‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 306 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

connaissaient les rettourees de l'esprit et da cœur de Tamiral eurent bien d'autres pensées. > Boss. a Rome, voyant que la guerre derenait sérieuse, songea à nommer Camille tribun militaire : c'était la ressource ordinaire de la république dans les grands dangers. * Holl.

Par conséquent , ressource se met bien après expédient comme signifiant davantage. « Personne n'avait plus d'esprit que M. de Valence , ni plus présent, ni plus d'activité , à'expédients et de ressources. » S. S.

En second lieu, Vexpédient esl4)assager, trouvé à l'instant, et tout fait pour la circonstance; la ressource est réservée de loin par la fortune , la nature ou la prudence. On cherche et on imagine des expédients dans l'occasion ; on a des ressources; les ressources de la guerre (Volt.) ou de l'art militaire (Cond.), les r^wurcc* du raisonnement (Barth.), les ressources d'un homme ou d'un animal sont quelque chose de constant et d'habituel. Richelieu dit à Mazarin, dans un des Dialogues des morts de Fénelon , que l'habileté consiste moins dans une certaine facilité d'expédients qu'à comprendre qu'à la longue la plus grande de toutes les ressources est la réputation universelle de probité. Dans l'embarras des finances , les expédients ne produisent qu'un effet momentané, les ressources procurent un plus long soulagement. —D'ailleurs, Vexpédient est plus indirect , il élude , il supplée ; la ressource attaque de front le mal ou la difficulté et les lève , au lieu de les tourner.

Enfin , Vexpédient est une mesure , la ressource une chose. Vous direz à une personne: j'approuve votre expédient , et : vous êtes ou vous serez ma ressource. < O.chimères, dernières reuources des malheureux 1 s J. J. Se procurer des ressources (d'Al.) Vexpédient est plus ou moins ingénieux; ISL ressource est plus ou moins féconde. Vexpédient est relatif à l'esprit qui l'invente; la ressource , à l'utilité dont elle peut être : un expédient est d'une plus ou moins grande ressource; l'affaiblissement des monnaies est un expédient d'une faible ressource. On tente , on prend tous les expédients, c'est-à-dire tous les moyens proposés; on épuise toutes ses ressources. Un expédient apprend à un homme obéré comment il doit s'y prendre pour sortir d'affaire ; une ressource lui fournit des foads. Un homme d^expédient est habile à trouver des tours, des biais, des manières d'échapper; une ville de ressource est pourvue des choses dont on peut avoir besoin. <E II ne nous restait plus de ressource que dans le roi de Prusse. Il fallait un prétexte pour me rendre auprès de lui. Je pris celui de ma querelle avec l'ancien évêque de Mirepoiz. Le roi approuva cet expédient. 9 Volt.

EXPÉRIENCE , ÉPREUVE , ESSAI. Par des expériences , des épreuves et des essais, on apprend à connaître ce qu'on ignorait.

V expérience apprend ce qu'on doit croire ; elle lève les doutes, dissipe l'ignorance et fixe les opinions. « Cela est reconnu faux par un nombre infini d'expériences. » Pasc. « Ce qui le faisait croire si fermement, c'est qu'on s'imaginaix s'en être assuré par une induction très -certaine, en

ayant fait une infinité d'expériences. Mais csh s'est trouvé faux , parce que l'on a fait de nou • velles expériences, qui ont fait voir que....» P. R. a II est évident, il est constant par V expérience ^ par une expérience heureuse, que....» Volt. « Des physiciens dont la raison est éclairée par quarante ans d'études et d'expériences. » la. « J'ai démontré par des expériences faciles à répéter que l'argile tirait son origine de la décomposition du grès. » BoFF. « Tous les physiciens cnt conclu de ces expériences du baromètre, que l'air est beaucoup plus comprimé et plus dense dans les plaines, qu'il ne l'est au-dessus des montagnes. » In.

Vépreuve apprend si on doit compter et jusqu'à quel point on doit compter sur les personnes ou sur les choses : c'est un creuset ^ une pierre de touche pour reconnaître leurs qualités, leur solidité.

J'ai fait du mariage une assez triste épreuve. Rcg*. c Voilà ce qui soutient les saints dans les rigoureuses é^preuves que Dieu fait de leur conslance et de leur fidélité. > Bourd. « Dieu commanda à Abraham de lui immoler son fils. A quelles épreuves la foi est-elle exposée?» Boss. «Que deviendront les épreuves d'innocence des siècles passés?» Sév. • Vous devriez reconnaître par tant d'épreuves combien vos objections sont vaines. > Pasc. « Ils sortirent de ces épreuves aussi purs que l'or qui a passé par les creusets. > Bartb. « L'huile de pétrole ne s'épais;»!! ni ne se fige par la gelée ; et c'est par cette épreuve qu'on reconnaît si le pétrole est pur. » Buff.

L'e»at apprend ce qu'on peut ou ce que peuvent les choses, si on est propre à tel emploi , ou si les choses sont propres à tel usage. On fait Vessai de ses forces (Pasc. Mass.), de son courage (Mass.), de son esprit (Bourd.), de ses talents (lo.), de soi-même (lo.); un coup d'essai montre de quoi on est capable. On (ait Vessai d'une arme ou d'un remède pour voir quels efifets ils produiront. « On trouve Jésus-Christ au milieu des docteurs faisant déjà ùes essais de son ministère divin. » Mass. « Accoutumez les filles de bonne heure au gouvernement domestique. Donnez-leur quelque chose à régler.... Laissez même faire quelque faute à uoe fiile dans de tels essais.» Fén. «Les Russes n'avaient point encore fait de siège régulier. Cet essai ne fut pas d'aborJ heureux. » Volt. « J'ai fait quelques essais ue sortie qui m'ont réussi médiocrement , et jamaii sans pluie. » J. J. « Les grands exploits par lesquels la Grèce se distingua au siège de Troie lui servirent comme d'essais et d'apprentissage dans le métier de la guerre. > Roll. « Cléopitre laisait des essais de pobons de toute espèce sur des criminels. » In.

Ainsi , V expérience regarde proprement la vérité des choses ; elle décide de ce qui est ou de ce qui n'est pas. Vépreuve a plus de rapport à U qualité des choses ; elle instruit de ce qui est bon ou mauvais, et ^vient la tromperie. Vessai concerne particulièrement l'usage des choses; d montre à quoi elles sont propres et en détermina l'emploi.

Les physiciens font des expériences pour arri-

SYNOMTifES À RADICAUX DIVERS.

Ter à des découvertes ou pour éclaircir loars doutes. Les chimistes soumettent les corps à des épreuveM pour en reconnaître la pureté ou bien la qualité bonne ou mauvaise ; et de même , en gé* néral , c'est par des épreuves qu'on Térifie si les personnes ou les choses ont les qualités qu'elles

Soustraire, escamoter sans brait on tesiament.... Peut-être je pourrais par quelque eonp d'adresse. Exercer mon talaat, et montrer mt^ prouesse, (Grispin dans le Légataire). Ekgit.

Après bon vin , trois commères un jour S'entretenaient de leurs tours ti prouesses, Laf. Faite , dans le sens dont il est question , s'em-

doivent avoir ou qu'on leur attribue. Un apprenti , '*"* > "*^* ^® ^^^ ^ fait l'essai de son aptitude pour tel art; et, en i P^^l® presque totyours au pluriel et avec un ad général, on fait V essai d'une chose dont on i l?^.î*\<ÏV»Je d^tf,»^"»^ : haut^^ ignore et dont on recherche les vertus ou les propriétés.

EXPLOITS, PROUESSES, FAITS. Ces mots ex-

priment les actions de bravoure et d'héroïsme, les actions de guerre signalées et mémorables.

Exploit, du latin explicare, déployer, étaler, est le terme commun , et signifie un développement de force ou de courage. « Je parle dans une cour composée d'hommes fameux par leur bravoure et par leurs exploits militaires. » Bourd. c Eusëbe de Gésarée s'étend fort au long sur les exploits de Constantin contre tfaxence. » Volt. a Fallait-il donner aux forfaits d'un brigand (Catilina) le colorfs des exploits d'un héros? » J. J. « La grandeur de vos exploits (ô Alexandre) a vaincu, non-seulement vos ennemis, mais vos soldats mêmes. » Koll.

Du premier des Césars on vante les exploits, Bou.

Tu me contais alors l'histoire de mon père.

Ta sais combien mon âme , aUentive à la voix,

S'éebauffait an récit de ses nobles exploits. (Bippoljte i Théramène dans Phèdie). Ràc.

Prouefse, action de preux, se dit proprement des exploits de l'ancienne chevalerie, de ceux qui sont racontés dans les anciens romans. « Du temps de la chevalerie , il n'y avait pas un gentilhomme qui n'eût , au coin de son feu , quelque belle aventure, quelque prouesse à raconter. 9 Hark. Mais le mot a vieilli avec la chose , 3*est décrédité avec elle; il a pris une teinte semblable à celle des aventures débitées dans les romans de chevalerie , une teinte de ridicule et d'extravagance; il se dit, non plus sérieusement et en bonne part, mais par plaisanterie ou par mépris , en parlant , par exemple , des prétendues actions d'éclat d'un faux brave ou d'un homme de condition basse ou vile. « Un lièvre poltron vantait ses prouesses à ses compères les lièvres voisins. 9

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