‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 145 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

TERMINAISONS ADE et MENT.

Embrassade , embrassement. Glissade , glissement. Recuktde , reculement.

Ces deux finales, en s*ajoutant à des bases verbales, donnent naissance à des substantifs qui marquent une action. Mais ceux qui se terminent enade sont généralement plus compréhensifs que ceux qui se terminent en ment. Ceux-ci expriment simplement l'action du verbe; ceux-là y joignent une idée de longueur ou de complication , ou des circonstances qui la rendent plus apparente , plus pittoresque.

:embraSSADE, EMBRASSEMENT. Action d'embrasser.

Vembrassade est Vembrassement accompagné de circonstances qui le rendent concret , en quelque sorte; elle marque plus de démonstration, elle consiste plus dans la forme. Aussi Gondillac et Laveaux s'accordent à dire que Vembrassade marque une simple démonstration d'amitié , qui exprime plus l'empressement extérieur que la cordialité. « Cet homme-là, avec ses grandes embrassades , est un fourbe. » Mol.

Ces affables donneurs ^embrassades frivoles. Id. « Ceux qui caressent également tout le monde et courent à tous ceux qu'ils voient avec les mêmes embraxsaàes et les mêmes protestations d'amitiés. » Id. «Au foyer, on joue une comédie particulière : on commence par des révérences; on continue par des exiùirassad/es.j» Montesq. «Après une extCbrassad^ froide , sans que l'empereur Domitien lui dît un mot , Agricola se confondit dans , la foule des courtisans. » Roll.

Force dehors, force grimace,

Embrassade dans la bonace ;

Mais le vent vient-il i changer...,

Adieu la tendresse el Tami. Sc^aa.

Vembrassement, au contraire, est réellement affectueux et témoigne une véritable tendresse. « Mourir dans les embrassements de ses enfants. » Volt. « Goûter la douceur des embrassements de sa mère. » Les. « En vain Monsieur, en vain le roi mêhie tenait Madame serrée par de si étroits embrassements..., la princesse leur échappait parmi des embrassements si tendres. î> Boss. Au lieu de convenir surtout au style comique , embrassement est quelquefois employé dans la haute poésie. La Henriade en offre un exemple et peutêtre plusieurs ;

Trois fois il tend les bras à cette ombre sacrée ;

Trois fois son père échappe à ses embrassements,

Tel qu'un léger nuage emporté par les vents.

J. J. Rousseau dit à la fin d'une de ses lettres : « Recevez les embrassements de votre ami. » Et madame de Sévigné : « Jetez mes amitiés , mes compliments , mes em!brassades , comme vous le Jugerez à propos. >

GLISSADE, GLISSEMENT. Action de glisser.

Glissade est un glissement assez long fait par une personne ou par un animal : pendant l'hiver les enfants font des glissades sur des glissoires ; c Son cheval avait fait une grande glissade. » S. S. Ce mot, d'ailleurs, est concret, pittoresque, représentatif. On ne dirait pas en physique que les corps ne sont liquides que par û glissade conti-

nuelle , mais bien par le glissement continuel de leurs parties les unes sur les autres.

RECULADE, RECULEMENT. Action des voitures qui reculent.

Reculement se dit toujours en parlant d'une seule voiture , et reculade ordinairement en parlant de plusieurs. Ce dernier mot fait image et emporte une idée d'embarras et de confusion qui est étrangère au premier. « Le reculement d'un carrosse, d'une charrette. » Acad. « C'était le plus grand embarras du monde : c'étaient des reculades de deux mille carrosses en trois files, des cris de deux ou trois cent mille hommes, des ivrognes, des combats à coups de poing. > Volt.— De son côté , reculement n'étant point représentatif se dit seul au figuré : « Le reculement des frontières par la conquête de nouvelles provinces. » Labr.

On dit de même étouffement en parlant d'une seule personne, ei étouffade pour V étouffement de plusieurs personnes dans une presse : « Les massacres et les étouffades du feu de la ville. «

DUDBFF.

TERMINAISON Offi.

TERMINAISONS OIR et ÀDE, Promenoir^ promenade.

PROMENOIR, PROMENAI». Lieu où Ton se

promène.

La terminaison ade marque l'action de faire une chose, et par suite le lieu où elle se fait, mais un lieu vaste et fréquenté par beaucoup de personnes, car aux noms en ode s'attache toujours une idée de grandeur, d'étendue, de compréhension. « La terminaison otr ou otr^, ditRoiibaud, marque la destination propre des choses, le lieu disposé, un moyen préparé, un instrument fabriqué, etc., pour telle opération, tel dessein, tel objet. » Ainsi dortoir, réfectoire , dh servatoire , signifient des lieux disposés et où Ton se rend pour dormir, pour manger ou pour observer. Mouchoir est un linge pour se moucher; baignoire , une cuve à se baigner; rôtissoire , écu- , mot're , couloir , pressoir , armoire , sont des instro- 1 ments pour ratisser, écumer, couler, presser, renfermer des armes et ensuite des effets.

En conséquence , il n'y a de promenoir , comme ' dit encore Roubaud, que le lieu destiné, arrangé, disposé exprès pour qu'on s'y promène, et tout lieu où l'on se promène est promenade. Bossuet dit en parlant des palais de Salomon : « Tout était grand dans ces édifices; les salles, les vestibules, les galeries, les promenoirs.» «J'ai encore achetîl plusieurs terres , à qui j'ai dit : Je vous fais parcl De sorte que j'ai étendu mes promenoirs sanij qu'il m'en ait coûté beaucoup. » Sév. |

Mais le sens propre de la terminaison ade fou^ nit une seconde distinction tout aussi essentielle. Les promenoirs ont moins d'étendue et adnaetteol moins de monde que les promenades : on en fûX\ on en ménage dans les jardins , dans les parcs] dans les châteaux, dans les maisons particulièrefj dans les hospices ; et ils ne sont destinés que poq les personnes.de la maison , ou celles qu'on y rë

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

çoit. Le jardin des Tuileries et les Champs-Elysées sont des lieux spécialement destinés et disposés pour qu'on s'y promène ; on ne les appelle pourtant pas des promenoirs , mais bien des promenades , parce quHls sont d*une grande étendue. K LucuUus aTait près de Tuscule une maison de campagne située en belle vue , bien percée pour recevoir et le jour et lldr, et ayec des promenade; très-étendues. » RoLL. D'un autre côté, on n'appellera pas promenade un petit jardin clos qui se troure deyant un pavillon; c'est une petite promenade, c'est-à-dire xui promenoir. Montaigne dit çiie , sans le soin que cela lui demanderait , il pourrait coudre à chaque côté de sa bibliothèque une galerie de cent pas de long et de douze de large. » Tout lieu retiré, ajoute-t-il, requiert un promefiotT. >

TEBMINAISON ÉE.

An y année; jour, journée; matin , matinée; soir, soirée; après-dîner, après-dînée; après-souper ^ après-soupée. Veille ^ veillée. Rang y rangée. Nue, nuée. Hymen , hyménée. Destin ^ destinée. Benom, renommée. Vol y volée. Tour, tournée. Ris j risée.

Les substantifs en ée représentent relativement et subjectivement les choses ou les actions , que leurs synonymes de même radical et sans terminaisons significatives expriment d'une manière absolue et objective. Ces derniers sont des termes abstraits qui comportent un petit nombre de qualifications ; les premiers , au contraire , sont concrets, et susceptibles d'une multitude de qualifications diverses, qui modifient l'idée commune dans les cas particuliers. Mais en cela les substantifs en ée ressemblent à tous les substantifs à terminaisons significatives , comparés à leurs synonymes de même radical et dont la terminaison est indifférente. Voici maintenant ce qui les distingue spécialement.

La terminaison ée s'ajoute souvent à une base verbale , et sa forme est tout à fait celle des participes passés passifs dans notre langue; à tel point qu'on peut considérer comme des participes de ce genre , au féminin , la plupart des noms en ée . tels que destinée , renommée , rangée , tournée : remarque suffisante pour conduire à déterminer précisément la valeur de cette désinence. Elle désigne le détail de choses faites ou d'événements passés , que les noms sans terminaisons significatives expriment en masse et synthétiquement , auxquels même ils ne font souvent aucune allusion. Les substantifs enée sont explicatifs ou descriptifs ; au lieu de montrer la chose dans ses contours , dans sa totalité , comme une , simple , indivisible , ainsi que leurs synonymes ici considérés , ils la représentent comme composée de parties dans lesquelles elle est décomposable ; ils la montrent dans son contenu , dans toute sa variété , dans les éléments qui la composent ; ils la font voir comme formée d'une suite ^ d'une continuité ou succession de choses , de faits ou d'événements ; ils en expriment les circonstances, la durée, l'étendue. Un dernier caractère tient à celui qui précède.

Dans les substantifs en ée la chose semble plus compréhepsive , sans l'être réellement; c'est qu'elle y apparaît mieux dans tous ses détails , dans toutes ses parties, dans toute l'étendue qu'elle a en effet.

La plupart des synonymes de cette classe se rapportent au temps. Nous les examinerons d'abo/d , et tous ensemble. Ce sont : an , année , temps que la terre met à faire une révolution entière dans son orbite ; jour Journée , temps que la terre met à faire son mouvement entier de rotation sur elle-même ; matin , matinée , la première partie du jour jusqu'à midi ; soir , xotr^« , la seconde partie du jour, à partir de midi; aprèsdtner , après-dînée , l'espace de temps qui s'écoule après le dîner; après-souper, après-soupée , espace de temps qui s'écoule après le souper.

L'an est à l'année , le jour à la journée , etc. , comme la bouche à la bouchée , le four khi fournée , le poing à la poignée, etc. Jour, matin, etc., expriment des portions de la durée , comme des contenants, dont les substantifs en ée qui leur correspondent expriment le contenu. Les uns font considérer ces espaces de temps en eux-mêmes , comme des éléments ou des étendues indivisibles , et l'on ne s'en sert que pour compter ou marquer une époque. Les autres les fbnt considérer comme remplis par une succession d'événements , comme divisibles en plusieurs parties ; et les qualifications nombreuses qu'ils, reçoivent sont tirées de ce qui s'y fait ou de ce qui s'y passe. De sorte que année , journée , matinée , etc. , marquent la durée déterminée et divisible de Van , du jour , du matin , ou la série des événements qui les remplissent. Mais l'an, le jour, etc., sont en dehors des événements; ils les embrassent sans rien leur devoir de leur manière d'être. Un événement a eu lieu l'an 1830 , tel jour , un matin , un soir; Vannée se divise en 365 jours , la journée en soir et matin , la soirée et la matinée en 12 heures. L'année , la journée , etc. , sont belles , pluvieuses , froides , et heureuses ou malheureuses , agréables ou tristes , à raison des événements qui s'y passent. On travaille toute l'année , toute la journée , toute la soirée; etc. On paye à un ouvrier sd^ journée. On célèbre l'anniversaire des trois journées. On souhaite une bonne et heureuse année. Des années de sécheresse , d'abondance. On passe avec quelqu'un les soirées , les après-soupées , c'est-àdire qu'on demeure avec lui le temps du soir et de Vaprès-souper pour y faire telle ou telle chose. Je lui écrirai cet après-dîner , exprime simplement l'époque; j'emploierai l'aprèj-dfn^c à lui écrire, montre cette époque dans son étendue. « V aprèsdînée m'a semblé fort longue. » Mol. « Je fus avec madame de Maintenon une bonne partie d'ime après-dînée. » Rac.

Et d'un autre c6té, quoi de plus absolu que les mots , an , jour , soir , etc. ; de plus relatif que les mots, année, journée, soirée, etc.? Vous dites , j'ai passé mon année , ma journée , ma soirée , etc. , de telle façon ; et non , mon an , mon jour, mon soir, etc. L'an est le même pour tout le monde ; mais on distingue une année scolaire , une année théâtrale , c'est-à-dire l'espace d'un an employé aux études ou aux représentations du

PBfiMItRE PARTIS :

théâtre , et pris arbitrairement de tel mois à tel autre. La journée est tellement relative aux personnes et à leurs occupations, qu'elle ise mesure du moment où Ton se lève au moment où Ton se couche , et qu'elle comprend quelquefois le temps seulement que Ton peut y voir pour travailler. La journée d'un ouvrier ne commence et ne finit jamais en même temps que le jour. Marcher à petites journées , c*est ne marcher qu'une partie du jour. Vous direz absolument, le soleil se lève le m<Uin et se couche le soir; et relativement , une matinée fraîche , une belle soirée : matin et soir sont trop absolus ou trop abstraits pour recevoir de ces sortes de qualifications.

VEILLE, VEILLÉE. Ces deux mots se rapportent aussi au temps, et signifient celui qui est destiné au sommeil et qu'on passe néanmoins sans dormir.

Hais la différence, quoique la même au f6nd, n'apparaît pas avec autant de clarté. La veille était prise chez les Romains pour unité de temps , de même que Van et le jour : ils divisaient la nuit en quatre veiUes. Ce mot exprime dans tous les cas purement et sin^tlement l'état d'une personne qui ne dort point, quand elle pourrait ou devrait dormir. VeUUe a rapport à ce qui se fait pendant la veiUe , outre qu'il indiqua une veiUe faite à plusieurs. Les veiUes sont pénibles, fatigantes, absolument , en elles-mtoies , en tant qu^ veilleS'; les veillées sont pénibles , fatigantes, à raison de ce qu'on y (ait. La littérature possède les veillées du Tasse.

RANG , RAUGÉK. Suite de choses mises sur une même Ifgnft

Ces deux mots d'abord diffèrent à peu près coihme ordre et ordonnance, et par la même raison , savoir que l'un n'a pas , tandis que l'autre a une terminaison significative. Rang est absolu et abstrait: il indique une disposition essentielle , telle qu'elle doit être ; rangée est' relatif et concret: il exprime une disposition de fait. C'est précisément la distinction de Condillac : c 11 me semble , dit-il , que dans le rang les choses sont disposées suivant la place qu'elles méritent , et que dans la rangée elles sont seulement sur une même ligne. » Rangée , et non pas rang , représente comme ayant eu lieu l'action de ranger; de là vient qu'on ne dit pas une rangée , mais un rang de dents (Icàd.) ou de collines (Boil.).

De plus , rang peut être considéré comme un contenant, dont rangée marque le contenu. Le premier fait abstraction des choses qui composent la ligne -, tandis que le second signifie proprement ces choses , c'est-à-dire la suite des personnes et des objets qui remplissent ou forment le rang. On dit un rang , deux rangs , trois rangs , le rang ne pouvant guère être qualifié que sous le rapport du nombre. Mais on dit une belle rangée d'arbres, par exemple, pour une rangée de beaux arbres.

Mang s'emploie seul et absolument : le premier, le second rasig, se mettre en rang; à rangée il Caut toujours joindre les noms des choses qui sont en rang : rangée d'hommes, d'arbres, de voitures.

NUE» NUÉE. Amas de vapeurs élevées dans l'air. .

Nue exprime la chose en elle-même, et seulement par raifort à son élévation (voy. JTuff, nuage)'^ nuée l'exprime par rapport à son contenu. Les synonymistes , Roubaud, Beauzée et Condillac , s'accordent sur ce point. La nuééi est grosse , chargée , orageuse , prête à crever. « Le tonnerre rompt la nuée et fait couler la pluie. » Boss. a La nuée se résout«en pluie. » Yolt- < Dans les temps de nuées et d'orages. > Bdff. « On entendait le même bruit que font deux nuées grosses de foudres et de tempêtes en se choquant avec fracas. 9 Les. te Nuées sans eau, docteurs saas doctrine. » Boss. < Les nuées ont enfin enfanté le juste. » KàSB. Les nuées , suivant 7énelon , sont des espèces de mers suspendues pour tempérer l'air, et pour arroser la terre quand elle est trop sèche.

Au figuré, comme au propre, nuée emporte une idée d'abondance ou de quantité : une nuée de coups de bâton , une nmée de témoins , d'écrits , d'oiseaux, d'insectes.

ETUEN, HTMÉriÉB. DfvinitA païenne qni présidait au mariage, et poétiquement, par extension , le mariage lui-même.

Vhymen est le fitit , et Vkyménée PéUrt. du mariage. La terminaison à^hyinénéer le rend prepre à signifier le cours , la durée , les circonstances et toute l'étendue de la chose ex{râ(iée syntbétiquement par hymen. L'hymen joint les deux époux, et ils vivent unis par les nœuds de l'hymenée ou sous les lois de Vhyménée. »

Puisque af ec Galphumie un paisible hymènée Par des liens sacrés tiem son âme (de Gé8ar)encli»t-

née. Cour.

On célèbre , on conclut, on achève un ftymen. De leur kymm ftUal troublons révénemeoL lUc

Un hjrmen^ qu^on souhaite Entre gens comme nous est chose bientêt ûule. Mol. a Le moment fixé pour l'hymen arriva. » Hotitesq.

En un mot hymen regarde ou désigne seulement les nooes et leur célébration. Mais Vhyménée s'étend à tout le temps de l'union et à ce qui résulte de oette union.

Vhyménée est un joug» BeiL.

Aussi dit-on sous Vhyménée comme on dit sous le joug , sous une loi.

Et vivre en firère et aœnr sons un saint fymémém^

CORV.

Et j'aime mieux la voir sous un autre hjrméttée. Que si, contre son gré , sa main m'était donnée. Moi., oc Souhaitez à votre rdne les douceurs d'un règne florissant et d'un heureux hyménée. > Lss.aj/Jiyménée fait prospérer le lit nuptial dans la famille. » Mabk. « Il est temps, dit le hibou ^ que le blond hyménée me donne des entants gracieux comme moi. » Fék. « Je fus le seul fruit de cet hyménée. s Les.

DESTIN, lœSTINÉE. Ces mots désignent une chose stable, arrêtée, fixée, ordonnée, statuée, déterminée d'avance.

Roubaud les a parfaitement distingués, s Par la terminaison du mot, ditril, la destinée annonce particulièrement la chaîne , la succession , la se* rie des événements qui remplissent le destin. On dit, unir ses destinées , s'attacher à la destinée de quelqu'un, suivre ou ûsût sa, destinée ; toutes ma^

SYNONYMES ftHl ONT LS MÊME RADICAL.

nières de parler qui prouvât fue Ja destinée a on cours, et qu'elle résulte d'una somme d'évésements. »

Second caractèfe, saisi avec noa moins de sagacité par le même syoonymiste. « Destin emporta une idée de fatalité, de nécessité, de prédestinatioa absolue, de foice inTincible; destinée rappelle l^dée d'une Tocation, d'une destinaiion particoljère , d'une sorte de prédestination par laquelle nous sommes appelés à*un tel genre de yio ou de sorL> L'emploi de destin est bien quelquefois lelalif, mais non pas au même degré; on dira difficilement la destin d'un seul homme, mais plutôt, le destin des grands hommes, k destin des empires, le destin des combats.

Un troisième caractère , également signalé par Rouband , et dont le premier dérive , c'est que destin exprime plutôt la cause , et destinée l'eUet : le destMt est ce qui destine ou prédestine , et destinée la chose ou la suite des choses qui est destinée ou prédestinée. Le destin veut, et ce qu'il veut est notre destinée» Nous accusons le destin^ et nous subissons notre destinée. Le destin est contraire ou propice, la de^lia^e heureuse ou malheureuse. Le sage se soumet au destin, et remplit sa desUnée. On dit également, mon destin , et ma destinée; mais la première expression signifie le génie ou le sort qui me persécute ou me favorise; et, la seconde, la série réglée, prêordonnée de ce qui doit m'arriver, ou bien. Tune , le tissu total et synthétique des événements de ma vie , Vautre , ces mêmes événements détaillés « considérés dans leurs éléments et dans leur durée.— « Le pêcheur marcha en remerciant son destin , et Zadig courut en accusant toujours le sien, a» Volt.

J'ai yécUf J'ai rempii ma triste destinée. Id.

REiYOM. RE^romrÉE. Très-grande réputation.

On dit d'une manière abstraite et absolue un homme de renom ou sans renom, c'est-à-dire dont on parle ou dont on ne parle pas beaucoup. On dit d'une manière concrète et relative, la renommée d'un homme , attaquer la renommée d'un homme (Boss.) , c'est-à-dire ce qu'on en publie de bon ou de glorieux. Une suUane de renom (Laf.) est une personne d'un grand nom; on trouve que la beauté d'une chose passe sa renommée (Volt.), c'est-à-dire ce qu'en rapporte la voix publique. On augmente le renom , on ajoute à la renommée .'l'un se considère comme quelque chose d* idéal et d'indivisible , l'autre comme un tout composé de parties. «Quelques-uns, pour étendre leur renommée , entassent sur leurs personnes des pairies , des colliers d'ordre , la pourpre, etc. 3»Labb.

Un grand renom Test par le bruit , par l'éclat ; aussi dît-on bien un vain renom (Beaum.) : une grande renommée l'est par le nombre et la nature des choses qui en font le sujet.

VOL , VOLÉE. Mouvement ou allure des oiseaux au moyen de leurs ailes.

Vol est absolu , et volée relatif : un oiseau a le ro{ bas ou élevé, et non la volée basse ou élevée. Un oiseau a le vol tel ou tel , et il prend sa volée : le roi est la chose commune à tous les oiseaux ; latrolée est essentiellement relative aune espèce.

D'autre part^ la volée y en conséquence de la terminaison du mot, est ce qui est contenu dans un «oZ, ce qu'un oiseau peut parcourir d'espace en volant une seule fois : les hirondelles , dit-on» traversent la Méditerranée tout d'une volée.

Enfiu, vol est énonciatif et exprime ou attribue quelque chose d'ordinaire ; «ol^e est descriptif, et on s'en sert quand on veut signaler quelque particularité remarquable : un oiseau a le vol vif, fort , lent ou rapide ; mais il fait craquer son bec ou produit beaucoup debruU avec tu ailes enprtnasAsa volée (BuF?.).

La volée est encore un vol singulier, en ce que, le plus souvent, c'est un vol pour s'échapper; aussi, donner la volée à un oiseau, c'est lui donner la liberté (Buff.) , et , au figuré , prendre sa volée, c'est de bonne heure s'affranchir de tutelle ou de surveillance. S'envoler, c'est prendre sa volée, et non pas son vol^ comme les dic^ tionnaires le disent à tort. Lorsque la perdrix, qui a fait la blessée pour attirer le chasseur et sauver ses petits, voit ceux-ci hors de danger, Elle lui dit adieu, prend sa volée, et rit De rhomme qai, confus, des yeux en vain la suit. Lav.

oc Le moindre mouvement inquiète le faisan ; l'ombre d'une branche agitée suffit pour lui faire prendre sa volée. » Bupf. BufTon parle d'une alouette prise avec ses petits, et qui leur était tellement attachée , « qu'elle ne songea jamais à prendre sa volée, comme elle l'aurait pu cent fois. » — Un oiseau prend son vol toutes les fois qu'il se met à voler.

TOUR, TOURNÉE. On va faire un tour, un tour de jardin , un tour de promenade , ou une tournée,

a Le mot tour , dit Roubaud , n'exprime que le chemin , le circuit qu'on fait pour revenir au lieu d'où l'on est parti; et le mot tournée fait allusion à des particularités du voyage ou de la course, à une suite de lieux qu'on a parcourus , à difïérentes opérations qu'on a faites dans ce tour..» Cela est si vrai que le tour se fait par désœuvrement, dans les moments de loisir; au lieu que la tournée signifie le plus souvent la course d'un fonctionnaire publia ou d'un commis voyageur, ayant pour but de remplir certaines missions.

D'ailleurs, on dit bien pendant une tournée, et non pendant un tour : oc J'ai perdu dans mes fréquentes tournées les trois quarts de mes paperasses. 9 Volt. « Le roi de Prusse alla voir l'armée de l'empereur : tandis qu'il faisait cette tournée..*. » Id.

Rtf, RISÉE. Action de rire.

Risée, comme veillée, marque un tout, un ensemble : c'est le ris de plusieurs personnes; et ce mot se qualifie par rapport à ses éléments, une grande rù^e , une risée universelle ; au lieu que ris se qualifie par rapport à sa nature , un rtf agréable, dédaigneux, forcé, amer.

Ensuite, ris se prend d'une manière abstraite et absolue pour l'action de rire , et n'en détermine en aucune sorte le sujet et le contenu; c'est, au contraire , ce que fait risée , qui signifie un ris par moquerie , ou une moquerie , ou même quelquefois la personne dont on rit , tant ce dernier mot est concret, tant il est propre à marquer ce qui compose lerû. sa matière. Troubler les sacrés

mystères par des ris immodestes et par des éclats (BouRD.). Dieu en sod jugement se rira des pécheurs , il leur insultera par des reproches mêlés de dérision et de raillerie : il les immolera à la risée de tout Tunivers (Boss.).

TERMINAISONS ÉB et ION.

Destinée , destimUion.

DESTINÉE, DESTINATION. Ils signifient tous deux le sort d*une personne , sa condition arrêtée , fixée , déterminée.

Destinée est passif et marque proprement dans toute son étendue, dans toute sa durée, ce qui est ordonné, réglé; destination est dctif, il marque l'action de destiner et le résultat de cette action toujours passagère. La destinée d'un homme s'étend à toute sa vie , et ce mot est même quelquefois synonyme d'existence , comme , par exemple, dans l'expression, finir sa destinée. La destination d'un homme , c'est l'emploi qui en est £ait pour un usage unique et bien déterminé. Chacun a sa destinée , c'est-à-dire son sort ; chacun peut recevoir en sa vie une foule de destinations , c'est-à-dire de missions ou d'emplois.

Destinée est passif : la destinée est la somme des événements par lesquels il doit passer pour son bonheur ou son malheur; et remplir sa destinée , c'est épuiser la série des biens et des maux qu'on devait éprouver. Destination est actif; en sorte que la destination d'un homme est sa fin, ce qu'il doit faire, sa vocation, et remplir sa destination ^ c'est accomplir sa tâche : Dieu a donné à chaque être les moyens de remplir sa destination, a La doctrine de l'impiété borne la destinée de l'homme à un petit nombre de jours rapides, inquiets, douloureux, et ne lui donne ni fin, ni destination, ni espérance.» Màss.

TERMINAISONS ÉE et AGE.

Nuée, nuage, Feuillée, feuillage. Lignée, lignage.

Ces deux terminaisons se ressemblent en ce que toutes deux désignent le résultat d'une action , et par suite un ensemble ou un asssemblage , comme dans les mots nuée et nuage, feuillée ei feuillage, ou bien ce qui résulte, ce qui provient d'un homme , d'un chef de famille , comme dans lignée et lignage.

Mais la terminaison ée marque proprement ce qui est contenu dans les choses , les éléments qui les constituent, ce qui les remplit; âge exprime simplement l'ensemble. L'une se rapporte plutôt à la quantité , l'autre à la qualité ou à l'eflet qui résulte de l'assemblage ou du tout.

NUÉE, NUAGE. Amas de vapeurs élevées dans l'air.

Ce qui distingue la nuée, c'est son contenu, c'est qu'elle est grosse de pluie : a L'idée de nuée , dit Beauzée , fait penser à la quantité et à l'orage ; ce mot désigne mieux une grande quantité de vapeurs étendues dans l'air et promettant de

l'orage. » Ce qui distingne le nuage, c'est l'eflet qui résulte de la réunion même des vapeurs dans l'air, c'est-à-<lire l'opacité et l'obscurité. Une nuée de poussière ou de flèches indique une grande quantité de poussière ou de flèches; un nuage de poussière ou de flèches obscurcit l'air. Voy. , pour les exemples : Nue, nuage, et Nue, nuée.

FEUILLÉE, FEUIUAGE. Amas de branches d'arbres avec leurs feuilles.

Feuillée est relatif d la quantité des feuilles, et il la suppose assez grande pour pouvoir donner une ombre épaisse : on danse sous la feuillée; les chasseurs se cachent dans ou sous la feuillée : a Le chasseur cabane sous une feuiUée épaisse, attend les bécasses à la chute. » Burt.

Le feuillage n'emporte point cette idée, et l'effet qu'il produit , au lieu de résulter du nombre ou de la multitude des feuilles , résulte de leur ensemble ou de leur arrangement : on orne une porte de feuillage , on fait des arcs de triomphe de feuillage.

A tout prendre, d'ailleurs, feuillée, avec sa terminaison de participe passé, exprime plutôt quelque chose de factice , un assemblage fait de main d'homme ; c'est pour cela qu'on appelle de ce nom (Buff., S. S.) une cabane formée de braochages coupés et entrelacés, où vont se poster les chasseurs. Feuillée signifie même un lit de feuilles. « Le plus agréable de tous les spectacles pour les soldats romains , c'est un général mangeant avec eux du pain bis, couché sur des feuillées. » Roll. — Feuillage, au contraire, veut dire le plus souvent une réunion naturelle de feuilles avec les branches qui en sont garnies.

Il fait chaud, mais \xn feuillage sombre Loin du bruil nous fournira quelque ombre , Oii nous ferons parmi les violettes Mépris de l'ambre et de ses cassolettes. Mai.b. Ami, reposons- nous sur ce siège sauvage , Sous ce dais qu'ont fonné la mousse et \t/euiUage, La nature nous l'offre ; etc. Volt.

LIGNÉE, LIGNAGE. Descendance, suite de personnes qui viennent d'une même souche.

Lignée est un terme concret qui exprime les membres plus ou moins nombreux de la famille. Avoir lignée (Rbgw.) ; avoir une nombreuse lignée (AcAD.); ce prince est mort sans laisser de It^ne'c (iD.) a Éphraïm fut presque aussi abondant que dix lignées entières qui composaient tout un royaume. » Pasc. « Toute la lignée des Guise fut audacieuse et téméraire. » Volt.

Un père eut pour toute lignée

Un fils qu'il aima trop. Laf.

Mais lignage est un terme collectif qui signifie, non pas les enfants, les personnes issues d'un même chef, mais la race, a Ils sont du même lignage; un homme de haut lignage. » Acad. a On ne pouvait demander le combat que pour soi ou pour quelqu'un de son lignage. j> Montesq. Une dame de mon lignage (Scarr.).

Imprudence, babil, et sotte vanité, Et vaine curiosité Ont ensemble étroit parentage ; Ce sont enfants tous d'un lignage, Ljif.

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

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