ENTÉLÉCHIE
lomnes; et lonibent sans cesse les unes sur les autres au fond des forét»^ où la nourriture qu'elles ont fournie à quelques plantes slériles est tout reflet qu'on remarque. » 11 montre ensuite les révolutions inévitables des sciences, des arts et de la langue, et défend cette doctrine de la perfectibilité de 1 esprit humain , que le xviii' siècle n'a pas inventée y mais dont il a fait, pour ainsi dire , une religion. Dans nul article peut-être Diderot ne déploya avec plus d'aisance cette faculté rare qu'il avait de s'occuper de toute espèce de sujet avec un égal en* thousiasme.
Tel est 1 ensemble des doctrines philosophiques que les deux principaux auteurs de ï Encyclopédie répandirent dans le corps de ce grand ouvrage. Malgré les défauts nombreux qui le déparèrent, il eut d'abord un grand éclat. Au moment où la philosophie nouvelle voulait tout refaire, les opinions, les mœurs, les croyances , les lois et les institutions, c'était une pensée hardie et féconde de réunir dans un seul tableau tous les divers aspects de la connaissance humaine. £t ce fui une de celles qui contribuèrent le plus à affermir l'esprit novateur et à le préparer aux grandes choses qu'il accomplit un peu plus tard. Malheureusement \ Encyclopédie fut exploitée dans un intérêt de parti , et prit trop souvent les allures du pamphlet , ce qui , joint aux circonsUinces extérieures, l'empêcha de tenir toutes ses promesses. On peut même remarquer que, loin d'avoir servi à rattacher les sciences les unes aux autres, comme cela semblait devoir être son but principal et avoué, ] Encyclopédie a précédé de très-peu le moment où les diverses branches de la connaissance humaine ont cessé d'être cultivées ensemble.
Fr. R.
ENTÉLÉCHIE [en grec, gvrtx^x"»; ^^ i^rtUç, parfait j fxiiv, avoir; réxs;, fin ; traduit en latin par perfectihabilia ]. Ce terme a été créé par Arislote, et depuis remis en honneur par Leibnitz. Il désigne, en général, toute réalité qui possède en soi le principe de son action , et qui tend d'elle-même à sa lin. Après avoir, au premier livre de la Métaphy-* sique, exposé sa théorie des quatre causes, matérielle, formelle, efficiente ou motrice, et finale , qui correspondent à ces quatre questions : Quelle est la matière d un objet? Quelle en est la forme ou l'essence? Quel en est le moteur? Quelle en est la lin ? Aristote, par des éliminations successives, les réduit à deux, la matière et la forme, le possible et rèlre, la puissance et l'acte. L'acte par excellence, est l'acte pur et qui se suffit à lui-même dans son absolue simplicité; il l'appelle ^c^-f&ia. L'acte imparfait est celui qui, parti d'un point dans le temps et l'espace , traverse un intermédiaire pour arriver a son but ; sa condition est le changement, le passage d'un premier état à un second, de ce qu'il n'était pas encore à ce qu'il est. A cet acte, Arislote a donné deux noms, celui de x(vr.<ii;, par rapport aux mouvements qu'il implique; dU^nUy/ia,, par rapport au but vers lequel il tend. L'entélécbie est donc opposée à la simple puissance, comme la forme à la matière , l'être au possible. C'est elle qui, par la vertu de la fin, constitue l'essence même des choses, et imprime le mouvement à la matière aveugle; et c'est en ce sens qu Aristole a pu donner de l'âme cette cclcbre définition, qu'elle est l'eniéléchie ou forme première de tout corps naturel
qui possède la vie en puissance. Pour Leibnilz^ en donnant à ses monades le nom d'entéléchies, il a consacré sar ce point essentiel r«tfBnité de sa doctrine avec celle d' Aristote. A. B.
ENTHOUSIASME [ Jv6cu<Tta<iao;]. Ce mot est dans Platon et dans Aristote ; il signifie proprement inspiration divine et , d'une manière plus générale , inspiration , excitation extraordinaire de Tàme , exaltation intérieure qui se manifeste au dehors par des paroles ou des actes plus énergiques ou plus violents. L'enthousiasme est habituellement attribué aux frètes y aux artistes: mais il peut appartenir dans une certaine mesure tous les hommes : la pensée la plus grave et la plus austère ne l'exclut pas. Le savant, le philosophe aussi peuvent le sentir; et Socrate, dans le Phèdre, rapporte à l'influence des nymphes Tenthousiasme dont il est animé. L'enthousiasme est si peu le privilège de quelques âmes, que pufois des nations entières en sont agitées : de grands événements politiques ou religieux le leur inspirent ; c'est lenthousiasme qui produit dans les peuples ces admirables élans de courage qui sauvent la patrie et la liberté , et tous ces dévouements éclatants ou inconnus qui sont rhonneur de la nature humaine. C'est lui encore qui enfante ces convictions ardentes, c^s grandes croyances qui poussent les individus au martyre , et qui organisent les sociétés. Inspiration des poètes , ou même des devins et des prophètes , réflexion sublime et profonde des philosophes , héroïsme des guerriers et des peuples , dévouement des martyrs et des patriotes, ce sont là des faces diverses de l'enthousiasme ?u'il faudrait toutes étudier pour le bien comprendre dans toute son tendue et dans toute sa puissance. La psychologie et la morale n'en ont peut-être pas assez tenu compte; et c'est une lacune que la philosophie de nos jours a cx)mmencé et continuera sans doute à combler. Il n'est point dans Tûme humaine une faculté qui soit à la fois ni plus obscure ni plus importante ; mais il faut ajouter que cette faculté, bien qu'appartenant à tous, ne se manifeste clairement que dans quelques-uns , à de rares intervalles, et qu'elle a pu échapper ainsi à une analyse toujours très-difficile, d'ordinaire trop peu profonde, et qui d'ailleurs ne doit s'adresser qu'aux généralités.
L'âme humaine n'a que deux mouvements possibles: ou elle s'abanbandonne à la puissance qui l'anime , sans avoir conscience de la force qui la pousse, sans essayer de comprendre et de diriger l'instinct qui la mène ; ou bien, tout en obéissant encore, elle intervient, du moins pour une part plus ou moins grande , dans les effets de cette puissance dont elle se rend compte, et qu'au besoin elle modifie. Le premier de ces mouvements . est la spontanéité; le second est la réflexion avec toutes les nuances, avec tous les degrés que Tune et l'autre peuvent recevoir.
Dans la spontanéité, l'homme n'est pour rien : il est mû par une force qui ne vient pas de lui , qu'il ignore tout en la suivant. L'être moral n'apparaît pas «ilors ; la volonté et la liberté, bien qu'elles vivent toujours , ne sont point éclairées par cette lumière supérieure de la raison sans laquelle il n'y a point de vraie responsabilité. L'individu vit alors d'une vie d'autant plus puissante qu'elle est plus aveugle : il en sent la
plénitude^ elle déborde en lui ^ mais il ne la règle pas ; il ne tente même
csi mus la règle
ppînt de la régler , tant le mouvement qui l'emporte est rapide et irrésistible. D'où vient cette puissance intérieure qui meut 1 homme? Et puisqu'elle n'est pas de lui , de qui la tient-il ^ à qui doit-il la rapporter? A Dieu ! a répondu la philosophie grecque ; et de là le sens profond et parfaitement vrai du mot enthousiasme (cv, Oeo;). Mais cette acception ^ Urée de rétymologie même, n'est pas celle qu'ordinairement on y attache. L'enthousiasme est une certaine nuance de la spontanéité : ce n'est pas la spontanéité même; et bien qu'en nous ce soit certainement quelque chose de divin qui donne à notre intelligence le mouvement et la vie, et produise ce que la philosophie moderne appelle la spontanéité, ce n'est qu'à l'un des effets les plus saillants de la spontanéité, et non à la spontanéité toute seule, que la philosophie grecque a joint la notion d'une intervention divine. Ceci, d'ailleurs, s'explique sans peine. La spontanéité, telle que nous la comprenons aujourd'hui, est le fait le plus profond de notre nature , et il a fallu une très-longue analyse pour le découvrir dans les ténèbres où il se cache, et le démêler au milieu de cette multitude de faits beaucoup plus apparents qui le voilent à l'observation , même la plus attentive.
Il ne faut donc pas confondre l'enthousiasme avec la spontanéité. La spontanéité est bien plus divine encore que l'enthousiasme sans contredit; mais c'est l'enthousiasme seul qu'on rapporte plus particulièrement à l'influence de la divinité. La spontanéité est un fait général qui appartient à tous les hommes sans exception, et que la science ne peut faire remonter qu'à Dieu. L'enthousiasme, né dans certaines circonstances, ne durant que quelques instants , a pu être attribué dans le polythéisme à la faveur spéciale d'un dieu tutélaire, se communiquant à une âme privilégiée qu il veut remplir et embraser.
Quel est donc précisément l'état de l'àme dans l'enthousiasme? 11 est fort difficile de le dire : quand l'âme est dans cet état extraordinaire, elle ne l'observe point, par les causes mêmes qui le produisent; quand elle n'y est plus, les éléments de l'observation lui font défaut, et le souvenir en est bien efTacé et bien peu saisissable. C'est en vain qu'on le demanderait à ces âmes fortunées que l'enthousiasme enflamme durant une vie tout entière , à ces* poètes qui ont chanté sous l'inspiration qui les consumait. Ils ont transmis aux peuples le feu divin dont ils brûlaient eux-mêmes; mais ils le leur ont transmis avec cette naïveté qui les caractérise et en fait au milieu de la vie commune de sublimes enfants et des interprètes aveugles, quoique divins, de la pensée des nations. Les poètes ne nous diront donc pas ce que c'est que l'enthousiasme. Quand Socrate va leur demander leur secret, ils ne savent que lui répondre, et le désappointement du philosophe e>st au moins égal à son admiration. Il faudrait bien moins encore interroger les artistes : leur inspiration n'égale pas en violence celle des poëtes , mais elle n'est pas plus claire pour eux; ils ne la comprennent pas davantage, et ils pourraient tout aussi peu l'expliquer. Il faut même renoncer à obtenir le mot de cette énigme des savants qui, comme Archimède ou Newton, ont éprouvé les austères transports de l'enthousiasme scientiûque. Il n'y a que le philosophe qui puisse nous donner ici quelques lumières certaines, et précisément parce que la philosophie est le domaine propre de la réflexion, et que si le philosophe sent aussi parfois ce puissant et divin instinct
auquel les autres obéissent aveuglément , lui du moins , habitué comme il Test à observer tous les mouvements de son âme , il observe celui-là avec d'autant plus de soin qu'il est plus singulier et plus rare. Il ne le répudie pas , mais il le contient de peur d'être emporté par lui ; et quand , pour son malheur , il s'y abandonne ^ c'est qu'il quitte le ferme sol de la raison et de la personnalité pour tomber dans ces excès et ces abtmes où se perd le mysticisme.
C'est donc au philosophe de savoir ce qu'est l'enthousiasme , d*où il vient , où il doit s'arrêter , et de montrer quelle est sa grandeur et aussi sa faiblesse. C'est donc au philosophe , bien qu'il doive plus que tout autre éviter ce redoutable attrait des âmes les plus nobles, de faire la part rigoureuse de ce qu'il y a de divin et d'humain tout à la fois dans renthousiasme, d'admirable mais de périlleux, de fort mais de caduc.
Un premier fait de toute évidence que les portes , les artistes, et tous ceux que l'enthousiasme a une fois transportés, peuvent attester unanimement , c'est que l'ùme dans ces moments sublimes ne s'appartient pas. Les plus vives de ses facultés, les plus 'brillantes, les plus fécondes sont en jeu, et l'âme a perdu toute action sur elles. Tout entière à l'émotion divine qui la bouleverse, elle ne la sent que pour y céder, que pour y succomber. Qui peut donc agiter ainsi l'âme de l'homme, r«rrachcr à elle-même , l'enivrer si puissamment ? Une seule cause : l'èlee, la vue, le sentiment du bien, quelles qu'en soient les formes, le beau, le juste, le saint, le vrai. Voilà la cause unique de l'enthousiasme : il ne peut pas y en avoir d'autres ; voilà le délicat mais irrésistible intermédiaire dont Dieu se sert pour transporter les âmes. Et, dès lors , rien d'élonnant que l'enthousiasme soit reporté à Dieu même , que l'enthousiasme rende en quelque sorte Dieu même présent j c'est que le bien , s'il n'est pas Dieu , ne vient que de Dieu cependant ; c'est que toutes les formes du bien viennent de lui sans distinction , et que la vérité , la sainteté , la justice , la beauté sont également divines. Voilà comment l'idée du bien, conçue dans tout son éclat et dans toute sa puissance , éblouit et accable le philosophe lui-même ; voilà comment Platon en délourne les yeux de peur d'en être aveuglé ou, pour mieux dire , de peur de céder à ce transport qui Ole à l'âme la lumière splendide et douce de la réflexion. L'idée du bien est le mobile perpétuel de l'homme sans doute; mais quand elle agit plus puissamment que de coutume, c'est alors l'enthousiasme qu'elle provoque avec toute son énergie, qui peut aller parfois jusqu'au délire.
Si l'âme en cet instant ne se possède plus , la cause qui la pousse a beau êlrc divine et sainte, notre nature fragile court grand risque de tomber, et sa chute alors est d'autant plus grave, que l'exaltation de l'âme l'a élevée plus haut. Si c'esl le bien que l'homme poursuit dans cette noble ivresse, est-ce toujours le bien qu'il voit? Est-ce toujours le bien qu'il saisit? Et que de périls ne court-il pas quand il renonce, sans d ailleurs le plus souvent le savoir , à ces facullés d'un autre ordre, plus sûres et tout aussi puissantes que l'enthousiasme, où notre personnalité intervient du moins avec sa part de raison et de responsabilité? En faisant le plus attentif et le plus régulier usage de la réflexion pour se conduire et éviter la faute, l'homme n'est pas assuré de ne point se
tromper. Mais ne lest-il pas bien moins encore quand il abandonne son seul guide, et qu'il se livre à cet autre agent aveugle que sa raison doit conduire, bien loin de se soumettre à lui ? Voilà comment cette sentence vulga'u-e est parfaitement vraie, « que du sublime au ridicule il n'y a qu'un pas. » Voilà comment il n'y a qu'un pas aussi de renlhou»iasme religieux au fanatisme , de l'enthousiasme patriotique à l'inhumanité; en un mot y voilà comment il n'y a qu'un pas de tout enthousiasme aux aberrations et aux excès les plus étranges quand ils ne sont pas les plus coupables.
Dans de justes limites , l'enthousiasme ennoblit l'homme et le transforme presque on dieu. Mais qu'il est difficile de marquer ces limites ! Qu'il est difficile surtout de s'y tenir I C'est donc une arme à la fois dangereuse et puissante, qui blesse les imprudents, qui n'appartient , en général , qu'aux forts , mais dont la raison doit attentivement surveiller l'usage périlleux. C'est une noble et grande passion de Tàme, qui bien souvent l'égaré, et qui lui ôie d'autant plus de forces pour revenir de son erreur, que d'abord elle lui en a plus donné pour la commettre. Il y a toujours un grave danger pour Thomme à sortir de sa nature, même pour s'élever au-dessus d'elle; et si quelques instants il se grandit outre mesure, c'est, en général, pour tomber bientôt audessous de lui-même. In medio virtus. Mais qu'elles sont admirables et rares ces âmes favorisées du ciel qui savent joindre, dans une puissante et féconde harmonie, l'enthousiasme à la raison, tempérer les ardeurs de l'un par le calme de l'autre, et emprunter à tous deux ce qu'ils ont d'excellent, en laissant ce qu'ils ont d'excessif! C'est ce juste tempérament qui fait toutes les grandes choses, depuis les chefs-d'œuvre des poètes et des philosophes, jusqu'aux institutions durables des législateurs et des conquérants.
Si donc la morale a négligé jusqu'ici l'étude de cette noble passion , et si un Descartes a pu l'omettre dans son analyse de toutes celles qui agitent l'homme, ce n'est pas que l'enthousiasme ne mérite la plus sérieuse allenlion, et par sa grandeur et par ses périls; mais c'est que la morale, étudiant les facultés ordinaires de l'homme et leurs développements réguliers, a passé sous silence un état exceptionnel après tout , qui n'a rien de normal, tout admirable qu'il est. Pourtant les exceptions mêmes, quand elles sont aussi éclatantes que celle-là, quand elles peuvent séduire et perdre les plus nobles cœurs, doivent être signalées avec les danij;ers qu'elles présentent; et la morale, après avoir fait la part austère et vraie du devoir, doit faire aussi celle du dévouement , qui n'est que le luxe du devoir si l'on veut, mais qui peut en être l'achèvement le plus beau , de même qu'il en est aussi parfois l'écueil. C'est une morale incomplète que celle qui ne va pas jusque-là, et qui ne sait ni comprendre ni restreindre l'enthousiasme, tout en l'approuvant. L'enthousiasme n'est pas nécessaire à l'homme, sans doute ; mais sans l'enthousiasme, l'àme de l'homme n'a jamais toute sa puissance, la pensée toute sa force , l'action toute son énergie.
C'est surtout la jeunesse qui est accessible à l'enthousiasme. D'abord elle est plus rapprochée de l'enfance, que domine exclusivement la spontanéité j et en elle, l'intelligence est plus vivement émue du spectacle encore nouveau que lui donnent les grandes idées du juste, du
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saint y du vrai ; plas tard , l'Ame les sent moins , parce qu'elle en a contracté la noble habitude; mais la vieillesse n*exclut pas même les plus ardentes aspirations de l'enthousiasme; seulement alors, les organes , atteints déjà par Tàge , répondent moins aisément à Tesprit quf les veut mouvoir. Ils résistent , ou plutôt ils n'obéissent point. L'enthousiasme peut être intérieurement tout aussi ardent : au dehors, les signes qui l'expriment et le manifestent sont moins complets et moins puissants.
L origine de lenthousiasme est donc bien divine, comme l'a cru la philosophie grecque qui , la première , l'a nommé. Il vient de la spontanéité , qui est vraiment la partie divine dans l'homme; toutes les âmes Kuvent le ressentir , mais toutes ne le ressentent pas au même degré. !S causes apparentes en peuvent être les pins diverses; mais au fond, il n'en a jamais qu*uneseule : le bien, qui attire et agite l'âme quand elle le sent ou le conçoit. Il arrache l'homme à lui-même ; et, par là, s'il le pousse le plus souvent aux grandes choses , il peut aussi le conduire aux plus mauvaises. Enfin c'est un élément précieux de notre nature , que nous ne saurions tout à la fois ni conserver avec trop de soin , ni surveiller avec trop de sollicitude, parce qu'il n'est jamais à demi bienfaisant ou redoutable. B. S.-H.
EXTIIYMEME. Qu'est-ce que l'enthymème? C'est un argument composé de deux propositions, dont la première, qu'on appelle antéeédent, contient et engendre la seconde^ qui prend le nom de eonsé^ çuent:
La baleine est un mammifère ; Donc la baleine est vivipare.
Ou encore :
Tout mammifère est vivipare; Donc la baleine est vivipare.
L'enthymème est là tout entier.
Pour peu qu'on réfléchisse sur les deux arguments que nous venons de citer comme exemples, on s'aperçoit facilement qu'en les rapprochant, qu'en les ajoutant l'un à l'autre, on obtient cette combinaison :
Tout mammifère est vivipare; Or la baleine est un mammifère; Donc la baleine est vivipare ; ^
c'est-à-dire un syllogisme parfait. Tel qu'il est et réduit aux deux propositions dont il se compose, chacun de nos enthymèmes, c'est-à-dire l'enthymème en général peut être dit un syllogisme imparfait.
En quoi consiste celte imperfection? On le voit clairement. Des deux prémisses, la majeure et la mineure, que le syllogisme nous présente. Tune ou l'autre, la majeure ou la mineure manque àTenlhymème. L'enthymème est un syllogisme tronqué.
Pourquoi celte proposition supprimée? c'est que l'argument dont elle fait partie se comprend suffisamment sans elle; c'est que l'esprit conçoit de lui-même et sans y être pro\oqué par une expression su-