‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 217 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cas , ils tiennent sous quelque rapport des caractères du yerbe ; ou nominaux , ce que le corps du mot fait Toir à la première inspection , et alors u revient à eux^ qu'il abrège , en le contractant, il est, par conséquetit, réplélif.

Enfin , plusieurs adjectifs en u ont été formés , encore par contraction, des adjectifs latins en ttt»:tels sontp ardu, (usidu, conftnu, cùniigu^ exigu , ingénu , superflu. Ces derniers expriment l'état, la manière d'être, la qualité simplement, sans accessoire remarquable, et peuvent passer pour n'avoir pas de terminaison significative.

TORS, TORDU. Qui va en tournant, au lieu d'aller droit.

Deux mots faciles à distinguer , parce que le premier n'ayant pas de terminaison significative, il n'y a qu'à leur appliquer la règle qui sert à trouver la différence entre deux adjectifs synonymes, dont l'un est et dont l'autre n'est pas un participe passé , pris adjectivement.

Tors désigne le s^jet tel qu'il est , par sa constitution; tordu le représente tel qu'il est devenu, tel qu'il a été fait : le premier ne suppose pas , comme le second , changement survenu dans l'état naturel , modification reçue.

Bossuet a bien rendu cette différence. « A considérer , dit-il , les fibres et les filets dont le cœur est tissu , et la manière dont ils sont tors , on le reconnaît pour un muscle. Et on prétend que ces fibres ne sont pas mues selon leur longueur prise en droite ligne, mais comme tordues de côté, ce qui &it que le cœur, se ramenant sur luimême , s'enfle en rond.j»

Que si tors ne se dit pas seulement des choses naturellement telles , comme les jambes et le cou (AcAD.), les cornes de certains animaux (Buff.), la barbe de certains hommes qui la portent longue (Volt.); mris aussi des choses qui ont été faites telles , comme le fil , la soie et un certain genre de colonnes et de cannes (Làbr.) , c'est moins comme ayant été faites que comme étant ce qu'elles sont, que comme ayant telle qualité , qu'on les représente. Si , au contraire , tordu peut s'appliquer , même aux choses que la nature rend telles , ce mot n'en garde pas moins son rapport à l'action ou à l'événement de tordre , et ne rappelle pas moins l'effort , la force qu'il a fallu pour faire éprouver au sujet tel effet, pour changer sa direction propre et primitive.

MINCE, MENU. Petit, qui manque de grandeur.

Menu vient de minutus , participe de minuere , diminuer, racine minus , moindre , plus petit; et mince , de minutius , mintius , comparatif de minutus.

Menu reproduit assez fidèlement le mot latin, minutus y d'où il dérive, et son caractère originel de participe; de sorte que, minuere signifiant ôter de la grandeur dans tous les sens , menu indique un manque de volume ou de grosseur. Menu plomb , grêle menue (Acad.). « Ces mines étaient en grains assez menus. » Buff. <c Cette défense d'ivoire avait dix-neuf pouces de circonférence ; les autres étaient plus menue*.» In. — Mais mince ne conserve plus aucun rapport avec son primitif; il est redevenu un radical pur,

représentant une partie de l'idée de metiu, celle qui apparemment était exprimée d'abord par le radical même de minus , savoir un manque d'épaisseur. f. Cette membrane est aussi mince qu'une feuille de chêne. » Marh. A travers une cloison, fort mince on entend ce qui se dit dans une chambre voisine (MozvTBSQ.).a Dans le fœtus d'un mois les vaisseaux sont menus comme des fils, et la peau est extrêmement minu et transparente.» Buff. K

Au figuré , menu et mince se disent des choses peu considérables, de médiocre conséquence. Mais menu contient une qualification de fait , et mince une qualification de nature. L'on est une épithète , l'autre un attribut : en vous servant de l'un , vous faites entendre de quoi vous parlez, la menue dépense ; en vous servant de Vautre , vous ne rappelez pas une qualification laîte , établie , reconnue , mais vous en créez une , vous affirmez , vous prétendez que la chose a peu de valeur ou de mérite : il fait une mince dépense. — C'est pourquoi menu fait partie d'un grand nombre de locutions dans lesquelles il se met toujours avant le substantif, menus ûrais, menus (détails, menus plaisirs; au lieu que mince, qui d'ordinaire a sa place après le substantif, entre dans les propositions où l'on déclare de son chef que la chose mérite peu de considération. En disant , le menu peuple , vous n'exprimez point une opinion, comme en disant de quelqu'un, que c'est un homme bien mince , ou même simplement, sa mtnce personne. Là, vous employez une expression usitée , qui a reçu sa forme ; ici , un mot sans détermination et auquel vous en donnez une. — D'ailleurs mince se prend plus positivement et plus fortement en mauvaise part. Ce qui est menu manque de grandeur et d'importance; jce qui est mtnce manque de force et de solidité. De menues pratiques de religion (Boord.), de menus vers (Laf .) , de mentu détails (J . J . , Montbso ■) , de menus faits (FiN.) sont petits, rien de plus. Une mtnce dispute (Montesq.), un mince mérite ' riD.) , une mtnce figure (J. J.), un mince colifichet I (iD.) , sont vils et à dédaigner. |

GONTUS, CONFONDU. Brouillé, mêlé ensem | ble; figurément, déconcerté, interdit. Ce sont i deux participes passés d'un même verbe , confun- ■ dere , confondre. '

Cependant le premier a été calqué sur le participe latin confusus , et le second formé du verbe français. De là leur différence. Sn nous servant de confondu, nous sentons mieux son origine verbale. Au contraire , comme confus est le participe d'un verbe étranger, son rapport avec le verbe nous échappe , et il nous semble un simple adjectif à terminaison indifférente. Ce qui est confus , est tel; ce qui est confondu , a été fait tel.

4. n en est de même des deux perllcipes rêsoim H résous du verbe résoudre. Résolu ^ latin rtsolutus, a lous les sens du verbe qu'il rappelle parfkiiement. Résous, sons sa forme oonlraclée et anomale, est une sorte de radical nu , représentatif seulement à» la slgniflcation physique et première : brouillard résous en pluie ; sans compter que dans cette accepUoa même , qui lui est commune avec résolu , il marqniJ l'état sans Odre penser aussi expressément à Factiod qui l'a amené.

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

Au propre , op dit confut du tout qui résulte de 1a rénnion des parties : amas confus; le chaos n'était qa'im assemblage confus des éléments; c'est-à-dire que confus exprime l'efTet sans aucun rapport à la cause et à l'action. Mais confondu qusdifie les parties mêmes qui entrent dans le tout , qui ont subi l'action de la cause qui les a mêlées : dans le chaos tous les éléments étaient confondus.

Au figuré , confus montre le sujet dans tel état , et presque toujours en yertu d'une cause qui lui ^ est propre, c Elle s'aperçut , à mon air confus , que j'sTais quelque reproche à me faire. » J. J. L'Amour s'éveillant « vit la pauvre Psyché ^i , toute confuse, tenait sa lampe. » La.f.

Le coibetn , honteux et confus , Jara,, mais an peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

ID

a Pour le roi (François I*') , on ne peut exprimer , ni combien il fut aigri contre l'empereur, qui avait abusé si visiblement de sa trop facile croyance, ni combien il fut confus en lui-même de s'dfre laissé tromper. » Boss. « Thoas ainsi manqua son coup, et s'en retourna tout confus. n r%OLL.

Je tombe aux pieds de Dormêne , et je sors , Confus^ soumis, pénétré de remords. Volt.

Confondu présente le même état comme l'effet d'un coup frappé , de l'action d'une cause extérieure. Confus revient à honteux , plein de confusion et d'embarras. Confondu se rapproche plus de saisi , stupéfait , renversé ; il marque le résultat d'une impression reçue et un plus grand désordre d'esprit. On demeure confondu d'une réponse qui étonne au dernier point. Du lutrin sort un oiseau :

Dans la. main de Boirade il éteint la lumière.

Les guerriers i ce coap demeurent eon/badus;

Ils regagnent la nef, de frayeur éperdus. Boil. < En entendant cette histoire , quel était le trouble de saint Augustin 1 II se sentait rongé au fond du cceur, confus et confondu. » P. A. «Harlay dit aux jacobins : Il ne me convient pas d'entrer ni d'aller prier Dieu chez des gens de la robe de votre Jacques Clément. Et tout de suite il leur tourna le dos et les laissa confondus, » S. S. « Il y a trente ans , dit Xantippe , que je crie après Socrate; et quand j'ai bien crié, il m'en impose , je suis toute confondue : est-ce qu'il y auTÛt dans cette âme- là quelque chose de supérieur à la mienne ? » Yolt.

TERMINAISONS U BT EUX.

ToriUj tortueux. Charnu y chameux. Herbu, herbeux.

TORTU , TORTUEUX. En latin, tortus, tortuostâs. Oui ne va pas droit, mais de travers : un chemin, un sentier tortu ou tortueux.

Quoique participe passé du verbe latin torquere, tourner, faire tourner, tortu est par rapport à tortueux un radical , auquel s'ajoute la désinence augmentative ou réplétive eux. Si bien que tortueux signifie tout tortu, qui fait beaucoup de tours et retours , qui à plusieurs reprises et en

différents endroits se détourne pour revenir sur lui-même, ainsi qu'un serpent.

Ce qui est tortu n'est pas droit : un bflton à moitié plongé dans l'eau parait tortu (Montaion., Boss.). Ce qui est tortueux va et vient de côté et d'autre, est sinueux : un escalier tortueux (5. S.); le rampement tortueux du serpent (Boss.); « le chemin de la justice n'est pas de ces chemins fortueux qui ressemblent à des labyrinthes. > Boss.

De même au figuré : l'esprit tortu manque de justesse; une conduite lortueute est pleine de détours.

CHARNU, GHARNEUl. Où la chair abonde, prédomine.

HERBU, HERBEUX. Où il y a beaucoup d'herbe.

Ici les terminaisons sont l'une et l'autre à considérer : eux ne s'ajoute point, comme dans l'exemple précédent , à un adjectif en u qui puisse passer pour radical pur; mais euxeiu sont deux désinences jointes à un même radical , cham , et herb.

La difficulté semble grande au premier coup d'œil : u est une abréviation et eux une traduction du latiq osus , a , «m , et tous deux signifient en conséquence l'abondance, la grande quantité. Cependant u s,'éloigne davantage du type commun et se rencontre surtout à. la fin d'adjectifs appartenant à la langue vulgaire , qui* expriment une plénitude apparente et grossière : 'joufflu , mamelu , ventru , pansu , menibru , chevelu , branchu, touffu.

Charnu se dit donc du corps ou d'une partie du corps , où la chair se trouve ou se montre en grande quantité, qui forme comme une masse de chair. Chameux ne s'emploie qu'en médecine pour qualifier les parties du corps où il y a quantité de chair , c'est-à-dire plus de chair que d'autres matières , mais non pas de façon à frapper par. le volume apparent : on oppose les parties chametues aux parties osseuses. Ce mot est plus déterminatif qu*expressif. — Il en est de même d*herbeux par rapport à herbu: il croît de l'herbe dans une clairière herbeuse; et l'on en voit à foison dans un champ herbu.

Chameux et herbeux sont des termes plus ou moins scientifiques , calqués sur le latin carnosus et herbosiu , qui n'ont que cent ans de date et ne se rencontrent guère dans le langage commun. Charnu et herbu , au contraire , sont des mots de tous les styles, même du plus familier, aussi vieux que notre langue et qui signifient , bien fourni ou tout couvert de chair et d'herbe.

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