‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 114 sur 156 · GALE · texte numérisé non relu

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Jasqae-là, rien de bien original dans la doctrine de Fries. Hais il prend une physionomie plus caractérisée, lorsqu'il gradue la connaissance, ei qu'il distingue et superpose, pour ainsi dire, le savoir, le croire et le prestentir. Ici se montre le disciple de Jacobi.

Le savoir se fonde toujours immédiatement ou médiatement sur l'intuition. Nous demander si nous savons quelque chose, c'est rechercher si la vérité d'une connaissance a sa raison dans l'enchaînement nécessaire de notre intuition sensible : c'est là ce qui constitue le savoir médiat. Mais lorsqu'il s'agit de nos idées rationnelles on des différents états de notre àme, par exemple de l'idée de beauté, des sentiments de respect et d'amour, notre savoir est réfléchi, certain, immédiat; c'est le savoir accompagne de croyance. Le pressentiment, supérieur a ce savoir et à la croyance elle-même, est aussi un jugement primitif dont la certitude parfaite arrive à la conscience sans se fonder sur une perception, comme dans l'intuition du savoir, ou sur une notion, comme dans la croyance immédiate aux sentiments et aux idées de la raison. Nous savons donc, au moyen de l'intuition des' sens et des notions de l'entendement, comment l'existence des choses nous apparaît dans la nature; nous eroyons, d'après les idées de la raison, à l'essence éternelle des choses de pure raison, telles que le beau, le vrai, le bon, et nous pressentons dans lesentimentl existenéedeschosesen elles-mêmes, pressentiment qui n'est ni perception ni notion.

Nous pourrions insister davantage sur cette distinction ; mais elle n'en deviendrait ni plus radicale, ni plus claire, ni plus vraie. En donnant plus de précision à la pensée de Fries, pour mieux faire ressortir ces trois degrés de la connaissance, nous risquerions de la fausser. D'ailleurs, comment la foi ou le pressentiment, qui semble être la faculté de la connaissance objective dans ce système, se concilie-t-elle avec l'idéalisme ou le mode de connaître tout subjectif que notre philosophie a commencé par établir ? Comment le disciple de Jacobi peut-il se mettre d'accord avec celui de Kant? Cette dlfScnlté de concilier Fries avec lui-même a déjà été signalée par H. H. Ficbte, qui le représente aussi comme édifiant (Tune main et détruisant de l'autre.

Fries a beaucoup écrit; voici la liste de ses principaux ouvrages philosophiques : Reinhold, Fichte et Schelhng, in-8. Leipzig, 1803 ; in-8, Halle, 1824; — Théorie philosophique du droit, et critique de toute législation positive, in-8, Leipzig, 1804; — SystMie de la philosophie, considérée comme science évidente, in-8, ib.,1804 ; — Savoir, /bielpressentiment, in-8, léna, 1805; — Critique nouvelle ou anthropologique de la raison. 3 vol. in-8, Heidelberg, 1807-1828; — Nouvelles doctrines de Fichte et de Schelling sur Dieu et le monde, in-8, ib., 1807; — Système de la logique, et Esquisse de la logique, in-8, ib., 181 1-1828: — De la philosophie, du genre et de l'art allemands; un Vœu pour Jacobi contre Schelling, in-8, ib., 1812; — Manuel de philosophie pratique, t. 1, comprenant l'éthique générale et la théorie philosophique de la vertu, in-8, Leipzig, 1818; — Manuel cCanthropolome psychioue, 2 vol. in-8, léna, 1820, 1821 et 1837; — Philosophie mathématique de la nature, in-8, Heidelberg, 1822; — les Doctrines de l'amour, de la foi et de l'espérance^ ou points principaux de la morale et de la fox, in-8, ib.,

1823 ; — Système de métaphysique, in 8, ib.,

1824 ; — Jalius et Évagoras, ou la Beauté de Vâme (roman philosophique). 2 vol. in-8, Heidelberg, 1822 : le premier volume du Manuel de philosophie pratique on de Théologie philoso-

phique contenait l'éthique générale ou la morale philosophique ; le second, qui a paru à Heidelberg, 1832, in-8, contient la science philosophique de l'Ëtat on la politique, la philosophie de la religion ou la théorie des fins dans le monde, et l'estnétique : — Histoire de la philosophie, exposée d'après les progrès de ses développements scientifiques, t. 1, in-8, Halle, 1837. — Divers articles philosophiques du même auteur ont été insérés dans les Etudes, recueil publié par Daub et Creuzer. J. T.

FRISESOKORXTM. Terme mnémonique de convention par lequel les logiciens désignaient un des modep indirects de la première des trois figures du syllogisme reconnues par Aristote. Les deux dernières syllabes de ce mot n'ont aucun sens, elles sont ajoutées pour fournir le s^ndé néce.ssaire à la mesure du vers mnémonique usité dans l'École :

Célentés, Dabitis, Fopesmo, Frisesomorum.

Voy. la Logique de Port-Royal, 3* partie, et l'article Syllocishe.

FRONTON (M. Cornélius), rhéteur latin, né à Cirta, en Numidie. vers la fin du premier siècle après 1. C. La philosophie ne lui doit rien; il est vrai qu'il fut le maître de Marc-Aurële, mais il employa toute son autorité à le dégoûter de la philosophie, et à le gagner à la rhétorique. On trouve dans sa correspondance avec ce prince de singulières préventions contre les philosophes : il les croit occupés à inventer des arguments captieux, à diviser et à distinguer sans fin, il les juge incapables de parler ou d'écrire avec goâtj et en tout lieu inférieurs aux rhéteurs. Voy. dernière édition de ses Lettres, Leipzig, 1867, et en outre G. Boissier : la Jeunesse de Marc-Àurèle,Jieoite des Deuay-Mondes^ 1" avril, 1868.

TÛVLEBOBXt (Georges Gustave), né à Glogau, en 1769, professeur de latin, de grec et d'hébreu à Breslau, a publié un recueil précieux. On y trouve une foule de dissertations remarquables sur différents points de l'histoire de la philosophie. Outre ce recueil intitulé Mémoires pour servir à l'histoire de la philosophie, 3 vol. en douze cahiers in-8, Zûllicban et Freystadt, 1796, Fûlleborn a fait paraître aussi quelques leçons de philosophie dans la Reoue mensuelle de Silésie (ch. VI, VII et ix). Il mourut en 1803.

QAIJE: (Théophile), presbytérien anglais, né en 1628 à King's-Teiguton, dans le Devonshire, et mort en 1678 à Holborn, pasteur d'une con-

Î;régation secrète de non-conformistes, fut le ondatenr de cette école moitié théologique, moitié philosophique, moitié païenne et moitié chrétienne, en tout cas plus éruditeque savante, qui comptaitdans son sein Cudworth, Henri More, Thomas Gale, et qu'on a coutume d'appeler l'école platonicienne d'Angleterre. La lecture du livre de Grotius, de la Vérité de la religion chrétienne, inspira à Théophile Gale l'idée de son premier ouvrage. The court of Oie gentiles (Auta deorum genlilium, in-8, Londres, 1676), où il s'efforce de prouver que tout ce que nous admirons chez les sages du paganisme est un emprunt fait à la révélation; qu'ils ont puisé à cette source les éléments les plus essentiels de leur théologie, de leur philosophie, et jusqu'aux mots dont ils se servaient pour exprimer leur pensée. D'après cela on pourrait croire que la philosophie doit disparaître du nombre des sciences, et que la théologie seule, sévèrement renfermée dans les textes de l'Écriture, doit être appelée à résoudre tous les problèmes qui intéressent la pensée humaine. Il n'en est rien cependant. Gale croyait, avec saint Justin et Clément d'Alexandrie, que la parole de Dieu fut révélée aux hommes de diverses manières et à

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différentes époques, et qu'il faut savoir la retrouver et la reconnaître partout où elle existe, si l'on vent avoir la vraie philosophie. De la l'éclectisme ; mais un éclectisme sans franchise et sans liberté, toujours subordonné à des croyances théologiques. L'école d'Alexandrie paraissait à Gale le meilleur modèle à suivre pour arriver à ce résultat. D'ailleurs la doctrine d'Alexandrie est, selon lui, l'interprétation la plus légitime de celle de Platon, et Platon, j)lus qu'aucun antre philosophe de l'antiquité païenne, a puisé aux sources de la révélation. Toutefois le néoplatonisme alexandrin, soumis an contrôle de la Bible, ne suffisait pas i Gale; il y ajoutait encore les idées kabbalistiqaes interprétées par ReucÛin et Pic de la Kirandole. C'est dans cet esprit qu'il a écrit son second ouvrage, Philosopnia universalit (in-8, Londres, 1676), composé de deux parties : dans la première il retrace l'origine et l'histoire de la philosophie, principalement de la philosophie platonicienne; dans la seconde il expose son propre système tel que nous venons de l'esquisser i grands traits. — C'est l'inQuence de Théophile Gale oui a poussé Thomas Gale, plus philoli^e que philosophe, à

Îublier les Uytlira des Egyptiens, attrisués à amblique, et la lettre de Porphyre i Anébon.

OAUEK. Personne n'ignore quelle est la place de Galien dans l'histoire de la médecine : mais on connaît moins bien le r61e qu'il a joué dans les destinées de la philosophie. Les historiens même de cette science en ont à peine parlé ; le souvenir rapide et superficiel qu'ils ont consacré au médecin de Pergame ne nous apprend rien de certain sur ses doctrines et sur son influence. Cependant rien n'est plus injuste qu'un tel oubli. Entraîné dès sa jeunesse vers la philosophie par une vocation naturelle et décidée, Galien n'a jamais séparé l'étude de cette science de l'étude de la médecine, et poussa même si loin cette alliance, qu'il composa des traités philosophiques i l'usage particulier des étudiants en médecine. Critique et historien plutôt encore que philosophe dogmatique; n'ayant pas toujours une doctrine bien arrêtée ; trop souvent incertain et en contradiction avec lui-même, soit par caractère, soit par principe; éclectique en philosophie plus encore qu'en médecine, mais de cet éclectisme en quelque sorte matériel, qu'on a appelé le syncrétisme; dialecticien comme Aristote, dont il suivit presque tous les principes logiques et auquel il doit la disposition méthodique de ses ouvrages; psychologue comme Platon, qui lui a fourni ses plus belles inspirations sur la nature et sur la vie, Galien occupe une place à part dans l'histoire de la philosophie. Les Arabes surtout lui doivent peut-être autant comme philosophe que comme médecin. On a comparé Galien à Aristote : cette comparaison est juste, si l'on tient seulement compte des connaissances encyclopédiques des deux écrivains, de leur esprit d'observation et de leur influence au moyen ige^ mais elle ne soutient pas l'examen, si 1 on considère la direction générale de leurs idées, la trempe de leur génie, et, si l'on peut s'exprimer ainsi, leur valeur intrinsèove.

Galien (Claude) naquit l'an 131 de notre ère i Pergame, en Asie, sous le règne de l'empereur Adrien. Son père, nommé Nicon, architecte trèsdistingué, possédait des connaissances étendues en mathématique:, en astronomie, en philosophie, et jouissait, en outre, d'une fortune considérable. Premier précepteur de son fils, il ne contribua pas peu à lui inculquer de bonne heure l'amour de tontes le« sciences qu'il cultivait lui-même.

surtout le goût des mathématiques, qu'on est un peu étonné de rencontrer chez un médecin, ce qui lui attira même quelquefois, ainsi qu'il nous rapprend, les railleries de ses confrères. Dès l'toa de quatorze ans, Galien fut envoyé aux écoles de philosophie, qu'il fréquenta tontes en même temps. Nicon accompagnait partout son fils et lui servait de répétiteur. Ce fut à l'ige de dix-sept ans que, d'après un songe de son père, Galien se décida à embrasser la médecine, et se consacra dès lors tout entier i l'étude de cette science. Il avait un goût prononcé pour les voyages; mais il n'en fit aucun sans un but vraiment scientifique. En l'an 164 il vint i Rome, où il passa la plus grande partie de sa vie, exerçant son art avec un succès presque inouï, rédigeant ses nombreux et immortels ouvrages, souvent en butte à l'envie de ses confrères, et cependant honoré par eux et par ses contemporains comme un des plus savants médecins de son siècle. On ne connaît ni le lieu ni la date précise de la mort de Galien : on sait seulement qu'il parvint à un Age très-avancé.

Le nombre des écrits philosophiques de Galien était considérable ; mais la plupart ne sont pas arrivés juscru'à nous, et cela s'explique aisément

5ar le peu d'importance qu'on devait leur accorer, en comparaison de ceux d'Aristote. Presque tons ses livres se rapportaient i la logique et 1 la dialectique, quelques-uns & la morale, et les antres, presque entièrement historiques, renfermaient l'exposition critique des quatre principaux systèmes suivis alors. C'est dans cette dernière classe que se range un fragment sur le TtmcSe de Platon, publié seulement en latin, et le fameux traité des Dogmes dCHippocrate et de Platon en neuf livres, dont malhenrensement nous avons perdu le commencement. Galien a, en outre, composé plusieurs écrits sur les mathématiques dans leur application i la philosophie, entre autres un livre intitulé que la Dimonstration géométriqtie esl préférable à eelk des stoïcien».

Malgré cette prédilection, et peut-être i cause de celte prédilection pour les mathématiques. Galien, comme on en sera bientêt convaincu par l'exposé de ses doctrines, montre peu de rigueur dans ses recherches relatives a la philosophie : choisissant, dans les systèmes les plus célèbres, les idées qui lui oflTrent un certain degré de probabilité, il en poursuit les conséquences par le raisonnement, sans trop s'inquiéter de savoir quelle est la valeur de ces idées considérées en elles-mêmes, quelle en est la portée et la signification exacte, quelles sont les relations qui existent entre elles.

Privés, comme nous l'avons dit, de la plupart des livres de Galien, nous allons essayer de faire connaître, i l'aide de ceux qui nous restent, ses opinions touchant les points les plus importants de la science philosophique, telle que les anciens la comprenaient. Nous exposerons donc successivement les théories de Galien snr la nature en général, apr la nature particulière de l'ime et de ses facultés, puis les principes fondamentaux de sa morale, ce qn'il a ajouté i la logique d'Aristote, et enfin les avantages qu'on neut retirer de la leotnre de ses œuvres pour rhistoire de la philosophie.

1* Ooinion de Qalien sur la nature. — Rien n'est plus confus que la doctrine de Galien sur la nature : ici il en bit une force, et là un être, tantôt il entend ce mot dans le sens universel, tantôt dans le sens particulier : aussi est-il trèsdifficile, pour ne pas dire impossible, de tirer quelques notions cpénérales des diverses définitions que nous trouvons dans ses nombreux on-

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vrages, où les opinions de ses devanciers sont presque toujours placées à cdté de celles qui lai sont propres. Ainsi, Galien admet dans plusieurs passages la défînilion que l'on retrouve le plus souTent dans les écrits hippooratiques, c'est-àdire que la nature est la substance universelle formée par le tempérament des quatre éléments, quelquefois des quatre humeurs. Ailleurs elle est • la substance première qui forme la base de tous les corps nés et périssables •, ou bien une force, une faculté mise en nous, et qui gouverne le corps. Dans le livre tur le TremblemenI, la Palpilation, etc., il dit, en parlant de la chaleur innée : « La nature et l'&me ne sont rien que cela; de sorte que vous ne vous tromperez pas en les regardant comme une substance qui se meut elle-même et meut toujours. — Il n'estpersonne de si stupide, dit-il ailleurs [de la Formation du fcetus.ch. vi],qui ne comprenne qu'il y aune cause de la formation du fœtus; nous la nommons tous nature, sans savoir quelle est sa substance ; mais, comme j'ai montre que la construction de notre corps indique la sagesse et la puissance sublime de son créateur, je prie les philosophes de m'indiquer si celui qui l'a fait est un Dieu puissant et sage, qui délibère d'abord comment il convient de construire le corps de chaque animal, et qui détermine ensuite la force par laquelle il pourra construire ce qu'il se proposait, ou si c'est une autre &mo {■^vyit ixisa) différente de celle de Dieu. Ils diront que la substance de ce qu'on appelle nature, qu'elle soit corporelle ou incorporelle, n'atteint pas cette sagesse sublime, puisque, selon eux, il est impossible de prouver qu'elle puisse agir avec tant d'art dans la formation du foetus. Hais quand nous entendons dire cela & Ëpicure et à ceux qui croient que tout se fait sans Providence, nous ne les croyons pas.»

Ce qu'il y a de pins clair dans les idées de Ualien sur la nature, c'est qu'il admet, avec Platon et Aristote, le principe des causes finales. Ce principe qui revient à chaque instant dans SCS œuvres, et qu'il applique à tous les détails de l'organisme et de la vie, est aussi la preuve sur laquelle il s'appuie pour reconnaître, audessus de la nature, un être infini en sagesse, en bonté et en puissance. Le passage où il exprime cette conviction (de l'Usage et de Vulilité des parties, liv. Illl, est devenu classique, et mérite d'être reproduit ici.

« Pourquoi disputerais-je plus longtemps avec ces êtres dépourvus de raison (les blasphémateurs)? I^es personnes sensées ne seraient-elles pas en droit de me bl&mer et de me reprocher à juste titre de profaner le langage sacré qui doit être réservé pour les hymnes à l'honneur du créateur de l'univers? La véritable piété ne consiste pas i immoler des bétacombes, ou à brûler mille parfums délicieux en son honneur, mais i reconnaître et à proclamer hautement sa sagesse, sa toute-puissance, son amour et sa bonté.... Le père de la nature entière a prouvé sa bonté en pourvoyant sagement au bonheur de toutes ses créatures, en donnant & chacune ce qui peut lui être réellement utile. Célébrons-le donc par nos hymnes et nos chants I II a montré sa sagesse infinie en choisissant les meilleurs moyens pour parvenir à ses fins bienfaisantes, et il a donné des preuves de sa tottt&-puissance en créant chaque chose parfaitement conforme à sa destination. C'est ainsi que sa volonté fut accomplie. •

Mais, tout en proolamant la toute-puissance divine, il croit, avec toute l'antiquité païenne, qu'elle ne peut agir qu'en se soumettant à certaines conditions inhérentes i la matièreétornelle.

« C'est It. dit-il, ce qui distingue l'opinion de Moïse de la nêtre, de celle de Platon, et de tous les Grecs qui ont bien traité la science de U nature. Car pour Moïse, il suffit que Dieu veuille arranger la matière, et elle est de suite arrangée. Il croit que tout est possible à Dieu, quand mimo il voudrait changer de la cendre en cneval ou en bœuf. Nous ne pensons pas ainsi ; mais nous croyons qu'il y a des choses naturellement im-

fiossibles, et que Dieu ne touche pas à ces chosesà; mais qu'entre les choses possibles il choisit le meilleur. >

2* Opinion de Galien tur l'âme humaine. — Malheureusement Galien ne sait pas suivre Idngtemps le même ordre d'idée. L'indécision que nous avons trouvée chez lui, quand il essaye de nous faire comprendre ce qu est la nature en général, ce qu'est chacune des forces dont elle fait usage, se reproduit à propos de la nature peu-ticuliere de 1 âme et de ses facultés. L'ime est-elle une substance matérielle on immatérielle? Galien n'ose pas se prononcer, déclarant qu'il lai est impossible d'arriver sur ce point à une démonstration évidente. Il est résolu a rester neutre entre les deux solutions contraires, entre le spiritualisme et le matérialisme, et se console de cette incertitude par la réflexion peu philosophique que la connaissance de ces choses n'est pas absolument nécessaire pour l'acquisition de ta santé ou des vertus morales [de Subet. facult. nat., t. IV, p. 760 et suiv.).

Cependant, & la manière dont il entend la définition qu'Aristote a donnée de l'&me, il est facile de voir qu'il incline beaucoup plus du c6té du matérialisme. Selon lui, en effet, cette fameuse proposition : L'âme est VentéUchie d'un corps naturel qui a la vie en puissance, signifie positivement que les facultés de l'&me suivent le tempérament du corps, et que l'&me elle-même est formée par le mélange de ces quatre qualités primitives aes corps : le chaud, le froid, le sec et l'humide.

Avec une telle façon de penser, il ne pouvait accepter l'immortalité de l'&me, ou plutôt de la partie pensante de l'&me, enseignée par Platon. « Si Platon vivait encore, dit-il, je voudrais surtout apprendre de lui pourquoi une perte abondante de sang, de la ciguë prise en boisson, ou une fièvre ardente, sépare l'&me du corps; car, selon Platon, la mort arrive quand l'âme ^ sépare du corps.» Il ne saurait comprendre, dit-il un peu plus loin [ubi supra, p. 776), que l'&me, si elle n'est pas quelque chose du corps, puisse s'étendre par tout le corps.

Et cependant c'est justement la doctrine de Platon sur le siège, les divisions et les facultés de l'&me, qui a inspiré & Galien la profonde admiration qu'il professe pour lui; car il rappelle le prince des philosophes. Les sept premiers livres que Galien a écrits sur les Opinions d'Hippocrate et de Platon servent uniquement à exposer la doctrine de Platon sur les trois &mes de l'homme, doctrine attribuée aussi & Hippocrate et em-

fruqtée en partie aux pythagoriciens. II défend outrance cette théorie contre Aristote et contre

3* Morale de Galien. — Conséquent avec luimême, au moins sur ce point, c'est encore & Platon que Galien emprunte la partie essentielle de sa morale. On reconnaîtra sans peine dans le passage suivant [Opinions d'Hippocrate et de Platon, liv. I, ch. i) la théorie des quatre vertus cardinales, qui a passé, comme on sait, de Platon aux stoïciens : • Si le meilleur est un, si la perfection est une, il est nécessaire que la vertu de la partie rationnelle de l'&me soit la science; et si cette partie rationnelle existe seule dan»

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nos Ames, il ne faut pas chercher d'antres vertos. Si, an contraire, il y a en outre l'âme couragense, il est nécessaire qu'il y ait également nne vertu correspondante. De même, s'il j a une troisième âme, c'est-â-dire la concupiscence, trois vertus se succéderont également, et il y aura de pins une quatrième qui naît de la relation des trois autres entre elles. • C'est encore on principe platonique que Galien exprime lorsqn'U dit {Quod animi morea corp. temp. seq., c. n) • que, pour notre nature, nous aimons, nons désirons le bien; qu'au contraire nous abl^orrons, nous haïssons et nous évitons le mal.» En même temps, par une contradiction inexplicable, il accumule les preuves et les témoignages pour démontrer que les mouvements de l'âme suivent en général ceux du corps, et que presque toutes les opinions sont le résultat d'une disposition physique. Il en est de même, selon lui, du viee et de la vertu. « Tous, dit-il (ubi êuproj ch. n), ne sont pas ennemis de la justice, ni tous amis de la justice par leur nature; car ces denx espèces d'hommes sont ainsi faits par le tempérament de leur corps. > Un peu plus loin, il s'écarte encore davantage de la doctrine platonicienne, en soutenant que presque tous les enfants sont mauvais, et qu un très-petit nombre seulement d'entre eux sont disposés à la verlo. Pour pallier une contradiction aussi choquante, il reconnaît dans l'homme trois penchants naturels qui se développent successivement et correspondent aux trois âmes dont nons avons parlé un peu plus haut : le premier de tous est e goût du plaisir, qui a son siège dans l'âme concupiscente; puis vient le penchant qui nous porte a la victoire, et dont le principe est l'âme courageuse ; enfin le dernier, c'est l'amour du cien et 'du beau, entièrement réservi â l'âme rationnelle. Hais cette hypothèse ne remédie à rien, puisque nous apprenons ailleurs {ubi tupra, c. iv) que l'âme rationnelle est, comme les aeux antres, subordonnée au tempérament du corps. Du reste, il croit avec Aristote que les vertus, du moins celles qui ne dépendent pas exclusivement de la raison, s'acquièrent par l'exercice; que le bien consiste à savoir garder un juste milieu entre deux passions contraires, et qu'enfin les avantages de l'âme ne suffisent pas a notre bonheur ; qu'il y faut joindre, dans une mesure convenable, les biens extérieurs.

4* Influence de Galien sur la logique. — Il nous est difficile aujourd'hui de savoir positivement en quoi Galien a pu contribuer à élargir le domaine de cette partie de la science, et denx faits seulement nons permettent de croire qu'il n'a pas été étranger a son développement. On admettait depuis longtemps, sur la foi des commentateurs arabes d'Aristote, que Galien avait découvert la quatrième figure du syllogisme, dans laquelle le terme moyen est attribut dans la majeure et sujet dans la mineure, quoiqu'on n'en trouvât pas la moindre trace dans ses ouvrages conservés jusqu'à nos jours. Grâce à la découverte de M. Minas, nous savons maintenant qne Galien mentionne véritablement cette quatrième figure de syllogisme dans V Introduction dialectique (retrouvée au mont Athos et publiée

four la première fois en grec, chez Didot, en 844, in-8). Cependant, comme Galien n'en parle que très'brièvement et, pour ainsi dire, en passant, il semble qu'il n'y attachait pas lui-mime une grande importance: il ne la présente pas non plus comme nne découverte qui lui soit personnelle et dont aucun de ses prédécessenri n avait parlé. C'est donc peut-être â tort qne les Ar^Ms lai ont attribué cette découverte; dn «noin» M. Minas nons cite drns sa préface (p. 5Q

un passage d'un commentateur grec inédit sar les Derniers Analytiques, où il est dit qne Théophraste et Eudème avaient déjà quelques combinaisons de syllogismes, outre celles d'Aristote, mais qu'ils les rangeaient sous la première figure, tandis que les auteurs plus récents en avaient fait une quatrième figure et regardaient Galien comme le père de cette opinion. Nous citerons, en second lieu, pour c^iractériser les travaux de Galien sur la logique, l'explication qu'il a donnée d'un passage fort obscur d'Aristote {Soph. Elench., lib. I, c. ni), sur les diverses causes qui peuvent donner un double sens â une proposition ; c'est précisément i cet effet qne GjJien a écrit son traité des Sophitmet gui tiennent à la diction. L'explicatien de Galien a été accneillie par les commentateurs d'Aristote, qui vinrent après lui ; car Alexandre d'Aphrodise {in Soph. Elench.. t. IV, p. 298, éd. de Berlin) la mentionne et l'admet. Il ressort de là que les ouvrages de Galien étaient lus anssi bien par les philosophes que par les médecins Malgré l'assertion contraire de M. Minas (pri face. p. 45). on doit en conclure que le silence gardé par les commentateurs grecs d'Aristote snr la quatrième figure de syllogisme, dite de Galien, tient an peu d'importance qu ils attachaient â ce point de doctrine et non à l'indifférence qu'Us avaient pour les écrits dn médecin de Pergame.

Comme nons venons de le voir, ce qu'on peut appeler la doctrine de Galien ne se présente pas sous un jour très-favorable ; mais ses écrits sont, en revanche, une mine riche et encore mal explorée pour l'histoire de la philosophie.

5° Utilité des œuvres de Galien pour Thittoire de la philosophie. — Dans son traité sur les Optniofw d'Htppoerale et de Platon fliv. 11, en. XII ; liv. III, ch. In), tout en réfutant les doctrines des stoïciens, Galien nous expose clairement les différentes phases et les transformations par lesquelles a passé ce système. Nons voyons, par exemple, qu'à dix-neuf siècles de distance les mêmes opinions conduisirent au mêmes conséquences : ainsi, en identifiant entièrement l'âme avec la pensée, les stoïciens, aussi bien que Descartes, furent obligés de refuser toute espèce d'âme aux animaux. Noos voyons dans un autre endroit comment cette identification de l'âme avec la pensée avait infini sur la théorie des passions qne les stoïciens regardaient comme de faux jugements; ainsi selon Chrysippe (liv. IV, ch. ii), la doulenr est l'opinion récente de la présence d'un mal; la peur, l'expectative d'un mal; le plaisir, l'opinion récente de la présence d'un bien. Par suite da même principe, les vertus ne sont plus qne des applications diverses de la science, et la science elle-même est aussi la verta dans son unité et sa généralité.

Nous ne comprenons pas plus que Galien comment Chrysippe a pn comoattre cette doctrine, qui nous parait parfaitement conséquente. Environ un siècle après Chrysippe, Posidonius, que Galien {de Plac. Hippocr. et Plat., lib. VIII, c. i) appelle le plus savant des stoïciens, enseigna, en se rapprocnant de Platon, qu'il j a trois facultés qui nous dirigent : la concupiscente, l*. courageuse et la pensante. Comment n'avait-U pas compris qne cette théorie renversait de fond en comble la philosophie stoïcionneT II serait intéressant de voir par quels artifices il cherchait â se persuader qu4l était encore véritablement dans la voie du stoïcisme. On sait qne, selon les stoïciens, la règle suprême de la morale, celle qui résnmaJt en elle toutes l«s antres, c'était de vivre selon la nature. £h bien.

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Oalien (ubi tupra, liv. V, ch. ti) nous a conservé un endroit de Posidonius, où ce dernier se vante que lui seul peut donner une explication satisfaisante de ce précepte. « Celui-là^ dit-il (vbi supra, lib. III, c. i), vit d'accord avec les règles de la nature qui sait en tout les commandements du démon intérieur, parent de celui qui régit le monde entier, et qui n'a aucune indulgence pour l'autre démon de la nature animale dans les corps. > Galien nous apprend sur le même philosophe, et sur l'école stoïcienne en général, <ine!ques autres détails qu'on ne trouve pas ailleurs, et qui répandent un jour nouveau sur cette «cote célèbre. Ainsi nous savons par lui que Dio- Çène de Baliylone regardait l'âme comme une evaporation de la nutrition ou du sang Galien remarque (ubi lupra, lib. II, c. viii) que ce philosophe se rapprochait évidemment par cette définition de la doctrine d'Empédocle et de Critias, suivant laquelle l'&me était le sang.

Ce ne sont pas seulement les livres sur les Opinions {PHippocrate et de Platon qui contiennent des données intéressantes pour 1 histoire de la philosophie; dans son premier commentaire sur le livre hippocratique des Humeurs (t. XV, p. 37), Galien nous a conservé une explication curieuse de la manière dont Thaïes entendait que l'eau était le seul élément; il prétend même que cette explication a été tirée d'un livre authentique de Thaïes lui-même. De même, dans son Introduelion dialectique (p. 17-20 et p. 3646), il nous a conservé quelques fragments de la théorie des anciens sur les SYllogismes hypothétiques, qui peuvent servir a compléter ce que nous en savions déjà par Jean Philopon [Comment, m Anal^t. Post., lib. I^. Dans le dernier chapitre du traité sur les Sophisme» qui tiennent à la diction (t. XIV, p. &9d-&98, éd. de Kûhn), on trouve aussi un fragment de la dialectique stoïcienne, qui était si renommée chez les anciens pour sa subtilité. Nous irions beaucoup trop loin si nous voulions énumérer tout ce que les ouvrages de Galien contiennent d'intéressant pour l'histoire de la philosophie; il nous suffit d'avoir appelé l'attention sur ce sujet.

Il nous reste une dernière question i examiner : c'est de savoir si Galien demeura entièrement étranger aux tendances mystiques qui commencèrent à se montrer chez quelques philosophes de son époque, et qui annonçaient, pour ainsi dire, la fondation de l'école d'Alexandrie. Nous avons déjà vu que ce fut un songe de son père qui le détermina à se consacrer à la médecine ; de même ce fut un songe qui lui fit décliner l'honneur de suivre l'empereur Harc-Aurèlc dans son expédition contre les Germains (de Lib. prop., c. II). Mais il va plus loin encore : il donne accès à cette croyance superstitieuse jusque dans ses écrits et dans son art. Dans le petit traité sur le Diagnostic des maladies par U moyen des songes, il en distingue trois espèces : les songes qui tiennent à nos occupations et à nos pensées habituelles; ceux çiui tiennent à l'état de notre corps, et ceux qui ont une vertu divinatoire : car, dit-il, l'existence de cette dernière espèce de songes est prouvée par l'expérience. Ailleurs il raconte trois cas de maladies guéries par les remèdes révélés en songe aux malades, et dont un lui est personnel ; dans le livre I", sur les Fafrees nalureUes, il blâme les épicuriens de ce qu'ils méprisaient les songes, les augures, les prodiges et l'astronomie (t. II, ch. xn, p. 29) ; c'est, sans doute^ entraîné par le même ordre d'idées, que Galien admet l'influence de la lune sur les choses de la terre en général et sur les maladies en particulier (de Dieb. erit., t. III, p. 2-6). Il parait même, d'après

Alexandre de Tralles (liv. IX. ch. iv), que, dans un livre sur la Médecine d'Homère, il prend la défense des enchanteurs. Néanmoins ces rêveries mystiques n'exercèrent qu'une légère influence sur l'ensemble de sa doctrine.

La première édition des œuvres de Galien, en

frec, a été publiée par les Aide à Venise, en 525, 5 vol. in-f* ; la seconde parut à Bàle en 1538 : elle est beaucoup plus correcte que la précédente. En 1679, René Chartier fit paraître les œuvres de Galien en latin et en grec, mêlées i celles d'Hippocrate, en 13 vol. grand in-f* : Kûhn reproduisit en partie l'édition de Chartier, 20 vol. en 22 prUes, Leipzig, 1821 à 1833. — Les éditions latines sont nombreuses; leur histoire est encore fort confuse : on distingue celles des Juntes, imprimées neuf fois, et celle de Cornarins, publiée à Bàle en 1549. Parmi les collections renfermant un certain nombre d'écrits de Galien, nous signalerons seulement celle de Goton, in-4, Londres. 1640. L'édition française de M. Daremberg, Paris, 1854, 4 vol. in-8, ne contient que les œuvres médicales de Galien.

On trouvera les détails les plus amples, sur la vie, la doctrine médicale et les écrits de Galien, dans l'excellente Biographie de Galien par Ackermann, insérée d'abord dans la nouvelle édition de la Bibliothèque grecque de Fabricius, et reproduite par Kvibn en tête de son édition do Galien, dont elle fait le principal ornement. On pourra consulter avec fruit VElogium ehrono' ïogicum Galeni, de Ph. Lobbe, in-8, Paris, 1660 ; la VUa Galeni expropriis operibus collecta, da même auteur, in-8, ib., 1660. M. Dubois fFrédéric) a lu, en 1841, devant l'Académie royale de médecine, sur Galien, un travail remarquable inséré dans le Bulletin de cette société savante (t. VU, p. 281 et suiv.). M. Daremberg a consacré a Galien une grande partie de son livre : la Médecine, histoire et doctrine, Paris, 1865, in-12. Ch. D...0.

OAULËE. Galileo Galilei, principal auteur de la vraie méthode des sciences physiques, naquit à Pise^ le 18 février 1564, de parents qui demeuraient habituellement à Florence, et qui étaient de noble origine, mais presque sans fortune. Son père Vincenzo Galilei, homme instruit et musicien distingué, lui fit étudier les lettres classiques et la philosophie, d'abord à Florence, puis au monastère de Vallombreuse. Envoyé a l'université de Piso pour y étudier la médecine, Galilée renonça à cette étude pour celle des mathématiques et de la physique. Il fut professeur de mathématiques a Pise de 1589 à 1592, et i Padeue de 1592 à 1610. En septembre 1610, il qqitta la Vénétie et revint à Florence avec le titre honorifique et les appointements de professeur à l'université de Pise. Jusqu'au 8 janvier 1642, date de sa mort, son unique fonction, honorablement rétribuée par le gouvernement de Toscane, fut de travailler pour le progrès des mathématiques, de l'astronomie et de la physique. A Pise et à Padoue, il s'était fait une réputation européenne par son enseignement, qui attirait des auditeurs de toutes les parties de l'Euro!)*, par sa correspondance scientifique, par ses écrits sur les fortifications, sur la mécanique et sur la physique, écrits les uns imprimés, les autres manus.:rits, mais dont il laissait prendre des copies, par ses inventions et par les instruments fabriqués sous sa direction. Il eut bientôt des envieux et des plagiaires, et, comme il renversait les doctrines et la méthode des péripatéticiens ea physique, s'il trouva partout, même dans les couvents, des partisans zélés, il trouva aussi partout, dans les rangs du péripatétisme dominant, non-seulement des contradicteurs, mais

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d'ardents adrersiire* et de* ennemis, contre lesqnels il déploya, ontre U force des raisons, beaoeoop de verre et d'habileté dans U polémiqoe. Le traité qn'it pablia en 1612 rar là eorp» nouant* fat l'objet d'one latte animée, dans laqaelle il resta vainqoeor. Hais snrtoat le télescope, dont il fot le second inTenteor et qa'il sot le premier rendre assez paissant pour les otages astronomiqoes, pais les décoarertes qa'il 0t arec cet instrument, de 1610 à 161 1, i Padotie et i Florence, et qu'il pablia dans son A'uncnu tidereu» et dans ses ùtttrta tur le* tacha solaires, loi procarèrent an véritable triomphe. A Pise^a Florence, à Rome, où il se rendit en 1611 et oa il fat nommé membre de l'Académie des Lincei^ il fallat bien reconnaître comme vrais des faits constatés par les observations télescopiqnes, mais qn'on avait d'abord rejetés comme impossibles et qn'on avait attribnés & U fraude on i l'illnsion. Ces observations réfutaient Tes systèmes astronomiques des péripatétieiens et de nolémée, et ne laissaient le choix cm'entre les systèmes de Copernic et de Tycho-Brané. Galilée, qni fat toojou'-s le digne ami de Kepler, correspondait avec lai, dès 1597, snr les moyens de propager le système de Copernic. En 1613, dans ses Lettre* imprimées *ur le* tache* totairet, il se prononça ouvertement en faveur de ce système. C'était li que ses ennemis l'attendaient. Oubliant que ce système, enseigné par le chanoine polonais Copernic dans on livre dédié au pape Paul 111 et publié en 1543, n'avait été en soixante-dix ans l'objet d'aucune condamnation ecclésiastique, ils attaquèrent, à Pise, i Florence et i Rome, cette doctrine de Galilée comme nne nonveanté impie, hérétique, contraire à l'Ëcritare sainte. Il est faux que ce soit Galilée qui ait porté la question dn système du monde sur le terrain de ut théologie j il fut forcé par les accusations de tes ennemis i. les suivre sur ce terrain, qu'ils avaient choisi. Pour repousser la redoutable accusation d'hérésie, il dut se dérendre en discutant la signification et la portée des textes dont on s'armait contre lui : il le fit, non dans des pièces imprimées, mais dans deai lettres manuscrites, adressées l'one en 1613 an P. bénédictin Castelli, l'autre vers la fin de 1615 l la duchesse Christine de Lorraine, aîenle du grandduc de Toscane; il en fit seulement parvenir des copies i quelques personnes^ et surtout i des dignitaires ecclésiastiques près desquels il avait besoin de se disculper. Ces lettres, comme tout ce que Galilée a écrit, étaient parfaitement conci- Uables avec l'orthodoxie catholique. Cependant, TU l'esprit du temps, le P. Castelli. excellent religieux, ami savant et dévoué de Galilée, commit nne imprudence en laissant prendre trop facilement des copies de la première lettre. Heureusement Galilée avait retiré l'original des mains de l'honnête bénédictin, qui l'aurait livré sans soupçon i rarchevé^ue oe Pise Bonciani, agent secret de l'Inquisition romaine pour cette soustraction frauduleuse, comme le prouve la publication de H. de l'Ëpinois. Dès le 5 février 1615, armé d'une copie de cette lettre, un moine dominicain de Florence, le P. Lorini, déposa secrètement une accusation contre Galilée devant l'Inquisition romaine. Dans une déposition secrète dn 20 mars suivant, un autre moine domi- .'.icain qui avait déjl outragé Galilée en chaire dans une église de Florence, dénonça Vhérétie du mouvement de la terre comme contenue dans l'ouvrage imprimé de Galilée sur (es tadte* tolaire*, et de plus il accusa d'impiété et d'athéisme la lecte prétendue de» galiUUte». En même temps, dès avant le 7 mars 1615, l'ouvrage de Copernic et deux autres écriu en faveur du

noaveaB système du monde furent déférés i la Congrégation de llndex, dont nn décret rendu le 3 mars 1616 et publié le 5 déclara que l'opinion de l'immobilité du soleil et dn mouvement de la terre était faune et tout à fait conlrotre à CÉeriture tainte et qu'elle ne pouvait être ni profe*»èe m défendue. Ce même décret condamnait i U suMweasion une lettre imprimée dans laquelle le P. Foscarini avait sontena celte opinion comme vraie et comme conforme i l'Ëcritare sainte. Mais ce décret n'interdisait que provisoirement et jusqu'à correetioo le traité de Copernic de Betolutionibu» orbium eeàetliwm et le Commentaire de Diego de Znnlga sur k Itère de Job, et l'unique objet des correctioos prescrites pour ces deux ouvrages était de faire diqaraitre qnelipies phrases impliquant U vérité absolue du système copemicien, toléré p«r la Congrégation i titre de pure hypothêae physieomathématique. la procédure de la Congrégation de llndex contre ces trois ouvrages fut porter i la connaissance du publicj mais la prooédure de U Congrégation de l'Iiujuisition contre Galilée resta ignorée dn public jusqu'en 1633. A la fis de 1615, peut-être mandé secrètement par llnquisition, Galilée vint i Rome, où U sollicita pour le système de Copernic, non pas la s^tetion de l'autorité ecclésiastique et 1 érection en dogme, comme l'ont prétendu Hallet Dnpan et les nombreux échos de ses mensonges, mais la tolérance et rien de plus. Galilée ne put pas l'obtenir; mais U fut bien accueilli partout! Rome et trouva dans toute* les réunions an brillant succès pour lui-fflême et pour ses doctrines. Aucune condamnation ne fut prononcée contre lui ni contre aucun de ses écrits. Seulement il fût mandé secrètement, le 26 février 161 6, en U demeure du cardinal Bellarmino. Li que se passa-t-ilTDeux témoignages irrécusables nous rapprennent ; ce sont ceux du cardinal lui-mtme et du pape Paul V, dont il exécutait les oràm. Ces deux témoignages, parfaitement ^'aceord entre eux et, comme nous le verrons, avec les réponse* de Galilée interrogé sur ce point par ses juges en 1633, se trouvent dans deux pièces authentiques, publiées l'une par M. de l'uiinois en 1867 et l'autre par M. Gberardi en 1870. La première pièce, datée du 35 février 1616 et comprise parmi les pièces du procès de 1633. est un ordre dn pape au cardinal : d'après cet ordre, Bellarmino devra mander devant lui Galilée et lai adresser nne simple admonitioft d'abandonner l'opinion de l'immobilité du soleii et du mouvement de la terre; si Galilée refkse d'obéir, alors seulement le P. commissaire du Saint-Office, assisté d'un notaire et de deux témoins, loi fera l'injonction de s'abtienir entièrement d'enseigner et de défendre cette opinion ou même d'en traiter; si Galilée refuse encore d'acquiescer & cette injonction, il devra être incarcéré. La seconde pièce, contenue dans un registre des Décret* dn Saint-Office et datée du 3 mars 1616, constate que, d'après un rapport du cardinal Bellarmino, Galilée ayant enUÔMla l'admonilùm dn cardinal, donna aussitôt mm aequieteement. Le reste de cette pièce ne oobceme plus Galilée, mais la sentence de la Coagré^tion de llndex sur les écrits dn P. Foscarini . de Diego de Zuniga et de Copernic. C^><»>dant, parmi les pièces du procès de 1633 et comme motif principal de la condamnation do Galilée, figure une pièce datée du 26 février 1616 «t suivant laquelle, austitAt après Vadmonition da cardinal^ le commissaire dn Saint-Office, asaisié du notaire et des denx témoins, aurait adressé à Galilée, au nom dn pape et an Siint-Office et sous la menace de poursuites devant l'inquiaitioo.

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Vinjonelion <Pabandonner entièrement la nudité opmion, que le toleil ett le centre du monde el tmmobue et que la terre eemeut. et de t'abstenir de soutenir^ enseigner ou défendre celle opinion d'une manière quelconque, par parole» ou par écrits. Ni dans cette pièce, ni dans la sentence de 1633, où elle est invoquée, il n'est dit ({ue Galilée ait reftisé d'obtempérer à Vadmonition, et dans la pièce authentiqne da 3 mars son acquiescement à cette admonition est expressément attesté. Dans ces conditions, Vinjonelion aurait été contraire aux ordres du pape. Cette

injonction n'eut pas lien, comme le prouve le silence de la pièce du 3 mars, et comme le prouvent aussi les faits postérieurs. En effet, '

chose nui serait inconcevable I — cette injonction

S retendue, oubliée par Galilée, aurait été inconnue e tont le monde, même des inquisiteui-s, jusqu'en septembre 1633, époque où, dit-on, elle fut découverte inopinément: elle aurait été ignorée du pape Urbain VIII, lorsqu'en 1623 il acceptait la (Mdicace de l'Essayeur, ouvrage où Galilée aurait désobéi à cette injonction personnelle en défendant, comme nous le verrons, contre certaines objections le système de Copernic; elle aurait été ignorée du P. Riccardi, examinateur ot approbateur de l'ouvrage avant l'impression, et du P. Guevarra, chargé d'examiner de nouveau ce même ouvrage dénoncé à l'Inquisition; elle aurait été ignorée des examinateurs qui approuvèrent pour l'impression le Dialogue de Galilée sur les deux principaux systèmes du monde ; elle aurait été ignorée des dénonciateurs de ce dialogue; enfin, elle aurait été ignorée des in-

3uisiteurs eux-mêmes pendant plusieurs mois epuis la dénonciation. D'ailleurs, l'original de cette injonction aurait du porter les signatures, sinon du commissaire du Saint-Office, au moins du notaire et des deux témoins. Or, sur cette

Sièce, telle qu'elle se trouve dans le manuscrit u procès (fol. 318 V à fol. 379 r) et telle qu'elle a été publiée d'après ce manuscrit par H. de l'Ëpinois, non-seulement les signatures n'existent

gis, mais elles n'y sont pas même mentionnées. à est l'original avec les signatures qui pourraient en garantir l'authenticité? Personne ne peut le dire. £n outre, la pièce devrait être transcrite sur les registres des Décrets de l'Inquisition : non-seulement elle n'y est pas, mais on y trouve une pièce qui la contredit et eu prouve la fausseté, la pièce du 3 mars 1616, qui atteste que, dans sa comparution du 26 février devant le cardinal Bellarmino, Galilée ayant acquiescé à l'admonition, l'affaire en était restée li en ce qui le concernait. Il est donc non-seulement très-probable, comme le dit H. Pietro Riccardi, mais certain, comme le disent HH. Gherardi et Wohlwill, que l'injonction prétendue du 26 février 1616 est apocryphe.

Galilée, qui n'avait pas reçu cotte injonction personnelle de se taire sur le système de Copernic, devait croire et croyait en effet qu'il lui était permis, comme i tout le monde, d'exposer ce système, pourvu que ce fût à titre de simple hypothèse, et i condition de ne pas le donner comme conforme à l'ordre réel du monde : ce

?ni aurait été contrevenir au décret du 5 mars 616. Ce décret est seul mentionné dans une lettre que le cardinal Bellarmino remit i Galilée pour attester qu'il n'avait subi aucune condamnation et pour lui rappeler en même temps la ligne qu'il devait suivre. Du reste, il est à remarquer qne, contrairement i l'usage, le pape Paul V ne donna aucune confirmation officielle i cette décision dogmatique de la Congrégation de l'Index contre le nouveau système du monde. U ne confirma pas davantage le décret rendu le

10 mars 1619 par la même Congrégation romaine contre l'Abrégé de l'Astronomie de Copernic dont le premier volume avait été publié par Kepler en 1618.

Attaqué violemment dans des ouvrages publiés eu 1614 par le P. jésuite Scbeiner contre ses Lettres sur les ladus solaires, et en 1619 par le P. jésuite Grassi contre son opinion sur les comètes, Galilée s'abstint prudemment de répondre pendant les dernières années du pontificat de Paul V et pendant le court pontificat de Grégoire XV. Mais, en 1623, le cardinal florentin Haffeo Barberini devint le pape Urbain VIII : il s'entoura de Toscans, se montra très-favorable i l'Académie romaine des Lincei, dont Galilée était membre, et s'annonça comme protecteur des sciences et des lettres. Galilée, à qui le nouveau pape avait donné depuis longtemps des marques de bienveillance, lui dédia et publia à Rome, avec l'approbation du P. Riccardi, examinateur, un ouvrage qui, sous le titre d'Essayeur (il Saggiatore), contenait une réponse détaillée aux critiques de tout genre du P. Grassi et la réfutation d'un grand nombre d'erreurs des péripatéticiens en physique. Sur les comètes, la thèse principale de Galilée était fausse; mais le P. Grassi avait tort dans une multitude de détails relevés avec beaucoup de justesse par Galilée. Le nouveau système du monde tenait une petite place dans la discussion : Galilée avait eu l'habileté de faire justice des mauvais arguments qu'on opposait à ce système, et de ne pas avoir l'air cependant de l'adopter. Urbain Vlll prenait grand plaisir à entendre lire cet ouvrage. Pourtant l'Essayeur fut dénoncé à l'Inquisition romaine comme contenant une approbation dissimulée du système de Copernic, et telle était, en effet, la tendance bien réelle d'un passage du livre. Un cardinal, chargé de faire un rapport sur l'affaire, prit pour consulteur le P. Guevarra, général des Théatins, qui lui fit un grand éloge de l'ouvrage, et lui remit une note pour établir que, lors même que la doctrine du mouvement de la terre y serait soutenue, il n'y aurait pas lieu de poursuivre. En 1624, Galilée vint à Rome rendre ses hommages à Urbain Vlll, qui lui donna publiquement des marques de faveur et d'affection. Le pape, qui tenait peu au péripatétisme et qui avait tait beaucoup de cas de l'essayeur, entendit avec plaisir, en 1625, la lecture de quelques passages d'une lettre do Galilée an péripatéticien Ingoli contre le péripatétisme en physique. Alors le P. Grassi et les jésuites du collège Romain firent à Galilée, par l'intermédiaire de son disciple Guiducci, des avances bientât démenties, en 1626, par la réponse du P. Grassi & l'Essayeur, et, en 1630, par la Rosa ursina du P. Scheiner. Dans un entretien avec Galilée, le pape avait argumenté contre le nouveau système du monde. Galilée s'était tenu sur la réserve ; mais il avait compris que, tout en faisant bon marché de la physique péripatéticienne, Urbain VIII n'était pas dispose à tolérer en Italie le système de Copernic. Galilée renonça donc à la publication d'un ouvrage qu'il avait ébauché dès 1615, et qu'il avait retouché depuis, sur les marées considérées ouvertement comme effet et comme preuve du double mouvement de la terre. Hais il pensa que ce qui avait été toléré dans quelques passages de l'Essayeur, c'est-àdire l'apologie aéguisée de ce système, pourrait être toléré aussi dans un ouvrage en forme de dialogue, oii les systèmes seraient mis en présence, sans que l'auteur prît ouvertement parti pour l'un d'eux. D'ailleurs, il ne voulait pniilier cet ouvrage qu'avec la permission de l'autorité

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ecclésiastique, et il pensait, avec ses protecteurs et ses amis, que cette permission, s'il pouvait l'obtenir, couvrirait sa responsabilité d'anteur. En mai 1630, Galilée porta lui-même i Rome le mannscrit complet de son Dialoaue tur le» deux principaux rMtèmes du monde, qui fut examiné par le P. Riccardi assisté du P. Rafaele Visconti. Parfaitement accueilli par le pape, Gaulée revint i Florence avec son manuscrit corrigé et dûment approuvé pour l'impression, qui devait se laire à Rome, après que Galilée aurait

S jouté une dédicace au grand-oue et une table es matières, et le P. Riccardi devait revoir les épreuves. Hais, par suite de diverses circonstances, l'impression fut retardée et dut se faire i Florence, on Galilée obtint l'autorisation ecclésiastique et civile. Mais il fallait de plus l'agrément du pape el du P. Riccardi. Celui-ci demanda i voir une seconde fois, sinon le Dialogue entier, au moins le préambule et la fin, tandis

Î|u'un théologien de Florence, délégué i cet efet, examinerait le reste. Enfin le P. Riccardi imposa à Galilée une préface toute faite et dont on lui permettait seulement de retoucher le style : cette préface exprimait une adhésion complète au décret de 1616 contre le système de Copernic, et annonçait l'intention de justifier ce décret en montrant qu'il avait été rendu en pleine connaissance de cause. L'inquisiteur de Florence fut charçé, au nom du pape, de s'assurer que la fin du Dialogue revue par Galilée ne serait pas en désaccord avec cette préface. Enfin, le Dialogue, imprimé à Florence tel que les examinateurs ae Rome et de Florence l'avalent accepté, parut dans les premiers mois de 1632. Aussitôt les ennemis de Galilée, plus clairvoyants que les examinateurs, comprirent que, malgré la préface et l'absence de conclusion, les raisons données en faveur du système condamné paraissaient les plus fortes et tendaient i le faire

E révaloir. Ils jetèrent les hauts cris : ils dirent & irbain VIII qu'on l'avait abusé et que cette publication autorisée était pernicieuse pour la religion. De plus, ils lui firent croire deux choses, dont la fausseté lui fut prouvée plus tard comme elle l'est pour tout lecteur attentif et non prévenu, savoir : qu'Urbain VIII lui-même était représenté et tourné en ridicule dans le Dialogue sous le nom du péripatéticien Simplicio, et que Galilée s'y était fait théologien et interprète de l'Ecriture sainte. La vente de l'ouvrage fut interdite, les exemplaires qu'on put trouver furent saisis, les examinateurs furent destitués; le P. Castelli et Mgr Ciampoli, qui avaient sollicité l'autorisation, furent disgracies, et l'ouvrage fut déféré & l'Inquisition. Les amis de Galilée pensaient que le livre serait condamné, mais que l'auteur serait couvert par l'approbation e;:clésiastique donnée au livre avant l'im- Pression. Tels étaient les renseignements que ambassadeur de Toscane à Rome, Niccohni, adressait au grand-duc. Mais, le II septembre 1632, instruit par une indiscrétion du P. Riccardi, Niccolini écrit que l'affaire a changé de face, parce qu'on a découvert dans les archives du Saint-Offtce une injonction personnelle faite i Galilée, en février 1616, de ne plus soutenir, enseigner ou défendre le système de Copernic d'une manière quelconque, par parole ou par écrit. Cette pièce, trouvée si à propos, est la pièce fausse dont nous avons parlé. Une commission spéciale fut chargée d'examiner le Dialogue : dans un Mémoire adressé an pape, elle ne conclut pas à la suppression de l'ouvrage, mais seulement i des corrections, qu'elle croit possibles et dont l'objet est de supprimer quelles phrases trop favorables & l'hypothèse de

Copernic et trop défavorables aux opinion* contraires. Quant a l'auteur, elle ne formule contre lui aucune conclusion^ mais elle cite, comme authentique, l'injonction du 26 février 1616, 1 laquelle Galilée aurait désobéi malgré sa promesse. Or la désobéissance à une injonction personnelle de l'Inquisition était considérée comme un crime. Accusé par cette pièce apocryphe, Galilée fut traduit devant ce redoutable tribunal. Après quelques délais pour raisons de santé, il fut forcé, malade encore, de venir se constituer prisonnier à Rome, ou il arriva le 13 février 1633. Pendant le procès, il fut trajté avec beaucoup de ménagements : il résida tantôt dans un bel appartement au palais du Saint-Office, tantôt au palais de l'ambassade de Toscane. Dans les quatre interrogatoires qu'il subit à de longs intervalles, il soutint avec raison n'avoir reçu en février 1616 qu'une simple admonition du cardinal Bcllarmino, à qui il avait promis seulement de ne pas enseigner comme vraie l'hypothèse de Copernic. Lorsqu'on lui demanda si une injonction de ne rien dire ou écrire en faveur de cette hypothèse lui avait été faite alors au nom de l'Inquisition, il le nia constamment, et on ne mit pas sous ses yeux la pièce fausse, dont les termes ne lui furent connus que par leur insertion dans la sentence de condamnation, i laquelle elle servit de motif principal. Du reste, dans ces mêmes interrogatoires, il renia le système de Copernic ; il offrit même de le réfuter ; mais il rerusa d'avouer l"in/en<ion qu'il avait eue de soutenir ce système par son livre, et il persista dans ce refus malgré la menace de torture qui lui fut adressée pour la forme dans le dernier interrogatoire. Il espérait échapper ainsi à toute condamnation personnelle. Mais, quand il eut perdu cet espoir, il signa l'aveu contenu dans une formule d'abiuration qu'on lui présenta comme condition a'une con(u.mnation mitigée et comme unique moyen d'échapper i une sentence plus rigoureuse. Quint à la torture corporelle, plusieurs preuves établissent qu'il no la subit pas. Parmi ces preuves que j'ai dounéex ailleurs et que M. Gherardi a eu tort de rejeter, en voici une qui aurait dû trouver grice devant lui; car elle est semblable à celle sur laquelle M. Gherardi lui-même s'est appuyé avec raison pour nier le fait de l'injonction prétendue du 26 février 1616, dont j'avais eu tort, en 1868, d'admettre l'authenticité. La torture, comme moyen d'enquête, ne pouvait être appliquée qu'en verto d'un ordre du pape. L'ordre d'Urbain VIII pour l'enquête contre Galilée existe et a été publié. Le relus d'aveu sur l'intention y est prévu, et c'est précisément pour ce cas prévu que le pape ordonne de se borner à la menace. En effet, la menace, mais la menace seule, est mentionnée dans la sentence contre Galilée. Or une autre sentence, publiée par M. Gaidoz d'a-

firès les registres de l'Inquisition^ prouve que, orsque ce moyen d'enquête avait été employé contre un accusé, la torture était mentionnée expressément sous le nom de tortura, dans le texte latin de la sentence. Non-seulement Galilée n'a pas subi ce supplice, mais il n'eut pas lien de le craindre; car, lors même que la menace, qui lui fut faite pour la forme, aurait été sérieuse, il n'aurait tenu qu'à lui d'écarter le danger, en faisant plus tôt, a cet égard, l'aveu très-attenné qu'il signa enfin dans son abjuration et dont on se contenta. Ce qui devait coAter à son honneur et i sa conscience, ce n'était pas cet aveu sincère; c'était l'abjuration qui ne pouvait pas être sincère de sa part, et dont il avait pris l'initiative dès son premier interro^toire. D'après les principes mêmes de l'Inquisition,

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l'abjoration publique n'aurait pa^ dd lui être imposée. Dans un temps et dans nn pays où les prohibitions ecclésiastiqnes étaient en même temps des prohibitions civiles avec sanction pénale, on pouvait légalement le punir pour sa désooéissance prétendue à l'Inquisition et pour la violation prétendue de sa promesse; mais c'est illégalement que l'Inquisition l'a forcé d'abjurer comme héréliqxte une doctrine astronomique déclarée telle par la sentence, mais qui ne l'avait été ofBciellement ni par rËglise ni par le pape, et qui ne l'a jamais été depuis. Car ni Paul v, ni Urbain Vin^ ni aucun antre

Sape n'a jamais confirmé officiellement aucune écision des congrégations romaines contre le système de Copernic ni contre aucun de ses défenseurs. Descartes et Gassendi ont remarqué cette omission insolite, i cause de laquelle l'autorité de ces décisions se réduisait a celle des congrégations qui les avaient rendues, et le P. Riccioli lui-même en a fait l'aveu. La sentence prononcée le 22 juin 1633 contre Galilée était déplorable, puisque les seuls griefs qui s'y trouvent formulés comme motifs principaux et immédiats de la condamnation sont d'une part la désobéissance prétendue de Galilée à une injonction qu'il n'avait pas reçue, d'autre part son adhésion réelle à une doctrine scientifique dont la vérité est reconnue aujourd'hui au Vatican comme partout ailleurs. Hais, quand même cette doctrine aurait été fausse, jamais elle n'avait été valablement déclarée hérétique, et par conséquent, l'Inquisition, d'après ses propres principes, n aurait pas eu le droit d'exiger l'abiuration de Galilée. Du reste, le texte latin de la sentence, publié par Riccioli, prouve que, des dix cardinaux inquisiteurs énumérés dans le préambule de la sentence, sept seulement la signèrent, et des trois signatures qui manquent l'une est celle d'un neveu du pape. En s'abstenant de toute confirmation officielle, Urbain VIII laissa toute la responsabilité de ce jugement à l'Inquisition seule, et il laissa de même à la tk>ngrégation de 1 Index seule toute la responsabilité de la condamnation qu'elle prononça de son côté le 16 juin 1633 contre le livre de Galilée. Mis en prison le soir du 21 juin, veille de sa condamnation, Galilée y resta jusqu'au 24: l'emprisonnement illimité auquel il était condamné fut commué en une résidence forcée d'abord & la villa Medici près de Rome, puis dans le palais de l'archevêque de $ienne, puis, i dater du 13 décembre 1633, i la villa de Galilée i. Arcetri près de Florence, et en une séquestration qu'on adoucit par beaucoup de concessions. Urbain YIII avait exprimé l'intention de lui accorder une libération et une réhabilitation progressives, et, quand des protecteurs de Gaulée dirent au pape qu'il était faux que ce savant eût voulu l'attaquer dans son Dialogue, il répondit qu'il le savait bien et qu'il n'avait personnellement aucun motif de plainte contre Galilée. Hais il opposa aux demandes de gr&ce l'intérêt de la chrétienté. Le succès croissant du nouveau système du monde, même en Italie, fit croire an pape et à ses conseillers qu'il y avait danger à faiblir ; car ils considéraient ce système comme très-dangereux pour la religion. Urbain VIII fut cependant sur le point de céder, en 1636, aux sollicitations des ambassadeurs de France et de Toscane; mais il voulut laisser la décision i l'Inquisition, qui, malgré les instances des deux cardinaux Antonio et Franeesco Barberini. frère et neveu du pape, n'accorda pas la grice demandée. Les lettres de Galilée témoignent qu'il croyait n'avoir plus rien i espérer, non pas i cause d'une animosité personnelle du

pape contre lui, mais au contraire parce que ses ennemis, et surtout, disiit-il, les jésuites du collège Romain, avaient persuadé au pape et aux inquisiteurs que sa gr&ce ferait tort à la religion et que sa punition était un exemple nécessaire. Pour le même motif, l'impression de nouveaux ouvrages de Galilée et la réimpression de ses anciens ouvrages furent interdites en Italie par l'Inquisition, et, après sa mort, il fut défendu de lui rendre aucun honneur antre que celui de l'inhumation ecclésiastique dans une chapelle de Florence. Les huit ans et demi qu'il vécut après sa condamnation furent très-utilement employés pour la science. Il acheva sou chefd'œuvre, c est-i-dire ses quatre IHalogue» sur le» tciencet nouvelle», qui furent publiés en Hollande en 1638, et auxquels il ajouta depuis deux dialogues complémentaires. De 1637 à 1638, il devint complètement aveugle; mais il continua de dicter d'importants travaux, et son activité intellectuelle, aidée par son ami et ancien disciple le P. Castelli pendant quelques mois de 1638 et de 1641, par le jeune Vivian! pendant les trois dernières années de la vie de Galilée, et par Torricelli pendant les trois derniers mois, se soutint et produisit d'excellentes pages jusqu'à sa mort. Il mourut entouré des secours de la religion le 8 janvier 1643 dans sa villa d'Arcetri, ou il était resté relégué depuis le 13 dédécembre 1633, sauf un séjour de quelques mois În'on lui avait permis de faire à Florence en 638, i l'époque où il espérait qu'une opération chirurgicale pourrait lui rendre la vue. — Après cette rapide et insuffisante esauisse de la vie de Galilée, il s'agit maintenant d'apprécier sa méthode et ses doctrines au point de vue philosophique.

Galilée fut un esprit positif, dans la vraie et bonne acception de ce mot, dont on a tant abusé, c'est-à-dire un esprit visant toujours à la connaissance exacte et certaine, prenant avec une habileté consciencieuse les moyens de l'atteindre, et, quand les moyens de certitude faisaient défaut, n'accordant aux hypothèses les Îilus vraisemblables et les plus utiles qu'une vaenr relative et provisoire. Tels étaient ses principes de conduite scientifique : il s'en est écarté Suelquefois au milieu de l'ardeur de ses nomrenses découvertes : mais, même dans des temps plus récents, peu de savants, parmi ceux qui ont fait beaucoup, s'en sont écartés moins que lui. C'est bien à tort que de nos jours les positiviste» (comme ils s'appellent) ont voulu- le réclamer connue un des leurs; car son esprit, aussi étendu que sévère, admettait tout ce qu'ils rejettent, et il n'avait d'eux que ce qu'ils ont de bon, c'est-àrdire leurs affirmations légitimes, et non leurs négations mal fondées et leurs prétentions inacceptables. Il se voua aux sciences physiques, qn^l traita expérimentalement et mathématiquement; mais il ne médit jamais des sciences morales, qu'il avait cultivées avec fruit, et il n'essaya jamais d'en matérialiser l'objet par Ut moins positive et la plus fausse des hypothèses, ni d'y méconnaître le rêle très-positif du libre arbitre, pour faire violemment de ces sciences une branche des sciences physiques. La lutte

3u'il eut à soutenir contre l'esprit rétrograde es péripatéticiens modernes ne l'empêcha pas de rendre justice à Aristote, et il professa une grande admiration pour certaines vues élevées de Platon et des pytnagoriciens sur l'ordre et la mesure qui régnent dans le monde. En dehors de tout esprit d'école, il se félicitait d'avoir étudié beaucoup la pnilosophie; mais c'était surtout j>onr l'appliquer aux sciences physiques. De ses études philosophiques il conserva toujours

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deaz principM, qni jonent, comme nous le verrons, nn grand râle dans ses plus importants onrrages; ces deux principes, odieux aux po»itivittet, mais nécessaires a la méthode expérimentale et inductive des sciences physiques pour ane cette méthode donne tout ce qu'elle peut et doit donner, sont : le principe des causes efficientes et le principe des cautea finales. Nous verrons avec quelle justesse, quelle mesure et quel succès il les a* appliqués tons deux, et quels avantages cette application judicieuse lui a donnés sur Descartes et sur Bacon. Dès le début de sa carrière scientifique, c'est-à-dire dès là89, i l'âge de 2à ans, 31 ans avant la publication dn Novwn Organum scientiarum de Bacon, et 48 ans avant la publication du Discours de ta Méthode de Descartes, Galilée pratiquait avec beaucoup de constance, de fermeté et de rectitude (resprit la méthode expérimentale et inductive des sciences physiques, aidée de la mesure des quantités et de l'application des mathématiques, c'est-i-dire la méthode i laquelle est dû le développement moderne de ces sciences. Quelques-uns de ses prédécesseurs et de ses contemporains ont fait divers essais, quelquefois très-heureux, de cette méthode; mais c'est lui qui le premier a montré comment il faut l'appliquer d'une manière générale et suivie à tontes les sciences physiques. Son contemporain Kepler,

2ui dut i cette méthode l'admirable découverte e ses trois lois géométriques du mouvement des planètes et le succès de ses importantes études sur les réfractions astronomiques, s'égara trop habituellement dans les plus étranges divagations. Bacon et Descartes, avant lesquels Gafilée avait brisé les entraves abusives du principe d'autorité dans les sciences d'observation et de raisonnement, ne surent pas s'approprier sa méthode. Bacon recommanda beaucoup et pratiqua un peu l'observation et l'expérimentation en physique, mais sans mesures précises et sans exactitude mathématique, et en se proposant d'atteindre les essences des choses, au lieu de s'élever^ comme Galilée, par la mesure des effets i la détermination mathématique des causes efficientes et de leurs modes d'action, c'est-àdire à la connaissance des forces et de leurs lois mécaniques. Descartes avait l'avantage d'être, comme Galilée, plus mathématicien que Bacon ; mais il chercha aussi les essences en physique, et il prétendit y arriver par la méthode géométrique a priori, de manière à en conclure les lois des phénomènes, au lien d'obtenir ces lois par l'induction : il fut grand philosophe et grand mathématicien, mais faible physicien.

mathématiques, n'est intelligible que pour les mathématiciens, et que le procédé de déchiffrement de ce livre est la mesure des quantités observées. Galilée sait bien que sa méthode n'est pas faite pour les choses morales, qui ne se mesurent pas, et dans lesquelles le libre arbitre a sa large part. Hais les phénomènes physiques obéissent invariablement à des lois nécessitantes; ils s'accomplissent dans des temps et des espaces mesurables par essence, lors même que la mesure nous en échappe; ces phénomènes doivent se réduire à des mouvements, de même essentiellement mesurables, quoique souvent imperceptibles pour nous en tant que mouvements distincts. Dans ces phénomènes il faut mesurer tout ce qui est directement mesurable pour nous, et t&cher de rendre mesurable directement ou indirectement ce qui ne l'était pas de prime

Si les lois. premières du mouvement étaient d'une nécessité absolue, comme les axiomes mathématiques, on pourrait les déterminer a

Îiriori, puis les combiner ensemble pour trouver es lois complexes. Hais Galilée repousse celle méthode, et il a raison. En effet, tous ceux qui ont procédé ainsi, depuis Aristote jusqu'à Descartes inclusivement, sont arrivés à des résultats dont la fausseté condamne leur méthode. Sur les vérités premières des mathématiques pures, ni les anciens ni les modernes ne se sont trompés,

Sarce que ces vérités sont nécessaires et évientes par elles-mêmes. Quant aux vérités premières de la mécanique, ceux qui ont voulu les deviner a priori, au lieu de les induire de l'expérience, se sont toujours trompés sur plusieurs d'entre elles, jusqnau moment où, par l'induction et non autrement, elles ont été découvertes. Depuis cette époque, les savants les plus éminents reconnaissent qu'elles sont de vérité contingente, et ceux qui, moins clairvoyants, croient en avoir une intuition immédiate comme celle des axiomes géométriques, les auraient manquées, comme l'ont fait Aristote et même Descartes, si Galilée et d'autres expérimentateurs soigneux de mesurer ne les avaient pas trouvées avant eux et pour eux.

Bien qu'elles n'aient pas une existence nécessaire, ces lois ne sont ni locales ni changeantes. Galilée montre en toute occasion sa ferme croyance i l'existence d'un ordre universel et stable dans le monde physique : il y croit, parce qu'il croit fermement à la sagesse du Créateur, clairement manifestée dans tout ce que nous connaissons de ses œuvres, et parce que la raison lui dit que la cause première doit être infinie en sagesse et en puissance. Voilà pourquoi Galilée a un droit que certains athées et certains sceptiques s'arrogent illégitimement : je veux dire le droit d'admettre a priori que les lois contingentes du monde physique, ces lois que la spéculation a priori ne peut pas donner, doivent être stables et universelles, et que par conséquent une expérience bien faite dans des conditions bien connues doit valoir pour tous les temps et pour tous les lieux dans les mêmes conditions. « Les lois, dit Montesquieu, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. • Les lois physiques dérivent nécessairement de la nature des choses physiques telles que Dieu les a faites ; mais les lois de ces choses contingentes auraient pu être autres qu'elles ne sont, parce que Dieu aurait pu donner a ces choses une nature différente. Certainement Descartes a eu ^and tort de considérer comme contingent ce qui est nécessaire, lorsqu'il a osé dire qu'il n'a tenu qu'à Dieu de faire que deux et deux fissent cinq, que les rayons du cercle fussent inégaux, et qu'en morale ce qui est mal fût bien. Hais, par une erreur contraire, considérant implicitement comme nécessaire ce qui est contingent, le même Descartes a eu grand tort de croire que, partant de certains principes évidents par eux-mêmes, on pouvait en déduire la nature et les lois des choses physiques. Pour les connaître sûrement, notre unique moyen est d'observer et d'induire avec l'aide de la mesure et du calcul. C'est là ce qui a été fait par Galilée et par tous les vrais physiciens après lui.

Renonçant à la médecine et aux leçons de philosophie des péripatéticiens de Pise, le jeune Galilée se fit mathématicienj pour devenir physicien à sa manière, qui était la bonne, et pour faire ainsi une révolution dans la science. Encore étudiant à Pise, il observe les oscillations d'un corps suspendu ; il en mesure les durées en les comparant avec Tes battements de ses artères; il

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remarqne que les durées de ces oscillations sont sensiblement constantes, lors même que leur amplitade varie : la notion première, encore bien imparfaite, du pendule est tronvée. Pins tard, il la complète en mesurant le rapport de ta durée des oscillations à. la longueur du pendule. Dans les derniers temps de sa vie, il trouve, avant Huyshens, le moyen d'appliquer le pendule aux Horloges mécaniques, pour en régler mieux le mouvement et pour perfectionner la mesure du temps. Par la mesure de la durée de la chute des corps et par la mesure des espaces parcourus, Galilée arrive peu à peu i déterminer mathématiquement les lois de cette chute, tant suivant la verticale dans l'air libre, que sur les

Slans inclinés et sur les surfaces courbes. Ces éconvertes, vulgarisées aujourd'hui, étaient tellement opposées à tout ce qu'on avait cru jusqu'alors, qu'elles furent d'abord repoussées, conune des paradoxes insoutenables, par Oescartes et par tous ceux qui, comme lui, supposant que les lois premières du mouvement devaient être de vérité nécessaire, mettaient en physique le raisonnement avant l'expérience et au-dessus d'elle. Galilée étudia, par une science qu'il eut aussi le droit d'appeler nouvdU, la lorce de cohésion des corps solides et leur résistance à la séparation des parties. Par cette étude^ il expliqua pourquoi des machines qui réussissent en petit ne peuvent pas réussir en grand, comme elles le feraient d'après la théorie mathématique, quand celle-ci fait abstraction de la résistance plus ou moins grande des matériaux qu'il faudrait employer. Bais Galilée eut le tort de supposer que dans les liquides la force de cohésion était nulle. Il détermina par une autre science nouveUe, de même mathématique en même temps que physique, les lois du mouvement uniforme et du mouvement varié et les lois du mouvement parabolique des projectiles, mouvement qu'il considéra tant en lui-même que dans ses rapports avec la résistance du milieu. Il a tracé ta théorie de la percussion; il a signalé les différences essentielles entre les effets mécaniques de la percussion et ceux de la pression, c'est-à-dire entre les effets d'une force vive et ceux d'un poids mort. En outre, par l'expérience et la mesure aidées du calcul, il a défendu contre les péripatéticiens quelques

ftrincipes fondamentaux de l'hydrostatique et de a théorie des corps flottants, notamment le fameux principe d'Archimède, appliqué par le savant florentin à l'invention d'une balance hydrostatique : mais les lois de la pression des liâuides et le principe de l'égalité de pression ans tous les sens lui ont échappé. Continuateur de l'œuvre de son père, Galilée s'eSt occupé utilement de la théorie mathématique des vibrations sonores et des accords musicaux. Il a mis sur la voie des recherches concernant la vitesse de transmission de la lumière, vitesse qu'avec raison il a trouvée comme infinie par rapport aux petites distances terrestres, et qu'on a mesurée depuis par l'observation des éclipses des satellites de Jupiter. Son compas de proportion a servi de précurseur aux instruments, micrométriques et aux règles à calcul. Il a inventé les lunettes astronomiques, auxquelles on ne peut pas comparer une faible lunette d'approche qui venait d être inventée en Hollande ; fl a perfectionné le microscope ; il a constaté que le calorique est le principe de la dilatation des corps, et, dès avant 1604, il avait inventé le thermoscope, premier essai du thermomètre; enfin il s'est occupé utilement du magnétisme et de la mesure de ses effets. Cependant il faut dire qu'en général il a laissé à ses successeurs le soin

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d'appliquer d'une manière suivie sa méthode à la mécanique des liquides, des vapeurs, des gaz et des onctulalions diverses de l'éther, et aux questions si délicates de la mécanique moléculaire considérée dans ses rapports avec le calorique. Il n'a entrevu ni les principes de la théorie mécanique de la chaleur, ni le principe de l'attraction universelle, condition nécessaire de la mécanique céleste. Mais c'est lui qui a créé

Plusieurs parties principales de la mécanique es solides ; il a trouvé la notion vraie de l'inertie, le principe de la composition des forces et le principe des vitesses virtuelles; il a mis ainsi la mécanique dans la voie du progrès, après avoir déblayé le terrain en ruinant une théorie régnante, la théorie péripatéticienne du mouvement. Cette œuvre principale de si vie, œuvre qui lui a coûté plus d'efforts de génie que ses mémorables découvertes astronomiques et que ses belles considérations sur le système du monde, se trouve exposée dans ses admirables Dialogues sur les sciences nouvelles, publiés seulement en 1638 et complétés plus tard jusqu'à sa mort. Hais plusieurs de ses principales découvertes en mécanique avaient été divulguées dès longtemps par son enseignement et par les copies qu'il avait laissé prendre d'ouvrages manuscrits que nous avons parmi ses œuvres posthumes et qui avaient été pour lui comme des essais successifs de ses dialogues.

Si l'on veut comprendre l'importance de cette tâche accomplie par Galilée, il faut se rendre bien compte de la difficulté qu'elle présentait alors. Pour Galilée, le problème à résoudre était celui-ci : déterminer par l'observation, par l'ex-

ftérimentation, par la mesure et par le calcul les ois de l'action des forces résistantes et des forces motrices. Aristote et les anciens avaient connu la théorie du levier, des roues dentées et des machines qu'onpeut ramener à cette théorie; mais le reste de la mécanique des solides était encore à trouver, et, avant d'établir la vérité, il fallait détruire tout un système d'erreurs accréditées. Par la voix de toutes les écoles de la fin du xvi* siècle et du commencement du xvu* Aristote disait à Galilée : • Il est de l'essence des corps incorruptibles, c'est-à-dire des astres et de l'éther, d'exécuter invariablement des mouvements circulaires autour du centre du monde. Mais il est de l'essence des corps périssables et changeants de tendre en ligne droite les uns vers le haut, c'est-à-dire vers les extrémités du monde, les autres vers le bas, c'est-à-dire vers le centre du monde en sa qualité de centre mathématique et non parce que la terre s'y trouve ; et il est de l'essence de ces corps périssables de continuer ces mouvements naturels jusqu'à ce qu'un obstacle les arrête, ou qu'une impulsion externe les lance dans une autre direction, ou bien jusqu'à ce qu'ils changent eux-mêmes de nature en changeant de qualités. Entre ces deux classes de corps périssables, (les uns lourds, les autres légers, il y a donc une différence essentielle et complète, qui dure tant que leur essence ne change pas. La vitesse de la chute des corps lourds, continuait l'oracle des écoles, est proportionnelle à leurs masses, et par conséquent elle est égale à leurs volumes, quand, i volume égal, ils sont semblables entre eux par toutes leurs propriétés. Tant que les corps compris dans la classe des corps lourds ou dans celle des corps légers ne passent pas d'une de ces classes à l'antre par un changement de qualités, tout mouvement autre que leur mouvement naturel de haut en bas ou de bas en haut est lu mouvement forcé, qui, produit par une impulsion externe, cesserait instantanément en même temps que

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l'application immédiate de la force impoUive, si ce monvetnent, une fois commencé, n'était pas entretenu quelque temps par la réaction du milieu, qui, se repliant derrière le mobile, le pousse en avant. .Dans le ride, si le vide était possible, le mouvement Imprimé, mais non renouvelé, cesserait i l'instant même. » Telle était la théorie péripatéticienne, alors généralement admise : elle se fondait sur des considérations et sur des spéculations a priori, suggérées, mais nullement justifiées, par des observations superficielles et fausses.

Galilée répond, avec l'expérience dûment interrogée et soutenue par le calcul : « Entre les corps appelés lourds et les corps appelés légers, il n y a aucune différence essentielle, mais seulement une différence de plus et de moins. Tons les corps observables près de la surface de la terre sont plus ou moins lourds, mais ils peuvent être relativement légers; le même corps peut monter dans tel milieu et descendre dans tel autre, parce qu'à volume égal le premier milieu pèse plus que le corps et le second milieu pèse moins que lui. Le corps monte, suivant le

Îirincipe trouvé par Arcbimede et méconnu par es péripatctiriens, quand son poids est inférieur i celui du fluide déplacé. Aucun corps n'a une tendance essentielle au mouvement suivant une certaine ligne géométrique. Tout mouvement d'un corps est l'effet d'une force ou de plusieurs forces, qui agissent sur lui d'une manière instantanée, comme le choc, ou d'une manière continue, comme la pesanteur. En effet, la pesanteur est une force continue, qui agit sur tous les corps terrestres en les attirant, non vers le centre du monde, oii la terre n'est pas, mais vers le centre de gravité de la terre, à cause de sa masse, et non à cause de sa figure géométrique on de sa position dans l'univers. La rapidité de la chute des corps lourds dans l'air n'est pas proportionnelle à leur masse, mais elle dépend principalement de leur densité, c'est-à-dire du rapport de leur m.isse à leur volume, et accessoirement de la prise que leur surface donne à la résistance de l'air. Dans le vide, tous les corps tomberaient d'une même hauteur en un même temps, avec une même vitesse uniformément accélérée par l'action continue de la pesmleur suivant la verticale. Les espaces parcourus par les corps tombants après les nombres successifs d'unités de temps sont représentés par la série des nombres carrés ; les espaces parcourus pendant chacune des unités successives du temps sont représentés par la série des nombres impairs; tes vitesses virtuelles acquises après les nombres successifs d'unités de temps le sont par la série naturelle des nombres. La notion péripatéticienne de l'impulsion instantanée n'est pas plus juste que la notion péripatéticienne de la pesanteur. L'erreur d'Aristote et de ses disciples sur les effets de l'impulsion est la conséquence de leur fausse conception a priori sur l'inertie de la matière. L'inertie réelle est la tendance de tout corps àpersévérer dans le même état soit de repos, soit de mouvement suivant une même ligne droite. Le mouvement imprimé par une impulsion instantanée agissant seule sur un corps se continuerait uniformément et indéfiniment dans une même direction rectiligne en vertu de l'inertie seule; mais la résistaace du milieu et ta pesanteur du projectile s'y opposent. Loin d'entretenir le mouvement produit par une impulsion instantanée^ le milieu le ralentit de plus en plus par sa résistance continue. Si l'impulsion n'a pas été verticale, l'action continue de la pewntenr modifie à la fois la direction et la vitesse du mouvement et fait décrire an projectile une

courbe parabolique. Tout mouvement curviligne est produit par deux forces au moins et dont une est continue. Un corps qui se meut sur un plan horizontal en vertu de deux impulsions instantanées dont les directions font un angle entre elles suit la diagonale du parallélogramme construit sur les deux directions représentées par des lignes droites proportionnelles aux intensités des impulsions. » Telles furent, <ion qnant à l'expression, mais quant au sens, les réponses que Galilée donna et précisa peu à peu, de 1590, époque de la rédaction du traité de Motu gravium, i 1638, époque de la publication des Dtalogites sur lea tciences nouvelUs : il défendit ces réponses contre les erreurs contraires dans ses ouvrages de polémique, dans ses lettres et dans ses notes contre les péripatéticiens. Ce n'est pas Descartes, comme on l'a prétendu, qui le premier a détruit la fausse notion antique de l'impulsion et de l'inertie en montrant que par lui-même et indépendamment du milieu un mobile tend à persévérer dans le mouvement rectiligne et uniforme qui lui a été imprimé. Cette vérité capitale de la mécanique avait été enseignée par Galilée longtemps avant de l'être par Descartes, qui avait bien dû accepter aussi les découvertes de Galilée sur les lois de U chute des corps. C'est de même Galilée qui a introduit dans la science la théorie de la composition des forces, la théorie du mouvement imprimé par un moteur transporté, et la notion non moins importante des vitesses virtuelles. Toiles sont les grandes découvertes que Descartes a méconnues dans ses deux lettres écrites au P. Hersenne, l'une le 10 janvier 1634, l'autre en 1638.

Pour mesurer directement les vitesses virtuelles acquises en un point de la chute par un corps tombant, il faudrait le soustraire, à partir de ce point, à l'action de la pesanteur. Galilée établit une formule mathématique par laquelle les vitesses virtuelles acquises se déduisent des espaces parcourus en des temps donnés depuis le commencement de la chute du corps. Ces espaces eux-mêmes sont directement mesurables ; mais, pour dter aux petites erreurs, inévitables dans cette mesure, toute influence notable sur le résultat, il a fait tomber les corps de très-haut, ou bien il les a fait tomber plus lentement sur un plan incliné. Voilà ce que Descartes, dans sa lettre de 1638, appelle ce perdre dans les détails. Descartes, qui a voulu voir les choses de plus haut, trouve que Galilée aurait dû, comme lui, chercher a priori l'essence de la pesanteur, et en conclure, comme lui, l'explication de l'ensemble des phénomènes, sans regarder de trop près aux détails. Par exemple, Galilée aurait du trouver, comme l'auteur des Principes de la philosophie, que deux corps qui contiennent la même quantité de matière grossière peuvent peser inégalement, et qu'ils pèsent d'autant moins qu'ils contiennent plus de matière céleste et de matière subtile, et que dans le vide leur pesanteur et celle de tous les corps serait nulle. Mais ces spéculations géométriques de Descartes sur les figures et les grosseurs des trois éléments ont passé avec ses tourbillons, tandis que les lois mécaniques de Galilée sont restées dans la science.

Dans les deux premières journées de ses Dialo-

res sur les sciences nouveUes, Galilée a montré nécessité d'admettre gue les parties les plus petites des corps sont pleines, mais séparées par des vides. Dans la troisième et la quatrième, lia montré que dans la matière il y a des forces motrices qui ont pour effet naturel le transport de certaines masses à certaines distances en des

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ietoft donnés. Tonjours préoccupé du principe de cansaiité, il déclare^ dans la première jonrnéSj que tout effet positif a une cause positive, et que nul grand effet n'est produit par une petite somme de forces, bien qu'il paisse Titre par des forces dont chacune soit très-petite^ mais dont le nombre soit très-grand. Il sait que la mécaniqne est impaissante i créer des forces : «Ile ne fait que s'emparer des forces qui existent ; elle les utilise par la manière de les appliquer, de les combiner et de les transformer.

Dans l'étude des forces résistantes qui s'opposent à la séparation des parties d'un même corps, il a fait preuve d'une grande sagacité, mais il n^a pas pu embrasser le problème dans toute son étendue et dans toute sa complexité. Il a bien vu que c'est en luttant contre la force de cohésion moléculaire, que la chaleur peut faire passer un corps de 1 état solide à l'état fluide ; mais il n'a pas pu même entrevoir les lois mécaniques de ce changement d'état. La mécaniqne moléculaire et la théorie mécanique de la chaleur, sciences qui ne sont pas faites encore, mais ui se font de nos jours, n'étaient pas faisables M temps de Galilée. Les lois premières de la cohésion moléculaire lui ont nécessairement échappé. Mais, gr&ce à son excellente méthode, il a pu réunir un grand nombre d'observations justes et utilement applicables. Il y a joint, à défaut de conclusions certaines qu'il ne pouvait pas obtenir, quelques conjectures plus ou moins erronées.

Par exemple, il a cru que la cohésion des molécules des corps solides était produite en partie par ce qu'il appelle la force du vide ou résistance du vide qui se trouve entre les molécules ; il a supposé que dans les liquides cette résistance était nulle, parce que les intervalles étaient remplis par la chaleur absorbée. Il a bien dit que le vide n'est pas un être qui puisse avoir une force par lui-même. Il a bien dit que l'horreur de la nature pour le vide, invoquée par les péripatéticiens, devrait empêcher absolument le vide, tandis que le vide existe dans les corps et au'il est la condition du mouvement. Sans pouvoir définir cette force qui s'oppose à l'extension du vide, il conclut que, puisque le vide existe^ cette force n'est pas infime et qu'elle doit avoir une intensité mesurable. Mesurer, telle est toujours l'utile préoccupation de Galilée en physique, et c'est cette préoccupation qui l'a mis sur la voie de tontes ses découvertes. Dans ce cas particulier, il n'est pas arrivé jusqu'au bout, mais il en a bien approché, comme on peut le voir dans un passage de la première journée de ses Dialogues sur te» science» nouvelles. Il a remarqué que dans les pompes aspirantes l'eau s'élève jusqu'à dix-huit srasses, quelle que soit la grosseur de la colonne liquide; mais qu'au delà de cette hauteur, malgré la force du vide, l'eau ne suit

{dus le piston ascendant, et que, pour d'autres iquides, la hauteur est en raison inverse de la densité rapportée i celle de l'eau. Ainsi au delà d'une certaine hauteur, si le liquide ne se va-

Îiorise pas, le piston ascendant fait le vide dans e corps de pompe : Galilée le savait bien. Il ne restait plus qu'a observer que pour l'ascension du liquide il est nécessaire que la surface du réservoir soit en communication avec l'atmosphère, et à conclure que c'est la pression atmosphérique qui produit cette ascension, et que par conséquent la mesure de celle-ci est la mesure de la pression atmosphérique. Cela fait, le principe du baromètre aurait été trouvé. II l'a été, un an après la mort de Galilée, suivant sa méthode mise en pratique par Torricelli^ confident de ses dernières pensées et dépositaire de ses

dernières mstmctions pour le progrès de la science.

Ainsi, en physique, de la mesure des effets constants on des effets variables dans des conditions connues, Galilée s'élève & la connaissance des causes secondes et de leurs lois, sans scruter l'essence métaphysique de ces causes, ni leur rapport avec la cause première, dont il se borne à proclamer l'existence nécessaire et la toutepuissance créatrice et souverainement intelligente. En un mot, il s'est renfermé dans le domaine de la physique; mais il est resté d'accord avec la philosophie spiritualiste et avec la religion. Entre la physique et la philosophie, entre la science et la religion, il a affirmé qu'il n'y a aucune incompatibilité. Dans un passage de la première journée de ses Dialogues sur les sciences nouveUes, imprimés en Hollande après sa condamnation, il proteste contre la calomnie de quelques-uns de ses ennemis, qui, parce qu'il croit, comme Démocrite et Epicure, à l'existence actuelle des atomes et du vide, veulent que, comme ces philosophes, il admette l'existence éternelle, incréée et nécessaire de ces atomes, et qu'il supprime, comme eux, la Providence créatrice et ordonnatrice du monde. Dans la quatrième journée de son Dialogue astronomique, il déclare, par la bouche de son ami Sagredo et de son disciple Salviati, qu'au delà de toutes les causes secondes qu'on peut découvrir dans les œuvres de la nature et de Dieu, il faut remonter jusqu'au miracle de l'action créatrice. Dans la première journée des Dialogues sur le» science» nouvelles, abordant la difficile question de l'infini, il humilie sa raison, tout en reclamant pour elle le droit de discussion libre^ et il avoue que nos spéculations sur un objet si élevé ne peuvent pas avoir l'infaillibilité qu'il reconnaît aux doclrvnés sumaturtlles. Dans ses écrits de toutes les époques de sa vie, dans ses notes et dans ses lettres les plus confidentielles comme dans ses ouvrages publiés par lui-même, ou trouve le témoignage de ces convictions sincères de Galilée, et l'on ne trouve pas un mot qui les contredise.

Après avoir examiné au point de vue philosophique les doctrines mécaniques et physiques de Galilée contenues surtout dans ses Dialogues sur les sciences nouvelles, nous devons examiner de même ses doctrines spécialement astronomiques, contenues surtout dans son Dialogue sur les deux plus grands systèmes du monde. Le système en faveur duquel, malgré une dissimulation imposée par l'intolérance, ce dialogue est évidemment écrit, c'est-à-dire le système du double mouvement de la terre, n'avait pas eu dans l'antiquité les nombreux partisans que certains critiques modernes lui ont prêté. Ni Pythagore, ni Ptulolaûs, ni Platon, n'ont admis ni la rotation diurne de la terre, ni sa révolution annuelle autour du soleil. La rotation diurne au centre du monde a été substituée par Ecphantus, par quelques pythagoriciens et par Senèque à la révolution diurne que Philolaiis attribuait & notre globe autour de ce point, occupé suivant Philolaiis par un feu central toujours invisible pour nous, et non par le soleil, qu'il mettait parmi les planètes. Deux astronomes de l'époque alexandrine, Aristarque de Samos et Seleucus de Bobylone, sont seuls cités dans l'antiquité en faveur de la révolution annuelle de la terre autour du soleil; tous deux admettaient en même temps la rotation diurne de notre globe. Hais, pour Aristarque de Samos, ce système n'était qu'une hypouèse, tandis que Seleucus le déclarait vrai. Le système d'Ecphantus fut renouvelé à la fin au zvi' siècle et au commencement du zvu< par Tost (Origanus), par

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Longomontanns et par William Gilbert. Celai d'Aristarque et de Seleucas fut renouvelé an ZT* siècle par le cardinal Nicolas de Cues, an XTt* siècle par le chanoine Copernic, par Rheticns, Reinhold, liiestlin et Giordano Bruno, à la fin dn zvi* et an commencement du irn' par Kepler, Galilée, Philippe Lansberg, le P. Foscarini, le P. Campanella et antres. Il a été défendu et propagé avec autant d'habileté que d'ardeur par Galilée, qui en avait compris l'importance capitale pour le progrès de la science, et qui, malgré 1 arrêt de l'Inquisition, a beaucoup contribué à en assurer le triomphe complet et définitif.

11 avait préparé ce triomphe par les grandes découvertes que la lunette astronomique dont il était l'inventeur lui avait permis de faire, et qui, si bien expliquées par lui, avaient montré 1 impossibilité du système de Ptolémée et des péripatéticiens. Hais il faut reconnaître que la pré<^upation d'établir le nouveau système du monde l'a égaré sur quelques points, en le rendant infidèle i sa méthode. Par exemple, il s'est obstiné dans sa fausse théorie des marées, parce qu'elle présentait ce phénomène comme un effet et une preuve du double mouvement de la terre. Il n'a pas fait attention aux lois découvertes par Kepler pour le mouvement elliptique des planètes, parce qu'en elles-mêmes ces lois n'avaient rien de décisif en faveur du nouveau système dn monde, et parce qu'elles pouvaient s'appliquer aussi bien au système de rycbo-Brahé. Tout en reconnaissant qu'il y a des comètes plus éloignées de nous que la lune, il a voulu considérer les comètes comme des phénomènes météorologiques produits par les exhalaisons de la terre et par les jeux de la lumière, de peur que ces objets capricieux dans leur marche^ et auxquels il n'attribue avec raison qu'une consistance nébuleuse et une densité minime, ne passent être assimilés aux planètes et que cette assimilation ne pût nuire i celle qu'il avait raison d'établir entre les planètes et la terre. Galilée eut le tort d'un avocat qui, passionné pour une bonne cause, se fait Illusion sur la valeur de quelques-uns aes arguments qu'il emploie, et apprécie trop chaque chose en raison de son utilité pour la cause qu'il défend.

Examinons maintenant les raisons vraiment philosophiques sur lesquelles Galilée s'est appuyé pour adopter et soutenir le système de Copernic. La majeure partie des trois premières journées de son Dialogue sur Us systèmes du monde est consacrée à démontrer la possibilité de ce système contre les arguments de Tycho- Brahé et surtout des péripatéticiens. Outre les suppositions gratuites et invraisemblables, les pétitions de principe, les cercles vicieux et les paralogismes divers qu'il montre dans ces arguments, il signale les erreurs de fait sur lesquelles ils s'appuient et qui sont clairement et invinciblement réfutées par des observations incontestables. Suivant Tycho-Brahé, pour oue le mouvement' annuel de la terre ne produise aucun changement notable dans les diamètres apparents des étoiles fixes et dans leurs positions apparentes, il faut les supposer incroyablement loin de nous, et comme quelques-unes nous présentent des diamètres apparents de deux i trois minutes, il faut les supposer grosses chacune cinquante mille fois au moins comme le soleil. D'où 'Tycho- Brahé conclut qu'il faut rejeter le mouvement annuel de la terre. Galilée montre que des distances très-croyables suffisent pour que les parallaxes soient très-difficiles à observer ; il montre que Tycho a exagéré prodigieusement les diamètres apparents par suite d'une illusion facile

i détruire même sans télescope, et qae l'hypothèse du mouvement de la terré ne force pas k faire les étoiles pins grosses que le soleil. Suivant les péripatéticiens, la terre ne peut pas être une planète, puisqu'elle est un corps sans lumière propre et soumis à la loi du changement, tandis que les planètes sont des corps lumineux et immuables comme le soleil et les étoiles fixes, et que la lune elle-même, malgré son infériorité, possède une petite lumière propre, outre celle qu'elle reçoit du soleil. Galilée leur répond par l'observation des étoiles temporaires, qui prouvent que la mutabilité s'étend aux espaces célestes ; il leur répond par les observations télescopiqaes, qui montrent la mutabilité des taches solaires, la ressemblance entre les inégalités de la surface de la lune et celles de la surface do la terre, et le défaut complet de lumière propre de notre satellite et des planètes, par exemple de Vénns, dont les phases sont si visibles au télescope. Quant aux objections tirées des effets que, suivant les péripatéticiens et Tycho-Brahé, le aouble mouvement de la terre devrait produire i sa surface, Galilée leur répond par les principes de mécanique qu'il a établis expérimentalement et théoriquement le premier. Les objets mobiles devraient, disent les péripatéticiens, être projetés de la surface «le la terre, comme la boue qui s'attache aux roues d'un char courant est projetée de ces roues. Non, répond Galilée; car ces objets sont attirés vers le centre de la terre avec une force supérieure à la force centrifuge, tandis que la boue, au lieu d'être attirée vers le centre de la roue qui tourne, est attirée par la pesanteur vers le centre du globe terrestre. L'air devrait, disent-ils, frapper avec une vitesse prodigieuse les objets emportés par le mouvement de la terre. Galilée repond que l'air participe à ce mouvement, et que les objets emportés dans un même mouvement peuvent parfaitement être en repos les uns par rapport aux autres, La terre devrait fuir, disent-ils, avec une vitesse effrayante au-dessous de la pierre qui tombe, du projectile qu'on lance ou de Poiseau qui vole vers l'occident, vers le sud ou vers le nord. Galilée répond d'un cété par la théorie des mouvements absolus et relatifs, de la coexistence, de l'indépendance et de la composition des mouvements, d'un autre côté par l'observation incontestable de ce qui a lieu pendant la marche d'un navire, quelque rapide qu'elle soit, quand on laisse tomber ane pierre du haut d'un m&t, quand on lance un projectile sur le pont, ou quand un oiseau vole dans l'intérieur du navire. Ainsi, erreurs de fait, et vices de raisonnement, voilà ce que Galilée trouve aa fond de tous ces arguments, les uns d'Aristote, les autres de Ptolémée, les autres de leurs disciples modernes, auxquels il donne à la fois une excellente leçon de physique expérimentale et d'astronomie, et une non moins excellente leçon de logique et de dialectique : il les bat ainsi, non-seulement sur son terrain, mais sur le leur. En même temps qu'il prouve ainsi la possibilité du nouveau système dn monde. Galilée montre avec le même succès l'impossibilité de l'ancien système; car il établit que la révolution des cinq planètes autour dn soleil et la position de la terre dans l'intervalle des orbites héliocentriques de Vénns et de Mars sont des faits mathématiquement démontrés par les observations sur les § bases de Vénus et sur les variations périodiques es diamètres apparents de Vénus, de Mars et des autres planètes; qu'ainsi les hypothèses astronomiques d'Aristote et de Ptolémée, qui font tourner les planètes autour de la terre, ne sont plus sontenables désormais, et que le choix

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reste seulement entre l'hypothèse de Tycho-Brahé et celle de Copernic.

Pour la perspective géométrique prise de la surface de la terre, en ce qui concerne le soleil, la lune et les planètes, ces deux dernières hypothèses sont équivalentes; en ce qui concerne les étoiles fixes, il y a une différence décisive consistant en des parallaxes annuelles; mais ces parallaxes échappaient alors aux moyens trop imparfaits d'observation. Au point de vue de la mécanique, la différence des deux hypothèses est complète. Elle a été bien comprise par Galilée : il fait voir que la première de ces deux hypothèses, celle de Tycho, est trè»-improbabU à cause de l'extrême complication mécanique qu'elle supposerait, et que la seconde hypothèse, celle de Copernic, est très-probable, parce qu'au point de vue de la mécanique elle est infiniment plus naturelle et plus simple, soit en ce qui concerne le mouvement annuel, soit en ce qui concerne le mouvement diurne. Comme cette hypothèse est d'ailleurs reconnue possible et conciliahle avec tous les faits observés, comme on ne voit pas que l'hypothèse de Tycho, si elle était réalisée, put produire aucun avantage pour J'ordre du monde, et comme, par conséquent, la complication extrême des forces motrices qu'elle supposerait serait inutile, Galilée conclut que l'hypothèse la plus simple, celle de Copernic, est celle qu'il faut admettre. Dans cette conclusion importante et légitime, sur quoi s'appnie-t-ilT C'est expressément sur la considération aes cause» finales, qu'il déclare évidentes dans la nature, et qu'il rapporte non moins expressément à la sagesse infinie de l'auteur de la nature, c'est-à-dire de Dieu créateur, qui ne fait rien en vain. En cela, Galilée se montre meilleur philosophe et meilleur physicien que Descartes et Bacon, qui, tout en avouant que les causes finales existent, les déclarent entièrement inaccessibles à notre esprit et les bannissent des sciences physiques, au grand détriment de ces sciences. C'est là une des causes pour lesquelles Descartes, d'abord copernicien, a fini par ne trouver le système de Copernic que plus commode, mais non plus probable que celui de Tycho, et pour lesquelles Bacon a pu préférer à l'un et à l'autre un système absurde, fondé sur une interprétation grossièrement erronée du témoignage des sens.

Remarquons bien que ce qui choque le plus Galilée dans l'hypothèse de Tycho, ce n'est pas la complication géométrique qui consiste i attribuer l'immobnité à un corps éloigné du centre des révolutions et placé parmi d'autres corps en mouvement^ mais que c est surtout la complication mécanique, qui consiste à attribuer le mouvement annuel a un corps énorme circulant autour d'un tout petit corps et emportant dans cette révolution tous les autres corps du système & l'exception de la lune, et que c est bien plus encore la complication mécanique absurde qui consiste h, attrinuer aux étoiles fixes, suivant des cercles diurnes parallèles entre eux, depuis l'équateur céleste jusqu'à ses deux pâles, toutes les variétés de vitesses de translation nécessaires pour faire que les plus petits cercles soient parcourus exactement dans le même temps que les plus grands, et pour produire ainsi le même effet que si toutes les étoiles étaient attachées à la concavité d'une enveloppe sphérique solide tournant sur un axe. Ce que Galilée &it valoir avec tant de justesse et de force contre cette hypothèse de Tycho et en faveur de celle de Copernic, c'est la probabilité de la simplicité des causes ef/icienles, de ces causes trop négligées aussi par Descartes, et dont nos posilivittes ne veulent pas plus entendre parler que des causes

Anale», de peur d'être forcés de remonter jusqu'à la cause première et de rendre hommage I sa sagesse toute-puissante. Galilée était trop philosophe pour avoir peur de la vérité.

C est encore la considération légitime et indispensable des causes efficientes du mouvement, T;'est-à-dire des forces motrices, qui permet a Galilée d'affirmer que nécessairement, de l'hypothèse de Copernic ou de celle de Tycho, l'une est vraie et l'autre est fausse. En effet, lorsqu'un mouvement relatif se manifeste par des changements de distance ou de position entre un corps et un autre, ou bien entre un corps et un système d'antres corps, la considération purement géométrique du mouvement permet aussi bien d^attribuer le mouvement relatif à l'un, que de l'attribuer à l'antre, ou que d'en attribuer une part à chacun; mais la considération mécanique des forces nous dit que le corps en mouvement relatif est celui auquel est appliquée une force motrice qui n'agit pas de même en même temps sur les antres corps. Au contraire, après avoir donné d'abord son adhésion an système de Copernic, dans son traité du Monde et de la Lumière, Descartes en vint bientôt, dans le ni* livre de ses Principes de la phUoiophie, à considérer ce système et celui de Tycho-Brahe comme équivalents et même comme identiques au fond. Pourquoi T Parce que, négligeant la considération des causes, il ne considérait le mouvement qu'au point de vue de la géométrie, au lieu de la considérer an point de vue de la mécanique.

En résumé, Galilée a prouvé que le système de Copernic et celui de Tycho sont les seuls qui puissent satisfaire aux phénomènes observés ; il a fait voir, par la considération des causes efficientes, qu il faut nécessairement que l'un de ces deux systèmes soit faux et que l'autre soit vrai ; il a montré, par la considération des causes finales et des causes efficientes, que le système de Tycho est extrêmement improbable, et que la

ftrobabilité du système de Copernic approcne de a certitude, si elle ne l'atteint pas.

Cependant Galilée a bien compris que, pour srriver à une démonstration rigoureuse de ce système, il lallait trouver avec certitude, soit les forces qui produisent le double monvement de la terre, soit quelques effets observables de ce double mouvement. Parmi les effets de la révolution annuelle de la Terre mis maintenant en évidence, il y en a un que Galilée avait annoncé sans pouvoir encore le constater : c'étaient les parallaxes annuelles de quelques étoiles fixes. Les effets réels et observables de la rotation de la terre lui ayant échappé, il croyait faussement en trouver un dans les marées. Quant i la cause des mouvements planétaires et du double mouvement de la terre en particulier, il n'avait pas réussi à la découvrir. S'il avait fait plus d'attention aux trois lois géométriques de Kepler pour le mouvement elliptique des planètes, et s'il en avait cherché le principe mécanique, il aurait pu arriver ainsi & cette découverte, dont il a lai^ la gloire à Newton et qui a fait disparaître la possibilité d'un doute sur le nouveau système du monde. Galilée semblait cependant être sur la voie. Il admettait que les parties détachées de la Terre ou d'un astre quelconque se portent vers la Terre ou vers cet astre ; mais il ne soupçonnait pas que les astres s'attirent réciproquement, et que les révolutions planétaires autour du soleil et les révolutions des satellites autour des planètes résultent de la combinaison de cette force continue de l'attraction avec une impulsion primitive suivant la tangente de chaque orbite. C'est Newton qui, en

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troavant dans Vtttnetion nuTcneUe la easK de la rérolDLGD annoeUe de la Terre, «proiiTé mécaniquement q>e e^le rfroinUon s'exicate caiTant nce eilir-se, et qne cette elhpse a poar foyer an po.ot sîtoé dans le (oleU tiis-près de foo eea\ze de graTité et identiqae aa coitre commoD de grarité dn soleil et de la terre.

0 est vrai qoe Galilée a reponsii Tirement ropin:oa de Kepler et d'aotres saTants, d'après laqaeUe les marées serajeot iVffet d'âne certûne action de la Inné snr les mers. Pourquoi a-Ml repoQssé cette opinion? Parce qu'elle s'appnya.t sar la taosse bryolLese d'nne qualité occalte par laquelle la lune agirait sar les eani i titre d'osfre humide, tai^dis que Galilée considérait avec raison la lune comme un astre fort sec, arec des montagnes et des Tailées arides, sans mers, sans lacs, sans plaies, sans cours d'eaa. Pour être fidèle i sa méthode, U aurait dû rejeter la fausse explication, mais garder le fait de ractioo de la inné sur les mers, et y adjoindre le lait non moins obserrable de l'action dn soleil. n s'est laissé entraîner par le désir de trouTer dans les marées une preure directe du mourement de la terre. Xewton, mieux inspiré, y rit un effet de l'attraction unirerselle, un résultat complexe des attractions du soleil et de la lune.

Si Galilée avait pu connaître cette grande découverte de la mécanique céleste, décoBverte préparée par Kepler et réalisée par Newton, il se serait tien gardé de la rejeter, comme Leibniz l'a lait, avec un incroyable mépris, dans ses lettres a Clarke. En sa qualité d'eq>rit positif dans le bon sens du mot, c'est-i-dire habitué à préférer les faits bien observés aux hypothèses a priorij Galilée aurait sans doute accueilli avec enthousiasme la découverte de Newton, comme faite d'après les principes de sa méthode, et comme réalisant le triomphe complet et définitif dn noDveau système dn monde. 0 aurait admiré cette découverte, comme il a admiré celles de Gilbert snr le magnétisme et les vues de ce savant snr le magnétisme terrestre. U ne l'aurait point rejetée comme il a rejeté l'hypothèse d'nne action sympathique exercée snr les mers par la lune seule en vertu de sa nature prétendue hnmide. Il aurait accepté le fait de l'attraction nniverselle, comme U a accepté le fait de la pesanteur terrestre, et comme il a admis expressément, par analogie, que des phénomènes semblables devaient se produire à la surface des autres corps célestes et en expliquer la forme sphériqne. Il aurait reconnu volontiers que la pesanteur terrestre est nn cas particulier d'nne loi nniverselle constatée par la mesure des mouvements célestes.

Nous avons dit que, par suite d'nne erreur de méthode et de théorie, Descartes, d'abord copemicien, en était venu à considérer les hypothèses de Copernic et de Tycho-Brahé comme équivalentes et identiques an fond, parce qu'il les considérait en géomètre et non en mécanicien. Qnant à Bacon, qui n'était ni mécanicien ni géomètre, et qui déclarait dans son traité de Augmentit tcientiarum que les mathématiques ne sont pas nécessaires ponr constituer les sciences physiques, mais senlement pour quelques applications de ces sciences, il faut voir avec quel insolent mépris, après avoir rejeté dans sa Detcriptio orbi* tnteUeettialit le système de Ptolémée anssi bien que ceux de Copernic et de Tycho-Brahé, il ose dans son Thema eceli comparer i la mouche du coche les astrononomes mathématiciens et observateurs comme Tycho-Brahé et Kepler, et avec quelle outreeniiknce ridicule il construit, au xvir siècle, nn système du monde digne de la première enfonce

I de Pastronomie, an de ces systiaes dont Aristote avait le droit de se moquer. Bien loin d'avoir troBvé la vraie méthode des sciences physiques, e'est4k.dire la méthode pbysico-malhéiaaûqae de Galilée, Bacon, qui en a en connaissance, n'a sa ni l'adopter ni la comprendre.

Noos avons passé en revue les points principaux de la mécanique et de l'astronomie de Galilée, pour en montrer les rapports avec les bases phUcsophiques de cette méthode eiceUeute dont il est le principal fondateur ponr les sciences physiques, et dont il s'est rarement écarté. Hais il nous reste i parler d'une conception mathématique dont Galilée s'est aidé oans cartaices applications de sa méthode et qui touche à la fois i la physique et i la philosophie. Dans l'^pplicaticn des mathématiques à la physique, la considération de* quantités infiniment petites joue un tille important Cest en 1639 par le P. Cavalieri, disciple de Galilée, pais peu de temps après par Persone de Robenral, et ensuite par Gai Jée lui-même, que les infiniment petits ont été introduits dans la science sons le nom d'indimsibUt. Acceptable provisoirement, avant les belles théories de Fermât, de Oeseartes, de Leibniz et de Newton, ce nom avait l'utconvénient d'exclure les infiniment petits de différents ordres, si utilement employés plus tard. Mais, en lisant la deuxième ioumée da Dialogue sur let systèmes du monde et surtout la première ioumée des iXalo^uet sur (es sciences nouvelle*, malgré quelque obscurité d*ez]>rcasion, et maigre le caractère peu didactique que la forme du dialogue comporte, on voit que Galilée a bien compris la notion de l'th/M malhânalûpie, qui est, non pas une quantité absolument infinie en grandeur on en petitesse, c'est-à-dire l'impossible ou le néant, non pu une quantité plus grande on plus petite que toute autre qokntité postibk, c'est-à-dire ce qn'aacnne quantité ne peut étre^ mais bien une quantité plus grande ou plus petite que tonte antre qtiantité atsignoile. En montrant ironiquement dans le second ou\r3ge^ que, s'il y avait un nomise qui put être innîu, ce nombre ne pourrait être que l'unité, Galilée a montré que l'infini absolu ne pent (as être réalisé en nombre, et qu'il n'est pas une quantité, puisque tonte qoantité est essentiellement divisible et mesurajile i l'aide d'nne unité, an moins par la pi-nsée. Anssi, ponr distinguer i'infiiu véritable de l'infini mathématique, Galilée dit, dans le premier ouvrage, qne la sagesse divine, par exemple, n'est pas seulement infinie dans le sens mathématique dn mot, mais qu'elle est infiniment infinie. La pensée est juste, quoique l'expression soit devenue insuffisante pour cet objet, depuis qu'elle a été appliquée à 1 infini mathématique élevé i la seconde puissance. Galilée se serait exprimé avec pins d exactitude, s'il avait dit que la sagesse divine est abiolument infinie. Lni-méme, dans nn passage de l'Estayeur, avait très-bien posé la distinction de l'infini absolti, qui exclut tonte limite possible, et de l'infini relatif, qui n'est appelé infini que par comparaison avec d'antres quantités dont le rapport avec lui dépasse en grandeur ou en petitesse, non pas tout ce qui est possible en soi, mais tout ce que nous pouvons concevoir.

Outre la méthode d'invention, il faut considérer chez Galilée la méthode d'exposition. Dans tous ses ouvrages, son style est habituellement clair, simple, naturel, quelquefois vif et piquant, quelquefois grave et élevé, mais souvent un peu verbeux. Dans ses deux ouvrages principaux, il a employé la forme du dialogue. Nécessairement un peu prolixe, cette forme est utile pour ture

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enTiMger les qnesUons m>im tontes leors faces, et elle est favorable à la polémiçmej dont Galilée avait besoin poar faire prévaloir ses idées contre l'opposition des préjugés obstinés et des rivalités naineases. Dans ses Dialoffue» «ur (es tdtnett nouveUe*. le ton est plus calme et la forme est plus didactique : elle l'est même entièrement dans de longues démonstrations mathématiques introduites sous forme de citation. Mais c'est surtout dans son dialogue astronomique, que Galilée a pratiqué avec succès, et, comme il le dit lui-même, à l'imitation des dialogues de Platon, ce que Socrate appelait la metbode d'accoucbement des esprits, c est-à-dire une méthode qui consiste à amener, par une série de questions adroitement présentées et de réponses facilement obtenues, l'adversaire à avouer qu'il savait ce qu'il croyait ignorer, ou même ce qu'il niait avec assurance, ou bien à avouer, en retirant toutes ses concessions, qu'il ne sait ce qu'il dit et qu'il ne se comprend pas lui-même. Dans ses deux grands ouvrages en dialogues, comme dans sa Défense eonlre Capra, comme dans son Ettayeur, comme dans ses opuscules et ses lettres de polémique, Galilée a montré un remarquable talent de dialecticien avec beaucoup de verve et d'ironie. Surtout dans son Dialogue «ur les tyslimei du monde^ il a donné, en vrai philosophe, aux péripatéticiens de .son temps de justes et sévères leçons de logique appliquée aux sciences physiques. Dans ses deux lettres apologétiques au P. Castelli et & la grande duchesse Christine, il a repoussé avec la même supériorité de raison et la même habileté de langage les attaques théologiques dirigées contre le nouveau système du monde au nom de la Bible et d'Aristote. Cependant, en critiquant la mauvaise physique des péripatéticiens, il rend au mérite des ouvrages d Aristote sur la logique et à l'utilité des raisonnements déduclifs une justice que Bacon leur a refusée : mais Galilée remarque qu'on peut être très-fort en théorie sur la logique, et faible dans quelques applications, comme le montrent certains raisonnements d'Aristote en physique.

Galilée repousse avec autant d'énergie que de raison la prétention de ceux qui veulent résoudre les questions de physique par le principe d'autorité. En 1612, le péripatéticien Lagalla ayant opposé à la doctrine du double mouvement de la terre le consentement universel des hommes, Galilée lui répond par l'adage : StuUorum infinitut est numeru»; et voici son commentaire sur cet adage : « La philosophie tout entière n'est connue que d'un seul être, qui est Dieu ; quant à ceux qui en ont su quelque chose, le nombre en est d'autant moindre qu'ils en ont su davantage^ mais le nombre le plus grand et pour ainsi dire infini est resté aux Ignorants. » Le P. Grassi, dans sa. Balance astronomique, avait cité de nombreux textes de poètes et de prosateurs anciens pour prouver qu'une balle de plomb lancée par une fronde s échauffe au point de se fondre en l'air, et que les Babyloniens faisaient cuire les œufs en les faisant tourner dans leurs frondes; puis il avait allégué l'autorité de plusieurs philosophes anciens pour montrer que tel devait être le résultat de la rapidité du mouvement. Galilée, dans l'fssayeur, rejette les faits énoncés, en remarquant qu'une erreur ne devient pas une vérité pour avoir été répétée cent fois, et qu'aucune autorité ne vaut en faveur d'une assertion qu'on

fent chaque jour convaincre de fausseté par expérience. Voilà pour les faits. Quant à la théorie, Galilée dit que l'autorité d'un seul homme compétent et qui donne de bonnes rai-

sons vaut mieux que le consentement unanime de ceux qui n'y comprennent rien. En effet, ditil^ • si l'action de discourir sur un problème difficile était comme la tâche de porter des fardeaux, tâche dans laquelle beaucoup de chevaux porteraient, par exemple, plus de sacs de grain qu'un cheval seul, je vous accorderais que l'opinion de plusieurs discoureurs ferait plus que celle d'un seul; mais l'action de discourir est comparable à celle de courir et non à celle de porter, et nn cheval barbe tout seul courra plus vite que cent chevaux frisons. • Galilée sait que l'autorité d'un homme, même d'un grand esprit, ne vaut rien contre des preuves certaines. Il faut voir avec quelle verve railleuse et éloquente, au commencement de la deuxième journée de son dialogue astronomique^ il combat ces péripatéticiens servilement obstinés, qui, par exemple en faveur de leur dogme de l'immutabilité des cieux ef des astres, ne craignent pas d'opposer, comme raisons valables, des textes d'Aristote à des observations incontestables, auxquelles certainement, comme le dit Galilée, Aristote se serait rendu s'il les avait connues. « Ce sont ses partisans, dit-il, qui lui ont donné l'autorité, et non lui qui l'a crise et usurpée ; et, parce qu'il est plus facile ae se couvrir sous le bouclier d'autrui, que de se présenter à face découverte, ils ont peur et n'osent s'éloigner d'un seul pas, et, plntêt que de mettre quelque altération dans le ciel d'Aristote, ils veulent impertinemment nier celles qu'ils voient dans le ciel de la nature. »

Mais, malgré cette indépendance d'esprit, dont son père, Vincenzo Galilei, dans un passage remarquable d'un ouvrage sur la musique publié en 1581, lui avait donné l'exemple, Galilée est très-loin d'avoir professé, comme Descartes, nn souverain mépris pour l'étude des doctrines des grands philosophes d'autrefois. Au contraire, il avait beaucoup pratiqué cette étude et il avouait y avoir profite, parce qu'il avait su y porter sa liberté ae jugement. Ce qu'il blâmait, c'était l'abus qui consiste à n'interroger que les livres, au lieu d'observer et de raisonner par soi-même. Il s'est maintenu dans la juste mesure entre l'isolement orgueilleux et l'assujettissement servile à la pensée d'autrui. C'était le dernier de ces deux excès qui dominait de son temps ; c'est cet excès qu'il a attaqué dans toutes ses discussions contre les péripatéticiens^ par exemple dans une de ses noies sur le Discours de Lagalla : « Entre philosopher et étudier la philosophie, il y a, dit-il, la même différence qu'entre dessiner d'après nature et copier les dessins d'autrui. • Ensuite il déclare que l'étude des œuvres philosophiques est très-utile pour exciter et diriger les esprits. Hais il remarque qu'un dessinateur qui se bornerait toujours à copier, sans s'exercer jamais à dessiner d'après nature, ne deviendrait jamais ni bon peintre ni bon juge en matière de peinture. • De même, dit-il, en s'occupant toujours des écrits des autres et en y consumant ses efforts, sans jamais lever les yeux sur les œuvres mêmes de la nature pour chercher à y reconnaître les vérités déjà trouvées et pour suivre la trace de quelquesunes de ces vérités infiniment nombreuses qui restent à découvrir, on ne sera jamais un philO; sophe, mais un amateur versé dans la connaissance des écrits sur la philosophie. » Toutes ces vues de Galilée sont antérieures à la publication du Discours de Descartes sur la Métnode.

Dans la philosophie, Galilée fait entrer les sciences physiques. Hais la philosophie proprement dite est elle-même familière à son esprit: il en offre la preuve surtout dans son Dialoffue

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$ur (e« $y»tèmet du monde. On y peut remarquer, par exemple, dans la I" Journée, une eicellente discussion sur le milieu i tenir entre l'humilité suspecte et dan^reuse du scepticisme, qui, en contestant à la raison toute autorité absolue, même dans une sphère restreinte, rend toute science impossible, et l'orgueilleuse faiblesse du rationalisme outré, qui croit tout savoir, tout comprendre, et qui se met ainsi à la place de Dieu par une illusion féconde en déplorables erreurs. A ce propos, Galilée exprime avec justesse et précision la différence infinie de l'intelligence divine et de la ndtre quant i l'étendue et au mode de la connaissCbce : il nous montre l'homme acquérant péniblement, et par des efforts successifs d'observation et de raisonnement, quelques notions parfaitement certaines, mais très-restreintes, et d'autres notions plus on moins probables, qui^ jointes aux premières, n'embrassent qu'une bien petite partie de la vérité universelle, tandis que Dieu sait tout avec une entière certitude par une seule intuition éternelle sans succession de pensée. Dans la m* Journée, sur la grandeur des œuvres de Dieu et sur notre impuissance à les comprendre, Galilée trouve des expressions éloquentes et vraies, que Bossuet n'aurait pas désavouées. Nous avons déjà indioué un passage de la rv* Journée, dans lequel il constate qu'au delà de toutes les causes secondes il faut nécessairement reconnaître la cause première, dont une action essentiellement miraculeuse peut seule expliquer l'origine première de toutes choses. Nous avons dit que Galilée tient beaucoup à la considération des causes finales : dans ce même dialogue, on voit qu'il en possède bien la théorie et qu'il en comprend la portée sans l'exagérer. Surtout U ne veut pas (1" Journée) que futilité de l'homme soit considérée comme la fin unique de toutes choses en ce monde, ni qu'une cause finale, quelque réelle qu'elle soit, puisse être considérée comme l'unique fin de la puissance naturelle i laquelle elle se rapporte : car, suivant Galilée (III* Journée), la divine Providence, générale et spéciale i la fois, s'applique tout entière i. l'ensemble et tout entière aussi à chaque détail, de même que, dit-il, le soleil, qui répand dans tout notre système planétaire la lumière et la chaleur, mûrit un grain de raisin aussi efficacement que si le terme de son action était exclusivement la maturation de ce grain. Comme on le voit, en dehors de la mécanique, de la physique et de l'astronomie, en philosophie pure, Galilée savait trouver sans effort les grandes pensées et les exprimer dignement en un langage vrai et simple comme elles. L'étendue et l'élévation de son esprit étaient dignes de l'exactitude de sa méthode et de la rectitude pui5.sante avec laquelle il l'appliquait.

La méthode de Galilée, de même que sa doctrine sur le système du monde, a triomphé de tontes les oppositions soulevées contre elle. Ouverte i tous les progrès, elle reste maîtresse du champ de la science pour le présent et pour l'avenir, (jui continuera d'y ajouter de nouveaux perfectionnements, mais qui n'en retranchera rien. L'emploi de cette méthode physico-mathématique avait commencé dès l'antiquité pour quelques parties de la mécanique des solides, de l'hydrostatique, de l'acoustique, de l'optique et de l'astronomie. Malgré les idées étranges auxquelles nous avons fait allusion, Kepler a fait une application excellente de cette metiiode i la détermination des mouvements de Haïs, et par suite & la détermination des révolutions elliptiques de toutes les planètes, et des lois géométriques de ces révolutions. Puis, par la même |

méthode. Newton a remonté jusqu'au principe mécanique de ces lois : il a trouve ainsi ce que le f)o«t<>vwme lui aurait défendu de chercher, c'est-i-dire la cause des mouvements planétaires. Au lien de chercher, comme Descartes le lui aurait prescrit, l'essenee de cette cause, il a trouvé la loi mathématique de l'action de cette force jusqu'alors inconnue, et, parce qu'il a connu cette force et son mode d'action, sans pouvoir décider si elle est irréductible ou bien si elle n'est elle-même qxi'une manifestation d'une force plus générale, il a pu dépasser les lois de Kepler en les confirmant ; il a pu rectifier la troisième loi, qui n'est exactement vraie qu'autant que la masse de la planète est une quantité n^Iigeable par rapport à la masse du soleil j il a pu, de plus, poser les bases de la théorie des perturbations, de ces déviations désormais calculables, qu heureusement l'imperfection des instruments avait empêché Kepler de remarquer; car elles l'auraient peutêtre fait douter de ses lois. C'est ainsi que, par la méthode de Galilée suivie jusqu'au bout, c'està-dire en s'élevant des lois secondaires, premier résultat de l'induction expérimentale aidée de la mesure et du calcul, jusqu'aux lois premières et aux forces motrices. Newton est arrivé à la mécanique céleste, oeuvre immense qui s'est continuée après lui et se continuera toujours.

C'est Galiléequi le premier a établi solidement cette méthode, qui l'a étendue, qui en a généralisé et régularisé l'emploi, et qui a montré le premier la nécessité de l'appliquer à toutes les sciences physiques. Il Ta appliquée lui-même avec succès à I astronomie^ par exemple dans l'étude des taches solaires, aes montagnes de la lune, des phases de Vénus et de Mars et des variations de leurs diamètres apparents, dans ses longs et patients efforts pour la détermination, trop difficile alors, des mouvements des satellites de Jupiter découverts par lui, et dans ses discussions sur le système du monde ; il a appliqué avec succès cette méthodç à l'ensemble de la mécanique des corps solides, et à des parties de l'hydrostatique, de la dioptrique, du magnétisme, de l'acoustique, etc. Sans doute, il a commis quelques erreurs, faciles à relever, même dans ses meilleurs ouvrages ; mais ces erreurs, facilement rectifiées par remploi de sa méthode, sont bien moins nombreuses et bien moins graves que celles qui lui ont été imputées à tort par M. Arago en vertu de fausses citations ou dinterprétations fausses justement relevées par M. Albèri. "^

Depuis, on a appliqué cette méthode d'une manière complète a la mécanique céleste, à la mécanique non-seulement des solides, mais des liquides, des gaz et des vapeurs, aux ondes sonores, aux ondes lumineuses, à l'électricité, au magnétisme, à la cristallographie, à la chimie, à toutes les branches de la météorologie, et, dans la mesure du possible, aux sciences biologiqaes et économiques. Chacune de ces appliea-' lions a créé une si:ience nouvelle, comme les teiencta nouvelles que Galilée proclamait en 1638 dans ses dialogues. Par exemple, la cristallographie est devenue une science par la mesure des angles des cristaux et surtout par la mesure des réfractions de la lumière qui les traverse ; la chimie, qui n'était qu'un art, est devenue une science par les pesées, qui ont conduit à la notion des équivalents chimiques. Par les considérations géométriques de la cristallographie, par l'étude des groupements atomiques et des substitutions dans les combinaisons chimiques, par la théorie des modifications que les ondes lumineuses, calorifiques et chimiques de

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rélher éprotiTent dans lenr passage \ travers différentes substances, et par les considérations de dynamique moIécDlaire auxquelles conduit la théorie mécaniqne de la chaleur, on pénètre de

Slos en plus dans la connaissance scientifique e la constitution intime des corps, et il est impossible de prévoir Jusqu'où l'on ira dans cette voie par l'union étroite de l'expérimentation physique et du calcul mathématique.

ïl faut bien se garder de confondre les tendances des grands inventeurs avec celles des grands organisateurs. Trop souvent ces derniers sont tentés de poser une borne, un née plus ultra, au liout de leur tâche. Au contraire, comme tons les grands inventeurs^ Galilée a ouvert une voie, dans laquelle il a fait hardiment et sûrement les premiers pas, et dans laquelle il a entraîné et fancé ses successeurs en les invitant i le dépasser de plus en plus. Il est mort en indiquant à Viviani et à Torricelli des problèmes de physique à résoudre, et, comme la méthode était sûre, le succès a répondu aux efforts des disciples et des imitateurs, comme i ceux du maître.

La collection & peu près complète des écrits et des lettres qui restent de Galilée, y compris ses travaux, qu'on avait cru perdus, sur les satellites de Jupiter, se trouve dans les seize volumes in-8 de l'édition publiée par M. Albèri i Florence, de 1842 à 1856. Cette édition contient de plus quelques écrits, tant des défenseurs de Galilée que de ses adversaires, de nombreuses lettres de ses principaux correspondants, divers documents sur sa vie, ses travaux, ses inventions, son procès et sa condamnation, et sa biographie rédigée par son jeune disciple Viviani. Hais aux ouvrages de Galilée contenus dans cette collection il faut joindre huit lettre» inédite» de Galilée publiées par l'abbé Santé Pieralisi (Rome, 18â8, in-8), d'autres lettres de Galilée publiées par M. WolynslLi et par M. Guasti dans VArchivio ttorico italiano, t. XYI et XVII, et des notes critiques de Galilée sur un ouvrage iuiticopernicien de J. B. Horin, publiées par M. le prince Boncompagni dans le BuUetmo di bibliografia e di storia délie tcienxe matematiche et fitiche, t. VI (janvier 1873). Les mêmes publications de MM. wolynski et Guasti augmentent beaucoup la collection des lettres et documents concernant Galilée sans être de lui. De plus H. Arduini a publié à Florence en 1864 un ample recueil de lettres de la soeur Maria Céleste, l'aînée des trois enfants illégitimes de Galilée, religieuse trèsdistinguée par les qualités du cœur, de l'esprit et du style. Parmi les pièces publiées par M. Albèri, il y en a deux contre lesquelles il met les lecteurs en garde, sans en mer expressément l'authenticité comme il aurai t pu le faire sans crainte ; ce sont : une relation mensongère du procès de Galilée, faussement attribuée à son ami dévoué Buonamici, et une autre relation, non moins mensongère, fabriquée au zrui* siècle par un certain comte Gaetani sous la forme d'une lettre prétendue de Galilée au P. Renieri. En contradiction flagrante et perpétuelle avec des faits maintenant bien connus et avec des pièces authentiques, maintenant livrées à la publicité, ces pièces apocryphes doivent être mises sur la même ligne que les fables débitées par tant de détracteurs de la mémoire de Galilée depuis les assertions fausses et calomnieuses de Mallet Dupan jusqu'au /octum posthume du P. Olivieri {Di Copemieo e di Galileo. Bologne, 1872, io-8). Cest sur de pareilles autorités que reposent des légendes, répétées encore tous les jours avec une légèreté peu excusable par des écrivains ettimaDles i. d'autres égards, par exemple par

H. l'abbé Pioger {le Dogme chrétien et la pluralité de» monde* habxtés, X" partie, ch. xv, p. 2Ô&-260. Paris, 1874, in-12). Suivant une de ces légendes, Galilée aurait établi son système astronomique, non sur l'observation, le raisonnement et le calcul, mais sur de fausses interprétations de l'Écriture sainte, et il aurait été justement puni pour avoir voulu ériger ce système en dogme tbéologique. Suivant une autre légende, le système de Galilée renferme des erreurs corrigées depnis par Ne|^n et par Laplace, et ce serait à cause de ces flBurs de détail, que ce système aurait été rejeté par les congrégations romaines. Suivant une autre légende, Urbftin VIII aurait été tout disposé i accepter le nouveau système du monde; mais Galilée se serait perdu lui-même en provoquant par des railleries indécentes la vengeance personnelle du pape, qui pourtant, au bout de quelques jours, aurait eu la clémence de lui accorder la remise entière de sa peine. Toutes ces faussetés tombent devant les textes authentiques, pour peu qu'on daigne y jeter les yeux. Parmi les pièces concernant le procès de Galilée, la seule qui eût été publiée avant 1850 était le texte de la sentence avec la formule d'abjuration. Le recueil entier des autres pièces du procès, après avoir été en France longtemps (de 1813 & 1846) sans qu'on en eûttiré parti, est maintenant dans les archives du Vatican. H. Albèri n'en a connu et reproduit que les extraits tout i fait insuffisants publiés en 1850, par Mgr Marini, qui s'est appliqué à dérouter les lecteurs par des omissions calculées et par des remarques trompeuses. En 1867, H. de l'Epinois a donné de ces pièces une édition beaucoup plus étendue et plus consciencieuse, mais encore très-incomplète. D'autres pièces relatives & ce même procès, copiées en 1848 d'après les registres des Décréta de l'Inquisition romaine, ont été publiées en 1870 et 1872, par M. Silvestro Gherardi (/( Processo Galilea riveduto sopra doeumenti di nuova fonte, Florence, 1870, in-8, et Sulla distertoiione del dott. Emilio WoMwiU, Florence, 1872, in-8, extraits de la Rivista Eurovea). Enfin M. Pietro Riecardi, auteur d'une Bibliographie GalUéenne (Modène, 1873, in-4), a réuni toutes les pièces connues jusqu'à ce jour sur le procès et la condamnation de Galilée et les a publiées à la suite d'une bonne étude critique {Dialcune recenti memorie sul proces»o e sulla condanna del Galileo, Modène, 1873, in-4), dans laquelle il a montré^ après H. Gherardi et M. Wohlwill [Der inquisitions procès» de» Galileo Galilei, Berlin, 1870, in-8), que la pièce qui a motivé la concumnation était l'oeuvre d'un faussaire, fait vainement contesté par M. Friedloin dans une revue allemande. Quant à la Vie de Galilée par Viviani, elle est très-défectueuse, surtout en ce qui concerne le prooès, parce que, désirant obtenir l'impression en Italie, l'auteur s'était efforcé de plaire à l'Inquisition romaine. La Vie de Galilée que M. Albèri avait promis d'écrire n'a pas paru. L'auteur du présent article a publié en 1868 un volume intitulé Galilée, les droit» de la science et la méthode des sciences physiques. S'appuyant sur les œuvres de Galilée, sur sa correspondance et sur les documents authentiques qui le concernent, l'auteur s'est efforcé d'être plus juste qu'on ne l avait été jusqu'alors envers la mémoire de Galilée et en même temps envers ses adversaires et ses ennemis. En défendant et en exaltant son illustre compatriote, Libri avait montré une partialité injuste et violente, capable de compromettre la meilleure cause. En sens contraire, M. Biot s'était laissé tromper par les conversations astucieuses du P. Olivien. H. Aiago, M. de Reomont, H. Yalson

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et snrtont H. Philar%t« Charles s'jt&ient faits les échos trop complaisants et quelquefois les ampllfioateurs passionnés de fausses imputations uncées on insinuées avant eux contre Galilée considéré comme homme et comme savant. Sur les travaux scientifiques de Galilée, outre les écrits de HH. Àlbèri, Trouessartj Josepn Bertrand, Parchap[)e et autres, cités et appréciés dans la Notice bibliographique qui termine mon volume publié en 1868, il faut lire quelques ouvrages plus récents, par exemple : dans le recueil des Œuvres d'Antmori (Florence, 1868, in-12), les écrits intilulés : Délia filoso/ia di UalUeo (p. 1, 97), Galileo e Cartetio (p. 98-107), et Not%%ie ittoriche relative aW aceademia del Cimenta (p.108-267). Je ne connais que le titre du volume intitulé : Ciavarini, Délia filotofta di Galileo (Florence, 1869, in-é). Th. H. M.

OAUi (François-Joseph), créateur de la prétendue physiologie intellectuelle on cérébrale qu'on désigne sons le nom de phrénologie, est né à Tiefenbninn, près de Phorzheim, dans le duché de Baden, le 9 mars 1758. Après avoir fait ses études médicales i Strasbourg, il se rendit à Vienne, où il prit ses grades et ftit reçu docteur en 1785.

Il se destinait d'abord i la pratique de son art, et il avait cherché i se former une clientèle à Vienne ; mais on ignore si comme praticien il obtint quelques succès. Ce n'est que beaucoup plus tard ou'il se fit connaître par l'exposition de son système. A quelle époque a-t-il conçu la première idée de ce système? Si on l'en croit, ses premières observations, en ce sens, dateraient de ses études au collège, et depuis il n'aurait cessé d'être dominé par les mêmes idées. Quoi qu'il en soit, c'est seulement dans les dernières années du zviii' s., en 1798, qu'il annonça, dans une lettre adressée au baron de Retzer, son intention de publier un ouvrage sur sa prétendue doctrine : cette lettre fut insérée dans le Mercure de Wieland.

Plus tard, Gall voulut faire des leçons publiques sur le même sujet : mais la cour de Vienne en fut alarmée, et un edit impérial lui intima l'ordre de suspendre son cours ; il n'en fallait pas davantige pour lui donner un commencement de célébrité, à une époque surtout oii toutes les têtes fermentaient en Europe. Gall profita habilement de la position qu'on venait de lui faire : il se mit i voyager, disant q^u'il allait exposer son système dans des piys ou l'obscurantisme ne lui fermerait pas la bouche comme en Autriche. Il alla d'abord à Berlin, on il commença un cours de phrénologie, le 3 avril 1805. Il parait qu'il n'y fit pas fortune ; car bientôt il

auitta Berlin, et, dans cette même année 1805, se rendit à Dresde, oii on prétend qu'il lui fut défendu de recevoir des femmes dans son auditoire. Là encore la doctrine du novateur ne put s'implanter, car on le voit quitter presque aussitôt Dresde pour se rendre à Torgau, puis de Torgan aller a Woerlitz, puis de là à Halle, où, dit-on, il convertit i sa doctrine les anatomistes Rell et-Loder.

Toutefois ce n'était pas encore là que sa doctrine pouvait prendre racine; il quitta donc Halle pour se rendre à léna. Au commencement de 1806, BOUS le retrouvons à Copentiague, puis à Hambourg, puis à Amsterdam, à Leyde, à Francfort et à Carlsruhe. Au commencement de 1807, il s'arrêta à Heidelberg, où il trouva un contradicteur sérieux dans le professeur Ackermann ; de là il passa à Munich, c'éuit au mois d'avril : trois mois après, il est à Zurich, et enfin, vers la fin d'octobre 1807, il arrive à Paris.

Nous examinerons tout i l'heure les basas de la prétendue doctrine de Gall; nous verrons où il avait puisé ses observations, et surtout aneUe est la valeur de ces observations; nous dirons seulement ici que Gall prétendait avoir fait tourner toutes ses pérégrinations an profit de sa doctrine ; que pendant ses voyages, dans toute l'Allemagne, il aurait étudié l'organisation des hommes les plus éminents de l'époque, et ea même temps celle des hommes les plus bornés ; et qu'il aurait ainsi parfaitement saisi, par le rapprochement, les nombreuses différences des uns aux autres.

Gall assurait qu'il avait rassemblé des faits innombrables dans les écoles qu'il avait visitées, dans les maisons d'orphelins, d'enfants trouvés, dans les hospices d'aliénés, dans les prisons, dans les audiences des tribunaux, et jusque sur les places d'exécution, au pied des <:cfaafauds; qu'il avait fait, en outre, de nombreuses recherches sur les aifférents cas de suicide, sur les idiots et les aliénés; qu'il avait mis à contribution les collections anatomiqnes et pbysiologiquea, et qu'enfin il avait passé une grande partie de sa vie dans les musées à contempler les statues ou les bustes des grands hommes de l'antiquité, etc., etc.

Gall, arrivé à Paris vers la fin de 1807, y exposa sa doctrine en toute liberté, et on sait qu'elle y excita le plus vif engouement, mais presque uniquement parmi les gens du monde ; bientôt il s'associa un de ses compatriotes, G. Spurzheim, et publia avec lui la plupart de ses ouvrages. Il adressa ses premières recherches à l'Institut, sous forme d'un mémoire, le 14 mai 1808; et comme ce corps savant ne paraissait nullement disposé à adopter les conclusions physiologiques que Gall croyait pouvoir déduire de ses recherches sur le système nerveux, c'est au public q,ue furent ensuite adressées ses différentes puolicalions.

En 1809, il publia ses Recherche» sur (e tyslème nervextx en général, et sur celui du cerveau en particulier.

Bans le courant de 1808, il avait fait imprimer son Introduction au Cours de physiologie du cerveau, ou le discours prononcé a la séance d'ouverture de ce même cours.

De 1810 à 1820, il publia, conjointement avec Spurzheim, en 4 vol. in-4, avec atlas^ l'ouvrage intitulé Anatomie et physiologie du système nerveux en général, et du cerveau en particulier, avec des observations sur la pos»tbilité de reconnaitre plusieurs dispositions tnteUecluelles et morales de l'homme et des animaux, par la configuration de leur lèlc.

De 1822 à 1825, il publia 6 vol. in-8, sur les Fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnaitre les instincts, les penchants, les talents et les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux, par la configuration de leur cei-veau et de leur tête.

Cet ouvraçe se compose de quatre parties : 1° Sur l'origine des qualités morales et des facultés intellectuelles de l'homme et snr la condition de leur manifestation; 2' De l'influence du cerveau sur la forme du crâne: difficultés et moyens de détermines les qualités et les facultés fondamentales, et do découvrir le siège de leurs organes; 3* Organologie, ou -exposition des instincts, des penchants, des sentiments et des talents, ou des qualités morales et des facultés intellectuelles fondamentales de l'homme et des animaux, et du siège de leurs organes; V Revue critique de quelques ouvrages anato-

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mico-physiolo^qnes, et exposition d'une nouvelle philosopuie des qualités morales et des facultés intellectuelles.

C'est dans cet ouvraçe qu'il faut chercher les fondements de la doctrine de Gall on de la phrénologie ; il croyait avoir mis le sceau k sa renommée, et avoir à jamais fermé la bouche à ses adversaires par cette publication; mais, il faut le dire, ce livre eut peu de succès : l'engouement était passé, il n'était plus de mode de s'occuper de pnrénologie; aussi peu d'années après, c'est-à-dire en 1828, Gall termina sa carrière à Paris d'une manière obscure, et presque inaperçue.

Il nous reste maintenant i examiner le système philosophique que Gall avait cherché a faire prévaloir; nous allons procéder à celte appréciation avec quelque étendue et en nous basant sur ce qu'il a écrit lui-mémo dans le grand ouvrage publié de 1822 à 1825.

Dès les premières pages, Gall a exprimé les propositions fondamentales de sa doctrme ; elles sont au nombre de cinq ; les voici textuellement:

1* Les qualités morales et les faculté m<e(- UetueUes sont innées.

V L'exercice ou la manifestation des facultés ou qualités morales dépend de l'organisation.

3» Le cerveau est l'organe de tous les penchants, de tous les sentiments et de toutes les facultés.

4* Le cerveau est composé d'autant d'organes partiouliert qu'il y a de penchants, de sentiments, de faeuUé* qui différent essentiellement entre eux.

5* La forme de la tête et du crâne, qui répètent dans ta plupart de» cas la forme du cerveau, suggère des moyens pour découvrir les qualités et les facult& fondamentales (Op. ea., t. V et VI).

Telles sont les conditions que Gall veut qu'on suppose pour rendre t>o«st6ie sa doctrine; mais il est évident que les trois premières sont complètement étrangères i ses prétendues découvertes : professées avant lui i tort ou à raison^ professées après lui, il a pu en user, mais il n'avait pas le droit de les donner comme les résultats de ses propres observations; il n'en reste donc que deux, ou plutôt qu'une seule, véritablement à lui, c est la prétendue multiplicité des organes encéphaliques, organes qui répondraient tous à un égal nombre de facultés ou de qualités morales.

Ceci une fois admis, nous allons, pour abréger, passer immédiatement à l'examen de celte dernière et unique proposition.

Longtemps avant Gall, quelques physiologistes avaient eu l'idée de rechercher quels peuvent être les rapports de l'organisation cérébrale avec l'entendement humain ; et, pour arriver à leur but, ils avaient tour i tour invoqué l'anatomie du cerveau dans ses applications physioloeiqnes et pathologiques, l'anatomie comparée de cet organe, les vivisections, et d'autres moyens du même genre. Nous dirons tout à l'heure à quels résultats ils sont arrivés par cette voie; mais Gall nous prévient lai-méme qu'il n'a pas suivi cette marche. Nous allons citer ses propres paroles pour montrer comment il procédait, soit pour découvrir les facultés, soit pour trouver les

{irotubérimces extra-cr&niennes qui sont censées eur correspondre.

Lorsqu'il enfanta sa doctrine, il avait bien cette notion vague et générale, que, d'une part, le cerveau est un assemblage a'organes, et que, d'autre part, l'intelligence est un assemblage de facultés; mais il ne savait ni où étaient les protubérances, ni quels noms on devait donner aux

facultés. « Je ne savais, dit-il (t. IV, p. 2), si je trouverais dans la langue des expressions pour désigner tontes les qualités et les facultés fondamentales. •

Comment faire alorsf comment résoudre cette première difficulté? Le voici :

« Je rassemblai dans ma maison, dit-il (ubi supra), un certain nombre d'individus, pris dans les plus bcuises classes, et se livrant à différentes occupations : des cochers de fiacre, des commissionnaires, etc.; j'acquis leur confiance, et je les disposai à la franchise en leur donnant quelque argent, et en leur faisant distribuer du vin et de la oière. Lorsque je les vis dans une disposition d'esprit favorable, je les engageai à me dire tout ce qu'ils savaient réciproquement, tant de leurs bonnes que de leurs mauvaises qualités, et j'examinai soigneusement les têtes des uns et des antres.

• Je ne pus point être dérouté par les fausses idées que se font les philosophes sur l'origine de nos qualités et de nos facultés : chez les individus auxquels j'avais affaire, il ne pouvait pas être question d'éducation t... Des hommes semblables sont les enfants de la nature ! •

On a dit, et avec raison^ que Gall, dans ses recherches, n'avait recneilli que des anecdotes,

3 ne des commérages ; mais, en vérité, ici ce sont es propos d'ivrognes que Gall va invoquer : il ramasse dans les rues de Vienne la fange de la population, il gorge de vin et de bière quelques misérables, et il a la naïveté de nous dire que, quand il les voyait dans une disposition d'esprit lavorable, il les prenait à part et les faisait jaser les uns sur les autres, et que c'est ainsi qu'il a formé la langue de sa science nouvelle I

Quoi qu'il en soi^ fort de recherches aussi bien instituées, Gall s'exprime de la manière suivante (t. III, p. 208) :

■ C'est ainsi que naquit cette carte cr&niologique, saisie avec tant d'avidité par le public... Les savants, les artistes s'en sont bientôt emparés ; ils l'ont exécutée tant bien que mal, sans jamais me consulter, et en ont répandu un grand nombre dans le public, sons toutes sortes de masques. •

Et on devait accueillir, en effet, avec une sorte d'engouement, cette topographie cérébrale, sans en rechercher les fondJements et l'origine ; les demi-savants devaient en orner leurs cabinets. Il est si flatteur de passer pour un homme profond, de laisser croire au vulgaire qu'on possède le merveilleux secret de lire jusqu'au fond de l'âme, et cela en promenant la pulpe des doigts sur le cr&ne du premier venu 1

Voici maintenant quelle est la marche suivie par Gall dans la création de cette grande œuvre. 11 crut pouvoir grouper en plusieurs grandes sections ses prétendus organes encéphaliques, et, par suite, les distribuer en une sorte de hiérarchie : il s'occupa d'abord des parties qui correspondent, suivant lui, aux qualités inférieures, pour passer successivement i celles qui correspondraient aux sentiments les plus élevés (t. III, p. 224).

Nous suivrons le même plan dans cette exposition critique; nous ferons connaître d'abord les organes et les facultés que Gall a placés dans le cervelet; puis ceux qu'il a rapportés à la région postérieure du cerveau : puis nous passerons aux sens localisés par lui dans la région moyenne ; et enfin nous verrons comment il a été parlé de la région antérieure du cr&ne.

I. RÉGION cÉRÉBBLLEusB. — Le ccrvolet, si nous en croyons Gall, est l'organe de la génération. Il serait peut-être curieux pour nos lecteurs de savoir par quel chemin le père de bpbrénologie

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est arrivé à celte découverte; mais en vérité nous ne nous sentons pas le courage de rappeler les indécentes histoires racontées dans ce cha-

{ litre : nous nous bornerons i en citer deux : 'une est celle d'un pelit garçon de ctn^ an* gui avait déjà depuis quelque» année* saltsfait avec de* femme* Vinetinct de la propagation. Il est bien entendu que sa nuque était large, bombée et robuste (p. 261). La seconde histoire, non moins véridique, est celle d'un autre petit garçon âgé de moins de trois an*, qui se jetait non-seulement sur de petites filles, mais sur des femmes. U mourut prématurément, et voici pourquoi (c'est Gall qui fait naturellement ce commentaire) : Comme ce petit garçon était entouré de filles qui se prêtaient à satisfaire ses désir* comme à un jeu piquant par sa singrularité, il mourut de consomption avant d'avoir atteint la fin de sa quatrième année.

Voilà pourtant ce que Gall appelle des faits positif», on des preuves directes de son assertion 1 Quant à nous, et bien que Gall nous affirme qu'il a vu cda à Paris, nous ne pouvons croire ni à la possibilité de ces faits, ni a un tel degré de dépravation. Voici maintenant un échantillon de ce qu'il nomme des faits négatifs, ou i toutes épreuves. Après avoir invoqué les portraits de Charles XII, de Newton et de Kant, portraits qui permettent de voir à tout phrénologiste que le cervelet de ces grands hommes était très-peu développé : Est-il étonnant après cela, s'écrie Gall {uoi supra), que saint Tmimas à Kempis, dans le portrait auquel je reconnais le mléme caractère, se soit armé d'un tison pour repousser loin de lui une jeune fille remplie d'attrailsl

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