TERMINAISON AGE
Nue , nuage. Marais , marécage. Ombre , ombrage. Herbe, herbage. Pâture, pâturage. Rive, rivage. Coquille, coquillage. Langue, langage. Bande , bandage. Tricot , tricotage. Cahot , cahotage. Caquet, caquetage. Baragouin, baragouinage. Part y partage. Débâcle, débâclage. Labour t labourage. Cœur^ courage. Œuvre, ouvrage.
Quoique cette désinence tire probablement son origine du latin agere , agir , faire , elle est toute française , ainsi que la désinence ment. Dansagus . agium , qui terminent quelques substantifs latins, la syllabe ag fait partie du radical : exemples , magus , mage , et prxsagium . de prx sagus, présage. C'est à notre imitation , de l'aveu même de Romani, que les Italiens ont fait leurs noms en aggio^ coraggio, oltraggio , omaggio, passaggio, vantaggio, formaggio , erhaggio , etc. Quant à la valeur de cette particule , il faut , pour arriver à la connaître , observer que les substantifs qui finissent en âge sont , ou bien à base nominale , ou bien à base verbale. Dans le premier cas , ils signifient . comme les noms en ure , et même plus particulièrement encore, un ensemble, une réunion, une chose plusieurs fois répétée. De là vient que la terminaison âge est celle de la plupart de nos noms collectifs , feuillage , branchage , plumage . vitrage, entourage, etc., lesquels équivalent presque à des substantifs ordinaires au pluriel.
Lorsque les substantifs ainsi terminés sont à base verbale , ils rappellent , non pas en général , l'action d'un sujet, comme ton et ment, mais plutôt , comme ure , le résultat de l'industrie , le produit d'un art , une forme donnée , l'opération d'un ouvrier , sa peine , son salaire , etc. , ou les qualités de la chose en conséquence d'un travail manuel. Une circonstance à remarquer , c'est que cette désinence, aussi commune pour le moiu5 que la désinence ure en termes d'arts et métiers . se trouve à la fin de substantifs qui sont tous masculins ; c'est sans doute parce qu'ils représentent les choses comme façonnées , comme ayant reçu de la main de l'ouvrier quelque chose qui les détermine, les borne et les spécialise.
Du reste, ces deux nuances ne sont pas tellement propres, la première aux substantifs à base nominale, la seconde aux substantifs à base verbale . qu'elles ne se rencontrent quelquefois toutes deux dans un même substantif de l'un ou de l'autre genre. Nous allons montrer d'abord comment elles se modifient , et comment elles donnent une physionomie particulière aux substantifs terminés en âge , quand ils sont comparés avec des substantifs de même radical et sans terminaisons signiâ.catives.
NUE, NUAGE. Amasdevapeurs élevées dans Tair.
Nuage , suivant Beauzée , est plus propre à caractériser un amas de vapeurs fort condensées t
SYNONYMES QUI ONT LE MÊÎIE RADICAL
7e nuage est en quelque sorte la nue qui se concentre , qui se multiplie , qui se répète , une réunion de plusieurs nuet. Aussi , selon Tavis des synonymistes Beauzée, Roubàud et Condillac^ est-ce sur Vidée d'opacité et d'obscurité qui en résulte que nous nous arrêtons principalement lorsque nous prononçons le mot nuage. Un nuage de traits ^ un nuage de poussière ; a?oir un n'uage sur lesyeui. « Un beau jour sans nuage. » Fé:^. c En Suède, la lumière de la lune n'est obscurcie par aucun nuage. » Volt. « Alors Tatmosphère est obscurcie par les ivuages d'une épaisse fumée.» BuFF. « L'aiguille aimantée peut seule nous conduire, lorsque tous les astres sont voilés par les nuages, les brouillards et les brumes. » Id. « Au dernier jour , un nuagt dérobera 1. C. à vos yeui.» Boss. — On appelle nuages les doutes , les incertitudes et les ignorances de l'esprit humain. « Les ap'Mres ne comprenaient rien à ce discours , tant étaient épais les nuages qui enveloppaient leurs esprits. » Boss. « Plus la philosophie péripatéticienne a été enseignée, plus elle est devenue obscure : un nuage de commentateurs s'est placé entre Ansiote et nous. » Cond.
Cuant à la nue , ce qui la distingue, conformément sans doute à l'étymologie , c'est son élévation. Porter, élever une personne ou une action jusqu'aux nues. Le sommet d'une montagne se perd dans les nues. Les enfants de Noé voulaient porter la tour de Babel jusqu'aux nues (Boss.). « Toutes les fois qu'on se veut guinder au-dessus des nues , on s'y perd. » Boss. "^
BiABAlS, MARÉCAGE. Espaces de terrains cou- Terts d'eaux qui n'ont pas d'écoulement.
Marécage exprime un espace plus étendu : c'est tout un pays où il y a âei marais. « La bécasse fouille dans la terre molle des petits marais et des environs des sources. « Buff. «c L'Amérique est couverte de marécages immenses qui rendent l'air très-malsain. » Volt. « Le buffle réussirait dans nos provinces où il se trouve des marais et des marécages. » Buff. On dessèche un marais; on chasse dans les marécages. Un pays peut n'être qu'un grand marécage : tel est celui qu'occupent les marais Pontins.
OMBRE, OMBRAGE. Trafce obscure que fait un corps qui intercepte les rayons de la lumière.
On se promène à Vomhre d'un parasol ; on se couche sous Y ombrage d'un hêtre. V ombre peut être produite par un corps simple ou de peu d'étendue : sur un cadran , on juge de l'heure par l'ombre de l'aiguille. Vombrage suppose toujours quelque étendue, et résulte de l'ensemble ou de la réunion des branches et des feuilles des arbres; ce qui fait dire à Condillac que le mot ombrage emporte tout à h fois l'idée d'ombre , celle d'arbres et celle d'un certain espace. On est à Vombre dans une glotte, derrière un mur; on n'est sous Vombrage que dans un bosquet ou sous un arbre. « La terre est opaque, elle fait ombre. » Buff. « Les arbres diminuent par leur ombrage la chaleur du soleil. » iD.
HERBE, HERBAGE. Plantes qiK servent à nourrir les animaux. Un lapin vit d*herbe ou d^herbcLge, Btrbe a rapport à la nature des plantes, et herbage emporte une idée de collection , de diver-
sité , si bien qu'il signifie toutes sortes d'herbe* ou un nombre considérable de plantes de différentes espèces. Herbage équivaut à herbes , comme chevelure à cheveux.
Ensuite, quoique herbage ne soit pas à base verbale, il rappelle quelquefois une action, une destination assignée par l'homme : on appelle herbages les herbe* des prés où l'on met les animaux pour les engraisser , et plus particulièrement encore les prés mêmes qui ont cetf destination et qu'on ne fauche jamais ; ou bia, eçcore , les herbe* spécialement cultivées et apprêtées pour la nourriture de l'homme. « Les Italiens vivent beaucoup d'herbage*. ^ J. J. « Quelqu'un des savoureux herbages qui croissent dans nos jardins, certains laitages de nos montagnes, voilà ce qui couvre et orne la table. » In. — On distinguera de même lait de laitage. Celui qui vit de lait se nourrit du lait tel qu'il est fourni par les animaux ; celui qui vit de laitage se nourrit de toutes sortes de mets, fromage, beurre, crème , etc. , dont le lait est la base , et préparés par la main des hommes.
PAtdre , PATURAGE. Lieu où paissent les bestiaux.
Il y a de l'herbe dans la pâture , mais en petite quantité; les pdturo^e* en sont tout couverts. On dit , une vaine pâture , et de ^r^s pâturages. «Pour obtenir de beaux bœufs , il faudrait faire un règlement par lequel on abolirait les vaines pâtures , en permettant les enclos. » Buff. « Le bœuf devient d'une taille prodigieuse dans les contrées où le pâturage est riche et toujours renaissant.» In.
« Tâture , dit Koubaud , signifie un terrain inculte et entièrement négligé qui ne peut donner qu'une herbe rare, courte et pauvre.» Ce qui implique une seconde différence , savoir que dans la pâture croit naturellement la nourriture des animaux qui paissent , au lieu que les pâturages sont des lieux que l'homme cultive et prépare pour y faire paître les bestiaux.
RIVE , RIVAGE. Partie de terre qui va ou s'étend en pente douce jusqu'à une eau qu'elle ter^ mine ou limite.
«c Jiive^ dit Condillac, signifie seulement le bord que l'eau bat , au lieu que rivage comprend une plus grande étendue de terre, s Et Roubaud : « Le ^rivage est une rive étendue. La rive n'a point ou n'a guère, de largeur; le rivage a une largeur plus ou moins considérable. L'eau , en se débordant, couvre la rtre et s'étend sur lertt'o^e. Le rivage a un bord ; on n'en attribue point à la rive. 9
La rive est simple comme le mot qui l'exprime: elle n'a pas d'étendue ou de largeur. C'est souvent un terme abstrait , purement indicatif : la rtre droite, lance gauche, la nï'e opposée, la rive orientale ou occidentale. Le rivage , au contraire , suppose une assez grande étendue : aussi a-t-il des bords :
Rivage malheureux !
FftUait-il approcher de tes bords dangereux ? R*c. C'est une partie de terre où on peut se promener (Labr.), faire voler un char (Rac), bâtir une ville : « Salente florissait sur le rivage de la mer.»