TERMINAISON IS
BamaSy ramassis, Palj PaJis,
La désinence is n'est pas plus latine que les désinences ment et âge. Aussi les noms auxquels elle s'ajoute ne trouvent-ils guère de synonymes à radicaux identiques que parmi les noms en ment et en âge; ils ont môme encore moins de noblesse que ces derniers, comme on peut en juger par les mots hachis , gâchis , margouillis , dégobillis. C'est une terminaison essentiellement passive , qui marque le résultat d'une action , un assemblage , et souvent , en raison de son caractère de dépréciation, un mélange ou un amas ' confus.
RAHA8 , RAMASSIS. Réunion de choses de peu de valeur qu'on a ramassées.
Mais le second enchérit sur le premier. « Un ramas y dit Gondillac, est une collection ou un recueil fait sans choix. Mais il peut y avoir du bon , au lieu que dans le ramassis tout est mauvais. 9
OC Le Taîmud est un ramas des traités et des sentences des anciens maîtres des Juifs : on y trouve , parmi une infinité de fables impertinentes, de beaux restes des anciennes traditions du peuple juif. » Boss. a Le livre de Mirabeau l'économiste est im ramas indigeste de choses bonnes et mauvaises. » Lab. Mais le ramassis est tout mauvais. « Ce dictionnaire passe pour un ramassis de phrases sonores et inintelligibles. > J. J. « Un journaliste ne iioit pas charger sa feuille du ramassis des platitudes que l'ignorance débite dans les rues. > Beaum.
Il en est de même quand ces deux mots s'appliquent aux personnes. On dit un ramas d'étrangers, de gens inconnus (Volt.), et c'est déjà une expression de mépris ; mais ramassis y ajoute encore. <c Prenez des domestiques tout formés, c'est-à-dire des coquins déjà tout faits,* des coureurs de conditions, ce ramassis de canaille ruine le maître et corrompt les enfants. » J. J.
PAL, PALIS. Pieu ou pièce de bois aiguisée par un bout.
Palis se dit du pal , considéré comme faisant partie d'un ensemble , d'une palissade , si bien même que ce mot signifie quelquefois à lui seul le lieu entouré de palis : entrer dans le palis. Le pal n'entraîne pas cette idée accessoire ; il ne fait pas partie du tout , il a des usages individuels : le supplice du pal.
TERMINAISONS IS et MENT.
Gazouillis y gazouillement. Gargouillis y gargouillement. Logis y logement.
En s'ajoutant à la même base verbale , ces deux terminaisons forment des substantifs qui signifient également le résultat d'une action, ou bien le'
lieu où se fait une action. Mais les uns représentent toujours la chose d'une manière passive et absolue, et les autres d'une manière active et relative. De sorte que les noms en is sont aui noms en ment à peu près comme les noms à terminaisons indifférentes. A quoi il faut ajouter que la terminaison is ne cesse pas d'emporter quelquefois une idée de confusion, tandis que ment , de son c6té , exprime une action ou un état plutôt intérieur qu'extérieur.
GAZOUILLIS» GAZOUILLEMENT. Petit bruit agréabte que font les oiseaux en 'chantant, les ruisseaux en coulant.
Mais le gazouillis exprime un bruit plus désordonné, plus embrouillé, plus confus. Ensuite, il caractérise ce bruit en lui-même , et ne le désigne pas par rapport aux objets on aux êtres qui le produisent dans un moment donné, comme gazouillement. « L'ani est appelé à Gayenne bouilleur de canari y ce qui veut dire qu'il imite le bruit que fait l'eau bouillante dans une marmite, et c'est en effet son vrai ramage ou gazouillis. » Bufp. c On n'entendait plus que le gazouillement des oiseaux ou la douce haleine des zéphyrs qui se jouaient dans les rameaux des arbres. » Fén.
GARGOUILLIS, GARGOUILLEMENT. Bruit que fait l'eau agitée dans certains endroits.
Gargouillis signifie un bruit qui résulte d'une action visible, celle de l'eau qui tombe d'une gargouille et produit un gâchis, un mélange boueux, comme les enfants qui barbotent. Le bruit exprimé par gargouillement provient d'une action cachée , d'une agitation de l'eau dans la gorge , dans l'estomac et dans les entrailles.
LOGIS^ LOGEMENT. Lieu où on loge , où l'on demeure.
Le premier de ces mots est absolu , le second relatif. On se sert de l'un pour désigner en ellemême la chose dont il s'agit : on dit un bon, un mauvais logis, un logis spacieux, commode, grand ou petit; on se sert de l'autre pour désigner la chose relativement aux personnes aux* quelles elle appartient : on dit mon logement y votre logement y le logement du concierge , tan^iis qu'on ne dirait pas mon logis y votre logis, le logis du concierge. Le logement y suivant l'ex-i pression de Beauzée, annonce une destination! personnelle. On demeure dans le logis , on reste dans le logement. Le mot logis implique une permanence , une durée de séjour que ne supposi pas le mot logement : on cherche un logement y et non un logis , pour une seule nuit. On otTra à un voyageur un logement dans sa maison oà dans son logis. \
Dans les expressions, ne bouger du logis . saf' der le logis , demeurer au logis , logis exprime I logement habituel , constant , et ne pourrait ètii remplacé par son synonynie. Si on lit sur les en seignes des auberges , bon logis à pied et à chtt val , ce n'est pas que logis exprime un lieu où a ne loge que momentanément , mais c'est qu'4 veut faire connaître ce lieu en lui-même , et dal ce logis chaque voyageur trouve un logemeii Lorsque des troupes en marche arrivent dans ut ville , on distribue aux soldats des bilieU de k
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
gement. « Les soldats ODt droit de logement chez tes particuliers. » Roll.
logement n'est pas seulement relatif sous le rapport des personnes ou de la durée , mais aussi sous le rapport de Vètendue ; il a moins de compréhension, que logis, c'est un terme partitif: dans un logis chaque personne a son logement. « Le I09Ù , dit Condillac , est une maison où on loge; le kigemeM est la partie qu'on occupe dans cette maison. » < Ha petite maison est bien jolie , Totre logement tous y paraîtra bien à souhait. » SÉv. c 11 me mena au logement qui m'était destiné ; Toilà, me dit-il en y entrant, votre appartement. V J. J. Logement signifie même l'étendue relative d*une maison : il y a dans une maison ou dans un logis , plus ou moins de logement.
TEBMINAISONS 15 ET AGE.
Pdlts, pâturage. TreiUù, treillage. PatrouiUis, patrouillage.
Les substantifs en tr se trouvent avec les synonymes en âge à peu près dans les mêmes rapports qu'avec les sjiionymes en ment ; ils ont cela de caractéristique qu'ils présentent l'idée commune sous un point de vue passif et absolu , comme si leur terminaison était celle des participes passés , ou qu'elle n'eût par elle-même aucune valeur.
PÂTIS, PÂTURAGE. Lieux où l'on met paître les bestiaux.
Les pdtts sont des espèces de landes ou de friches que la main de l'homme n'a point modifiées , cultivées; les pâturages , au contraire, ont été rendus propres par la culture à nourrir le bétail. Il y a donc entre ces deux mots la même différence qu'entre la pâture et le pâturage , si ce n'est que le pâtis , quoique n'étant pas préparé , est au moins favorable pour l'alimentation des animaux qui paissent. « Le pâturage , dît Roubaud, est un champ où le bétail pâture et se repaît. Le pâtis est une terre où l'on met paître le bétail. La pâture est un terrain inculte où le bétail trouve quelque chose à paître. >
Le pâtis est un lieu naturellement plein d'herbe: dans Lafontaine, un cerf qui s'est sauvé dans une étaMe à bœufs , promet à ceux-ci de leur enseigner les pdtis les plus gras, apparemment au milieu des bois. Le pâturage est un lieu soigné et entretenu de façon qu'il y vienne beaucoup d'herbe : un cultivateur met des pâturages en terres à blé ou des terres à blé en pâturages. La pâture ressemble au pâtis en ce qu'elle exclut aussi l'idée du travail de l'homme ; mais par cela seul que le mot pâture est du genre féminin , la pâture est vague , vaine , vaste , indéterminée : on peut en tirer quelque chose pour la nourriture des bestiaux, sans toutefois qu'elle soit faite pour cela, par la nature comme le pâtis ^ ou par l'homme comme le pâturage.
TREILLIS, TREILLAGE. Ouvrages de bois ou de métal formant des petits carrés ou imitant les mailles d'un filet.
Ce que Ton considère dans l'un , c'est la nature ; dans l'autre , c'est la façon. Un treiUis est de fer , de bois , de fer d'archal ; un treillage est
STV. FBAKÇ.
bien fait , élégant. On se sert du treillis comme d'une chose utile en soi , pour enclore certains espaces sans intercepter l'air ni la vue; il y a des treillages qui ne servent qu'à la décoration.
Enfin, la terminaison âge ayant beaucoup de compréhension , imprime au mot treillage une idée de grandeur ou d'étendue qui n'est pas dans treillis : en sorte que les treiUis sont de petits treillages qu'on place , non dans les jardins pour les embellir ou former des berceaux, mais devant les fenêtres ou autres choses pour les clore et les garantir de tout accident.
11 (le chien) dit «a loup par un treillis. Ami , je vais sortir .... Lav.
PATROUILLIS, PATROUILLAGE. Ce qui résulte de l'action de remuer de l'eau sale et bourbeuse.
L'un des deux mots fait considérer ce résultat passivement, objectivement et en lui-même : quel patrouillis est-ce là? L'autre le présente comme étant fait par quelqu'un ou comme se faisant maintenant : quel patrouillage faites-vous là? « Le patrouillis, dit Condillac, est un lieu où l'on a patrouillé, et le patrouillage est l'action de celui qui patrouille. > Ces deux mots ne diffèrent pas toujours autant, car il n'y aurait guère entre eux de synonymie ; mais toujours patrouiUis signifie la chose comme étant , et patrouiUage la représente comme se faisant.
TERMINAISONS IS bt ANCE.
Sursis , surséanee.
SURSIS, SURSÉANGE. Délai par lequel les poursuites qu'on est en droit de faire , ou le jugement d'un procès, ou l'exécution d'une obligation, sont renvoyés à un temps plus éloigné.
Sursis est visiblement le participe passé du verbe surseoir , et il exprima le délai d'une manière absolue. Surséance y tgoute l'idée accessoire de durée , et presque toujours ce mot est accompagné d'autres qui déterminent le temps plus ou moins long du délai : surséance de tant de jours , de semaines , de mois. Sursis , c'est le délai comme chose accordée ou obtenue : surséance , c'est le délai comme temps d'ordinaire assez long pendant lequel l'affaire est suspendue. «Accordez-nous, Seigneur, un an, une longue surséance : et si l'olivier rapporte du fruit , à la bonne heure; sinon vous le couperez. » Doss. D'ailleurs sursis est encore plus exclusivement que surséanee un terme de palais.
TERMINAISON AMINl.
Cette terminaison est unique dans notre langue : le mot brouillamini, à la place duquel Voltaire a une fois employé embrouillamini , nous semble être le seul où elle se trouve. Nous en ignorons l'origine. Probablement elle a été inventée par le caprice. Mais notre ignorance sur ce point ne peut ici causer aucun regret, car l'étymologie à'amini n'est pas nécessaire à connaître pour distinguer brouillamini de son synonyme brouillement.