‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 144 sur 426 · TERMINAISON ADE · texte numérisé non relu

TERMINAISON ADE

Galop y galopade. Rebut , rebuffade. Embûche y embuscade. Face , façade, Balustre , balustrade. Taille , taillade. Bourg , bourgade. Etc,

Quoique l'origine en soH controversée , la terminaison ade est incontestablement active. C'est ])ourquoi la plupart des noms qu'elle sert à former ont une base verbale et ne trouvent de synonymes à radicaux communs que parmi les substantifs en ment. Mais ce n'est pas déterminer assez précisément le sens qu'elle imprime aux mots à la fin desquels elle se place. Les noms à terminaisons insignifiantes , qui sont ou semblent des radicaux nus , présentent simplement l'idée commune et la caractérisent d'une manière absolue , intrinsèquement, en elle-même; les noms en ade y ajoutent des circonstances qui résultent d'une action et qui modifient l'idée commune d'une

certaine manière. Les uns tiennent plus de l'adjectif çj expriment l'objet tel qu'il est , sa nature ; les autres tiennent plus du verbe et représentent l'objet tel qu'il a été fait, tel qu'il paraît, l'effet qu'il prpduît ; ils sont plus concrets , ils font plus image. Caractère commun à tous les noms ayant une terminaison active par rapport aux noms à terminaisons insignifiantes.

Maintenant, la modification particulière, imprimée au radical par la terminaison active aâe , consiste dans une sorte d'étendue ou de compréhension ; elle marque une action répétée , ou accompagnée de circonstances particulières, ou bien, s'il s'agit d'un objet, quelque chose qui se distingue par sa grandeur , par sa complication . par les ornements qui le décorent. Ce caractère est celui-là même que donne aux substantifs le genre féminin ; et tous les noms français en ade . au nombre de près de deux cents , sOBt effectivement de ce genre.

GALOP, GALOPADE. Une des allures du cheval, qui est proprement une suite dé sauts en avant.

Le galop est une chose qu'on qualifie conmie toutes les autres ; c'est l'espèce de mouvement , le mode de courir , distinct de tout autre , le trot . le pas ordinaire , etc. , indépendamment de toutes circonstances de temps et d'espace parcouru. La galopade est un fait , l'exécution itérative du galop; ce moi est concret, et il marque, avec la réalisation du goZop , la continuité, la durée et l'espace parcouru. On dira : tel cheval a le galop fatigant; et, cette (/oZopade m'a fatigué; or^ la fatigue résulte , dans le premier cas , de la manière de sauter du cheval, et, dans le second, elle aura résulté de la durée des gdlops et de l'espace parcouru. Le galop est le pas du cheval: la galopade est la course qu'il a faite en galopant.

REBUT , REBUFFADE. Action de rebuter quelqu'un. On essuie des rebuts ou des rebuffades^ quand on est mal accueilli ou rejeté avec dureté, avec rudesse.

Mais rebuffade est un mot concret, qui présente le fait , non pas simplement , comme rebut , mais accompagné de circonstances aggravantes . de gestes, de reproches violents, de paroles injurieuses, de manières dédaigneuses, même de mauvais traitements. En un mot, le rebut est le mauvais accueil ou le refus d'accueillir ; rebuffade modifie cette idée en y ajoutant des circonstances qui retendent et la rendent plus forte. C'est dans ce sens à peu près que Condillac a dit: <c Les rébuts sont des obstacles qu'on nous oppose , parce qu'on ne fait pas de cas de nous ; ils nous mortifient. Les rebuffades sont des refus qu'on nous fait avec mépris ; elles nous humUient. Un vrai courtisan ne craint pas les rebuts ^ ei affronte les rebuffades. j>

Au reste , rebut étant un terme abstrait , qui énonce la chose sans la dépeindre., convient au style noble ; au lieu que rebuffade rappelant les circonstances réelles du fait, lesquelles n'offrant rien que de grossier et de bas , appartient au style familier. Bourdaloue et Massillon parlent des rebuts qu'on a à essuyer de la part des grands ; on reçoit des rebuffades d'un valet (Volt. , J. J.). « Ce

SYNONYMES QUI ONT LE HËHE RADICAL

idiant ne reçoi d'autres fruits de ses lamenta- 35 que des rébnlfades et défi ix^jures.» Lbs. mtCHE, EHBUSCABE. Piège qu'on tend tr y laire tûinbeT on ennemL SaMche exiunine cette idée «n elle^mène, ine muûère abstraite; emlnê$eade est un tenne Qcret^ il jyoute à cette idée des circonstances 1 la SdoI voir réalisée et présentent la réunion bectÎTe de tout ce dont on se sert, les hommes, i snoes. ie lieu laTorable, pour opérer le stragème. Des courtisaiis (Labr.) , des négociateurs .S.) se dressent des emMcJ^ les uns aux autres ; mèmtmde est ïembùehê effectiTement et matéliement nuxùée ou arrangée dans un certain 1, dans m. certain temps et avec certains feos. Toinber dans dei mnbùchesj c'est se iser surprendre, au figuré; tomber dans une btiscode , c>st tomiier au milieu de gens armés i oat été placés toat expies dans ua lieu où X ne peut se défendre.

ijoatezque VaiMkkB eet la cbose, le piège; .embuscade^ Vaction de la dresser. « Le héron que Ugmbuscade pour tout moyen d'industrie.» FF. c A celle épogoe on prend beaucoup de âriis. soit à la quête du jour ou à l'embuscade soir. » I».

^ACE , FAÇADE. Côté apparent d'un édifice, ^oce n exprime pas davantage , et il empêche Liement de cflofonëse -et côêé avec un autre. ;çade ajoute à Vidée commune celle d'ornesut, de dèDontioa. La façade est la face qui rah darantage. qu'ont embellie l'architecture' la scolptuK, qui présenle des colonnes, des mtofis. des portiques, des balustrades; et c'est nrquoi ua édifiée n'a ordinairement qu'une foie, quoiqu'il ait plusieurs faces: « Elle consia quelque leraps les diTenes fa£ei de l'édi- .» Laï.

.a façade crt à la face ce que la 2N>rdMre est au d. De pkBs, ftçide ne se dit qu'en parlant n édifice coDfiidérable; on n'appellera jamais X nom la fàee ou le devant d'une petite maison. AiXânX, MUrSTRACe. Assemblage de pey.i^Ts £açexukés pour senrir de clôture. On «Uë primitirefiieiit balustret ces petits piliers riaèsBes, qui entrent dans la composition de >iiwstr«ds. Mais, en prenant la partie pour le n , ci& a tui de bciurire le synonyme de baUtiide. ToGMfiob, la diffi^rence des deitx mots est île a &p«x«eiûr.

Le b^immt tA plus petit, plus simple , moins Dpiiqoé . mnascBpioyé à la décoration que la ttstrade. On âffdk s]>scialement halusire une ile6a*itfArvdlf qui sert dedôture dans une église dans une ctaimbpe, « Dans cette église , un 0re de mad»re ferme le maître^utel. »Rbon. roi le fit entrer dans le bahutre de son lit.s 3. S. osons, tandis que le roi , retiré dans son te . veitle seul sur nous et sur tout l'Ëtat. > . ÇA appelle bahtetrade un grand halusire i d'oraeneot aussi bien que de clôture. cLe t iâsait qu'alkr et venir le long de la haluS' ^ ^ rorangerie (à Yersailles). » S. 8. « Je vois ' ^^te belle terrasse, et votre cloohar que p aFetytré d'une tfahuirade qui doit faire un *^i e^d. » Sky. « La plate-forme du palais de

Bélus était entourée d'une balustrade de marbre blanc de cinquante pSeds de hauteur qui portait des statues colosndes. » Volt.

Le Palustre peut être remarquable par la richesse de sa matière : un baliutre d'or (Boil.) : la balustrade Test par sa grandeur ou par sa forme : une balustrade immense (Volt.) , ornée de petits amours très^bien sculptés (In.).

Même différence entre paZis et palissade. a Palis, clôture de pieux, dit l'Académie (1594); palissade , clôture de gros pieux plantés pour se défendre. » De là vient que palissade se dit surtout en termes de fortification. En outre , puits n'emporte aucune idée d'ornement. « Les cerCs , lorsqu'ils sont poursuivis , franchissent aisément tine baie, et même un polis d'une tpise de hauteur. » Bdff. Mais dans une de ses acceptions le mot palissade signifie quelque chose d'élégant et de pittoresque, un mur de verdure. « Un lieu sauvage paraît hideux et ixisupportable aux gens du monde : il leur faut des parterres bien dressés , des palissades bien taillées , des allées bien droites. » Nie.

TAILLE, TAILLADE. Ces deux mots, peu synonymes , rappellent l'idée du verbe tailler , et signifient ccTupure.

Taille indique la manière intrinsèquement bonne ou mauvaise dont certaines choses, les arbres, les pierres précieuses, les habits, les plumes pour écrire, sont coupées ou taillées; de sorte que la taille se considère en elle-même , et non dans son apparence.

Taillade, au contraire, est un terme concret, qui signifie une coupure longue , étendue , apparente , faite dans les chairs , c'est-à-dire une balafre, ou dans les étoffes et les habits, soit que cette coupure les gèle ou leur donne un nouvel ornemMLt : on portait autrefois des pourpoints a taillades. Eschine reproche àBémosthène de s'être fait des taillades à la tête pour intenter à ses ennemis, à ce sujet, des accusations lucratives (Uaam.).

BOURG et BOURGADE, PEUPLE et PEUPLADE, semblent contredire la règle ci-dessus proposée. Bourgade et peuplade devraient signifier quelque chose de plus étendu que bourg et peuple , dont ils ne sont pourtant que des diminutifs.

Mais c'est seulement sous le rapport numérique que la bour^^ade et la peuplade sont plus petites que le bourg et le peuple. Sous le rapport de l'étendue proprement dite, la bourgade est plus grande que le bourg , elle est moins resserrée , elle occupe un plus grand espace , les maisons en sont plus disséminées; et de même la peuplade n'est paâ réunie et fixée en un lieu comme le peuple , elle se meut , elle «rre sur un plus vaste terrain.

Du reste , une autre différence qu'il ne faut pas oublier, sépare la bourg<tde du bourg et la peuplade du peuple. La bourgade et la peuplade sont relativement au bourg et au peuple comme la corporation relativement au corps , un conomencement , une ébauche , quelque chose qui pourra devenir un bourg et un peuple , une manière de bourg et de peuple. La Suisse n'est encore qu'une grande pei^tlade , qui s'agite et Cait effort pour devenir un peuple (Lamartimb).

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