‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 157 sur 426 · TERMINAISONS EUH ET IS · texte numérisé non relu

TERMINAISONS EUH ET IS

Couleur, tolorU.

Eur marque l'actif, is le passif: le premier désigne une qualité se faisant sentir par un certain effet ou une certaine impression; le second signifie un résultat , un assemblage. C'en est assez pour arriver à déterminer en quoi difllàrent eotUeur et coloris , par exemple.

GOULECR, COLORIS. Qualité que la vue perçoit dans les corps et qui provient de la lumière réfléchie par leur surface.

cLes couleurs, ditBeauzée, sont les impressions primitives que fait sur l'œil la lumière réfléchie par les diverses surfaces des corps : ce sont elles qui rendent sensibles à la vue les objets qui composent l'univers. Le coloris est l'effet qui résulte de l'ensemble et de l'assortiment des couleurs naturelles de chaque objet , relativement à sa position à l'égard de la lumière , des corps environnants et de l'œil du spectateur : c'est le coloris qui distingue la nature et la situation de chaque objet. »

La couleur se considère plutôt comme cause d'impression , et le coloris comme un effet résultant d'un mélange de couleurs, « Les tableaux du Titien excellent par la beauté du coloris; et l'on dit qu'ils en sont redevables à l'art particulier que ce peintre avait de préparer et d'employer les couleurs. a> Bbauz. « De plusieurs systèmes Platon en fit un , qui prit le coloris de son style : il avait le talent de donner des couleurs aux objets sans répandre sur eux aucune lumière. » CoND. «c Toutes les couleurs , se mêlant mieux ensemble ( au moyen de l'huile) , font un coloris plus doux , plus délicat et plus agréable. >

ROLL

Colorer c'est donner une couleur déterminée par laquelle un objet fasse sur notre vue telle impression; colorier est un terme de peinture , c'est donner à un objet , par un assortissement convenable de couleurs , l'éclat , l'air , l'apparence qu'il doit avoir. On colore une liqueur; on courte un tableau.

TERMINAISONS EUR bt IE.

Fureury furie.

FUREUR, FURIE. Violente agitation, grand emportement.

Toutes deux destinées en général à signifier des qualités abstraites , les désinences eur et te sont propres en même temps à rappeler l'action d'un verbe , c'est-à-dire ici du verbe furere ( être hors de soi, éprouver une passion violente), qui a le même radical. Mais l'une est activa , se rapporte à la cause et à son action présente, immédiate; l'autre est passive , se rapporte à l'effet ou à l'action dans ses suites , dans sa manifestation extérieure.

Vaugelas et Roubaud ont fait entre furemr et furie une distinction conforme à cette remarque, a II semble , dit le premier, que le mot de fureur dénote davantage l'agitation violente du dedans , et le mot de furie l'agitation violente du dehors'.»

La furie consiste dans la manifestation, dans l'éclat ; elle ne se concentre pas comme la fureur^ on n'aime pas à la furie, comme on aime à la ^u reur.

N'as- ta pas sur mon dos exercé \tijurie? (Sosie à Mercure dans Amphitryon,) Mou

Crains tes emportements ; j'en connais W/urie.

Volt.

S'emporter jusqu'à la furie (Boss.). — La fwreur est en nous ; par elle notre &me se porte ardemment vers l'objet de son désir. « La furew des désirs. » Bdff.

Je suis au désespoir, et je sens dans mon coeur

Mon amour outragé se changer en fureur. Regh.

Ces derniers mots me rendent immobile;

Je ne sais où je suis ; m^/ureur est tranquille.

Volt.

La furie nous met hors de nous , dans une sorte d'état passif. On contient sa fureur , on s'abandonne à la furie,

a La fureur , dit Roubaud , n'est pas furie , si elle n'est point manifestée; la, fureur mène à la furie. La fureur a des accès; la furie est l'effet de l'accès violent. On souffle la fureur pour exciter la furie. L'on met un frein à la fureur , et la furie est la fureur effrénée. »

Furie convient plutôt en parlant des choses inanimées, parce qu'elles n'qnt pas en ellesmêmes la cause ou le principe de leurs actions , parce qu'elles ne sont pas susceptibles de passion ou d'agitation intérieure: la furie du combat, du mal , de la fièvre ; le canon tirait avec furie.

D'autre part, comme furie marque une sorte d'état passif auquel on s'abandonne et dans lequel on n'est plus maître de soi , ce mot se prend très-rarement en bonne part. Au contraire , nous disons , une noble fureur , une sainte fureur , une fureur héroïque , une fureur poétique , une fureur prophétique. Nous attribuons la fureur à Dieu même. Racine dit que les chiens attendent à la porte de Mathan que la fureur de Dieu se déploie sur lui.

4. En latin, la même différence existe , saiyani Doederlein, entre mœror et mastitia.

SYNONYMES QUI ONT LE MSME RADICAL

TERIONAISON ON.

Lien y îiaùtm,

- n semblerait an premier coup d'œil qne cette tenninaison fût latine et que toys les noms qui la possèdent Tinssent directement du latin, comme sermon de sermo , onts . Ce serait cependant une erreur de le penser. Parmi les substantifs latins en o , onif , il en est fort peu qui soient passés dans notre langue avec le même radical et aient pris la désinence on; bien moins encore parmi les substantifs en on pourrait-on en citer qui fussent, comme «ermofi, des traductions des noms latins en o , onis. En français , la désinence on se trouve presque toujours ajoutée à des radicaux , ou francisés , comme dans soupçon , ou totalement étrangers à la langue latine ; et les noms qu'elle sert à former appartiennent très-souTent au langage commun on même familier et populaire , comme jargon , bouchon , brimr horion, torchon, trognon, eocKon, mIîmoii, poliston y eapon, coton.

Les substantifs ainsi terminés peuTant se diviser en trois e^>ëces. — Les uns sont des substantifs abstraits féminins ayant pour base un significatif TerbaL , comme oraieonj déeUnaison , floraiton , démangeaieon , leçon; leur sens approche de celui des substantifs en ion dont ils sont quelquefois synonymes. — D'autres sont masculins, à base généralement nominale, et ont pour caractère essentiel d'être diminutifs ' : Exemples , cordon^ poêlon, raton, carafon, peloton, sablon, oison , aiglon , chaudron. ^ Les derniers, masculins, à base tantôt Terbale et tantôt nominale, rentrent dans la classe des qualificatifs : tels sont , brouillon, bouffon, fripon, fanfaron, mignon, grognon,

L1E79, LIAISON. Ce qui tient plusieurs choses ou plusieurs personnes ensemble.

Liaison^ substantif féminin abstrait , & base Terbale , joue à l'égard de lien un rôle analogue à celui qae jouent, à l'égard de leurs synonymes sans terminaison significative , les substantif en ton. Au lieu que lien est objectif et absolu, dation se prend relativement, et rappelle comme ayant ei\ lieu l'action du verbe qui lui correspond. Le lien est; la liaison est devenue, a été faite. On forme une liaison, une liaison s'établit. Il y a lien de parenté entre personnes qui sont parentes, et liaison de parenté entre personnes qu'une alliance a rendues parentes. On dit le lien de l'amitié, et une liaison d'amitié ; l'un est absolu, l'autre relative, et, en général, le lien est moins

4. On dérive li pea du latin o, ùtùt, que eette dernière désinence termina beauoonp de mots latins qui sont augmentatifs et marquent grosseur, eicès. Exemples : biho, grand buveur; eomcdo on €do, grand mangeur ; capito, qui a une grosse tète ; nato, qui a un gros nez, etc. Notre langue possède bien aussi des noms augmentatifs en m»; mais ils sont très-rares et viennent de substantib italiens dans lesquels la terminaison ane exprime augmentation, grandeur. Salon vient de salUme, grande salle ; canon de canme, grande canne, grand tube ; ballon de ballots, grande balle, grand globe.

accidentel et moins passager que la liaison, < On nonune hardiment amour un caprice de quelques jours, une liaison sans attachement. » Volt. « Cela forma dès le premier jour , entre lui et moi , une espèce de liaison. * Les.

Vous ne direz pas la liaison , mais seulement le lien du mariage, parce que le mariage est un état absolu qui ne comporte pas de degrés , comme la parenté, l'amitié, etc. On dit les liens, et non la liaison du sang et de la nature , l'union dont il s'agit ici , étant, et ne se faisant pas. Le lien est un objet qui se qualifie en soi ; la liaison est un fait qui se qualifie par rapport à l'événement : des liens étroits le sont par nature , tels sont ceux qui unissent un fils à son père ; une liaison étroite est telle effectivement , par le fait. Le lien se considère avant qu'on ait lié : il sert ou il est propre à lier ; la liaison se considère après que l'action de lier a été faite : elle lie.

Aussi Condillac a remarqué avec beaucoup de justesse qu'au propre le lien est tout différent des choses liées et empêche seulement qu'elles ne se séparent , tandis que la liaison fait partie des choses liées et forme avec elles un seul corps, un seul tout. « En maçonnerie, dit-il, la liaison se fait par la manière de poser les pierres les unes sur les autres et par l'emploi du plfttre ou du mortier; ainsi elle fait partie du mur. Mais le lien , avec lequel on assemble les parties d'une gerbe , est toute autre chose que la gerbe. Dans les bâtiments on fait quelquefois usage de liens de fer , afin de mieux assujettir les pierres. Les liens qu'on donne à un criminel , à un prisonnier , sont des chaînes dont on le lie pour l'empêcher de s'échapper, j»

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