‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 171 sur 426 · TERMINAISON AILLE · texte numérisé non relu

TERMINAISON AILLE

JTuf, muraille.

Désinence collective , comme le témoignent les mots bataille , ensemble de gens qui se battent , et partant grande batterie; futaille, quantité de fûts réunis ; volaille , ensemble de volatiles , d'oiseaux , qu'on nourrit d'ordinaire dans une bassecour. A cette idée s'en joint généralement une autre , celle du peu de valeur des choses assemblées ou considérées collectivement et du mépris qu'on a pour elles : exemples, pierraiUe^ ferraille y tripaille^ valetaille ^ gueusaille^ marmaille. Il y a de même des verbes et des qualificatifs dépréciatifs, les uns en ailler, les autres en ailleur : tels sont, chamailler ^ brailler, criailler ^ encanailler, ferrailler; brailleur, criailleur, ferrailleur.

MUR, MURAILLE. Constructions en pierres, en moellons, en briques, élevées sur des fondements.

La mi*raille est un ensemble ou une suite de murs , ou le mur étendu dans ses différentes dimensions; c'est une sorte d'édifice. Mur est le latin murus; muraille équivaut à mûri. On dit les murs d'un jardin, et les murailles d'une ville. <r Les murailles de Babylone étaient d'une grandeur prodigieuse.... Ces murailles étaient entourées d'un vaste fossé... On avait laissé une grande distance entre les maisons et les murs de la ville. » BoLL. « L'escalade consiste à appliquer contre le mur un grand nombre d'échelles pour y fkire monter plusieurs files de soldats. Pour la rendre inutile, on y opposa la hauteur des murat{{e«.»lD.

Comme toutes les choses représentées par des substantifs à radicaux purs , le mur ne reçoit que des qualifications intrinsèques : relativement à sa matière , il est de pierre , de terre , de briques , d'airain (au figuré) ; relativement à sa construction , il est de face , en décharge , en allée , en ailes , double , triple , etc. ; relativement à sa destination , c*est un mur de clôture , de refend , de séparation , mitoyen. La muraille se qualifie extrins^quement et toujours sous le point de vue de sa grandeur et de sa force , Indiquées par sa terminaison. <t II y avait autour de Syringe double retranchement , et au delà une forte muraille. La ville de Jérusalem était renfermée par im triple mur, » RoLL.

Le mur n'a d'autre destination que celle que marque le radical (fjisipe<r6ai, partager, ou tiotpq^v, arrêter); il sépare, il arrête, il ferme. L'idée propre de muraille dépend de celle qui lui vient de sa terminaison : c'est de couvrir, de défendre, de fortifier, ou de servir de rempart, de boulevart. « Sparte avait été longtemps sans muroiW« , et n'avait point voulu avoir d'autre fortification que le courage de ses citoyens. Ce n'était que depuis que les tyrans y dominaient qu'a» y avait

b&ti des murs , et cela seulement dans les endroits qui étaient ouverts. » Roll. — Les murs forment une enceinte : tel édifice est dans les murs ou hors des murs d'une ville , les murs d'une ville sont baignés par telle ou telle rivière. Les muraiUes d'une ville en sont les fortifications. « Les Sarrasins pillent la ri^he église de Saint-Pierre hors des murs.... Le pape Léon IV avait employé les richesses de l'Église à réparer les murailles, i élever des tours. » Volt.

Si , d'un autre côté , sans chercher & déterminer la valeur de la terminaison de muraiUe , on ob serve simplement qu'elle est significative, ceik de mwr ne l'étant pas , il en résulte une autre différence , qui consiste en ce que le mot de mnir raille se prend dans un sens relatif, et qui a été mise dans tout son jour par Condillac.

«Dans les cas suivants, dit-il, muraille doit être préféré. Il n'a laissé que les quatre murailles. La muraille de la Chine. Enfermer quelqu'un entre qasXre murailles. Si on disait le mur de la Chine, il semblerait qu'on voudrait parler d'un mur qui enferme la Chine, comme on parlerait du mwr d'une ville, et on ne saurait pas ce que cela voudrait dire. Hais quand on dit , la muraHU de la Chine, aussitôt on se représente ce mur fameux qui sépare la Chine de la Tartane. Quand on dit renfermer quelqu'un entre quatre murailles ^ on ne se représente pas seulement quatre murs^ mais on se représente encore quelqu'un qui a été privé de sa liberté. De même , il n'a laissé que les quatre murailles , est un tour relatif aux meubles et signifie qu'il n'en est point resté. Ce mot a donc différents accessoires suivant les cas. » — C*est de la muraille (RoLL.), et non du mur, que Balthazar, au milieu d'un repas, vit sortir une main qui écrivait des caractères qu'aucun de ses devins ne put ni expliquer ni lire.

TERMINAISONS ÀlLLEUR vt EUR.

Rimailleur, rimeur,

RIMAILLEUR, RIMEUR. Termes de mépris qui se disent en parlant d'un mauvais poète.

Le rimeur fait métier ou profession de rimer; le rimailleur fait un tas de mauvaises rimes. Rimeur qualifie un poète qui ne s'occupe que de la rime , partie la moins,importante de son art ; rimailleur qualifie celui qui n'a pas même le talent de rimer , qui rime beaucoup et mal. Rtmatlkur enchérit donc sur rimeur; celui-ci désigne un simple versificateur, celui-là im plat versificateur.

Le rimeur n'est pas un bon poète. On dit : nos jeunes rimeur.s (Lab.), la foule ou la multitude desrimeure(Io.). Voltaire appelle J. B. Rousseau un rimeur , et le poète Roy un obscur rimeur. li dit de lui-même: «Je suis un vieux radoteur, moitié rimeur , moitié penseur. » Le peuple ri' meur est , dans Lafontaine , une périphrase p^ui les poètes, — Le rimailleur est un misérable poète on dira donc le dernier , le plus mince des rifnail leurs (Lab.) : Pradon, ce rimailleur (In.): de viU de misérables rimailleurs (d'Al.). « Avez-vous 1 tragédie de ¥trame, de Richelieu? C'était un dé testable rimailleur que ce grand homme. » Yoi.!

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

Laharpe appelle Lamotte un rimeur da troisième ordre, et dit que ringt rimewn galants comme Dorât pèsent moins dans la balance de la postérité qu^un philosople tel que Condillac ou dÂlembert. Mais il cite l'abbé Picque comme l'un des derniers rtmailleuTs de son temps, et dans un autre endroit, s'adressant à un censeur de Voltaire : « L'auteur de la Hcnrtade, dit-il, serait donc au nîTeau des derniers rimaiUewrt? »

TEBMINAISON ASSERIE.

TBBHINAISGNS ÂSSERIE bt ESSE.

FtnoMseriê , fnetu.

FINASSERIE, FDŒSSE. Tour d'esprit ou d'adresse qui consiste à trouver des expédients.

Par sa dernière partie , la terminaison composée asserie est diminntiyé et familière ; par la première, elle est péjoratiye , c'est-à-dire qu'elle signifie quelque chose de mauvais, comme le prouvent les mots avocasser, paperasse^ putasseriej rêvasser, hommasse. Finasserie est donc, suivant la définition de Condillac , un terme familier qui exprime une finesse petite , mauvaise , et tout au plus propre à tirer les affaires en longueur.

TISRMINAISONS ASSISE n ÀILLEUR.

icrivassier, éerivatUeur.

ÉCRIYASSIER, ÉCRIYAULEUR. Termes familiers servant à désigner on mauvais écrivain.

Vécrirassier et r^criuaiHeur écrivent beaucoup et mal. Mais Vécrirassier traite des sujets vulgaires et bas, et, de plus, on considère davantage en lui la manie ou la démangeaison d'écrire ; ce double caractère résulte de la an de sa terminaison ier , laquelle est en même temps conunune et significative d'un défaut relatif à de petites choses.

Du reste, écritassier est d'un usage très-rare. Il ne se rencontre point dans nos auteurs antérieurement au SIX* siècle. On en trouve un exemple dans les Mélanges de morale , d'^onomte et de politique de Franklin : a Un des derniers des ecricassteri qui ont noirci contre nous leur plume....»— Mais ^cri«aii/ei*r, quoiqu'il ne figure pas plus ^'écrivassitr dans le Dictionnaire de r Académie avant 1835, appartient néanmoins à notre langue depuis fort longtemps. « Jean Bodin est accompaigoé de beaucoup plus de jugement que la tourbe des escrivailleurs de son siècle, s MoNTAiGN. c Quelques polissons à^écrivaill'eurs français.» Volt. • La maison de Fréron était le rendez-vous de tous les écrivaiUeurs. » Lah.

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