‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 85 sur 156 · DURA · texte numérisé non relu

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d'aller plus avant dans la recherche de la vérité. Les esprits, mécontents du présent, reprirent d'abord avec ardeur un système dont toutes les parties n'étaient pas à repousser, et qui d'ailleurs avait laissé des traces incontestables dans le conceptualisme. Duns-S:ot fut l'auteur de cette réapparition, et il fit parcourir au réalisme tout le cercle de la philosophie d'alors, et souvent avec un sentiment du vrai et une sûreté de logique qui lui assignent un rang distingué dans l'histoire de la scolastiqne. Malgré l'obscurité de son style, il est digne d'attention pour la manière ferme et souvent hardie dont jl a traité les plus hautes questions de la philosophie, et ce n'est pas sans raison que les thomistes, effrayés peutêtre du caractère que prenait la philosophie chez Dnns-Scot, se montrèrent si acharnes contre leurs adversaires. Ainsi relevé par Duns-Scot, le réalisme s'impose do nouveau et captive l'attention, grâce au talent du maître et à cette puissance de dialectique dont il abusa si souvent, et qni le fit surnommer le docteur subtil. Cependant ce défaut ne nuisit en rien à l'indéfendance de son esprit j car, à une époque où autorité d'Aristote était portée jusqu'à l'exagération la plus incroyable, Duns-Scot garde son indépendance. En cela comme dans le reste, il se distingue de la foule nombreuse des scotistes, çpi maintinrent son école pendant trois siècles. C'est par eux que le véritable réalisme devint le scotisme, qu'on se représente avec raison comme un système ayant pour interprète une logique verbeuse, hérissée de syllogismes et de formules inintelligibles, et souvent pour résultats les conséquences les plus contraires k la raison. C'est en effet ce qu on voit chez la plupart des scotistes, et même chez les plus renommés, tels que J. Wassalis, Antoine André, Pierre Tarlaretj et surtout François Mayronis, qui fut surnomme àbon droitle doctcurdélié,le docleurdes abstrac- ■ tions.Ceque Duns-Scot n'avait pas fait, du moins formellement, Fr. Mayronis n'hesita pas à le faire, en réalisant les rapports entre les objets, et même lessimplesaccidcnts. Arrive à ce point, le réalisme n'avait plus t^u'à porter la peine de ses propres erreurs ; aussi ne tarda-t-il pas à être attaqué et délrfiné par le nominalisme, son ancien adversaire. Les écrits de Duns-Scot, publics par Wadding, forment 12 vol. in-f, Lyon, 1639.

On peut consulter sur la vie et les écrits de Duns-Scot : la Biographie de Wadding {Vila Joh. Duna Scott) placée en tête de son édition des œuvres de Scot, et publiée à part, in-8, Hons, 1644 J — Hugo Cavelli, Vita Joh. Dans Scoli, en avant de ses Quœationes et Sentenlice, Anvers, 1620; et Apolonia pro Joh. Duna Scolo advenus oppr<Aria, calumniaa et injurias, etc., in-12, Paris, 1634; — Mathaei Veglensis, Vila Joh. DunaiiScoti, in-8, Pavie, 1671 ; — J. G. Boyvin, Phiiosophia Scoli, in-S, Paris, 1690; et Philosophia quadriparlitaScolXj 4 vol. in-f", Paris, 1668; — Job. Santacrucii, Dialectica ad, menlem eximii magiatri Joh. Scoli, in-8, Londres, 1672; — Fer. Eleuth. Abergoni, lieaolutio doctrince scoli- «œ, elc, in-8, Lyon, 1643; — Bonaventnra Baro, Scotus, doclor siUililis per universam philoso-

Îhiam defentus, etc., in-f°, Cologne, 1664 ; — oh. Arada, Conlroveraice Theologicœ inler tanetvm Tnomam et Seotum, etc., in-4, Cologne. 1620; — Joh. Lalemandet, Dedaiona philoaophiea, in-f', Munich, 1644-164Ô; — Crisper, Philosophia acheta aeotiaticœ, in-f*, Augsbourg, 1135: et Theologia scholœ scolisticœ, 4 vol. in-P, ib., 1748; — F. Morin, de V Histoire de la phviMophie seolastigue, Lyon, 1852, in-8, et Dictionnaire de philosophie et de théologie scolastiquti, Paris, 1857-58, 3 vol. gr. in-8. X. R.

DXJBAin) DE Saint-Podrcain (Guillaume), Auvergnat de naissance, entra dans l'ordre des Frères prêcheurs, fut evêque du Puy en 1318, et de Heaui en 1326. Avant d'être promu à l'épiscopat, il fut appelé à Rome, sur le bruit de sa réputation, et y résida quelque temps en qualité de maître du sacré palais. Il mourut environ l'an 1332.

Il est à regretter (ju'on n'ait pas pu fixer d'une manière positive l'époque de la naissance de Durand de Saint-Pourçain. On saurait par là s'il a précédé Occam dans la réaction du nominalisme contre le réalisme. Cependant, quoiqu'il faille le regarder comme un des promoteurs de cette réaction qui amena le déclin de la scolastique, il est à peu près certain qu'il fut disciple et non précurseur d'Occam, puisque celui-ci brillait dans l'Université de Paris en 1320, et crue Durand de Saint-Pourçain ne monrut qu'en 1332 environ. Une autre raison en faveur de cette opinion, et qui ne peut laisser aucun doute, c'est qu'il commença par être ardent thomiste, et qu'il n'entra que tard dans la voie des nouveautés anglaises, comme on disait alors en parlant de la philosophie d'Occam. Il nous suffira donc de parler ici de Durand de Saint-Pourçain, sans entrer, sur le nominalisme, dans des développements qui trouveront plus naturellement leur place ailleurs.

Le réalisme avait reparu avec Duns-Scot, et bientôt, par ses excès, il suscita contre lui un système qui s'était montré avec éclat au début de la seconde époque de la scolastique. Durand de Saint-Pourçaii. fut un des premiers à prendre part i cette lutte, et avec d'autant plus d ardeur, qu'il trouvait par là un nouveau moyen de combattre les thomistes. C'est ainsi qu'on le voit soutenir, contre ceux ci, que les âmes ne sont point égales par leur nature, en même temps ou'il semble reconnaître, avec Duns-Scot, gue l'es;sence de l'àme consiste dans une sorte d'activité incessante: aussi, pour distinguer l'àme de ses facultés, il se fonde sur ce que celles-ci sont quelquefois dans une inaction complète. Il n'est pas moins en désaccord avec les thomistes sur tous les points de controverse qui se rattachent à la question de la volonté. D'un autre cêté, on le voit se séparer de Duns-Scot au sujet de l'individuation, et de tout le réalisme de son temps, en affirmant qu'il n'y a que des individus dans la nature. Partout il repousse avec énergie la réalisation des abstractions, affirmant, en outre, que la vérité est, non dans les choses, mais dans l'entendement. L'ouvrage où il s'attacha à combattre ses adversaires et à exposer ses propres idées, est son Commentaire des sentences; fà il se montre sage et mesuré, et cependant il fut surnommé le docteur très-résolu, et regardé comme affichant des idées nouvelles. Il n'en était rien, cependant ; Durand de Saint-Pourçain, comme adversaire des thomistes et du réalisme, ne disait rien de nouveau ni de bien hardi, surtout quand on le compare à Occam ; mais le docteur très-résolu ne s était pas borné à la spéculation, il était entré avec une certaine fermeté dans le mouvement de son époque, époque de travail au dedans et au dehors.

Les ouvrages de Durand de Saint-Pourçain sont : In Sententias theotogicaa Pelri Lombardi commentariorum libri quatuor, in-f*. Les deux dernières éditions de ce livre plusieurs fois réimprimé sont celles de Lyon, 1569^ et de Venise, in-f. 1586. De origine juriadictionum sive de juriadictione eccleaiaatica et de le^us, in-4. Paris, 1506. Durand de Saint-Pourçain, malgré son dévouement au saint-siége, montra quelque hardiesse dans cet ouvrage, et plus encore dans

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