‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 150 sur 156 · JAVA · texte numérisé non relu

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nombreux qu'il a laissés, il en est plusieurs qui paraissent par leurs titres intéresser la philosophie. Ce sont surtout : l' DiuerlalionM sur Cexi»îence de Dieu, où l'on démonlre cette vérité par l^hitloire unxveneUe de la première antiquité du monde, etc., etc., la Haye, 1697; — 2' Conformité de la foi avec la rauon, etc., Amsterdan, 170& ; — 3* Examen de la théologie de M. Bayle, etc., Amsterdam, 1706. Le premier de ces ouvrages, où Jaquelot soutenait la légitimité de l'argument ontologique de Descartes, encourut la critique de Bayle : et les deux derniers furent composés à la lois pour défendre les Disêertatione, et pour attaquer le scepticisme de Bayle. Les deux adversaires d'abord assez modérés échangèrent des répliques de plus en plus aigres. Jaquelot accuse et dénonce Bayle comme l'ennemi de la religion qu'il veut miner pour autoriser les libertins et les endurcir dans leurs débauches ; il lui reproche de renouveler d'une façon détournée le* objections des païens contre le christianisme, de détruire à la fois la prescience divine et la liberté humaine, et de chercher i. démontrer que Dieu est l'auteur du péché et la cause du mal. Bayle s'indigne et répond • qu'il est diffamé par une calomnie aussi mal fondée qu'atroce. > Si l'on en retranche cette polémique, les ouvrages d»Jaquelot n'offrent rien d'intéressant : ils mêlent perpétuellement la théologie k la philosophie, et invoquent plus souvent l'Ëcriture sainte que la raison. L'auteur est avant tout soucieux d'établir par des preuves ■ l'inspiration iet saintes lettres «^ et le peu de philosophie qu'il mêle à ses réflexions est d'une extrême vulgarité.

JAUOOXJRT (Louis), connu soos le titre de chevalier de Jaucourt, naquit i Paris en 1704, d'une des plus ancienne* familles de Bourgogne. Élevé avec soin dan* la maison paternelle, il étudia & seize ans la théologie à Genève, puis les sciences exactes et naturelles à Cambridge, enfin la médecine en Hollande. C'est à Levde, sons les yeux de Boerhaave, qu'il se lia d une étroite amitié avec Tronchin. Jaucourt ne voulu^ pas pratiquer la médecine: mais il en continua l'étude toute sa vie, employant ses talents i soulager les souffrances de ses amis et surtout de» pauvres. En 1736, il revint i Paris, il y passa près de trente ans dans une retraite studieuse et au milieu d'un cercle choisi de gens de lettres et de femmes d'esprit. Uably, Condillac, Montesquieu, Hénault, Halesherbes, Mmes de Vassé, de Créquy, de Sainte-Foy, de Broglie, Mlle Ferrand, voilà les personnes dont le commerce faisait diversion i ses veilles.

Pendant son séjour dans les Provinces-Unies, il composa l'Histoire de la vieet des œuvres de Leibnit (Leyde, 1734), essai qui est une œuvre remarquable, et qu'on doit mettre au-dessus des meilleures notices de Fontenelle. Leibniz lui semblait le modèle du savant et du penseur, et dès sa première jeunesse il avait cherché à l'imiter. L'universalité de connaissances, et l'ambition d'échapper & toutes les sortes de préjugés, étaient aussi l'objet de ses préoccupations, il paraissait ainsi désigné pour coopérer avec Diderot et d'Alembert k la construction d'un des grands et des incomplets monuments du xviii* siècle. Son nom est demeuré attaché i l'Encyclopédie.

Jaucourt regrettait, à la vérité, le défaut d'ordre et d'ensemble, qui a fait surnommer cet immense ouvrage la Babel des connaissances humaines. Il regrettait encore davantage que la passion inspir&t ses collaborateurs plus que l'amour désintéressé du vrai et du bien : mais il pensait que • le temps de la monarchie uni-

verselle était heureusement passé pour les philosophes aussi bien que pour les rois », et qu'il était sensé de laisser tontes les opinions s'expliquer librement, et toutes les connaissances, en se simplifiant et en s'éclaircissant, se mettre à la portée du grand nombre. Il partageait avec Buffon et d'autres la rédaiction des articles de physiologie, de chimie, de botanique et de pathologie; mais il ne borna pas 1& son active coopération : ayant embrassé toutes les faces de la science humaine, il travailla avec succès à toutes les parties de l'Enejiielopédie. Ses articles snr la médecine se distinguent, aussi bien que ses articles politiques et nistoriques, par un généreux spiritualisme, par des sentiments qui contrastent avec les doctrines de La Mettrie et d'Uelvétins. Sa réputation d'honnête homme, d'homme profondément vertueux, servait l'Encyclopédie presque autant que sa vaste et solide instruction et son goût extraordinaire du travail. Également aimé et estimé de Voltaire et de Rousseau, il fut admiré par Palissot, leur adversaire, et loué par Laharpe, devenu l'ennemi des philosophes. Son concours valait i Diderot l'adhésion d'un grand nombre de ces graves esprits qui appartenaient aux académies de Hollande, de Prusse et de Suisse. Jaucourt lui-même fait partie de ce groupe sensé qui s'attachait i soutenir et i continuer les traditions du spiritiulisme, au milieu du débordement des doctrines contraires. Il fut un des appuis de la réaction que commença l'Esprit des lois. Toute sa vie il resta fidèle au culte qu'il avait de bonne heure voué à la Théodieée de Leibniz; et il réussit à prouver qu'on pouvait être encyclopédiste, c'est-irdire ami de la simplicité et de la popularité du savoir, sans être matérialiste ni athée.

Jaucourt a laissé de nombreux ouvrages de médecine, oui attestent, aussi bien que ses Etudes sur Us synotiymes, les qualités qu'on lui reconnaît comme moraliste. Mais nulle part il n'a réuni ses vues philosophiques, encore éparse* dans une foule de mémoires rédigés par lui pour la Société royale de Londres, pour les Académies de Berlin, de Stockholm et de Bordeaux, dont il était membre. On peut lui faire le reproche qu'il a lui-même adressé i Leibniz : • Il n'a opposé i l'injure des temps que des feuilles volantes. > Toujours curieux, plus avide de s'instruire lui-même que d'instruire les autres, cherchant la célébrité moins que le repos et l'obscurité, Jaucourt a obtenu l'estime de ses contemporains et le suffrage de sa propre conscience.

Le chevalier de Jaucourt mourut à Compiègne le 3 février 1779, igé de soixante-seize ans.

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