PREFIXES PRO ET IN
Prohibition , inhibition.
PROHIBITION, INHIBITION. Termes de législation et de palais qui signifient défense , ou ordre
A. Rallonger, c'est réparer un accourcissementy faire revenir au premier eut en allongeant. Ses grilTes, vainement par Pussort accourciei, Se rallongent déjà , toujours d'encre noircies. Bozl. sur la Chicane.
Ou bien, comme re marque une nouvelle action, même quelquefois une action adverse, en sens contraire, c'est allonger une chose par l'addition d'une autre qui n'est pas de même espèce. «Ce qui est allongé ou prolongé est un , ce qui est rallongé est formé de deux choses Jointes ensemble, v Gond. L'Académie donne aussi cette explication. Ou bien enfin, c'est allonger itérativement une chose beaucoup trop courte. « Rallongez ces élrivières , ces étriers. » Acao. Quant à jToro^er, que Girard fait synonyme d'ullonger et de prolonger^ il en diffère d'une manière frappante. Il se dit en parlant de la durée et signifie non-seulement une action volontaire ainsi que pro» longer^ mais un acte légal, une décision de l'aulorité : proroger une loi, une dispense, le terme accordé pour l'exécution d'un traité. C'est un terme de jurisprudence comme abroger et déroger, qui sont de la même famille; c'était déjà en latin le caractère de rogare^ leur primitif.
de ne point &ire certaines choses. Ils ont pour radical commun haberej avoir, tenir.
Prohiber, c'est tenir en avant, au loin, soit la personne qui serait tentée de faire la chose , soit la chose eÙe-même. Inhiber , c'est avoir en , tenir en dedans la personne, la retenir, l'arrêter. Si bien que la prohibition empêche plutôt de commencer, et Vinhibitûm de continuer; l'une, ce qu'on pourrait faire , ce qui peut-être au fpnd serait légitime; Tautre, ce qui se fait irrégulièrement , ce qui a cours contrairement à l'ordre établi. Ce qui n'est pas prohibé est approuvé ou autorisé; ce qui n'est pas inhibé est reçu , se pratique i^^ement. La culture du tabac , le commerce du sel , la fabrication privée de la poudre i canon, l'introduction de certaines marchandises , le divorce , l'appUcation de certaines découvertes fatales, sont prohibés. Il est fait des tnhtlntiofu à celui qui a frappé un citoyen , pâturé dans son champ, attenté à son honneur, bâti sur son terrain , de continuer , de récidiver , en vertu d'un droit établi , d'une loi existante ; on ne dira pas dans c& cas-là prohibition, parce qu'il s'agît d'arrêter le cours d'une chose déjà défendue, et que Vinhibition ne se tait qu*en con< séquence d'une défense précédente.
Bn un mot , la prohibition élève une barrière , met une certaine distance entre les choses et les personnes-, c'est une ceuvre de prévoyance, un acte réglementaire, d'administration ou de police. U inhibition surprend les personnes en train de faire les choses , et les retient , leur met un frein ; c'est un terme de chancellerie exprimant un acte qui est essentiellement du ressort de la justice et a pour but d'arrêter le progrès du mal, la pratique des choses défendues.
Quand on ne veut pas permettre , on emploie la prohibition : « Dans cette monarchie les profctbittons et les permissions ne pouvaient être que passagères, v Coud. Quand on ne ferme pas les yeux sur le mal et qu'on veut y mettre un terme , on emploie Vinhibition. Sous Louis XY , le parlement mécontent avait plusieurs fois cessé de rendre la justice. « Le roi vint au parlement lire un édit, où il fit les plus expresses tn/it&i'tton^ d'interrompre , sous quelque prétexte que ce pût être , le service ordinaire. » Voit. Dans une ordonnance synodale ayant pour but de mettre fin à des abus , Bossuet a fait très-expresses inhibitions aux merciers , boulangers et autres , d'étaler leurs marchandises les jours de fêtes et patrons des églises , dans ks cimetières et sous les portiques des églises. »
PRÉFIXE PBË.
Méditer <, préméditer. Se munir ^ se prémunir. Supposer, présupposer. Tendre à , prétendre à.
Cette particule initiale , formée de la préposition latine prx , a'quelque analogie avec la précédente pour le sens comme pour la forme. Elle peut se rendre par, d'avance, auparavant, par devant , dans la partie antérieure. En général , et à la différence de pro , elle est comparative , et plus relative au temps qu'à l'espace; elle marque
plutdt précaution que protection , prévoyance que providence.
MÉDITER , PRÉXÉDITER. Chercher avec réflexion les moyens d'exécuter une chose.
Ces deux mots supposent , mais le second plus particulièrement, que c'est d'avance qu'on se livre à cette recherche. Préméditer d'avance (Bbauh.) est un pléonasme. Méditer un discours, c'est appliquer sa pensée à trouver ce qu'on doit dire. On prémédite un discours , quand on craint de ne pouvoir l'improviser et de rester court au moment de parler. Dans l'ilmphttryon de Molière, Sosie dit:
II me faadrait, pour l'ambassade.
Quelque discours prémédité.
« Gicéron parait se borner à vouloir que l'auteur prémédite les figures et les principales expressions de son discours.» Fén.
On médite un projet quelconque , et ce mot ne signifie guère autre chose sinon le fait de concevoir l'idée Je ce projet et d'en occuper son esprit; on prémédite celui qui demande qu'on fasse nattre ou qu'on saisisse plus ou moins longtemps à l'avance les circonstances favorables , qu'à leur égard on se tienne prêt ou sur ses gardes. On est toujours coupable de méditer un crime , mais plus coupable encore de le préméditer , car cela prouve qu'on l'envisage et qu'on s'y prépare de sang froid plus ou moins longtemps auparavant , et c'est une circonstance aggravante que cette plus grande participation de la volonté. « Un insensé vient d'écrire que la Saint-Barthélémy n'avait point été préméditée. j>YohT.
oc Quand on demandait à César quelle mort il trouvait la plus souhaitable : la moin s pr^m^dit/e, répondlt-il, et la plus courte. » Monta ign. « Le hasard en apparence, mais un hasard en effet bien ménagé et bien prémédité , fait ces prétendues rencontres qui sont de vrais rendez-vous. »
BOURD.
La différence est la même entre les deux expressions se munir et se prémunir, qui veulent dire, se fortifier, prendre des mesures, se pourvoir de choses nécessaires à la défense. On se munit dans le péril de manière qu'on est en sûreté, a Dans les maux violents , la nature se recueille tout entière , le cœur se munit de toute sa constance. » Fléch. On se prémunit avant le danger, par précaution, de manière à n'être pas surpris quand le mal arrivera , s'il doit arriver, c Ce temps de l'Église est représenté très au long comme celui qui allait venir, et contre lequel par conséquent les fidèles avaient besoin d'être le plus prémunis. » Boss. — Au cœur de l'hiver, le voyageur se munit d'un manteau; en toute autre saison, il se prémunit d'un manteau, de peur que le temps ne devienne froid.
SUPPOSER , PRÉSUPPOSER. Admettre quelque chose comme vrai sans vérification , sans s'en être assuré.
D'abord on présuppose par avance , et ce mot regarde toujours l'avenir; on dirait bien ^ au contraire, à une personne qui a commis une faute: je suppose qu'on vous a mal conseillé.
Ensuite, *ttppo»er devant être considéré comme un radical simple à l'égard de présupposer y il
PREMIÈBE PXRTÏB
peut arriver qu'on suppose sans dessein, sans môme s'en apercevoir : dans votre raisonnement vous supposez par inadvertance ce qui est en question. On ne présuppose que volontairement , explicitement et avec une sorte de solennité. « Tâchons d'entendre danA le fond ces paroles du Fils de Dieu ; et pour cela présupposons quelques vérités qui nous en ouvriront l'intelligence. » Boss.
Enfin on suppose quelque chose au moment même où on en a besoin; on présuppose quelque chose par avance , prévoyant bien le besoin qu'on en aura.
TENDRE A , PRÉTENDRE A. Se porter vers un but , faire effort pour y parvenir.
Tendre se dit des choses comme des personnes: des écrits tendent à l'affaiblissement de la religion , au renversement des États. JPrétendre ne se dit. que de l'action des personnes.
Ensuite, quand on ne parle que des personnes , tendre «xprime une action naturelle et non pas volontaire; en sorte qu'on- t€nd à un but par inclination^ et non pas de propos délibéré: tel philosaphe tend au matérialisme , et il ne parait pas qu'il s'en doute. Ou, bien l'action de tendre est au. moins plus vague , plu» couverte , plus cachée , moina prétentieuse , moins déolaarée. « Le cardinal Fleury se r^ouit de pouvoir désormais se conduire en liberté vers le grand objet où. il avait toujouis tendu , qui était de s'attacher le roi sans ^ réserve.» S. S. Catilina tendait sourdement et en ' secret à la destruction du gouvernement de Rome ; jusqu'au 18 brumaire , Bonaparte ne fit aussi que tendre à la domination ^ mais à partir de cette époque il y prétendit ouvertement.
A quoi on peut ajouter que prétendre est seul comparatif, et que seul il suppose des concurrents qu'on veut procéder ou provenir , sur lesquels on veut prévaloir ou prédominer. La chose à laquelle on tend peut n'être pas facile à atteindre, et pour y parvenir, il faut surmonter des obstacles ; la chose à laquelle on prétend est disputée , et on ne l'obtiendra qu'autant qu'on l'emportera sur les- autœa pr^fendaiito , sur ses contendants.