‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 25 sur 156 · BARB · texte numérisé non relu

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La théorie de la perception est également tout écossaise, sanf nne tentative assez malheureuse pour attribuer à la vue la perception complète de l'étendue, dans le but de faciliter l'explication de l'Eucharistie, en écartant de l'essence de la matière l'idée d'impénétrabilité. Sur l'espace et le temps, sur la nature des corps, su r les idées innées, Balmès suit en général les traces de Leibniz. Il ne voit dans l'espace et dans le temps que des rapports de coexistence et de succession, soit dans l'ordre réel, soit dans l'ordre idéal. Sous ces rapports, il incline à placer, quoique avec une certaine hésitation, des forces simples ou des monades. Il rejette l'expression d'idées innées, mais il admet dans l'intelligence une activité innée, inhérente à tous les esprits et qui constitue la raison universelle, et il lui donne pour objet propre l'idée de Dieu, à laquelle il ramène toutes les conceptions idéales. Son ontologie a, dans la forme, quoique chose d'hégélien. Elle se résume dans les combinaisons des idées d'être et de non-être, par lesquelles il explique les idées de nombre, de temps, d'infini et de fini, de substance et d attribut, de cause et d'effet. Mais son bon sens ne se perd pas dans l'abstrait; il revient promptement a l'observation psvcbologique, et elle lui fournit une excellente démonstration de la substantialité et de la causalité du moi, et une réfutation non moins solide du panthéisme.

La morale de Balmès est celle de Malebranche. Elle a pour principe l'amour de Dieu et de toutes les choses que Bien aime, dans l'ordre même où il les aime, c'est-à-dire suivant leurs degrés de perfection tels qu'ils sont représentés dans l'entendement divin : théorie très-élevée, mais qui a le tort de faire reposer le devoir sur un sentiment, l'amour de Dieu, et de le subordonner à la connaissance toujours incomplète de l'ordre universel.

Balmès, on le voit, n'a point édifié un système original. Sa philosophie ne se compose guère que d'emprunts à tous les philosophes spiritualistes. Elle n'en tient pas moms une place très-honorable dans le mouvement philosophique du iix* siècle, comme le plus remarquable enort qui ait été tenté en Espagne depuis la Renaissance, pour y ranimer les études métaphysiques. Quoique peu sympathique à l'état présent de sa patrie, Balmès se plaisait à y reconnaître des symptdmes évidents de renaissance : < Malgré le trouble du temps, disait-il, il s'opère dans mon pays un développement intellectuel dont on connaîtra plus tard la portée. »

On peut consulter sur la philosophie de Balmès nne étude de M. de Blanche -Raf fin : Jacques Balmès, sa vie et ses ouvra^, Paris, 1860, et un article de M. Emile Beaossire {Bevuemodeme du 10 décembre 1869). £h. B.

BARAUPTON. Terme de convention mnémonique, par lequel les logiciens désignaient un des modes indirects de la première des trois figures do syllogisme reconnues par Aristote. La dernière syllabe de ce mot n'a aucun sens, elle est ajoutée pour la mesure du vers mnémonique, nslté dans l'École :

Barbara, Celarent, Darii, Ferio, Baralipton. Voy. la Logique de Port-Royal, 3' partie, et l'article Stllogishe.

BABBABA. Terme mnémonique de convention dans lequel les logiciens désignaient un des modes de la première figure du syllogisme, le plus parfait et le type de tous les autres. Voy. la Logique de Port-Royal, 3* partie, et l'article SrL-

LOOtSKE.

Babbari. Terme de convention mnémonique, par lequel les logiciens désignaient un des modes de la quatrième figure du syllogisme.

Voy. la Logique de Port-Royal, 3* partie, et l'article Syllogismb.

BABBETRAC (Jean), né à Béziers en 1674, d'une famille calviniste, est un do ces réftigiés français dont la révocation de l'édit de Nantes enrichit les pays protestants, la Suisse, la Hollande et surtout la Prusse. Il professa les belles lettres an collège français de Berlin, l'histoire et le droit civil à Lausanne, le droit public à Groningue. Il mourut dans cette dernière ville en 1744. Il était membre de l'Académie royale des sciences de Prusse. Il a rendu service à l'une des branches de la philosophie, le droit naturel, par ses traductions de Grotius,de Pnfendorf,'de Cumberland, de Noot (voy. ces noms), et par les préfaces et les notes dont il les a accompagnées. La préface qu'il a mise en tête du traite de Pnfendorf, du Droit de la nature et des gens, est un véritable ouvrage, dans lequel il passe en revue tous les systèmes de morale anciens et modernes, avec un grand luxe de citations, mais peu de critique. Les Pères de l'Église y sont jugés avec une sévérité, que Barbeyrac dépassa encore dans son célèbre traité de la Morale des Pères. Quelques vues théoriques se mêlent i ces considérations historiques. Il suit, en général, les principes de Locke plutôt que ceux de Descartes, bien qu'il emprunte à ce dernier une de ses théories les moins heureuses, celle qui fait rentrer le jugement dans la volonté. Il repousse les idées innées, et. comme Locke, il ramène les idées morales a des rapports de convenance, fondés sur la nature des actions humaines. Ces rapports constituent le bien et le mal, mais non la loi morale ; car il ne s'y attache un caractère obligatoire qu'en vertu d'un commandement direct de la volonté divine, naturellement révélé à la conscience. Barbeyrac insiste dans presque tous ses écrits sur cette théorie de l'obligation, dont le germfe se trouve dans Pnfendorf et dans Locke lui-même, mais confusément et avec des contradictions manifestes. Il l'a défendue contre Leibniz dans un écrit spécial, qui est le meilleur d« ses titres comme philosophe. X.eibniz avait vivement attaqué le système de Pnfendorf, dans uns lettre à Gérard Molanns, publiée d'ariord sans nom d'auteur. Barbeyrac traduisit cette lettre, et il l'inséra, avec ses propres remarques, à la suite de sa traduction du petit traité de Pnfendorf, des Deeoirs de Phomme et du ciloym. 11 accordée Leibniz que l'obligation est toujours conforme aux principes de Ta raison. Il reconnaît que le bien et le juste n'ont rien d'arbitraire, et il les dégage de toute considération d'utilité, soit

Personnelle, soit sociale. Hais il distingue entre idée et le fait même de l'obligation. Si l'idée de l'obligation est nne conception de la raison, ou plutôt de la conscience, le lait de l'obligation consiste dans un commandement, qui ne peut être que l'acte d'une volonté. Or la seule volonté i laquelle tontes les volontés particulières soient soumises, et dont tous les ordres soient nécessairement l'expression de la droite raison, c'est la volonté de Dieu. En vain objecte-t-on qu'il y a des règles de morale reconnues et observées par les athées; ce ne peut être qu'une morale tres-imparfaite, fondée sur des idées de convenance plus ou moins exactes, mais sans caractère obligatoire. Barbeyrac aurait pu répondre plus justement qu'on peut reconnaître l'obligation sans la rapporter & sa véritable source, de même qu'on ne nie pas l'existence des choses, parce qu'on refuse d'admettre un Dieu créateur. Quant au fond de sa théorie, elle ne se sépare qu'en apparence djs doctrines philosophiques qui ont repoussé avec le plus de force la volonté divine comme fondement de l'obligation morale; car ces doc-

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