‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 113 sur 156 · FRIE · texte numérisé non relu

FRIE

fnnet, quand il vint solliciter en faveur de son pays l'appui du cabinet de Versailles^ est un des faits qui caractérisent le mieux l'esprit du temps. Homme du peuple, arrivé par lui seul au plus haut degré de fortune et de gloire, apâtre de la liberté au milieu d'une nation impatiente d'en finir avec l'autorité absolue, fidèle à sa mission et à son origine dans tous les détails de sa vie extérieure, il fut salué comme le précurseur d'un autre &ge, comme le symbole vivant des idées nouvelles. D'ailleurs Franklin, par ses qualités personnelles, devait éveiller dans l'esprit français les plus vives sympathies. Ce qui le distinguait surtout, c'était la clarté, la netteté de l'intelligence, l'esprit pratique, le bon sens. Le bon sens, il le possédait à ce degré oii il devient du génie.

Pour les œuvres de Franklin, il nous suffit d'indiquer ici ses Mémoire» de sa vie privée, écrit» par lui-m'me et adressés à son fUs. traduits en français, in-8, Pans, 1791 et 1794 ; — Vie de lienjamin Franklin écrite par lui-même, suivie lie »e» oeuvres morales, potiliques et littéraires, etc., traduite en français, 2 vol. in-8, Paris, un VI (1798). On a publié séparément l'Éloge de Franklin, par Condorcet, in-8, Paris, 1791.

Les Œuvres de B. Franklin ont été publiées à Londres, 1806-1811, 3 vol. in-8. Elles avaient déjà été traduites en français par BarbeuDuboorg. 1773, 3 vol. in-4. On a traduit et publié séparément sa Science du bonhomme Bichard, Dijon, 1795 (il existe aujourd'hui plusieurs éditions populaires de re petit ouvrage) ; les Mémoire» de sa vie privée, Paris, 1791, in-8; sa Correspondance. 1817, 3 vol. in-8. Un extrait des Œuvres de Franklin a été donné par M. G. Renouard sous le titre de Mélanges de morale, d'économie et de politique, 3* éd., Paris, 1853. in-12. Condorcet a prononce son éloge à l'Académie des sciences, Paris, 1791, in-S. H. MIgnet a publié d}ns les Pelil» traités de l'Acadimie de* sciences morales et politique* une Vie de Franklin en deux livraisons. A...D.

FRASSEN (Claude), un des plus savants défenseurs du parti des scotistes, naquit dans le voisinage de Pcronne, en Picardie, l'an 1620. Entré à l'ige de seize ans au couvent des cordeliers de cette ville, il se fit remarquer de ses supérieurs qui l'envoyèrent à Paris faire ses cours do philosophie et de théologie. En 1662, il fut reçu docteur et professa ensuite la philosophie dans le grand couvent de son ordre. En 1682, s'étant rendu à Tolède pour assister à un chapitre général do l'ordre qui devait se réunir eu celte ville, il y fut nommé définiteur général (diffinilor generalis). Louis XIV lo distingua et lui confia même quelques négociations difficiles, qui furent terminées à la satisfaction du monarque. Il mourut à Paris en 1711, dans sa quatre-vingtronzième année. Le P. Frassen ne s'est pas beaucoup signalé par son originalité; il est resté fidèle, soiten philosophie, soit en théologie, aux opinions scotistes qu'il a exposées et développées, sans les modifier, dans les deux ouvrages suivants : Philosophia academiea ex subtilissimis Aristotelis et tcotisticis rationibu», et »ententiis brevi ac peripicua meihodo aaornata, in-4. Paris, 1657, et 2 vol. in-4, Paris, 1668; — Scolu» academieu», «eu Univer»a doclori» »ublilis Iheologicadogmata, 4 vol. in-f, Paris, 1672, et 12 vol. in-4, Venise, 1744. X.

FRËSISOM. Terme de convention mnémonique par lequel les logiciens désignaient un des modes de la quatrième figure du syllogisme. Voy. la Logique de Port-Boyal, 3* partie, et 1 article Syllooishb.

FBIEa (Jacques-Frédéric), né IBarby, en 1773,

dans la Saxe prussienne, fut élevé à l'école des frères moraves, où il étudia aussi la théologie. Voulant se consacrer aux sciences philosophiques, il suivit les cours de l'université à Leipzig et à léna. Après avoir passé ensuite quelques années en Suisse comme précepteur, il revint dans cette dernière ville, ou il ouvrit un cours de philosophie. Nommé professeur titulaire i Heiaelberg, puis rappelé i léna en 1816, il fut révoqué de ses fonctions, pour avoir pris part an mouvement démocratique d'alors. Ou finit cependant par lui rendre une chaire de physique et de mathématiques.

En philosophie. Pries procède de Kant, et s'en rapproche beaucoup d'abord ; mais il a fini par s'en éloigner notablement, et par incliner de plus en plus vers le système de Jacohi, admettant que les vérités éternelles se révèlent À nous d'une manière immédiate, au moyen de l'intuition et du sentiment. Sa polémique contre Fichtc et Schelling a été parfois fort vive ; ses attaques contre Rcinhold sont plus mesurées.

Les idées de Fries sur les atomes, le mouvement, les forces motrices, la perception extérieure, en un mot sur ce qu'on pourrait appeler avec Kant la métaphysique de la physique, sont à peu de chose près les mêmes que celles de ce philosophe. Doué d'une Ame naturellement élevée et plaçant au-dessus de tout les intérêts de la morale^ Fries, dans tous ceux de ses écrits qui traitent ae ce sujet, exprime les convictions les plus nobles et les plus fortes. Sous ce rapport encore, il est un vrai disciple de Kant. Son roman de Juliu» et Èvagoras est une œuvre remarquable par l'élévation des sentiments.

En métaphysique, Fries ne reconnaît qu'une certitude subjective. C'est là la base de sa doctrine : tout le reste n'en est que le développement. Le sujet connaissant ne peut jamais se comparer qu à lui-même : il peut bien rechercher si ses idées sont ou ne sont pas d'accord entre elles; mais il ne peut raisonnablement se demander si elles sont d'accord avec quelque chose d'extérieur à lui. Nous ignorons comment nous pouvons être en rapport avec un objet qui n'est pas nous, comment nous en sommes aflectés, comment nous pouvons agir sur lui. La connaissance porte uniquement sur ce qui est en nous : elle nest qu'une connaissance de soimême. Kant a donc eu tort, suivant Fries, de rechercher la valeur objective des connaissances intuitives des sens par l'application du principe de causalité. Il lui reprocne encore de n'avoir pas assez nettement établi le rapport qui doit exister entre ses trois Critiques, de n'avoir pas fait ressortir l'unité absolue de conscience qui doit régner entre les objets également absolus de ces trois grands ouvrages. Peut-être que Fries ne s'est pas assez rappelé la préface de la Critique du Jugement.

La vérité de nos connaissances, suivant Fries, n'a rien de commun avec leurs rapports' aux objets; c'est une question d'accord entre ellesmêmes. De plus, toute connaissance véritablement primitive est vraie, et la raison est infaillible en ce sens. De là un idéalisme sceptique, qui défend de porter un jugement décisif sur quoi que ce soit de réel, qui se renferme exclusivement dans les lois ae la pensée. Ainsi, le principe de la permanence des substances ne prouve absolument rien quant aux substances considérées en elles-mêmes; il n'indique qu'une façon de concevoir nécessaire dans une raison finie telle que la nôtre. Il en est de mémo du principe de causalité. D'où l'on conclut que l'existence de Dieu ne se démontre pas, mais seulement qu'elle est crue de toute raison finie.

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