PREMIÈRE PARTIE
(Boss. , M0NTE8Q. , Rac), une citadelle (J. J.)^ des prisonniers (Boss. , Les.) ont des gardes qui veillent sur eux selon une manière prescrite. Gardien annonce plutôt une occupation qu*un état, c'est-à-dire une charge plus particulière, plus relative < , qui laisse plus de liberté dans le choix des moyens ; et c'est pourquoi ce mot convient surtout au figuré pour désigner une sorte d'office ou un office moins rigoureux, dont les obligations ne sont pas fixées par des règlements. « Le sage ne doit jamais avoir d'autre gardien de son secret que lui-même. » Gir. « Le travail et la sobriété furent les premiers goâ'dieM de cette liberté. » Volt. « La crainte est la gardienne de rinnocence. 9 Boss. Notre ange gardien dirige notre conduite et nous assiste comme et quand il le juge à propos.— «Saint Chrysostome nous représente les anges inclinés devant Jésus-Christ dans r Eucharistie , et lui rendant le même respect que les gardes de l'empereur rendent à leur maître. » Boss. « Celui qui n'ose toucher à son argent, qui n'en est que le triste gardien^ est proprement celui qu'on appelle avare. » Id.
2* Mais non -seulement garde est absolu, et gardien relatif, de plus garde est objectif, se rapporte davantage à la chose gardée , et gardien est subjectif, c'est-à-dire rappelle particulièrement l'action de la personne qui garde et la manière dont elle garde.
Avec garde et le nom de l'objet gardé on forme une foule de désignations complexes qui représentent la personne sous le point de vue objectif, garde-côtes^ garde-chasse, garde-vaisselle^ gardemalade. Et le mot garde est , en effet , si peu subjectif et si peu significatif de l'action, qu'il se dit des choses même inanimées dans lesquelles l'objet est conservé intact, garde-meuble, garde-robe, garde-danger. Gardien, au contraire, a plus rapport à ce qui se fait qu'à ce qui est; il marque spécialement la surveillance effective , accomplie , et le soin avec lequel on s'acquitte de sa charge. Le garde veille de plus loin, et le gardien de plus près. Il y a dans les prisons des gardes, c'est-à-dire des soldats qui veillent de la manière déterminée, ordonnée, à la sûreté extérieure; et des gardiens , c'est-à-dire des agents qui , par des moyens qu'ils jugent convenables , veillent à la sûreté intérieure. L'expression, garde des sceaux , donne-t-elle le moins du monde l'idée du zèle et de l'attention du ministre de la justice à garder les sceaux qui lui sont confiés T Or , c'est précisément une des idées attachées au mot gardien, a Outre l'aréopage , il y avait à Athènes des gardiens des mœurs et des gardiens des lois. 9 MoNTESQ. a Un chieu , bon et fidèle gardien, n'aboie qu'à l'approche des voleurs. » J. J. a L'Eglise catholique a toujours été une fidèle gardienne du dépôt de la foi. » Boss. « A toute heure et à tous moments les anges se tiennent prêts pour nous
4 . Qaant i gardcur^ il est tellement relatif et particulier, que, comme «fcro^Mtfttr, par exemple, il ne se dit qu'avec indication des choses qu'on garde , et ce qui le distingue parfaitement des deux autres mots, c'est que ces choses soùt toujours des animaux qu'on mène paître : gardeur de cochons (Volt.) , de brebis (Id.), gardeuse de vaches ou de dindons (Acad.).
assister; gardiens toujours fervents et infatigables, qui ne se relâchent jamais un instant du soin qu'ils prennent de notre salut. > lo.
TERMINAISONS lEN et EUR.
Bhétoriden, rhéteur,
RHÉTORICtEN, RHÉTEUR. Ces noms se donnent tous deux à ceux qui cultivent le talent de la parole.
Hais l'un qualifie le sujet en raison de ce qa'i< sait, des règles, des doctrines, qu'il a adoptées; l'autre, en raison de ce qu'il enseigne, des moyens de succès, qu'il propose à l'orateur. Dans l'un vous considérez son érudition, son attachement aux règles de la rhétorique; dans l'autre, son originalité et la profession qu*il fait de tels ou tels procédés oratoires. Le rhétortciett consommé connaît et possède toutes les ressources de l'art décrites par les rhéteurs; à cet égard, il n'y a plus rien à lui apprendre. Le rhéteur consommé comprend l'éloquence et en expose les préceptes d'une manière qui ne laisse rien à- désirer.
Mais ordinairement ces mots se prennent dans un sens général pour qualifier de mauvais orateurs ou de mauvais écrivains. Alors rhctoriden signifie écolier , maladroit ou pédant. « L'auteur de l'histoire de Turenne (M. de Ramsay) , a copié partout; mais il n'a point rendu son héros intéressant : il l'appelle grand , mais il ne le rend pas tel , il le loue en rhétoriâen. » Volt. Rhâevr signifie déclamateur, qui ne se préoccupe que de la forme et dont les discours sont apprêtés , vides et emphatiques. « Depuis trente années on prèle l'oreiUe aux rhéteurs , aux déclamateurs , aux énuméra^eurs. » Labr. Le rhétoriden n'a qu'une éloquence de collège; le rhéteur n'a qu'une éloquence de sophiste.
TERMINAISONS lEN et IQUE.
Stoïcien, stoîque. Platonicien, platonique. Ionien, ionique; éolien, éolique; dorien, dorique; italien , italique, Sardonien , sardonique,
STOlGIEN, STOlQUE. Conforme à la philosophie de Zenon , qui enseignait , à Athènes , sous un portique , oroà.
Stoïcien fait entendre qu'on appartient à la secte fondée par Zenon , et stoxque , qu'on participe essentiellement aux qualités d'un type mo rai , conçu par les stoïciens , type de vertu austère et qui demande un courage inébranlable. Le stoïcien est partisan du stoïcisme , il professe les doctrines , il tient à l'école de Zenon; le stotque^ sans être peut-être de cette secte , sans peut-être avoir jamais entendu parler de son existence et de son enseignement , sans pouvoir en comprendre les idées , a la qualité de la stoicité^ c'est-àdire est en rapport de participation intime arec l'idéal de sagesse et de fermeté que les stoïciens ont établi.
Stoïcien a naturellement sa place dans I^istoire des systèmes et des opinions philosophiques ; il ne regarde que l'esprit et la doctrine. « Perse s'adonna de bonne heure à la philosophie sCoi-
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
r qu'il étudia sous Gornutus. » Lab. « Ln saiitimés , les engérations stoidenMs ^ qui forment le fond de U philosophie de Sénëque. » Id. c Cette doctrine fui celle de Zenon et de la secte stoictenne. » ICaew. Stoique confient dans les peintures de caractères , il exprime une qualité | intérieure qui est un principe de conduite. « J'ai ; regardé avec des yeu assez itoiqueg les Ubelles diffamatoires qu'on a publiés contre moi. > Boil. ' Vertu, âme, courage (Acad.), Intrépidité (J. J.)) sagesse(]rARir.)« rigueur (d* Al.), rigorisme (Lab.), | morgue (In.) sfoiigue. I
« Des maximes sfotaeniies sont celles que Zenon on ses disciples ont enseignées ; les ouTrages de Sénéque en sont pleins et en tirent leur princfpal mérite. Des maximes ttoiquês sont celles qui persuadent un attachement inviolable à la vertu la plus rigide et le mépris de toute autre chose , in*, dépendamment des leçons du Portique; telles sont tant de belles maximes répandues dans le Télémaqoê. Une vertu Hoîque est une vertu courageuse et inébranlable; une vertu stoieienne pourrait bien n'être qu'un masque de pure représentation; car il n'y a eu, dans aucune école, autant d'hypocrites que dans celle de Zéncm. Pa- Détius, l'un de ses disciples, plus attaché à la pratique qu'aux dogmes 4b sa {Àilosophie, était phis slotque que stotcts».» Bbauz.
PLATONICIEN, PLATONIQUE. Conforme aux idées de Platon.
Même différence entre ces deux mots qu'entre les deux précédents, si ce n'est que platonique a on sens motus étendu que stoi^. Platonicien, de l'école de Platon ou qui s'y rapporte; platoitiqMe, conforme à un type créé par Platon, c Plutarque a les opixuons gkUoniques , douces et accommodab/es à la société civile : Sénéque les a sUriques et épicuriennes , plus éloignées de l'usage commun, mais plus fermes. » Montaion. La doctrine ptaloiitciefiiie était enseignée dans l'école de Platon, dans l'Académie; par amour plaUmique on enteiad une sorte d'amour entre les personnes dedi/fêrent sexe, qui a pour caractère essentiel de ne s'adresser qu'à l'âme et d'être dégagée des désirs physiques , suivant la définition que Platon en a donnée.
lOflIEH, IONIQUE; ÉOLIEN, iOLIQUE; DO- MSN, DORIQUE; ITALIEN, ITALIQUE. Tous ces ad)ectl& serrent à qualifier les choses relativement aux pays qu'ils signifient par leur radical.
Mais, termmés en ien, ils qualifient en taisant connaître simpUm«it le lieu; et, terminés en ique, ils qualifient, ea caractérisant, en déterminant la nature, en annonçant que la chose est de tel ou tel gmre. On dira dialecte, mode, ûmcii, éolien^ dorte», si on veut uniquement exprimer en quels pays de la Grèce ils étaient Dsités ; mais s'agit-il de marquer que ces dialectes et ces modes forment des genres à part, et de les opposer comme tels , il foudra donner aux mêmes adjectifs la terminaison ique.
En cas de doute sur la patrie d'un écrivain grec , on peut obtenir quelque lumière en examinant s'il écrit dans le dialecte ionien , éolien ou éorien. Dans les grammaires grecques se trouve d'ordinaire un chapitre consacré aux caractères
STV. TRAHQ.
distinctife des dialectes ionique , éoUqw , doriqtu et attique; du moins, c'est ainsi qu'on devrait les appeler.
Pourquoi di^on plutêt , au moins de nos jours , philosophie ionienne^ et philosophie italique? C'est que la philosophie des Ioniens a été diverse dans ses directions et ses méthodes , tandis qu'en Italie , en suivant toujours la même voie , elle a donné naissance à un genre de doctrines, à un mode de philosopher qui a ses caractères propres.
6ARD0NISN, 8ARD0NIQUB. Ris eardonien ou sardonique, sorte de ris convulsif , qui est l'efTet d'une contraction dans les muscles du visage. On l'appelle ainsi à cause de sa ressemblance avec celui que causait, dit-on, une plante de Sardaigae j sardoa [herha).
Mais eardonien marque seulement le lieu où croissait cette plante , et d'où est venue au ris sa dénomination. Sardonique caractérise ce ris en lui-même ; il en exprime le genre , et c'est pourquoi il se dit seul au figuré , en parlant d'un ris qui annonce beaucoup de malignité. « On changea l'air terrible et fier de la gravure anglaise en un souris traître et eardonique, > J. J. s Nouvelles très-curieuseSy et qui vous feront plaisir, répondit Thiriot avec son sourire sardonique, » Mark.
Même au propre , eardonien s'emploie peu ; ce ne peut être qu'une expression d'érudit, qui veut Caire conmàtre la chose , non par sa nature , mais par son origine , ou par sa forme extérieure , par l'espèce de grimace qui la constitue physiquement. « Le ris qu'on nomme eardonien n'est autre chose qu'une convulsion de neris du visage.» Dssc. « Les vapeurs violentes tirent les muscles de la bouche , mais ce n'est point un véritable ris qu'elles causent, c'est une convulsion ; il faut lui donner un autre nom, aussi l'appelle-t-on rire eardonien, > Volt.