‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 24 sur 156 · BALL · texte numérisé non relu

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esprit, mais ont leur fondement dans la réalité des dDoses. Bref, il appartient i cette famille d'esprits éclaùrés, qui par prudence se défient de tout ce qui dépasse rezperience, mais qui sont perpétuellement tentés de sortir des limites où us se sentent trop à l'étroit. On connaît de Baldinotti deux ouvrages : 1 ° de Recta humana menti» itutitutione, Pavie, 1787, in-8, sans nom d'auteur. C'est un livre clair, un peu superficiel, comprenant d'almrd une revue sommaire de l'histoire de la philosophie, puis quatre livres qui traitent de la connaissance considérée dans ses éléments, en elle-même, dans ses instruments et dans ses sources. 2° Tenlamintmx metaphytieorum, lil). III, Padoae, 1807, in-8. Le progrès de la pensée est visible d'an ouvrage à Vautre.

lil. c BAUiANCHE (Pierre-Simon), né à Lyon en 1776, mort à Paris en 1847. Après des études qui paraissent avoir été assez superficielles, il embrassa d'abord la profession de son père, dont il dirigea l'imprimerie pendant trois ans. Il était dès lors disposé i la rêverie, recherchait la solitude, et prenait des habitudes méditatives. La révolution, et les épreuves qu'elle infligea à sa ville natale, l'obligèrent à fuir i. l'étranger avec sa mère; il ne revint en France qu'après le 9 thermidor, et les événements dont il avait été le témoin et. jusqu'à un certain point, la victime, contribaereut a développer ses dispositions mélancoliques, et i affaiblir une constitution déjà maladive, sans altérer le fonds de bonté et de douceur qui fat toujours la vertu dominante de son caractère. C'était une âme tendre, passionnée pour les choses divines, et portée à chercher les causes secrètes et les raisons invites des événements; mais son esprit qui n'avait pas l'appui d'une science solide, et on l'imagination avait plus de force que la raison, le rendait plus' propre à inventei^ des conceptions poétiques qu'à découvrir des vérités philosophiques. Il s'essaya d'abord dans un récit épique du siège de Lyon, dont le manuscrit a disparu ; puis U publia en 1801 : du Sentiment considère dam ses rapports avec la littérature et les beaiuB-art», œuvre très-imparfaite qu'il a prudemment retranchée de sa collection. U eut en arrivant à Paris, à vingt-cinq ans, la bonne fortune de mériter l'amitié de Chateaubriand, et d'être admis parmi les hommes d'élite, que l'esprit et la beauté de Mme Récamier réunissaient en une sorte de cénacle, et qui ne cessèrent de le protéger, et de le vanter peut-être avec on peu d'exagération. Lui-même ne résista pas an charme que tant d'autres ont subi, et ses Fragments cFéléoies sont des confidences d'amour pur pour cette remme qu'il appelle sa Béatrice, «t qui, dit-il, fut douce à ses souffrances. En 1814 il publia l'Ântigone, sorte de poème en prose, 'OU on biographe trop indulgent compare au Télemaque. Il faut beaucoup de bonne volonté pour découvrir dans ces pages prolixes, et d'un style sans naturel, des idées puilosophiques cachées sous d'obscurs symboles. Il n'y en a pas davantage dans l'JS'ssat sur les institutions sociales {Paris, 1817), dont on peut louer du reste la

Solitiqne mcKlérée et généreuse. Tout au plus y émêierait-on l'esquisse d'une théorie du langage, qui prétend concilier les doctrines de de fionaJd et celles des idéologues sur cette question alors vivement débattue. Suivant Ballanche, la parole à l'origine était, non pas le signe de l'idée, mais l'idée elle-même formant avec son expression un tout indivisible, l'idée ayant sa forme avec elle-même. Hais peu à peu cette synthèse subit une décomposition; la pensée se sépare .des signes qui y sont iiihérents, qui dès lors

sont comme des formes vides, perdent leur forcCi et se matérialisent pour s'écrire et s'imprimer. De son câté la pensée tend à s'isoler, à se suffire à elle-même, et il devient possible à l'homme de penser sans parole. On voit que la rigueur et la clarté ne sont pas les qualités saillantes de cette conception. Il n'y a pas non plus grand profit à tirer pour la science de quelques pro-

losophie de l'auteur, ou plutôt •«> luvcuuuus mystiques qu'on a décorées de ce nom, sont tout entières réservées à son grand ouvrage, la Palinginisie sociale, qui, suivant H. de Laprade, « est peut-être le monument le plus original, le plus entièrement à part dans les lettres françaises. « Cette vaste composition devait être une trilogie dont les parties auraient reçu ces titres : Orphée, la Formule, la Ville des expiations, et auraient dû former ce que l'auteur appelle une « théodicée de l'histoire. » Ses œuvres complètes, publiées en 4 vol. (Paris. 1830) et réimprimées sans additions en S vol. (Paris, 1833), ne contiennent que la première partie et des fragments des deux autres, entre autres un morceau de forme apocalyptique, intitulé la Vision d'Uébal, que ses admirateurs déclarent « étrange et grandiose. » Les qualités littéraires de ces écrits, réelles sans doute puisqu'elles ont recueilli des suffrages considérables, avaient valu à Ballanche un fauteail à l'Académie française en 1841. Il mourut en 1847, en laissant une mémoire chère à ses amis, et une renommée qui ne parait pas destinée à s'accroître. Deux volumes qu'il a laissés manuscrits n'ont pas été publiés. On éprouve un grand embarras quand on a le devoir de faire connaître les opinions philosophiques de Ballanche : ses amis affirment qu'il a un système • homogène comme sa vie et son style,» une profonde érudition, et un génie métaphysique de premier ordre ; mais ils se dispensent d'en donner des preuves, et ne peuvent s'empêcher d'avouer qu'il y a dans ses ouvrages, d'aillears incomplets, du vague et de l'obscurité. Le plus bienveillant d'entre eux l'appelle d'un nom qui semble bien appliqué : « l'illustre théosophe. • En réalité, il y a peu de philosophie dans ces compositions solennelles, et si on en trouve, elle ressemble à celle que Montaigne appelle « de la poésie sophistiquée. » Des formules ambitieuses et de froides allégories dissimulent mal des idées creuses, et une ignorance complète de l'histoire de la philosophie. La méthoae est celle d'un inspiré, c'est-à-dire une sorte de divination, qui procède par oracles et néglige les preuves; celle dont les sciences font usage est tenue pour pernicieuse, et doit céder la place « à une méthode synthétique et inspirée. » Les meilleures idées ainsi séparées de toutes leurs raisons ne sont plus que des vues plus ou moins ingénieuses, sans aucune valeur scientiflquej il y en a sans doute dans la Palingénésie sociale; mais elles ne se prêtent pas à l'analyse, et d'ailleurs conoernentl'histoire, la politique et la religion, plutôt que la métaphysique ou la psychologie. Ces remarques sont faites pour expliquer l'indigence du résumé qui suit.

Pour prendre les choses à l'origine, il faut remonter à Dieu, qui est avant toutes choses. La création est d'abord en lui-même, mais à l'état de possibilité, et non pas en acte ; plus tard elle en émane. Pourquoi ? <■ Dieu avait-il besoin de rayonner en dehors de lui, de se manifester dans les choses et les existences? avait-il besoin d'être contemplé, d'être adoré, d'être aimé? avait-il besoin de s'assurer de sa puissance de réalisation? ne lui suffisait-il pas d'être?» Devant ces questions redoutables l'auteur ne trouve que

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cette explication : < il ne faut pas lai demander compte de ses œoTres ; il lui a pin de sortir de son repos. » C'est son Verbe qui crée, « sa parole est le moule qui donne à notre planète une forme sphérique. > Pour ne parler que de l'homme, il en détache l'essence de l'intelligence universelle, il loi communique nn pouvoir propre, et de sa propre volonté il d^(ac/te aussi des volontésindividuelles. Naguère encore la Providence avait une action irrésistiblo ; maintenant les volontés isolées ou concourant ensemble vont lui opposer une sorte de force des choses, un véritable destin^ et in- 'troduire dans le monde le mal et le desordre,

2ui ne peuvent cesser que par un suprême et éflnitif accord de la Providence et de la liberté humaine, • une confarréation universelle. > Mais avant ce retour à l'unité de volonté, il y a de longs siècles de malheur. Dieu ne peut tolérer la révolte, la lutte du fatum humain contre la volonté divine; d'antre part il ne peut non plus se démentir, se repentir d'avoir créé des forces libres, ni les abolir. Il faut donc à la fois qu'il frappe l'humanité et qu'il la sauve, et que du même coup l'homme soit déchu et réhabilité. Les hommes n'avaient primitivement tous ensemble qu'une seule volonté, et par son unité même elle avait plus de puissance pour s'opposer à la Providence. Dieu brise ce pouvoir unique en une infinité de morceaux, et les éparpille dans chaque individu, pour diminuer la résistance

Erimitive. De là les divisions, les discordes, une amanite coupée en tronçons, variant avec les nations, les familles. les indfividus: de là des castes et des sexes différents. Car Dieu voulut séparer l'une de l'autre ces deux facultés coupables, l'intelligence et la volonté, et donna l'âne a l'homme et l'autre à la femme « qui est l'expression volitive de l'homme. > Hais il y aura une palinginésie qui ramènera tout à l'unité (l'autear ne dit pas si elle réalisera l'andro^yne de Platon), et pour cette « nouvelle génération > Dieu a initié l'homme par sa parole, et lui a ordonné le retour à la loi. Cette révélation, mieux entendue de certains hommes, les élève à la dignité d'initiateurs; ce sont les chefs des nations, les magistrats et les patriciens; mais le christianisme fait la révélation égale pour tous : il est le but de tonte l'évolution historique. Son règne doit assurer à l'homme, non pas lenonheur de l'homme, qui n'est pas sa vraie destinée, mais la grandeur. Toute créature, après une série d'épreuves qui ne se termine pas avec la vie, mais qui doit se poursuivre, suivant les besoins de cnaque àme, jusqu'à l'expiation définitive, arrivera à la pertection de sa nature. La bonté universelle, voilà le terme de cette ascension, et le but vers lequel tous les progrès convergent.

On peut consulter sur BalTanche, outre l'étude que Sainte-Beave lui a consacrée : de Laprade, BaUanche, $a vie et ses écrits, Paris, 1848. — 1. 1. Ampère, BaUanche, Paris, 1848. E. C.

BÂUiÈS (Jacques-Lucien) , philosophe espa-

rol.naquità Vich en Catalogne, le 28août 1810. entra dans les ordres, et s'étant voué à l'enseignement, il fut attaché au collège de sa ville natale comme professeur de mathématiques. Il prit part anz lattes politigues et religieuses de son pays, protesta contre la vente des Liens du clergé et fut exilé par Espartero. Après la chute du régent, il vint fonder à Madrid un journal hebdomadaire : el Pensamienlos de la naeion, destiné à combattre les idées libérales. II a laissé de nombreux ouvrages, parmi lesquels la phi losophie peut réclamer en tout on en partie les quatre î™*"?" = <^'"'*° de fllosofia elemental, Madrid, 1837. in-«;eJCr,terto, Barcelone, 1845, in-8; Filosofia fondamental, Barcelone, 1846, 4 vol. m-8;

el Protettantismo eomparadoeonelCatolieitmo en «us relaeione» con ta civilisaeion Èuropea Madrid. 1848, 3 vol. in-8. Les trois derniers oni été traduits en français, par M. l'abbé Edouard Monec: Art d'arriver au vrai, 1 vol. ; Philosophie fondamentale, 3 vol. ; le Protestantisme comparé au Catholtcitme dans ses rapports avec la civilisation eur<wéenne, 3 vol., Paris, Auguste

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l'histoire politique des temps modernes, n'en a, pour ainsi dire, aucune dans l'histoire de la philosophie. Suarez n'y représente que le dernier effort de la scolastiqne expirante. Raymond LuUe, Raymond de Sebonde, Michel Servet ne lui appartiennent que par leur naissance. Si, de nos jours, elle a voulu avoir une philosophie, elle n'a su s'approprier que la moins philosopbigae des écoles contemporaines, l'école néo-catnoliqne.

Balmès a été, en Espagne, le métaphysicien de cette école. C'est un nomme de parti en politique et en religion. De là, dans l'exposition de ses idées, quelque chose de plus vivant, le fruit souvent amer, mais presque toujours plein de suc, d'une expérience personnelle. Il aime à prendre dans la politique ses exemples de logique, et il décrit avec finesse, en homme qui Te» a observées de près et qui n'en a pas été la dupe, les erreurs et les contradictions de l'esprit de parti. Mais il lui est plos fkcile de les signaler que de s'y soustraire. Dans son antipathie pour

lui-même la confusion dont il se plaint. L'égalité devant la loi ne lui parait pas moins chimérique et moins injuste que l'égalité physique et l'égalité des biens: car, dit-il, une même loi appliquée au fort et an/aible. au riche et au pauvre, au savant et à l'ignorant ne saurait produire des effets égaux. Or la chimère et l'injustice consisteraient précisément, pour l'égalité devant la loi, à tenir compte des différences de forces, de fortune ou d'éducation qui peuvent exister entre les hommes ; elle n'est un principe éminemment juste qne parce qu'elle fait abstraction de ces différences inévitables, pour assurer à tons les droits, chez tous les individus^ un égal respect.

C'est surtout au point de vue religieux que Balmès se laisse égarer par l'esprit de parti. Non contente de proclamer, comme la philosophie chrétienne du xvn* siècle, la conformité nMessaire de la raison et de la foi. on, comme lascolastique, la subordination de la première à la seconde, l'école à laquelle il appartient confond les deux domaines; elle ne se sert de la raison que comme d'un instrument de polémlqae au profit de la foi. Concision pleine de périls et pour la philosophie et pour la théologie el le-même ! Mieux vaut renoncer à interroger la raison que de lui demander des réponses toutes faites, non pour se convaincre soi-même, mais pour convaincre ses adversaires. D'un autre ©"'té, c'est faire bon marché de la foi que de mettre !a raison à sa place, même pour assurer son triomphe. Balmès n'évite pas ce double écueil. Il fait entrer dans sa logique toute une démonstration de la religion catholique réduite aux points suivants : une révélation surnaturelle est possible ; elle est nécessaire ; elle a besoin, pour se conserver et pour se transmettre, d'une Eglise infaillible; l'Eglise catholique peut seule s attribuer ce caractère d'infaillibilité; l'aatorité de l'Ëglise une fois reconnue, toutes ses décisions exigent par elles-mêmes une soumission sans examen. Le râle des apologistes serait bien simplifié si quelques pagesd'nn»

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démonstration pnrement rationnelle pouvaient lenr suffire. Mais, qnand on accorderait àBalmès tons les points qu'il croit avoir si aisément établis, il n'éviterait pas l'examen particulier de tons les dogmes ; car il reconnaît lui-même que la raison ne peut souscrire qu'aux dogmes on

ïa. philosophie sur le terrain théologique; et bien qu'il se montre dans ces excursions moins téméraire que plusieurs philosophes de la même école, elles sont loin de lui avoir porté bonheur. Il voit, dans le mystère de la Trinité, • le type sublime de la distinction nécessaire du sujet et de l'objet an plus profond de l'intelli^jence. • Si les trois personnes divines sont à la fois unies et distinctes «omme le sujet et l'objet dans la connaissance, «n bien elles constituent des êtres différents. «'est-JHlire autant de dieux, on bien leur unité se manifeste dans l'identité du sujet et de l'objet, «'est-àrdire dans l'identité universelle du panthéisme. Sur le mystère eucharistique, Bafmès n'est pas plus heureux. Il fait revivre, pour l'expliquer, une des distinctions les plus subtiles et les plus obscures de la scolastique, celle de deux sortes de rapports entre les parties de l'étendue, les unes intrinsèques {ordo ad se), les autres subordonnées à une certaine situation dans l'espace {ordo ad locum). Il oublie qu'il a ruiné d'avance «ette distinction en identifiant l'étendue et l'espace : si l'espace occupé par un corps n'est que l'abstraction de son étendue même, que deviennent ces rapports intrinsèques, dans lesquels se «onserverait, sons les apparences d'un autre corps et en plusieurs lieux i la fois, tout ce qui constitue l'étendue réelle du corps divin T

Comme tous les philosophes de la même école, Balmès a, pour la scolastique, une admiration de parti pris, qui l'entraîne non-seulement à faire revivre des théories justement condamnées, mais souvent aussi à les dénaturer pour les concilier avec ses propres doctrines. C'est ainsi qu'après avoir combattu par d'excellents arguments le sensualisme moderne, il accepte le sensualisme .scolastique comme faisant la part de l'activité propre de l'&me, gr&ce à l'intervention de l'tn- ■teUect agent. Or lui-même reconnaît ailleurs ^6 VinteUect agent n'est qu'un intermédiaire inutUe, suscité par la fausse hypothèse des «spèces intelligibles. Il se montre juste, en général, pour les grands philosophes de l'antiquité et des temps modernes ; mais, à partir du XTin* siècle, il apporte dans ses jugements toute la partialité de son école. Il ne voit que des monuments de déraison dans les constructions de la métaphysique allemande, et il n'est pas même désarmé par le bon sens timide des Écossais. -Quant à notre école spiritualiste et éclectique, il refuse d'y voir autre chose que le panthéisme germanique : « Si les philosophes universitaires sont, en France, les humbles disciples de H. Cousin, M. Cousin lui-même, à son tour, qu'est-il autre chose que le successeur de Hegel et de Scheiling? •

L'injustice de ce dernier jugement est d'autant plus manifeste que Balmès, dès qu'il se maintient sur un terrain philosophique, se rattache, par tout l'ensemble de ses théories, au spiritualisme fran- -çais du XIX' siècle. Sa méthode est la méthode psychologique, éclairée par le sens commun et par l'étude comparée des systèmes, et, dans cette «tude. il professe un véritable éclectisme. «Quand tons les philosophes discutent, dit-il^ c'est, en quelque sorte, le genre humain qi^i discute. > Et ailleurs : « En général, il est dan^reux de traiter légèrement une opinion que des intelligences de

premier ordre ont défendue; si ces opinions ne sont pas tontes la vérité, il est rare qu'elles n'aient pas en leur faveur de fortes raisons et au moins une portion de la vérité. » Son éclectisme a d'ailleurs les mêmes antipathies et les mêmes préférences que l'éclectisme français. La polémique contre l'école de Condillac tient une grande place dans ses écrits philosophiques, et, après les scolastiques, dont il est le sectateur plutôt que le disciple, les philosophes qu'il cite le plus souvent et avec l'admiration la plus sympathique, sont les grands métaphysiciens du xvii* siècle, Oescartes, Halebranche et Leibniz.

Si l'on pouvait séparer dans Balmès le philosophe de l'homme de parti, le premier ne mériterait guère que des éloges. C'est un esprit judicieux et élevé, qui sait honorer la raison et l'humanité, lia même une certaine impartialité générale, trop souvent démentie malheureusement dans ses jugements particuliers. « Je suis loin de confondre, dit-il, l'esprit philosophique du dernier siècle avec l'esprit du siècle présent; à mes yeux, le panthéisme moderne n'est point un matérialisme pur, et jusque dans l'athéisme qui déshonore les doctrines de certaines écoles, il m'est doux de signaler des tendances spiritualistes. •

La Philotophie fondamentale contient toute la doctrine philosophique de Balmès. L'Art d'arriver au vrai ou le Critérium n'est qu'un manuel de logique pratique, entremêlé, comme' la Logique de Port-Royal, de réflexions morales. Des pensées ingénieuses, parfois profondes, presque toujours dictées par un bon sens élevé, y sont développées dans un style élégant, mais un peu diffus. L'auteur y suit le mouvement de sa pensée, sans s'attacner à. un ordre didactique. Un chapitre sur le choix d'une carrière se place entre une théorie de l'attention et des considérations métaphysiques sur la possibilité et sur l'existence. Nulle question n'est approfondie dans ses principes, et si quelques pages affectent un caractère spéculatif et abstrait, elles ne servent qu'à relier entre eux, souvent d'une façon peu heureuse, les conseils et les exemples pratiques auxquels l'ouvrage emprunte tout son prix.

Bialmès a suivi, dans la Philotophie fondamentale, l'ancienne division de la philosophie en Logique, Métaphysique et Morale. Il traite, dans le premier livre, de la certitude, dans les suivants, des sensations, de l'étendue et de l'espace, des idées, de l'idée de l'être^ de l'unité et du nombre, du temps, de l'infini, de la substance, de la nécessité et de la causalité. Le dernier livre se termine par des principes de morale, rattachés à l'idée de causalité libre. Il n'y a point de place spéciale pour la psychologie, mais elle remplit et anime en réalité toutes les parties de l'ouvrage.

Balmès pose la certitude comme un fait, qu'il s'agit non d'établir, mais d'expliquer. Repoussant un critérium unique, il distingue trois sources de certitude : la conscience, pour les faits intérieurs; l'évidence, pour les vérités idéales; et l'instinct intellectuel, pour le passage des oits de conscience et do I ordre idéal aux réalités extérieures. La conscience et l'évidence sont réunies dans le Cogito de Descartes, que Balmès analyse et justifie avec une certaine profondeur, mais auquel il reproche, comme Maine de Biran, de mêler deux principes distincts : un simple fait de conscience, et une proposition idéale, a savoir le rapport universel et nécessaire de la pensée avec l'existence. Quant à l'instinct intellectuel, il est aisé d'y reconnaître, bien que Balmès n'en dise rien, le sens commun et les principes constitutifs de rentendement des Écossais.

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