PREMIÈRE PARTIE
à un certain jour marqué , les lettres de rewmdation réciproque. > Boss. « Madame Guyon a souscrit à la condamnation de ses ouvrages : moyennant cela et la renonciation à son directeur , avec quelques autres choses conformes à sa déclaration faite entre mes mains, on l'a reçue aux sacrements. > Id. ~ Mais le renoncement est une vertu intérieure , un détachement de cœur et d'affection. «La plupart des préceptes de Jésus-Christ ont pour objets des vertus intérieures, l'amour des ennemis , le détachement des biens du monde , le renoncement aux satisfactions humaines. » Nie. c La circoncision du cœur , c'est le retranchement de tout le sensible, et le renoncement entier à soi-même. 9 Boss. « Ce renoncement de' cœur, ce mépris de tout ce qui passe , recommandé à chacun de nous dans l'Évangile. > Mass. « La vie chrétienne est une vie de renoncement et de sacrifice. » Id. « Les poésies qu'Ausone avait faites avant son renoncement aux muses profanes. » Roll
«c Le quatrième acte de justice , qui doit être le plus fréquent , est la renonctatton à l'alliance du peuple dont on a à se plaindre. » Mortesq. < L'État subsiste indépendamment de l'amour pour la patrie , du désir de la vraie gloire , du renoncement à soi-même, et de toutes ces vertus héroïques que nous trouvons dans les anciens.» Id. — On dit renonciation à une succession (Acad.) , à une province qu'on cède (Boss.), à une couronne (Vert.) , etc. ; on dit renoncement aux plaisirs (Agad. , Mal. , Coud.) , aux honneurs et à la vanité (Acad.) , à ses volontés , à ses inclinations naturelles , aux douceurs et à la tranquillité de la vie (Bourd.).
Beauzée propose la même distinction. < RenoncicUion , dit-il , est un terme d'affaires et de jurisprudence; c'est l'abandon volontaire des droits que l'on avait ou que l'on prétendait avoir sur quelque chose. Renoncement est un terme de spiritualité et de morale chrétienne; c'est le détachement des choses de ce monde et de l'amourpropre. »— Toutefois, et quoi qu'en dise Beauzée, la renonciation étant extérieure, peut n'être qu'extérieure , c'est-à-dire , à la différence du renoncement , forcée et non pas volontaire, a Les Colonne prétendaient que la renonciation du ' pape Célestin V était nulle , parce qu'elle lui avait été arrachée. » Cond. Voltaire traite de « renonciation imposée par la force » celle du prince Alexis , fils du czar Pierre I" , au trône de Russie.
SENSATION, SENTIMENT. Ces deux mots ex priment une impression laite sur l'âme , qui en modifie l'état en mieux ou en pis et devient un mobile pour sa volonté.
Mais l'un est plus relatif au fait même de l'impression , à la cause qui le produit ; l'autre , à l'état où l'flme se trouve à la suite. En agissant sur nos sens , les objets nous causent des seneatûms agréables ou désagréables; notre âme éprouve alors un sentiment de plaisir ou de peine. Un orateur véhément, parlant sur un sujet terrible, produit sur son auditoire ime sensation de frayeur, et chacun des auditeurs éprouve ou conçoit un sentiment de frayeur.
Ou bien le sentiment , au lieu d'être quelque chose de postérieur^ est quelque chose d'antérieur
au faït propre de sentir. « Suivant Descartes , les bêtes sont de pures machines qui ont toi^ours les organes du sentiment pour n'éprouver jamais la moindre sensation, > Volt.
D'autre part, sensation signifiant une action se dira des affections passagères qui ne durent point On dit bien, produire une sensation de frayeur; on ne dirait point, produire une sensation d'aversion. Une sensation de plaisir, de joie, de douleur, n'est point un sentiment de plaisir, de joie, de douleur. L'une est instantanée, rapide, superficielle , et considérée par rapporta sa cause, à sa production ou à sa vivacité; l'autre est plus intime et plutôt considérée sous le point de vue de sa durée et de son intensité. On dit bien une sensation de douleur , mais non une sensation de souffrance.
Considéré d'une manière plus générale , le mot sensation , conformément à son sens fondamental et primitif, ne peut se dire que des affections de l'ânae résultant d'une action réelle. Il est presque exclusivement déterminé à signifier les impressions produites sur nos sens par les objets extérieurs , et qui sont suivies dans notre intelligence d'idées relatives à ces objets. Au contraire , sentiment exprime toutes les affections que l'&me éprouve en tant que raisonnalde, dont l'origine est, non pas dans une action réelle et extérieure , mais dans des idées abstraites , et à la suite desquelles nous ne recevons aucune idée. Ainsi, presque toutes nos idées sensibles ont été précédées de sensations. Les plaisirs que nous éprouvons après avoir compris un problème, une énigme, une découverte , ou conçu la moralité d'une action , ou aperçu U beauté d'un objet d'art, sont des sentiments , et ces mouvements de l'âme ne sont poumons l'occasion d'aucune connaissance. Maine de Biran (Rapport du physiqw et du moral, p. 133), a parfaitement fait cette distinction, et l'usage de la langue la confirme. On subit des sensations: on conçoit des sentiments. On éprouve , on reçoit des sensations; on a et on entretient des sentiments. Sur ce point les synonymistes Girard et Roubaud sont arrivés au même résultat.
DISSENSION , DISSENTIMENT. Ils donnent tous deux l'idée d'une différence de sentiments , d'opinions.
Mais la dissension est plus violente que le dissentiment; c'est le dissentiment qui se manifeste au dehors, qui éclate; c'est une querelle, une émeute. Une ville est en proie à la dissension quand ses habitants sont divisés en plusieurs factions qui se disputent le pouvoir ou les droits politiques. Il y a dissentiment entre deux savants qui ont sur un point des opinions différentes.
VIOLATION, VIOLEMENT. Ils expriment l'infraction d'un devoir.
Violation est un terme nouveau , quoiqu'il soit seul dans Kicod et que nous en connaissions un exemple de Bossuet: il ne se trouve dans le Dictionnaire de V Académie qu'à partir de* 1762. On a d'abord employé violement seul, et aujourd'hui nous ne disons plus guère que violation. Violement n'a cependant pas disparu et ne doit pas disparaître tout à fliit ; car il a une nuance spéciale.
Violation se dit d'une infraction extérieure , qui
SYNONTHES QUI ONT LE MÊME RADICAL
in
se ait sentir au dehors et appelle la répression; ce mot est relatif aux bis sociales. lie wolemetU marque une infraction intérieure, pour ainsi dire, qui n'est point portée à la connaissance du magistrat; c'est une violation de la loi divine ou de la loi morale. Ce qui est violation au regard de la société est vioUment au regard de Dieu et de la conscience. Violation , comme renonciation , est un terme de jurisprudence; et violentent ^ comme renoncement y un terme de morale et surtout de morale chrétienne. La violation est un délit; le vioUment est un péché ou une faute contre le devoir, a Des violements de la charité. » Pasc.* Le vioUment des préceptes de TËglise, le vioUment du sabhat. >Mass. «Saint Pierre vengea par la mort d'Ananias et de Saphira le violemimt (le l'unité des fidèles, s Boss. « La première révolte de la créature contre son Dieu a été la transgression et le vioUment de la loi. » Bodrd. a Je préférerai mon mal particulier , plutôt que de faire un plus grand mal au genre humain par le violement des lois qui en assurent la tranquillité. » D'Ag.
D'autre part , la violation étant tout extérieure, se réduisant au fait, à la manifestation, sans rapport à l'intérieur et aux dispositions, peut très-bien , à la diflérence du violement , ne pas provenir d'un agent moral. «Si les montagnes étaient supposées avoir porté des mers , ce serait une f?toIation des lois de la gravitation et de l'hydrostatique. ^ Volt. ».
BÈNOYATIOn , mEROC VEIXEMENT. RéUblissement d'une chose dans son premier état.
« BénovatUm marque plus l'action de la cause qui renouvelle; renauveUemeat , l'état de la chose renouvelée. » Cord.
On assiste â une r/novation de vœux; la réiovation des roeui de telle personne s'est faite de telle manière, dans telles circonstances. Par le reiumreUemenl des vœux l'âme reçoit ime nouvelle force pour persévérer dans la piété.
Rénovation annonce plutôt une célébration; une cérémonie, une fête. Il existe de Bossuet un tout petit traité ayant pour titre : Rénovation de l'entrée dans la sainte religion. Il commence par ces mots : « Il faut la célébrer tous les ans dans des transports de joie. »
FONDATION , FONDEMENT. Action de poser le soutien d'un édifice ou ce qui résulte de cette action.
Condillac etLaveaux sont d'accord sur le caractère actif et subjectif du premier de ces mots , et sur le caractère de pas^ité et d'objectivité du second. « Fondement se dit de la partie d'un mur enfermée dans la terre jusqu'au rez-de-chaussée; fondottoit est l'action de poser les fondements, > Lxv. « Le fondement est la masse de pierre qui supporte ou supportera le bâtiment , et la fondation est le travail nécessaire pour asseoir les fondements. C'est pourquoi on dit, faire les fondations et poser les fondements. » Coud.
*. Fiol wt trouve défini par le DicUonnaire de l'Académie et les autres d'une manière si distincte, goe chercher, comme l'a fait Beaozée, i le séparer de violation et de noUmeni serait un soin superflu.
Laveaux ajoute avec l'Académie qu'il est passé en usage d'objectiver aussi les fondations et de les prendre pour les fondements eux-mêmes. «En ce sens , dit-il , fondement est préférable. » Pas toujours : faire les fondations vaut mieux que poser les fondements, quand on veut rappeler tous les travaux qui entrent dans cette opération , comme ceux qui consistent à creuser la terre , à en retirer les déblais , à rassembler et à employer les matériaux ; et c'est à cause de ce rapport spécial à l'action que fondation ne se dit point ati figuré comme fondement.
' Les fondements se considérât en eux-mêmes tels qu ils sont ; les fondations rappellent l'action de fonder , le fondateur et son talent. « Un architecte avisé proportionne de telle sorte le fondement avec l'édifice, qu'on mesure et qu'on découvre déjà l'étendue et l'ordre de tout le palais, en voyant la profondeur , les alignements , la solidité des fondaXions. » Boss. La solidité des fondations n'est point du tout celle des fondements : elle résulte de la manière doat on sait bâtir, et non pas de la nature des matériaux , de la largeur ou de la profondeur du mur. « Il s'en faut beaucoup que les fondations de la plupart de nos maisons soient aussi solides que l'étaient les grands chemins dans le voisinage de Rome. » Volt.