de Philon est loin d'admettre l'intervention de pareilles intelligences dans la formation de notre espèce. Au contraire , il a recours à un conte ou à une allégorie ridicule : « De la terre et de la mer, échauffées par le soleil, s'élevèrent des vapeurs qui enfantèrent des orages, et, au bruit du tonnerre, à la lueur des éclairs, s'éveillèrent mâles et femelles les animaux intellectuels. » Ce sont ceux-là mêmes qui ont figuré ddjà comme des puissances cosmiques. L'origine de l'intelligence dans l'homme n'est donc pour lui qu'an réveil ; il est de sa nature même un animal intellectuel et n'a pas besoin qu'il loi soit fait don de l'intelligence de la part d'une intelligence suprême. On reconnaît à ces traits l'évhémérisme et ce caractère fondamental , joint à celui d'une absence complète de toute idée de création ou de créateur, distingue si nettement cette cosmogonie de celle de Moïse, dont on l'a dite tour à tour le type ou la copie , que nous sommes dispensés de discuter quelquesunes de ces analogies qui se rencontrent là comme à peu près dans toutes les cosmogonies de l'ancien Orient. Ces analogies , toutefois , sont frappantes. De même que l'Eternelassiste l'homme fait de terre et prend part à ses destinées premières, les dieux Àtwet npwwyovc;, pères de Génos et