ENCYCLOPÉDISTES
idées d'ordre y d'arrangement, de proportion , d'harmonie et de beauté. Nous découvrons ensuite le même ordre et une beauté ana- Jogue dans tous les êtres qui nous environnent; de sorte que cette notion nous devient bientôt familière. En l'analysant, on voit qu'elle découle des notions d'existence , de nombre , de longueur, lai^ur et profondeur, et d'une inûnité d'autres. De sorte qu'en définitive la notion de beau se résout complètement dans celle de rapports. Aussi, pour Diderot, n'y a-t-il pas de beau absolu, quoiqu'il dislingue le jugement qui perçoit le beau, de la sensation agréable que la vue de la beauté nous procure; le beau est relatif à nous, mais il faut toujours distinguer le beau réel et le beau aperçu ; le premier est dans les choses, et le second est la vue variable que nous en avons. « C'est même, dit-il , l'indétermination des rapports d'un objet avec d'autres , la facilité de les saisir, et le plaisir qui accompagné leur perception , qui a fait imaginer que le beau était plutôt une affaire de sentiment que de raison. » La diversité des rapports perçus aurait été ainsi la cause de la diversité des opinions humaines sur la beauté. Comme démonstration de sa théorie, Diderot ajoute des remarques fort ingénieuses, et essaye de l'appliquer à quelques exemples.
Ainsi le philosophe de V Encyclopédie ne voit pas qu'au contraire, dans le phénomène complexe produit en nous par la vue du beau , le sentiment ou la sensation seule est relative, et que le jugement qui affirme la beauté n'est pas relatif. Mais si, sur ce point, Diderot est encore le disciple du sensualisme, surtout en voulant démontrer, dans le même article, que toutes nos idées de beauté sont tirées de l'expérience, et qu'ainsi elles se résolvent dans la notion essentiellement variable et complexe de rapports , du moins il entrevoit dans la notion du beau quelque chose d'indépendant des conventions et des caprices des hommes , ce qu'il appelle le beau réel, et donne ainsi une certaine fixité à ridée du beau.
En dehors des articles qui se rapportent à tous ces divers points de doctrine, nous signalerons d'abord l'article Académie j qui contient une appréciation , remarquable pour l'époque, de la révolution philosophique inaugurée par Descaries. Diderot y montre très-bien comment l'établissement des Académies a contnbué au développement et à la sécularisation de la science , et à l'avènement de l'esprit laïque dans la direction des intérêts moraux de la société.
Nous citerons également l'article Encyclopédie, qui est peut-être le plus remarquable de tous ceux qu'écrivit Diderot , et qui est certainement un de ceux où il montra le plus de verve et de sagacité. Cet article abonde en traits éloquents, tels qu'ils jaillissaient, comme par éclairs , de la plume de cet écrivain. Il y expose ses idées sur le projet d'un dictionnaire universel et raisonné des connaissances humaines, sur sa possibilité, sa destination , ses matériaux , l'ordonnance générale de ces matériaux, le style, la méthode, les renvois, la nomenclature, le manuscrit, les auteurs, les censeurs, les éditeurs et le typographe. C'est là qu'il déclare, contrairement à toutes les idées reçues alors en pareille matière, que le Gouvernement ne doit pas se mêler d'un pareil ouvrage. «Les projets littéraires conçus par les grands, dit-il, sont comme les feuilles qui naissent au printemps , se sèchent tous les au-