PRÉFIXE CONTRE
Faire, contrefaire.
Contre , latin contra , indique situation ou manière d'être d'un objet opposée à celle d'un autre , ou vis-à-vis d'un autre.
FAIRE, CONTREFAIRE. Se donner Vair d'avoir
PKKVIËHE PARTIE
certaines qualités : faire ou contrefaire Vhomine de bien.
Contrefaire, c'est représenter une personne, faire en face d'elle une personne semblable en limitant , comme il arrive quand on se meut devant une glace. En sa qualité de composé , il dénote un dessein formel, l'intention expresse de paraître autre qu'on n'est, une feinte préméditée. Celui qui fait l'important, l'entenda, le grand seigneur , prend l'air de ce» personnages , sinon sans le vouloir et sans s'en apercevoir, du moins sans suivre en cela un plan conçu d'avance , et 88ns s'efforcer de tout son pouvoir de tromper les autres sur son compte. Il en est de même de celui qui fait rhomme de bien. Mais celui qui contrefait l'homme de bien ou l'insensé joue un rôle de propos délibéré , a précisément pour but d'en imposer , et emploie avec application et persévé^ rance toutes sortes de moyens pour atteindre ce but.
De plus , on fait l'homme de bien ou l'insensé un instant , en passant , sous un rapport , devant telle personne. « David ayant fait le fou en présence du roi Achis , ce prince le fit éloigner. » Boss. Mais quand on contrefait l'homme de bien ou l'insensé, on fait un vrai personnage, on cherche à imiter son modèle constamment et de toutes les manières , on suit un système de conduite. « Le premier Brutus contrefit l'insensé poçr échapper à la défiance et à la tyrannie des Tarquins.» Volt., Co»d. De là vient qu'on ne dit pas contrefaire , comme on dit , faire l'affligé , le malade , le mort. <c Je ne faisais pas le dévot , dit le cardinal de Retz dans ses Mémoires , parce que je ne me pouvais pas assurer que je pusse durer à le contrefaire. »
PRÉFIXES CONTIŒ et BÉ.
Contredire^ dédire.
CONTREDIRE , DÉDIKE. Dine non sur ce qui a
été dit par quelqu'un.
Contredire exprime une opposition ; dédire signifie l'action de défaire en parlant quelque chose qui a été fkit. Nous contredisons quelqu'un , quand nous nous élevons contre ,ce qu'il a avancé, contre ses jugements ou ses assertions ; nous le dédisons , quand nous disons non , après qu'il a dit oui, relativement à une chose à accorder, quand nous retirons la parole qu'il a donnée pour nous.
Se contredire et se dédire , c'est dire le contraire de ce qu'on a dit soi-même. Mais on se contredit 4ans le savoir ni le vouloir; au lieu que se dédire , en vertu de sa particule initiale , exprime une action plus expresse, plus déterminée, c'est-àdire une action toujours volontaire qui a pour but de défaire ce qu'on croit avoir dit de mal , en un mot une rétractation.
PRÉFIXES COifTSS bt MAI.
Contrefait , malfait..
/ÎDNTREFAIT, HALFAIT. Qui est affligé dans ^on coips de quelque défaut apparent.
te premier dit plus qoa le second. Contrefait signifie fait contrairement à ce qui est bien , et mélfait ne présente la même idée que d'une ma-
nière négative. Celui-là annonce donc une irrégularité de conformation bien plus choquante. L'homme contrefait est une sorte de monstre: l'homme mal fait n'est que laid. « Un homme bossu est contrefait ; un homme gros et court est malfait. Ti Cond. De son côté, Fénelon dépeint ainsi l'homme malfait : « Pittacus était d'une figure assez difforme : il avait toujours mal aux yeux; il était fort gros et fort négligé et marchait désagréablement , à cause de quelques infirmité? qu'il avait aux pieds. Sa femme n'avait rien qu'un très-grand mépris pour lui, à cause qu'il était malfait, »
PRÉFIXE INTBO.
Préposition et préfixe en latin, intro marque le passage du dehors au dedans.
PRÉFIXES INTRO et PRO. Introduire , produire.
INTRODUIRE , PRODUIRE. Conduire ou mener quelqu'un avec soi pour le faire connaître à d'autres. Introduire ou produire dans le monde , à la cour, auprès d'un grand, dans les salons d'un ministre.
^troduire^ dueere intro, c'est conduire dedans; produire, dueere pro, c'est conduire. en avant. L'action de Vnn consiste à donner accès , à mettre en rapport avec; celle de l'autre à ftire peraftps et briller, à mefttre sur un théâtre. On introduit un étranger , on produit un honune de talent. Celui qu'on atfiCrodiitt à la cour ou dans le monde y est reçu , y a ses entrées; celui qir'on y Si produit s'y fait remarquer, s'y montre avec avantage. Sans quelqu'un qui vous inProduûû. vous ne serez point admis; sans quelqu'un qui vous produwe, votre mérite ne pourra se ftiire jotir.
On conçoit néanmoins qu'un homme émiaent se produise de lui-même à la cour ou dans le monde, sans y éftre introduit; il convient alors de lui appliquer ce qu'un certain personnage dans Regnard dit d'un autre :
Il a su se produire,
Bt n'a pas eu besoin de moi pours'ûitrodStaire. Celui qui s'introduit de lui-même dans une société est un intrus. Massillon, dans un sermon adressé aux Grands , développe parfaitement l'idée de produire. «Vous produise» , dit-il , des hommes de Dieu qui seraient demeurés dans la poussière, et qui , à la faveur de votre nom et de votre appui , paraissent daps le public , mettent en œuvre leurs talents et contribuent à l'édification des fidèles. »
Et non-seulement, tandis que celui qui vous introduit se borne à vous présenter pour la première fois, à vous procurer une entrée quelque part, celui qui vous produit vous met A même de vous faire valoir , mais encore il prend d'oidinaire quelque soin de vous faire valoir lui-même , il vous prône , il est votre promoteur,