‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 117 sur 426 · SOUPIRER , RESPIRER · texte numérisé non relu

SOUPIRER , RESPIRER

Roubaud a comparé ces verbes dans deux circonstances , et d'abord , quand le premier s'emploie avec après ou pour , le second prenant un complément direct : soupirer après la guerre , respirer la guerre ; auquel cas , ils sont bien peu synonymes.

Soupirer, suspirare, sub spirare, souffler de dessous , de bas en haut , pousser des soupirs ; on soupire après ou pour une chose qu'on désire avec une sorte de Langueur, de calme et d 'affliction, comme un amant. « Aimer Dieu, c'est «ouptrer et languir après lui. » Fén. Respirer, re spirare , souffler itérativement , aspirer et rendre l'air, se dit figurément en parlant d'une passion dont on est si plein et si animé qu'on semble l'exhaler; c'est ainsi que le feu et la fureur, suivant les poètes , sortent des narines du coursier fougueux. Soupirer après ou pour se met toujours devant le nom de l'objet qu'on désire , non pas en homme passionné , emporté , mais d'une manière douce , passive , expectante ; respirer veut toujours après lui le nom d'une passion à laquelle on est en proie. Il n'est donc pas à craindre qu'on se méprenne à leur égard. On soupire après le retour de quelqu'un (Fén. , J. J.); pour des ri' chesses qu'on n'emporte point dans la tombe (Enctcl.). On respire l'ambition et la guerre (Boss.); la vengeance (Barth. , Acad.); la fureur du duel (Volt.). Soupirer après la guerre , c'est être fâché que la guerre, comme objet ou fait, n'ait pas lieu , et désirer qu'elle ait lieu ; respirer là guerre , c'est éprouver le sentiment ou la fureur de la guerre. On ne soupire pas après l'ambition ; on la respire , comme dit Bossuet.

Mais ensuite, respirer, tout comme «ouptrer, se trouve quelquefois avec après , que suit le nom d'un objet, et c'est alors seulement qu'il y a entre eux synonymie assez étroite , tous deux signifiant désirer avec ardeur l'objet devant le nom duquel ils se placent : soupirer ou respirer après le retour d'une personne chérie.

Sotiptrer après marque toujours un désir doux, tendre, touchant, calme, triste, affectueux; respirer après , c'est témoigner par sa respiration qu'on aspire' à tel but, qu'on voudrait tel objet,

4 , Aspirer y ad spirare^ souffler vers, de manière à monu^r le but auquel on prétend. Ce verbe hidiqne aussi la direction vers un but avec espoir d'y parvenir; mais il est plus relatif à la volonté qu*à la sensibilité.

El monté sur le faite , il aspire à descendre. Coair. On peut iupirer à un bien sans désir bien marqué ,

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

ibl

et, comme il n'y a que les passions qui se décèlent de la sorte , l'expression respirer après annonce un désir plus ardent , plus énergique y plus Tîf . plus impatient , plus empressé. « Mon âme désire , mon &me languit , mon âme tombe dans la défaillance , en soupirant après vos éternels tabernacles , après cette cité permanente. » Boss. liais Voltaire écrit au roi de Prusse : « Le jeune d'Btallonde ne respire qu^après le bonheur de Ti- Yre et de mourir à Totre service. » Et Sganarelle , dans YÉcole des tnaris , se figurant qu'Isabelle meurt d'enne de l'épouser :

You» le Tojei , je ne lui fais pas dire, Gb n'est ipi*après moi seul que son ftme respiré. Mol.

«La biche altérée ne soupire qn* après les eaux de la fontaine; le loup affamé ne respire qu'après sa proie. Les passions prennent le caractère du sujet passionné. Mn malade trop débile encore et abattu ne fait que soupirer après la santé ; le malade , dont le courage renaît arec les forces , ne respire qu'après elle. » Roub.

En un mot, on est plus passif quand on soupire, et plus acti[ quand on respire après; et c'est pourquoi soupirer après ne dénote pas toujours j comme respirer après , le désir d'un bien qu'on Toudraît posséder , mais quelquefois le regret d'un bien qu'on a eu le malheur de perdre, a Votre ami mort , tous soupirex en yain après lui; TOUS resptrie;; après Totre ami viTant. L'ambitieux déchu des honneurs soupire après eux tout bas; V ambitieux entrepi^enant ne respire qu'après les honneurs qu'il poursuit. • Roub.

PRÉFIXES SUP IT CON., Supplémenif compiément. Supporter, comporter.

SBPPtÉMSm, GOHPLÉMENT. Ce qui est ajouté à une chose.

' Le siippl^menl est ajouté en sous-ordre , comme quelque chose de subordonné à l'égard de quelque chose de principal. Le complément complète ce à quoi on le joint ; il en est une partie essentielle , et non un accessoire ou un appendice. On donne un supplément de dot ou de solde , et le complément de la dot ou de la solde ; c'est , d'un côté , par surérogation , parce que la dot ou la solde complète semble faible, ou qu'on veut témoigner son contentement en donnant quelque chose en sus; de l'autre côté , c'est afin de s'acquitter entièrement. Sans le supplément qu'on donne à un ou- Trage , celui-ci serait entier selon le premier dessein de l'auteur; le supplément est un ouTrage à part, subalterne, pour ainsi dire, qui ne fait qu'étendre ou écUarcir quelque partie du premier: sans le complément qu'on lui donne, l'ourrage manquerait d'une partie nécessaire.

Toutefois le supplément , au lieu de s'ajouter à un tout complet, mais insuffisant, comme lestfpplément d'un lirre , d'un journal , d'une dot , peut aussi , de même que le complément ^ se trouver joint à un tout incomplet , qui n'est pas entier , auquel manque une partie. Alors la différence reste toujours à peu près la même: le complément

sans passion,' ou du moins cette idée nedomine pas dans asfirer a comme dans soupirer et respirer après.

fournit la partie même qui manque, il parfait, il achève; et le supplément donne quelque chose qui tient lieu de complément , c'est-à-dire , non pas quelque chose de même nature que l'objet , qui se fond et s'incorpore avec lui , qui y entre de manière à ne faire qu'un avec lui , mais quelque chose d'étranger qui s'y rapporte simplement. « Les Pères ont appelé le Saint-Esprit le saint complément de la Trinité, d'autant que l'union, c'est ce qui achève les choses ; tout est accompli quand l'union est faite, on ne peut plus rien igouter. » Boss. Voilà bien le complément. Voici le supplément selon cette nouvelle acception. < S'il manque quelque chose au prix pour la délivrance d'un chrétien , saint Pierre Nolasque offre un supplément admirable , il est prêt à donner sa propre personne. » Boss.

Au peu d'esprit que le bonhomme avait L'esprit d'antmi par supplément servait. Volt.

Laharpe dit dans la préface de son Cours de lit* téraiure : «Ce livre est le complément des études pour ceux qui peuvent pousser plus loin celles qu'ils ont faites ; ^'en est le supplément pour les gens du monde qui n'ont pas le temps d'en faire d'autres, s

SUPPORTER, COMPORTER. Ces deux verbes s'emploient bien avec la négation , pour exprimer (qu'une chose ne saurait en souffrir une certaine autre.

Ces sortes d'ouvrages ne supportent pas la critique , et ne comportent pas tant d'ornements. Ils ne supportent point la critique, ils en sont accablés; ils ne comportent pas tant d'ornements, c'est-à-dire que. naturellement ils ne les admettent pas , ils ne peuvent subsister avec eux. D'une part , c'est un manque de force ; de l'autre , c'est une incompatibilité essentielle. Dans un récit on dira qu'un ouvrage n'a pas supporté la critique ; ce n'est que dans le didactique , là où il est question de convenances idéales , considérées à priori, qu'on pourra dire d'ouvrages ou d'autres choses qu'ils ne comportent pas ceci ou cela. Ce qui ne supports pas une chose , y succombe ; ce qui ne comporte pas une chose, y répugne. «Vous voyez combien ces maximes (que je viens de' réfuter), supportent mal l'examen de la saine raison. »J.J. a Le gouvernement monarchique ne comporte pas des lois aussi simples que le despotique. »

MOITTESQ.

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