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rateurs de VEncyelopédie à laquelle il fournit, outre plusieurs articles de grammaire, les articles Abstraction et Éducation. Recoonaissant de son concours et plein d'estime pour sou caractère autant que pour sa science, d'Âlembert a écrit son Éloge [Mélanges de littérature, d'histoire et de philosophie, t. II). Il y a un autre Éloge de lui par de Gérando, que la 2* classe de l'Institut a couronné à la suite d'un concours académique (in-8, Paris, 180o). Celles de ses œuyres qui ont le plus d'intérêt pour nous ont -été publiées à Paris en 1792 sous ce titre : Loffigue et Principes de grammaire, par M. au Marsais, ouvrages posthumes en partie extraits de plusieurs Traités gui ont déjà paru de cet auteur (2 vol. in-12).
La I^o^t^ue n'est qu'un résumé très-superficiel et très-court de la science qui porte ce nom ; mais elle est précédée de quelques considérations ^nérales, oii les principes de Descartes stuit bizarrement mêlés a ceux de Locke. Ainsi, après avoir démontré la distinction de l'&me et du corps par les arguments cartésiens ; après avoir expliqué l'union des deux substances par la théorie cartésienne des causes occasionnelles, l'auteur s'abandonne entièrement à l'inQuence de Locke. Les deux sources de connaissances ou les deux facultés premières que celui-ci reconnaît sous le nom de sensation et de réflexion, Dumarsais les appelle le sentiment immédiat et le sentiment mtdimt. Il rejette formellement les idées innées. « Si l'on 7 fait bien attention, dit-il (p. 23), on sera convaincu que toutes les idées sont adventices et qu'il n'y a en nous d'inné qu'une disposition plus ou moins grande à recevoir certaines idées. > Sa morale repose sur le sentiment de la conservation sociale et par conséquent n'a d'autre origine que l'expérience. Même l'idée de Dieu est due, selon lui, à l'expérience.
Ses principes de grammaire générale ne sont en grande partie ^ue des conséquences de ses principes philosophiques. Ainsi la parole, d'après sa définition, n'est qu'un instrument d'analyse, c'est-à-dire un instrument dont se sert la réflexion appliquée au sentiment immédiat, ou i la sensation qui enveloppe d'abord nos jugements et qui en est la forme primitive. C'est par suite de la même théorie qu'il divise tous les mots en deux grandes familles : ceux qui expriment les objets, les objets sensibles, et ceux qiu n'expriment que des vues de l'esprit; en d'autres termes, ceux qui se rapportent & des sensations et ceux qui ne désignent que des actes de réflexion.
Un autre principe de grammaire générale (^ui appartient en propre à Dumarsais, c'est la distinction qu'il établit entre la construction et la syntaxe. La construction est simplement la place
3ue nous donnons au mot, le tour que nous onnons à la phrase, suivant le sentiment, les passions ou la sensation qui nous domine. La syntaxe se compose des signes qui nous font connattre les rapports successifs que les mots ont entre eux; par conséquent elle s'adresse à la réflexion, elle donne à ta proposition un sens complet que la réflexion seule peut saisir. Nous retrouvons donc encore ici cette distinction de la sensation et de la réflexion sur laquelle repose tonte la philosophie de Locke.
Si contestable, ou du moins si incomplète que soit cette théorie, il n'en est pas moins intéressant de voir la grammaire subordonnée k des principes philosophiques.
C'est aussi l'esprit philosophique qu'on reconnaît chez Dumarsais lorsque, dans son Traité des tropea (Paris, 1730), il ramène à certaines lois générales de la pensée et de l'imagination
ces formes du langage dont les grammairiens antérieurs s'étaient contentés de dresser une sèche et pédantesque nomenclature. Il y a autant d'esprit que de vérité dans cette réflexion bien connue de lui : « Il se fait plus Ue tropes dans un jour de marché que dans une séance académique. >
II a enfin rendu à la grammaire française le service de lui reconnaître des règles propres, conformes au génie de notre langue, et de la soustraire à la routine que lui imposaient les règles de la grammaire latine. Il a été moins heureux dans ses tentatives de réformer l'orthographe. En proposant d'écrire les mots absolument comme on les prononce, il oubliait la mobilité de la prononciation et l'importance de l'étymologie pour l'bbtoire et la conservation de la langue.
On lui a attribué à tort deux écrits rédigés dans le plus mauvais esprit du xviii* siècle : Essai sur les préjugés, le Bon sens. Us sont en opposition complète avec son Exposition de l'Eglise gallicane (in-12, Paris, 17&8), gui respire le plus profond respect pour la religion «t les traditions de l'Église de France. On cite comme un de ses meilleurs traités sa Méthode raitonnée pour apprendre la tangue latine (Paris, 1722). — On a publié en 1191 une édition complète de ses Œuvre» (7 vol. in-12).
DUNB-8COT (Jean) naquit en 1274, les uns disent en Irlande, les autres en Ecosse ou même en Angleterre. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il étudia à Oxford, où il se fit remarquer par une telle aptitude, notamment pour les mathémathianes, que bientôt, dit son biographe Wadding, il devint difficile de l'y suivre : Ut ad Scotum intelligendum, nemo, nisi peritua geomeler sufficiat. Son maître, Guillaume do Verra, étant venu à Paris, il le remplaça dans l'enseignement de la philosophie à l'Université d'Oxford. Ce fut là qu'il écrivit ses premiers ouvrages. Reçu docteur, en 1307, à Paris, il y professa la même année et devint, selon l'expression de Wadding, la lumière brillante de Cordredes Franciscains, dans lequel il était entré. Appelé à Cologne, quelques mois après, il y mourut en 1308, à l'âge d'environ trente-<iuatre ans. Sa mort fut suivie des bruits les plus sinistres, sur lesqueJs on n'est jamais pau-venu à connaître la vérité.
Maigre une vie si courte et qui, selon toute apparence, ne fut pas exemple de traverses, Dnns-Scot laissa de nombreux écrits, tat le chef d'une école longtemps fameuse, et rendit pour un moment de l'éclat à un système qui avait vivement préoccupé les premiers temps de la scolastique. 11 fut, en effet, l'apôtre du réalisme. Ses écrits, si on les consulte sans prévention, ne laissent aucun doute à cet égard, et c'est ià que nous prendrons l'exposé succinct que nous allons faire de la philosophie de Duns-Scot.
Depuis le ix* siècle jusau'au moment où parut de nouveau le réalisme aé^gé de tout élément étranger, la scolastique avait cherché à résoudre toutes les grandes questions dont s'occupe la philosophie. Après Jean Scot Ërigène, on avait vu le nominalisme, puis le réalisme, puis enfin le conceptualisme. Le premier avait dit : les individus seuls sont des réalités, le reste n'est qu'une abstraction ; son principe de certitude ne reposait que sur les sens; le second, se jetant dans l'opinion contraire et se montrant également exclusif, en appela à la raison seule et ne vit de réalité que dans l'universel ; le conceptualisme, à son tour, voulant assigner une part de vérité à chacun des deux systèmes qui l'avaient précédé, les critique, les remplace, et règne quelque temps sans partage. Il se donnait comme l'expression de la vérité; mais indépendamment des objections
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qu'il pouvait raisonnablement soulever contre lui à cette époque, le réalisme n'était pas épuisé, et ce fut sans étonnement qu'on le vit renaître
S lus tard dans la personne de Duns-Scot. Il faut onc voir en ce philosophe un réaliste, et en effet, il admet a priori les universaux, c'est-àdire les genres et les espèces, comme des réalités dans l'esprit. Hais ce n'était pas là le côté le plus sérieux du système, et un logicien comme Duns-Scot ne pouvait pas reculer devant les conséquenres qui rendent le réalisme particulièrement digne de notre attention. Duns-Scot admet l'universel comme être réel, il le dit positivement dans plusieurs de ses écrits, et entre autres, dans SOS questions sur les universaux de Porphyre. Dicendum quod univeraale est en»,' guia, $ub ratione non enlis nihil intelligentur. Or de là à dire que l'universel est le seul être réel, il n'y a qu'un pas, et Duns-Scot n'hésite pas à le faire. Son système, pris au sérieux, l'y obligeait, et l'on démontre sans peine qu'il en fut ainsi. Cette conséquence du réalisme devient pour Duns-Scot un principe qu'il ne perd jamais de vue, et qui se montre dans ses théories particulières; nous en trouvons un premier exemple dans ce qu'il dit sur les idées. Dans son commentaire du Maiire des sentences, il reconnaît deux sortes d'idées : la première est celle des idées sensibles, dont il fait ressortir avec soin le caractère contingent: la seconde est celle des idées absolues, Î[ai seules constituent la vraie science. Quant a a connaissance que nous avons de ces idées, les sens n'en sont pai la cause, mais seulement l'occasion. On reconnaît ici le réaliste gui demande à la raison seule un véritable critérium de certitude, et qui ne voit la vérité que dans l'absolu.
Duns-Scot admettait la réalité des notions générales comme entités. Mais qu'est-ce qu'il entendait par ce mol, dont ses disciples ont tant abusé et qu'ils ont rendu si ridicule après lui 7 Il serait difficile de le dire; car nulle part il ne s'exprime à ce sujet d'une manière explicite, et peut-être ne faut-il pas chercher à le disculper enlièrcment du reproche que ses adversaires lui ont adressé si souvent ae multiplier les êtres •vins nrcessité. Toutefois on peut croire qu'il ^'entendait parler que des idées absolues, ou des types éternels de toutes choses tels qu'ils existent dans l'intelligence divine. C'est du moins ainsi qu'il comprend l'entité lorsqu'il discute le problème de l'individuation. Ce fameux problème, qui a si vivement préoccupé tous les philosophes scolastiques, et sur lequel Duns-Scot en particulier a concentré tous les efforts de son subtil génie, n'est nen moins que la question de Porigine des êtres ou de la création. Voici à peu près comment Duns-Scot a cherché à le résoudre. il admet d'abord une nature commune qui ramène toute pluralité i l'unité; c'est la matière ou la substance des individus; puis une forme, et enfin le composé de ces deux éléments. Or le principe de 1 individuation n'est ni dans la matière ni dans la forme, telle que la nature nous la montre dans les objeU; il ne résulte
Êas, non plus, de l'union de ces deux éléments, l'on vient-il donc? Le principe de l'individuation, dit Scot {In Magist. sent., dist. III, auaest. 2), consiste d:ins une entité positive qui en détermine la nature. Hais lorsqu'on lui demande c« que c'est que cette entité positive, et en quoi elle diffère de la forme qu'il ne veut pas admettre comme principe d'individuation, il répond par de vagues généralités et une suite de distinctions
Îilus ou moins obscures. Cependant, en recueilant avec attention tout ce qu'il écrit sur ce sujet, «t en expliquant au besoin un passage par
un autre, on arrive au résultat suivant . cette entité positive qui nous représente le principe d'individuation, est, pour les objets matériels, une forme supérieure et impérissable, un type éternel qu'on peut assimiler à l'idée platonicienne. De là vient que, selon Duns-Scot, l'esprit humain peut retrouver dans les choses les idées divines. Quelle différence y a-t-il donc entre ce type, cette idée divine, et la forme dont Scot ne veut pas? La même différence qu'entre l'effet et la cause, le contingent et l'absom, la copie et le modèle. En effet, Duns-Scot ne veut pas admettre comme principe ce qui n'est qu'une conséquence; la forme dans l'objet n'est qu'une empreinte, par conséquent ce qui détermine cette forme particulière est une forme supérieure. Duns-Scot se rapproche ici de saint Thomas, qui, dans sa théorie des idées, marche sur les traces de Platon. Après cette explication du nonrmoi matériel, Duns-Scot passe à celle de l'àme, au sujet de laquelle il se montre un peu plus intelligible, et, si l'on peut le dire, plus raisonnable. Selon lui [Comm. Magist. sent., dist. II, qujest. 7), l'àme intellective tire d'elle-même son individuation. Pourquoi ? parce que l'àme est une force. L'àme, dit-il, est un des termes de la création, et avant son hymen avec le corps, elle a déjà sa particularité {sua particularitas). De plus, 1 àme intellective tirant son individualité d'elle-même, et ce fait n'existant pas tant que l'àme ne l'a pas réellement produit, il en résulte que la notion de l'àme est celle d'une force en acte et qui a conscience d'elle-même. Si l'on peut reprocher quelque chose à la forme dont le docteur subtil enveloppe ses idées, la manière dont il conçoit et définit l'àme prouva du moins que ces idées elles-mêmes ne sont pas toujours à dédaigner.
En dissentiment avec saint Thomas sur le fait de l'individuation, et particulièrement au sujet de l'àme, ce désaccord prit un immense développement dans ses conséquences. Duns-Scot, s'apfiuyant sur la notion d'unité, soutenait, contre es thomistes, que les facultés de l'àme n'ont pas, dans la réalité, d'existence distincte entre elles, et encore bien moins d'existence séparée de l'àme elle-même. Assurément Duns-Scot avait raison contre saint Thomas; mais c'est dans la morale surtout que le réaliste se montre pressant et impitoyable. Saint Thomas, notamment dans son Commentaire du Maiire des sentetices, avait tenu si peu de compte de la volonté dans I homme, qu'il paraissait disposé à la sacrifier sans réserve. Duns-Scot, au contraire, alliant naturellement l'idée de volonté avec la notion qu'il avait de l'àme, à savoir, celle d'une force oui peut agir d'elle-même, Duns-Scot attaque 1 ange de 1 école, le suit pas à pas dans son propre Commentaire du Maître des sentences, qu'il oppose à celui de son adversaire, et se montre a la fois plus hardi et plus vrai. U serait trop long de retracer ici les circonstances de cette lutte, si honorable pour Duns-Scot; disons seulement que nul plus que lui, dans tout le cours de la scolastique, n'a proclamé plus hautement ni défendu avec plus de force le fait de U volonté dans l'homme. Esprit ferme et logicien sévère, quoique subtil, il savait se défendre de toute tendance au mysticisme vers lequel penchait saint Thomas. C'est de cette lutte entre les deux chefs que naquit, entre les thomistes et les scotistes, cette polémique si acerbe, au sujet de la liberté, de la grâce et de la prédestination.
Avec Duns-Scot. la philosophie scolasti<iue revint sur elle-même, et chercha, pour ainsi dire, à se recommencer. Par ce retour, ell» avouait à la fois et son insuffisance et son désir
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