ÉPICURE
S*". Fuyez la joaissance qai doit vous priver d'une jouisance plus grande ou vous causer plus de peine que de plaisir.
i^*". Prenez la peine qui vous délivre d'une peine plus grande ou qui doit être suivie d'un grand plaisir.
Résumons ces canons eux-mêmes : La seule règle de conduite est la recherche du plus grand plaisir possible. La plus grande gloire d'Epicure est d avoir été toute sa vie observateur sincère d'une pareille morale, sans se laisser aller sur cette pente qui entraîne tout partisan du plaisir dans la licence et de la licence dans l'abjection. Bien des gens seront étonnés d'apprendre que ce maître en fait de plaisir se nourrissait de pain trempé dans l'eau et écrivait à l'un de ses disciples de lui envoyer un peu de fromage, afin de pouvoir faire bonne chère quand il lui plairait, a Ëpicure, dit Sénèque, avait trop d'un sou par jour pour son ordinaire. Métrodore, moins avancé que son maître , dépensait un sou tout entier. » Une joie intérieure le dédommageait de ces privations. Dans ses derniers jours, attaqué de la pierre et assailli des plus vives douleurs, sa sérénité d'àme ne l'abandonna pas. Il cherchait àse distraire par la contemplation de la nature. Sentant sa fin prochaine, il légua son jardin à ses disciples, et mourut la seconde année de la cxxvii' olympiade, 270 ans avant notre ère, à l'âge de soixante et onze ans.
Epicure, dans une vie consacrée à l'enseignement et traversée d'un grand nombre de maladies, avait trouvé le temps d'écrire trois cents volumes. Les anciens nous apprennent (et nous le concevons sans peine) que son style manquait d'élégance et de correction. Il y a quelques années, il ne nous restait de tant d'ouvrages que quatre lettres et quelques fragments. Un heureux hasard a depuis fait découvrir en partie son traité sur la Nature dans les ruines d'Herculanum.
L'originalité avait manqué à Epicure, elle manque absolument à toute son école. Tant qu'il reste quelque vestige de la philosophie antique, les nombreux amis de la volupté, en Grèce et à Rome, affluent dans les ^les épicuriennes. De cette multitude , il n'est sorti durant tant de siècles ni un seul homme éminent, ni une seule pensée originale. Cette stérilité s'explique en partie par l'esprit exclusivement pratique des épicuriens de tous les temps, par le caractère même de la doctrine épicurienne et par la mollesse des hommes qui en font leur règle de conduite.
Malgré la perte des écrits d'Epicure, son système est peut-être celui des systèmes antiques que nous connaissons le mieux. Cicéron, Sénèque, Plularque, les Pères de l'Eglise, l'exposent et le critiquent en mille endroits. Diogène Laërce s'étend sur la philosophie d'Epicure avec une sorte de complaisance. Enfin , un siècle et demi seulement après la mort de son fondateur, l'épicuréisme a eu dans Lucrèce son poëte inspiré et son interprète fidèle.
Les ouvrages modernes à consulter sont les suivants : Gassendi, de Yita, moribus et doctrina Epicuri, in-i®, Lyon, 164.7 j et Syntagma philosophiœ Epicuri, in-i", La Haye, 1655. — Sorbière, Lettres de la vie, des mœurs et de la réputation d'Epicure, in-i*», Paris, 1660. — N. Hill, de Philosophiis Epicurea , Democritea et Theophrastca, in- 8% Genève, 1669. — Bremer, Essai d'une apologie d'Epicure , in-8**, Berlin, 1776. — Zimmermann, Vita et doctrina Epicuri, in-i**, Heidel-