‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 308 sur 426 · EXPRIMER, ÉNONCER, RENDRE, SIGNIFIER · texte numérisé non relu

EXPRIMER, ÉNONCER, RENDRE, SIGNIFIER

Représenter, faire connaître quelque chose de vive voix ou par écrit.

j^^Bprtmer, de premertex, presser fortement une chose de manière à en tirer le suc ou une empreinte, indique une action vive, forte, frappante , qui fait beaucoup d'impression , une manifestation sensible ou esthétique (du grec alvOdveoOai, sentir). tn,OMer, etiunitore, exposer, déclarer, révéler,. marque une action tout intellectuelle, une manifestation par laquelle on fait entendre ou concevoir , et non sentir. Ex/primer convient pour le langage naturel, celui des gestes , des cris , des mouvements de la physionomie , des soupirs , aussi bien que pour la parole; Vénonciation, au contraire, est toujours parlée ou écrite. Or le langage naturel est, comme on sait, plus expressif, plus énergique, plus animé que celui de la parole. L'un s'adresse à l'imagination, à la sensibilité, au cœur; l'autre, à l'esprit. Exprimer a rapport au côté ou à la partie poétique , pittoresque ou oratoire de la pensée ; et énoncer, au côté ou à la partie logique. On exprime surtout des sentiments et des situations intéressantes; on énonce une proposition, un théorème, un article dans un contrat ou un traité.

Qui s'esi^rime bien est éloquent, entraînant, persuasif, fort ou beau , pathétique ou touchant.

DEOXI&IK PÀATIfi :

« Le ptmsifsA en éloctOftacA icoosiste à çoaceioir fbrteineat ks « Wnes , ei i Jm evprwwr ea sorte qu'on en petrte eus Vespcit des «nditesn une image Tive et hmiiievse, q«i ne présenite pas seulement ces elioses toutos nues , niais avnsi les mouvements avec lesquels on les eonçoît. » P. R. c Cet auteur (Duguel) n*« pas en le talent de s* exprimer, comme les ancîeiis, aTe« cette imagina^ ttott qui anime tout. » Lah. c Lorsque les anciens étaient sollicités par le besoin à*mprim§r Tivement un trait de caractère , une pensée nenire et hardie, leur style s'éievail jusqu'au ton k plus haut. » Marx. < De tous les éeriTaine , c'est chez les poètes que le génie des langues s'exprime le plus vivement. » Cotcn. —Qui tténonee bien est clair, précis, formel» et accessoirement pur, élégant , agréable.

Ce que l'on conçoit bien ê'énoncc clairement. Boxl. « Si on saisisBait bien le progrès des vérités , il serait inutile de chercher des raisonnements pour les démontrer, et ce serait assez de les ^nonter. » Gond. « Le système de la Vision en Dieu de Ualebranche mène jusqu'à feiire de l'entendement humain une faculté passive, sans qu'il r^on^e posîlijrem£iit ou même qu'i) s'en aperçoive. » X4àE.

ff Le contraste entre Orbassan et Tancrède est ea^prtM^ par VoUaiie avec des nuances qui ont autant d'intérêt que de délicatesse.... Hais pourquoi Orbaasan ne veut-il combattre qu'avec la promesse d'être aimé ? Pourquoi même énoncet-il cette prétention peu conforme à la fierté dont il se pique? » Lab. a H. de Morville, avocat du roi au •Châtelet dès Tâge de vingt ans , ne pai at jeune que par la. grâce avec Laquelle il s'^nonfott.... I>evenu membre de l'Afiadéaûe, et chargé de recevoir un académicien , il craignit que son éloquenoe n'estprimàt qw» fiiibiemesl •• «pe son GQSur sentait. » D'Au. « Je suis surpris , en écoutant cette bonne âme , de la maaière dont elle d'exi^Uque : quel feu animA ses paroles 1 Elk s'^^ nonce aiec une fecilité que rien m'arrête; elle &'«rprtnis en des teimes qui me font concevoiiles plus hautes idées de l'£tre divin « des grandw» de Dieu.... » fioau)»

MtMére , redonner , est relatif, jgton plus à la forme ou i la clarté, mais à lexactitude : on rend plus ou moins fidèlement, et ce mot se dit surtout d'ua imitateur, d'un tradacteur,. d'un zappevteurt oi. d'uA peintre qui d^peJAt, qui peint d'apoès nature. «SouveiU nen n'est plus trompQwr que les livres, et ne reiul moins fidàle- Bient les seDliments de ceux qui les oj^t écrits. » J. J. « A-t-on jamais mieux ret^du l'effet dji tonnerre dont le son se prolonge dans l'éloignement qw dans ce vers admirable :

£( Ja ffudw en gsondaat iwiIa dans rétendos?»

Lah.

« M. de lia tfothe n'a point rendiè toutes ces beau- , tés; aussi, son dessein n'a pas «té de traduire, mais d'imiter Homère en l'abrégeant. » Boll.

SignifUr^ se servir d'un si^e, marque une manière de s'exprimer particulière, savoir par un seul mot, et non pas partout un discours par une phrase ou uue proposition. « La plupart des , auteurs oDi employé sans diiftiartiftn le nom de

fnipee et celui de plâtre pour signifier la mênie chose. 9 BuFf . c II ne faut employer dans la définition que des termes qui désignent claireme:;t l'idée qu'on Yeut lignifir ^làt le mot qu'on datait. » P. R.

EXTlEPSa , DÉAACINER. Détacher une pl&sîs du sol-, au figuré, détruire des vices, des alns ou autres choses semblables.

£«ltirper, de es, hors de, et sfirps, sou£be, c'est meUre hors de terre une souche , une tîg? et les racines ; déraciner, c'est seulement défaire les racioea» ks mettre i nu, les tirer ou les rompre, sans extraire ou ôter la souche ou le corps lui-même. On eoetirpe en enlevant le corps de la, p]a«e à laquelle il tenait; on déracme en déliant le corps simplement^ mais sans loi faire quitter k Iku où il est fixé. Le chirur^en eacitrpe uue Loupe, un polype ; k vent ou l'eau d*un torrent déracine \m aibre. On déracine un cor au pied en cernant le calus tout autour, pour Vextirpcr après. Quelquefois, un dentiste déracine une dent avant de l'exttVper. De même , on dît que des murailles sont déracinées (Ress.), quand elles ne sont que déchaussées.

Mais le plu» grand emploi de ces mots est au figuré.

On extirpe en arrachant tout d'un coup . nsc force et entièrement» de façon que la chose se repousse plus» c Dieu trouve en nous une id inculte , aride , infructueuse , et il conclut à l'eaferper tout i fait. » Bovin. « Sa Majesté n'attend pae seukmeal une décision prompte, mais encore digne du saiaVsiége, et qui donne le dernier coup à une secte toujours renaissante; en sorte qu'à n'y ait plus rien à désirer ni à faire ici pour l'esttrper tout à fait, a Boss. < Pourquoi n'a>tr0s osé dire que cet amour naturel, dont l'exclusioii £ut le comble de la perfection, pât être entièrement esuirpé? a In. c Paul lU avait dédaié qu'a assemblait un concile à Mantoue pour extirper l'hérésie luibérienne. s Coan. < Le grand dessën da CatoQ, c'était d'^^irper entièrement le luxe.» Boix. « Une foule d'arrêts du conseil parut coup sur coup .(sous Louis XIY), pour esltr|ier les restas d» la religion p^roscrite. » Volt, c La disproportion antre la peine ot le salaire est un mal qui ae repsoduit sans cesse plus on moins, et qu'on ne peut qu'atténuer. Celui qui s'imagine qu'on peut rextûrptr est un igneranL » Lah.

On d^niCMM peu k peu, e& basant, pour ainsi dire, une à une chaque racine ou chaque fibre, et cela se dit ordinairement de ^osos qui ont jeté des racines, même des racines profondes, qui se sont étendues on invétérées. < De tontes les passions^ il n'en est point qui s*imprime plus profondément que la haine, ni qu'il soit plus difficile de déraciner. » Bouan. c Les pénitences doivent être médicinales, pour déraciner les mauvaises habitudes du pénitent » lo. « Toot cela insensiblement a déraciné de son cœur les principes de religion où il avait été élevé. > In. c Le reste de ce décret ne regarde que les èvêques et le soin qu'ils doivent prendre de déraciner la su^ratilion , les gains illicites et les abos qui se pourraient trouver dans la dispensation et l'usage dos indulgfByoeg. » Bosi. c Les anciens

SYNOiraiES À RAMGAUX DIVERS.

attachements que vous avec rompus, sana Us amr albiblis et comme àéroMnés de votoe cœur par la mortification, repousseront ^aas oesie^ » Masb^ « Gbailee V «tait voulu 4ër«cMMf raneien «bas ées guerpes pactlonliàres des seigneurs, abus fû passait pour une loi de Tfitat. > Volt. « Les iansénicles M coDtnbiièrent p«s peu à dérmamr insenflibleiMDt , dans ï^aigni de la nat&oQ , la plupart des iMiMes idées qui déahono- ■aient la religion chrétienna. » In. « U est trèa-aisé de dénuùur par doives toutes les su-

perstitions qui noua ont abrutis, s In« « U £aut travailler à détruire , à déracinif , au moins à affaiblir dans un enfant un germe de malice fortifié par l'habitude. » Mabm.

D'ailleurs, ixtùpper^ d'ecXtrparf , est tout latin et par oonséquenl propre au style élevé ou scientifique; il coarient particulièzement au langage de rjfiglise et à celui de la médecine. DérodMr, formé du français ractfie, est le met de la langue commiUB. L'^sftrpacùm d'une héréai«» d'un cancac; la dcjuioa^mcnt d*un arbre.

FABLE, COirrB , BeUAH. IMvers récits de faits ou d' aventures imaginalTes. « Les fahUt mêmes qui ressemblent aux ecmUs des fées ont je ne sais quoi qui plaît aux liommes les plus sérieux : on redevient volontiers enfknt pour lire les aventures de Baucis et de Ptdiémon, d'Orphée et d'Eurydice. Mais pour les héros des romanr , ils n'ont rien de naturel : ils sont fkuz , doucereux et fkdes. Ttti.

Fable ^ latin fabuh, de /M, parler, conter, signifie en général tontes les fictions que nous connaissons de fantiqoité, mais spécialement celles qui se rapportent à la mythologie. « Les divinités de la Fable. » ÈCkD. « La fable d'Am phiott. » Yttx. Ce mot désigne ausei de petits récits allégoriques dont Tantiquité ssfrante nous a laissé le modèle , et qui coDsi^lent dans des seënes où agissest et parlent pour ror<finaire des animaux et même des êtres inanimés pour apprendra aux hommes à se conduire : tiAes sont les fabiêr d'Esope, cellss de Phèdre et ceUes de Lafbfntaine. « Les fictions qui ont un objet moral s^ppetlent apologues ou fablee...» n est d'autres fictions purement oiseuses, telles qoe sont la jrfupart des coti^ et des fomans, qui, sans renf»rmer aucune instruotipn véri- Ud)Ie, n'ont pour objet que l'amusement. » J. J. Homère dit à Ésope dans un dMo^ue de Fontenelle : « En vérité , toutes les fobfes que vous Tenez de me réciter ne peuvent être assez admirées; il but que vous ayez beaucoup d'art pour déguiser ainsi en petits eofifst les tnstruc* tiens les plus importantes que la morale puisse donner. >

Le eenU a un but plus frivole et une origine moins noble. Son hnt est d'amuser , et non pas d'instruire. H doit être plaisaoït. C'est le récit d'une aventure £iJ>nïeuse dont le siijet est pris d'ordinaire dans la vie commune. Le conte est Tulgaire , ainsi que le mot qui Texprime : 11 ne nous vient pas , comme la fbbU , des Grets et des Romains, mais de PAsie et particulièrement des Arabes. Cesi dans lés temps modernes surtout qu'il a été cultivé sous son propre nom ou sous celui de nouvelUi. Les fables empruntent et rappellent à chaque instant les idées de la mythologie grecque et romaine; on trouve dans les contes des fées des revenants, des sorciers, des magiciens ,^ des enchanteurs.

Le romutt se distingue par soi étendus : il est plus long que la fable ^ plus long même que le conte. C'est un poème fantastique en prose, ayant une intrigue et des épisodes, c'est «n composé et une suite d'aventures supposées qui tiennent plus du conte que de la fahle. Car le mot de reman a une ongine TulgaÂie comme celui de coaSe. les premiers romans, les romans de chevalefie, «yani été écrita eu ronum , langue padée par le peuple à «M époquo où IfËglise, ks tribunaoK et les écoles s'exprimaient eneora en latà. « Ces ConfetstOMS ne sont qu'un journal de bonnes fortunes, une histoirvsiai suite, un roma» san» intrigues. un ouvrage qui ne laisse rien dans l'esprit.» ¥Olt. •htTMmaqneâe M. daCaaibrai est, sous le nom du fils d'tnyase , un remtminsinMKlf pour Mgr le due do Bouigogne. » Boss.

Ainsi durèrent ces trois mots dans le sens littéraire. Maie ik signifient aussi dans le langage commua diflérentes sortes de fictions.

Fable rappelle fabuiewx, et eenle conter. FàbU exprime des événements controuvée, en indiquant ce qu'ils sont, c'est-à-dire fobuleux, meBscmgers. Conte le» exprime en marquant qu'ils se eoasait , qulls se dAbitent Foèie a rapport à la qualité , et eeme au ftdt. « César voulait, dit^m , premfulguer une loi qui donnait aux femmes le droit de prendre catant de maris qu'elles voudraient. C'est là un conte populaire et ridicule, inventé pour rendre César êiieux. 11 ressemble à cet autre conte qu'un sénateur romain avait préposé de donner permission à César de coucher avee toutes les femmes qu'il voudrait. H eet triste que Montesquieu ait ajouté fsi à oette fable. » Volt. La fable est un mensoege historique; le ooede est un bruh qui ooBfl , une neuvelte, une anecdotu, un propos qui se débite dans les eenverssrtio«i% Un Iristofien intéressé donne des féble$ pour de» vérités; un historien crédule, eornsne Hérodote, accueille al débite des cofUst : « Hérodote rapporte les contes qu'il a entendus. » Tolt.

c Be phm , le mot conte étant d'origine vulgaire etftuttilier désigne parfois des ftîbke qui circulent parmi le peuple, fables abourdes., ridicules, et telles qu'elfes ne peuvent être crues que ptf des enftints. » Volt. « La mythologie est-elle un re* cueil de contes puérils indignes de la grafité de nos mœurs? » in. «Rolltn nous berce de tous les conter dHérodote. • Jto. c Hérodote, aux Jeux

DEUXIËHE PARTIE :

olympiques , fait des contes aux Grecs assemblés comme une yieille à des enfants. » Id. « L'Odyssée n'est qu'un amas de contes de vieilles. » (Achille à Homère). Fén.

Le roman est on conte compUqfié , une suite d'aventures habilement disposées. « Télémaque demande quel est cet étranger. Eumée lui répète en peu de mots le roman que lui a fait Ulysse. » Féir.

Fable se dit surtout des faitshistoriques, contes des récits de vive voix, et roman des systèmes qu'on bâtit, qu'on arrange à sa fantaisie. « Ce fondement étant posé , tout le roman de la philosophie épicurienne disparait en un moment. » FÉN. ce L'esprit de Descartes était trop porté à l'invention. Le premier des mathématiciens ne fît guère que des romans de philosophie. » Volt. a La métaphysique est souvent le roman de l'esprit. » Id. k On lit volontiers Malebranche à Paris; il s'est fait quantité d'éditions de son roman métaphysique, a» Id. « Tant de raisonneurs ayant fait le roman de l'âme, Locke en fit modestement l'histoire. » Id.

FABRIQUE, MANUFAGTUaS..fitablissement industriel.

Fabrique, de faber, ouvrier, a naturellement rapport aux ouvriers et à leurs occupations. Les ouvriers d'une fabrique (Acàd.). « J'étais bien sûr qu'il n'y avait peut-être pas deux honunes dans cette fabrique qui ne fussent initiés dans le complot. V J. J. «Aux Paquis , aux Eaux- Vives (quartiers de Genève), le bruit et l'aspect des /a&rt9u«« d'indienne çt de toile peinte semblent vous trans porter à Zurich. » Id. On dit plutôt fabriquer que manufacturer. — Manufacture , ce qui résulte de Taction de /aire avec lamatn, ou, suivant les termes de Nicod , façon de quelque ouvrage fait à la main , est relatif aux produits , aux ouvrages et à leur commerce. « La manufacture d'ustensiles de fer battu et étamé , qui est établie au faubourg Saint- Antoine , offre des moyens faciles de substituer dans les cuisines une batterie moins dispendieuse et aussi commode que celle de cuivre. » J. J. Dans telle fabrique on travaille tant d'heures par jour, et de telle manufacture sortent des objets plus ou moins estimés , plus ou moins bons. Les industriels, les ouvriers disent fabrique là où le marchand dit manufacture.

De plus, et c'est ici la principale différence, le mot fabrique représentant l'ouvrier à l'œuvre , ne se dit guère que des petites industries, de celles qui fournissent des objets communs et d'un usage vulgaire : fabrique de bas , de bonnets , de chocolat, d'allumettes, d'horlogerie. Au contraire, manufacture , dont la terminaison est collective , désigne un établissement considérable soit par le noizU)r6 des hommes qu'on y emploie et des opérations auxquelles ils se livrent, soit par la quantité , par le prix ou par la délicatesse de façon des objets qu'on y confectionne : manufacture de glaces , de porcelaines , de soie , de tapisseries, u Avant Léopold et Joseph I*', la vie était dure en Allemagne , point de jardins , point de manufacture de choses précieuses et de goût. » Volt. Il y a des manufactures et non des fabriques royales ou impériales. — On dira une fabrique de draps

grossiers, eiuntmanufadwre de draps superfini -- « Le czar Pierre avait établi à Olniu des fabriques d'armes. > Volt. < M. Gau a porté noire manufacture des armes blanches à an grand poim de perfection. » Buff. — « Le czar Pierre allail donner ses ordres lui-même aux directeors des fabriques de corderies et de voiles , des briqueteries, des ardoises, des manufactures de toiles.... Un Français forma une manufacture de très-belks glaces à Pétersbourg. Un autre fit travailler à des tapisseries de haute lisse sur le modèle de ceik des Gobelins; et cette manufaciure est encore aujourd'hui très-encouragée. > Volt.

Or , comme le mot manufacture fait considérer en grand les travaux de l'indostrie, c'est un mot de haut style , et qui convient seul en parlant de la prospérité des Ëtats et des progrès de la cWi* Usation. c Colbert avait mis les finances, la marine , le commerce , les manufactures , les lellr» même , au plus haut point. » S. S. « U y a dans cette ville de l'industrie, des arts, des manufactures, » J. J. a Les protestants , chassés de France par Louis XIV, allèrent porter chez les étrangers les arts , les manufactures , la richesse. > Volt.

FAGHÉ, REPENTANT; — MARRI. L'idée com^ mune à ces trois mots est celle d'une douleur de l'âme ressentie par quelqu'un.

Fâché et repentant diffèrent beaucoup. On est fâché de tout ce qui est fâcheux, de ce qui affecte ou afflige , d'un accident , de tout ce qui peut arriver de désagréable, d'un contre-tem]^, d'un obstacle ; on est repentant de ce qu'on a fait.

Qui est fâché ïL*eiX pas bien aise , est contrarié : les choses ne se passent pas comme il voudrait , ou ne se sont pas passées conune il aurait voulu. K Vous m'avez fait plaisir de me l'apprendre, ei je suis fâché seulement de ne l'avoir pas su pLns têt. » Pasc. < Le P. Gastel était fâché de me voir consumer ainsi sans rien faire. * J. J. c Je fus véritablement fâché hier, de savoir que vous aviez été ici , sans que j'eusse pu vous voir. » Fkst. t Votre sang n'est point échauffé : j'en sois bien aise pour une raison , et j'en suis fâchée pour une autre. » SÂv. — Qui est repentant est contrit , confus, déplore ses égarements, l'abus qu'il a fait de sa liberté. « Nous demandons à ces pécheurs s'ils sent préparés , c'est-à-dire véritablement contrits et repentants , s'ils ont une douleur sincère de leur conduite passée. > Bourd. «Voici un changement remarquable dans le prodigue : la longue suite de ses malheurs l'ayant fût rentrer en lui-même, il retourne enfin à son père, repentant et affligé de tous ses désordres. ^ Boss. « Régnier-Desmarais avait fait une traduction de V Iliade, dont le peu de succès empêcha l'auteur d'en faire mention dans la liste de ses ouvrages, comme d'une production dont il était un peu hon^ teux et repCTUant, » D'Al.

Lors la pauvre nonnalOy Qui Jusque-Ii, concise et repentante , N'osait branler, et la vue abaissait.

Lève les yeux. L*v.

a Je puis bien être fâché d'avoir la fièvre, ou d'être aveugle , mais non pas me repentir d'avoir ces maux, lorsqu'ils me viennent malgré moi. Mais si je mens , si je suis injuste ou médisant,

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

et que j'en sois fâchée cette douleur est ua repen" tir qae je puis avoir et n*avoir pas. » Boss.

Que si quelquefois fâché se rapporte aussi à la condaite passée , il suppose , non pas des désordres graves , mais seulement des fautes , ou même des fautes légères ou involontaires. < On est fâché de ses fautes plus que de celles d'un autre. » FéN. «Je suis fâché de vous dire des choses si dures , mais c*est vous qui m'y forcez. « Volt. Âu contraire, on est repentant d'une grande faute, d*un crime ou de toute une suite de crimes ; ce n'est pas seulement un mouvement de déplaisir , un petit mécontentement qu'on éprouve, mais un grand regret et souvent des remords. « Je laissai le duc d'Orléans fort pensif et fort repentant d'une si lourde faute. » S. S. « Cela ne sent pas sa criminelle assez repentante. » Laf. « Les législateurs , qui établirent les mystères et les expiations, voulurent également empêcher les coupables repentants de se livrer au désespoir et de retomber dans leurs crimes. > Volt. « Vous en serez fâché dans la suite; vous en aurez du chagrin; vous yons en repentirez. » Bourd.

Marri veut dire la même chose que fâché. Seulement il est vieux, et, avant d'être totalement désusité , il ne se disait que dans le style épistolaire ou familier. Il se trouve, avec la signification précise de fâché ^ dans les Provinciales y dans les Lettres de Descartes , dans celles de Racine , dans Lafontaine, dans Sganarelle ainsi que dans le Médecin malgré lui de Molière, et dans V Enéide tra/cestie de Scarron. Lesage s'en est servi dans son lion Quichotte, c Je suis très-/(iich^quetu ne sois qu*un ignorant, dit don Quichotte. — J'en suis aussi fâché que vous, monsieur, répliqua Sancho ; je voudrais avoir étudié , non pas pour connaître les médailles, car je serais marri d'avoir pris tant de peine pour si peu de chose , mais pour savoir compter juste. » De même Voltaire , dans son drame intitulé Chariot :

Noire jeune marquis , qne la bonne a nourri ,

Eainn grand garnement, et j'en suis bien marri. Et dans le conte des Trois manières :

Avec Téone ils (les jages) avaient ri : Avec Apamis ils pleurèrent; J'ignore « et j'en suis bien marri.

Quel est le vainqueur qu'ils nommèrent.

FACHERIE , HUMEUR; — BOUDERIE. Léger mécontentement.

La fdeTierte et Yhumeur sont des états de l'âme ; mais la fâcherie est objective, elle a sa cause hors de nous, elle est excitée en nous par la conduite de quelqu'un qui nous a piqués ou blessés , et Vkumeur est purement subjective , elle tient à notre nature particulière , à un fonds d'aigreur. Il y a du dépit dans la fâcherie , et quelque chose de la mélancolie dans Yhumeur.

Comme les passions , la fâcherie dépend des impressions , elle est provoquée. < Les grands et les petits ont mêmes accidents , mêmes fâcheries et mêmes passions. » Pasc. « La douleur que nous cause une colique , la fâcherie que nous donne quelque perte de nos biens. » Boss.

CLÉAirrHis.

Mais avec celte brusquerie.

Traître, de moi le séparer I

MZllCURE.

Le beau Bu]el àe/dckerie/ {^Ampkitryoïi). Mol.

Il m'a, droit dans ma chambre , une botle jeléo

Qui renferme une lettre en poulet cachetée.

J'ai voulu sans tarder lui rejeter le lout;

Mais ses pas de la rae avaient gagné le bout,

El je m'en sens le cœur lout gros Aq fâcherie. (Isabelle dans V Ecole des maris). Id.

« Usant des choses selon la nature , nous n'en recevrons aucune fâcherie. » Charr. c Le duc d'Orléans se fâcha (de mon refus des finances au conseil). La fâcherie se tourna en mécontentement si marqué, que je le vis moins assidûment. » S. S. « Je suis mortifié que vous soyez assez leibnitzien pour imaginer que vous avez une raison suffisante d'être en colère contre moi. Je crois que votre fâcherie..., » Volt,

Gomme le caprice et la misanthropie, l'humeur est spontanée , elle n*a pas de raison ou de fondement hors du ^ujet, elle est l'efiTet du tempérament ou du caractère, a Une femme prude suit son humeur et sa complézion. » Labr. a Quelques-uns sont ainsi faits par rm^on et avec fondement , et quelques autres par tempérament et par humeur, » lo. « Cette femme est toute pétrie é'humeur et de caprice , et dans l'enceinte de sa maison personne ' ne peut compatir avec elle. » Mass. « Ce fonds d'oppositions qui vous rend votre frère si insupportable , n'est-il pas plus en vous, c'est-à-dire dans votre orgueil, dans la bizarrerie de votre humeur , dans l'incompatibilité de votre caractère, que dans le sien propre? a> Id. « Crébillon renonça presque entièrement an commerce des hommes , non par humeur ou par misanthropie, mais par amour pour la liberté. • D'Al.

Quanta la bouderie, elle diffère notablement de la fâcherie et de l'humeur: Ce n'est point un sentiment ou un état intérieur de l'âme; c'en est l'expression. Elle consiste à marquer du mécontentement, à témoigner par son silence, la froideur de ses manières ou son éloignement momentané, qu'on est fâché ou qu'on a de Yhumeur. a Le maréchal d'Huxelles boudait de honte et ne sortait de chez lui que pour le conseil depuis son aventure du traité d'Angleterre. Dubois fit entendre à son maître (le régent) qu'il ne fallait pas prendre garde à la majivaise grâce ni à la bouderie. 3» S. S. Et ce qui prouve que la bouderie est autre chose que la fâcherie et Yhumeur , c'est que celles-ci pourraient être contenues de façon à ne point paraître , à ne point aboutir à la bouderie; tandis que, d'autre part, on peut bouder sans fâcherie et sans humeur réelles , par coquetterie ou par manège.

Lorsque la bouderie se prend abusivement pour le mécontentement lui-même, comme elle n'en exprime primitivement que le témoignage ou le signe extérieur , elle ne signifie qu'un accès extrêmement superficiel et passager , un instant de brouillerie. « J'ai eu un petit moment de bot^rie (avec le roi de Prusse) ; mais l'explication a bientôt tout raccommodé. » Volt. « Cela eût été pris en pique et en bouderie, s S.* S. « Cette affaire avait plus l'air d'une bouderie que d'une rupture. » J. J. ce Nous ne permettons point la bou'

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D£UXIÊ1I£ PARTIE

derie.,». Nous ne vouloos jamais que nos amis restent Inrouillésplus d*un quart d'heure. » Mark .

FA^ , INSIPIDE. Défectueux ou imparfÎELit sous le rapport de la saveur.

Fade, du latia fatuus, dont le sens est le même , se dit des aliments qui n'ont pas assez de goût ou qui ont un goût plat , douceâtre , sans vivacité , qui ne pique pas. c Nous trouvons et noAis devons trouver l'eau tiède agréable, lorsque la soif nous presse ; mais dès que nous soRunes désaltérés, nous la trouvo&s fada et dégoûtante.» Mal. Dans sa satire m , «ur un rep<w ridicule , Boileau parle d'un vin qui , rouge et vermcU^ Mtàijitdt etdoucereaa,

N'avait rien qu'un feût plai, et qu'ua déboire affreux.

Insipide^ de in, particule négative , et de «ajMre , avoir du goût, de la saveur, se dit de celles qui n'ont point de goût, qui en manquent absolument. « Cela est insipide, cela ne sent rien. » AcAD. Suivant Labruyère, « les hommes s'ennuient des choses qui 1m ont chamés dans les commencements; et le nectar, avec le temps, leur deviendrait insipide. »

£n un sena , insipide enchérit sur fade , puisque la foidewr cause une sensation &ible, et que Vinsipidilé n'en excite aucune. Aussi dit^oa bien fmde et insipide (Boss., Labr., Bqil.» Mark.)» Hais, à considérer la chose d'un autre point de vue, c'est ftkde qui dit plus qii'insipide, puisque la senaation causée par la fadeur est désagréable et que celle produite par VinsipidUé n'est que nulle, a La chair des moutons (engraissés d'une certaine Caçoii), loin d'avoir acquis des suce et pris de la fermeté , n'en est souvent que plus insipide et plus fade. » Buff.

C'est ce seeond point de vue qui pcédoBÛne et frappe le plus au figuré, c'est-à-dire qMnd on se sert de ces deux mots pour qualifier les manières, les pensées, l'esprit, le caractère : la fadeur pro- Toque une certaine répugnance, dégoûte, soulàve le cœur; VinsipidUé n'entraîne que l'ennui, la froideur, riadijOTérenoe. Un /ii^ -coaipUment (A£AJ>*^ BJKfiH.) déplaît; une vie tMtptds et ennuyeuse (Bouan.) est ride de peine comme de plaisir. Boileau, dans une apostrc^heà l'Équivoque , dit 6iai|>leaieDt :

Le lecteur ne sait plus admirer dans Voilure

De ten firoid jeu de mois Vîusipide figiue. Mais ailleurs y il expnaw par fada qoelqiia chose de positâvemeat désagréable et iMtidieuft ;

Tout ce qu'oA dit de trop t:A/ade etMfaalaat; ^ L'esprit rassasié le rqjeue i l'instant.

« Cet attachement me r«idit toute autre diasipation superflue et insipide. i*l^l.^ Elle ose se plaindre que Dieu l'abandonnA, qu'elle n'en iKçoit rien, qu'elle ne sent rien, que tout lui devient «M^'de. » BouBo. « filles méprisent le juste milieu comme un défaut de goût et cnamie un état tnsepids. » Fbn. -- « Gardea-vous d'aller faire le Au2e Inuangeuf . » J. J. « J'étais excédé de sots bons mots, de ^sdes mioaudeffies. » In. c Taat (te douceurs zkn]^ parurent faées» » FiiN. « Les podtea oitiL rendu. 1«8 spectacles languislant&y ftHfes et dMUMyreux comme les loauna.. »

FAIALK, PÉULS. Qui manque de focee.

laible , d'une étymologie incertaine , est Tcipression commune, celle qui signifie précîsémem le contraire de forl. Débile, latin debiUsy tien: de son origine ua caractère de noblessce, qu sufQt quelquefois pour le faire préférer à son synonyme. Ainsi, d'ordinaire, on dit une vue faible (Acxu.) ; mais , en poésie, c'est l'épithiète de deliile qu'on joint à vue :

Penser que rien n'échappe é sa d^Hc vue. Boa. Et de même dans le style soutenu : « Ces ahînes sont trop profonds pour notre débile vue.» Voli. Voix faMe ou faible voix est une expression comaïuDa. Débik ¥oix sera préfëré daas U tragédie:

OdisBKèemaptftàe!

Bievprftia i anosonber leas oœ secte impiet Clest poBor VAUs-^nésM ici que ma debUe voix. Vous implore aiilourd'hui pour la dermèn toia. (Zopire dans le Fanatisme]. Volt.

Oq bien débile , toujours parce qu'il a été pris du latin, convient mieux en termes de médecine; c'est pourquoi apparemment oa dit plulôt ua esprit ou une raison faibU {àcâd.) , et un cerveau débUs (ACAD., Boss.).

Mais une différence biea plusoansidérsble résulte de la Gompositioa du mot dsbila. Debtiû. de de habUiSp^ veut dire proprement qui, par une décadence, une dégradation, un déchet, ludécUiiy a perdu son habileté, som "piiimrir. est devenu io^te ou incapable de remplir ses fiawtions» On peut être faible par eonstâtutiQi^ par un défaut de naissance, ou parce qu'on a'a pas encore acqmis assez de force: on n'est pcopreneik: débile que par la pcffte de la £opoe qu'on avait. Montesquieu appeUe les invalides des gonews débiles, et en latin debilie a parfois le sens de mutilé, boiteux ) aumoboL Voltaire était aé /oible (Voit.); quand il vint à Pans pour la dtstnière fois, apnès un long exil et dans un âge avancé., « le déRnle et dernier eSbrt qn^U faisait peut pJâûrd, Èràne^ fut affdaiidi cemme FaTâit été Zaïre, a Mabm. L'enfuce est failUey la vieillesse débile. « Kous naiasone faÀles , nous avons besoin de force, » dit J. J. Rousseau: mais dans L'Orssfs de Voltaire, Iphise, ê qui on demandn oft qae lût Ift veiUard Baflunéne, répond;

Il a, dans nos dangers preaaaaia..

Ranimé la lenteur de ses débdés ans.

On mettait à mort, dans rantiquité, les enfiuits faibles et difformes; càex les sauvagea, les vieillards d^tlss. Que vous ayez les jambes /esMes, l'estomac faiblô^ cela marqué simplemMt un état; mais que voua les ayea débiles^ cela siip(|K»6e une altération. « Si tous laites prei^re aux esprits (animaux) un cours difleceni, le» opérations de l'eqtfit se sentent i leur toux de oette aUération; et l'éme, aussi débUe «iue le «u^, n'a que des fonctions £aibles et lîifMpiintnnfn »

Du reste» débile a une sphère d'andioation bien moins étendue. 11 se dit seulement dn corps et de l'Ame, et quelquefois des arbres, c'est-àdire, dans tous les cas, de choses vivantes qui ont des fonctions à lenpUr et ^uà sont dwreniifn

SYNONYMES A RADICAUX DIVERS

lie quelque foçon que ce soit impropres ea inhabiles à les remplir. Mais une foule d^objets, comaie un soutien , un appui , un moyen , un ressort, un mur, une poutre, une monnaie, un ouTrage, un discours, un raisonnement, etc., peuvent recevoir la qualification de faibles y et non celle de débiles.

FAIBLE, FRAGILE, FRÊLE. Incapable de se soutenir et de résister.

Ce qui est faible manque de force , est fecîle à vaincre; ce qui est fragile ou frêle manque de solidité . est aisé à rompre. Un agent est faible , c'est-à-dire mou , lâche, sans énergie; un objet, tel qu'un vase ou un édiRce , est fragile ou frêle , c*esi-à-dîre continuellement en danger d'être détruit. On dit une faible résolution, et une fortune fragile. La faiblesse fait qu'on cède, et la fragilité qu'on tombe. Le paresseux cherche une excuse dans la faiblesse humaine, et le pécheur dans la fragilité humaine. Vous direz des femmes que c'est un faible sexe , si tous voulez faire entendre que d'ordinaire elles ne se défendent pas avec assez de courage contre les séductions; et que c'est un sexe fragile, si vous avez égard à la fréquence de leurs chutes. Due faible santé est débile ou sans vigueur; une santé fragile ou frêle est caduque, sans cesse menaçant chute ou ruine.

Fragile et fîrêle semblent équivaloir tout à fait Vim à l'autre; car ils viennent l*un et l'autre du latin fragilis, fragile, cassant, qui peut être brisé, rompu, fracassé.

Cependant, comme fragile reproduit exactement le latin fragilis et qu'il rappelle sensiblemlnt le primitif firangere, fractus, d'où sont tirés nos mots français fracas et fracasser^ aussi bien que fragile et frêle , fragile convient davantage au propre ou quand il est question de choses qu'on peut se représenter comme sujettes à être réellement brisées et détruites. Un corps fragile (RoLL.), et une santé frUe (AciD.); un bien (Rac), une union (Labb.) fnsgile, et une firêle espérance (Volt., S. S.). Le verre et la porcelaine sont fragiies^ ils cassent aisément; les plantes sont frêles, elles plient, elles succombent, sans qu^ y ait rupture complète et séparation des parties , c'est-à-dire destruction réelle.

La forme du radical ayant considérablement changé dans frUe, le sens y a perdu de sa Tigueitr. Une frêle barque, un frêle édifice, n'ont gaère de solidité; une barque fragile, un édifice fragile n'en ont point. En parlant de la santé , frêle est préférable à fragile, parce qu'on ne conçoit pas la santé comme rompue ou brisée.

Je Tais d'an mot d'écrit lui mander que ton âge,

Qae tmfréU santé répugne au nariage. Rzaii. Si pourtant on vent se servir de fragile en pareil cas, on remarquera qu'il dit plus que fréie : un rien suffît pour déranger une santé frêle, mais elle se rétablit; un rien suffirait pour détruire une santé fragile, et, une fois détruite, ce serait pour jamais. « Il est encore fluet, déKcat et d'usé santé trés-frogtle. » Kén. La chose frUe est susceptible de trouble, d'ébcanlement. d'altération; la chose fragile est périssable.

FiiiLLrrE , BANQUEROUTE. St«t (fun comsier* {ant q«t a cessé ses payements.

Faillite, de faillir^ manquer, se trouver en déficit, dans l'impuissance de faire honneur à ses affaires, exprime la chose simplement. Banqxic* route y ajoute l'idée de circonstances qui la rendent plus ou moins odieuse. Ce mot vient de ritalien banco rotto^ ou bancaroila, banc rompu: en Italie, chaque banquier ou négociant avait son banc dans la place du change , et ce banc était brisé lorsque celui à qui il appartenait se déclarait falliio.

Le failli suspend ses payements, quelle que soit la cause du dérangement de ses affaires. Le banqueroutier est un failli qui a été téméraire ou de mauvaise foi. La faillite peut être forcée , innocente, malheureuse; la bofi^ero«f« est toujours coupable et déshonorante : « Cest être inconsidéré que de parler de banqueroute au milieu d'une famille où il y a cette tache. » Labr. Le failli peut être un homme & excuser et à plaindre; le bawiuerQfuiier est nécessairement un homme à punir. Aussi , notre code de commerce , qui fait très- nettement cette distinction , ne parle d'aucune peine contre les faillis, et en prescrit de différentes sortes contre les banqueroutiers , suivant que la banqueroute est ou simple ou frauduleuse. D'ordinaire le failli est un homme ruiné qui, au lieu de fuir ses créanciers, se met à leur merci en leur abandonnant ce qui lui reste de bien; ledaTiqucroua'er est un homme qui , sentant sa faute ou son crime, se dérobe ou ne désire rien tant que d'échapper aux poursuites de ses créanciers qu'il ruine.

FANE , FLÉTRI. Ces mots expriment Tétat de langueur et de dépérissement d'une fleur, d'une herbe , d'une ]dante ; et , au figuré , une diminution d'éclat dans le teint, la beauté et autres choses semblables.

Flétri enchérit sur fosné. a Flétrir, dit l'Académie, c'est faner entièrement. » Ce qui est /an^a perdu de sa fraîcheur, comme le foin (de /isnum, d'où fenaison et faner) ; ce qui est flétri ( de flectere, courber, plier, fléchir), est flasque , tombe, n'a plus ni fraîcheur, ni suc, ni vie. Une femme sur le retour commence à se faner, mais elle peut plaire encore ; une femme flétrie est vieille, a des rides , et n'est plus recherchée pour sa beauté. « n y a des femmes déjà flétries qui , par leur complexion, sont la ressource des jeunes gens qui n'ont pas assez de bien. Je ne sais qui est plus à plaindre , on d'une femme avancée en Age qui a besoin d'un cavalier , ou d*Un cavalier qui a besoin d'une vieille. » Labr.

Une chose f&née ne vaut plus autant : « Uae fille, c'est une fleur qui se fane, si elle n'est cueillie dans sa saison ; c'est un quartaut de vin de Champagne qui jaunit , s'il n'est bu dans sa primeur. » Rsoif. Une chose flétrie ne vaut plus rien : « Les abeilles continuent à ramasser, à entasser jusqu'à ce que les fleurs de ce nouveau caaton soient épuisées ou flétries. » Banr.

H y a plus : ce qui est fané peut quelquefi>i8 se ranimer et reverdir. Fanrs reverdir des lauriers qui comuMDçaieut à se famer (Boll.).

Venez la tète couronnéo De lauriers, de mxrle et de fleurs ^ El que an muse un ^en/anée

DEUXIÈME PARTIS

Se ranime par les coulears Donl votre jeunesse est ornée. Volt.

Mais ce qui est flétri est mort, ne saurait repousser. « Après rhiver, le soleil revient vers nous, et à mesure que les fruits d'une saison se flétrissent et se sèchent , il en mûrit de nouveaux qui leur succèdent. » Roll.

On arrose une plante fanée (Mark.) afin qu'elle revienne ; le figuier stérile, desséché par Jésus- Christ , fut trouvé le lendemain , non pas seulement fané , mais flétri (Boss.).

oc Quel fut l'attend rissement de Nelson de voir les roses de la jeunesse fanées sur ses belle joues, et le feu de ses yeux presque éteint. Venez , dit Juliette à son frère, tranquilliser l'esprit de cette enfant et la guérir de sa mélancolie. » Mark. Mais Regnard, dans une de ses comédies, fait dire à une vieille fille par sa suivante :

11 faut se marier : vous êtes dans on temps

Où les tLppMjlécris s'effacent poar longtemps.

FATAL, FUNESTE. Epithètes applicables à quelque chose de triste et de nuisible : amour fatal ou funeste , guerre fatale ou funeste.

Mais fatal, de fatum, destin, a rapport à l'événement , à la cause du fait ; et funeste, de funus, funérailles , mort , ruine , perte , a rapport à sa nature. Ce qui est fatal arrive /'aralement , est .l'effet du malheur ; ce qui est funeste n'arrive pas funestement (ce dernier mot ne se dit guère), mais est mauvais, pernicieux, désastreux. Ce qui est fatal est bien f&cheux, car on ne l'a point mérité, on y est condamné par son malheureux sort, c'est une fatalité; ce qui est funeste est bien fâcheux , car il en résulte beaucoup de mal. Une maladie héréditaire , ou à laquelle on n'avait pas lieu de s'attendre , est fatale ; une maladie mortelle ou quasi mortelle est funeste. C'est un amour fatal que celui de Phèdire. Sa confidente lui dit :

Vous aimez ; on ne peut vaincre sa destinée ;

Par un charme fatal vous fûtes enutitnée. Rac. Mais c'est un amour funeste que celui d'Atalide pour Bajazet , dont il cause la mort :

Ciel , aurais-tu permis que mon/unestê amour

Exposât mon amant tant de fois en un Jour?

(AUlide.) Rac.

Une guerre fatale est ainsi qualifiée eu égard à son origine , e^ une guerre funeste eu égard aux pertes qu'elle occasionne. Voltaire dit au sujet de la guerre des Français contre les Anglais dans l'Inde (1757-1763) : « Quelques ambitieux priécipitèrent la France dans cette guerre faùUe,,.. L'Ëtat perdit, dans le cours de cette funeste guerre , la plus florissante jeunesse , sa marine , son commerce , son crédit. »

Fatal se dit particulièrement du lieu et de l'époque, choses qui ne peuvent être considérées comme des sources de maux , mais bien comme déterminées par le sort : occurrence fatale (BouRD.); moment fatal (Rac, Fléch.); depuis cette fatale époque (Acad., Barth.). Ce lieu fatal où tant de gens ont péri (Acad.).

Prince, Yheure fatale est enfin arrivée

Qu'A votre liberté le ciel a réservée.

(Roxane i Bajazet). Rac.

Funeste convient à une foule de choses mauvaises

ou dangereuses, mais qui ne dépendent en ries du hasard : conseil (Acad.), dessein (Boss,. d'Al.), présent (Rac), préjugé (Volt.) fvaiesU; la guerre, art nécessaire et funeste (d'Al.): u funeste révocation de l'édit de Nantes (Id.). «Si la médisance est à craindre partout, elle n'a jamais de plus funestes effets que lorsqu'elle vient de: grands. » Bourd. « Bayle devait examiner quel est le plus dangereux, du fanatisme ou de Tathéisme. Le fanatisme est certainement mille fois plus funeste; car l'athéisme n'inspire point de passion sanguinaire, mais le fanatisme en inspire. » Volt.

Les adverbes de quantité s'emploient plutôi avec funeste qu'avec fatal : une chose est ou n'es! pas fatale simplement, suivant qu'elle a ou qu'elle n'a pas la destinée pour cause; mais une chose est plus ou moins funeste^ peu ou Wk^-funesie , suivant la quantité de mal qui en découle.

1-FAUX, FALLACIEUX, MENTECR, MEISSOS- GER; — 2- TROMPEUR, INSIDIEUX, CAPTIElï. Qui est propre ou qui tend à jeter dans l'erreur.

Faux, fallacieux, menteur et mensonger ont pour effet de faire croire, et, comme on dit familièrement, de faire gober quelque chose; ils s'adressent à la crédulité. Mais trompeur, insidieux et captieux tendent à nuire par des artifices , à surprendre des imprudents , àlesaitraper . à les faire tomber dans le panneau. C'est la même différence qui existe en latin entre falUre et decipere.

L'homme faux ou menteur débite des fables, on ne doit pas se fier à ce qu*il dit ; un bonune trompeur ou captieux cherche à entraîner dans quelque inconvénient, il £&ut prendre garde à ses manœuvres, à ses entreprises. Un argument fallacieux vous lait croire mal à propos, à tort; un argument captieux vous prend en défaut. Une fausse espérance n'est pas fondée, vous fait atten> dre ce qui n'arrivera point ; une espérance f rompeuse vous déçoit, se joue de vous, fait de vous une dupe.

1* Faux, fallacieux,— menteur, mensonger.

Faux et fallacieux, d'une part, menteur et mensonger , de l'autre , diffèrent comme la fausseté du mensonge. Faux et fallacieux sont objectifs, se disent des choses ou ont rapport aux choses ; menteur et mensonger sont subjectifs , servent à qualifier les personnes ou se rapportent aux personnes. U ne faut pas se fier aux promesses fausses ou fallacietues d'un oracle mentevr ou d'un art mensonger. Une fausse histoire n'est pas vraie , on ne doit point l'admettre ; une histoire mensongère n'est pas véritable, on ne doit point s'en rapporter à la parole du narrateur. — Outre cela , faux et fallaciettx désignent un défaut de plus grande conséquence. On dit bien la menteuse renommée (Volt.), la menteuse antiquité (J. J.), l'art mensonger des poètes et des peintres (Id.), sans attacher à ces épithètes aucune idée ^cheuse ; faux et fallacieux ne se prêtent pas à cette sorte de badinage. La faune religion n'enseigne que des impostures; la menteuse antiquité s'amuse à conter des fables.

Faux ei fallacieux diffèrent beaucoup; car, outre que fallacieux, du latin fallax, fallaciosus,

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

ne s'emploie que dans le style élevé , il signifie très- faux, plein de fausseté, et d'une fausseté ardente , acharnée. Un esprit faux ne se laisse pas deviner; un esprit fallacieux cherche continuellement à faire accroire le contraire de la yérité. « Le rampement tortueux du serpent était une ▼iye image des dangereuses insinuations et des détours fallacieux de Tesprit malin. » Boss. Un fais» serment , une fausse espérance poussent et déterminent à Terreur beaucoup moins activement et fortement qu*un serment fallacieux (GoRN.)f qu'une espérance feUlaeieuse (Boss. , Vauy.]. «Le serpent artificieux promet à nos pères que , s'ils mangent du fruit défendu, ils auront la science du bien et du mal; et Adam se laisse prendre à ses promesses fallacieuses, » Boss. « Nous avons encore , sinon des incrédules à convaincre , au moins des sophistes adroits et fallacieux à confondre. » Ma RM.

Menteur et mensonger ont été distingués l'un de Vautre dans la l'* partie, page 39.

2* Trompeur, insidieux, captieux.

Trompeur est comme le positif dont insidieux et captieux sont les superlatifs : ce qui est tnstdieux ou captieux est plein de tromperie. « Erreur proposée sous la forme trompeiue d'avertissements utiles, et déguisée sous des termes eapttetio; et pleins d'artifice.» Bourd.

Insidieux, insidiosus , d^insidix , embûches , se dit de ce qui tend à faire tomber dans des embûches. Captieux, captiosus, de captare, chercher à prendre, qualifie ce qui tend à prendre, à prendre comme dans des filets. Le premier de ces mois suppose plus de subtilité , car les embûches sont toujours cachées; le second suppose plus d'arrangement , car les filets sont quelque chose de compliqué qu'on dispose d'une certaine façon. — Un écrit insidieux est patelin, insinuant; un écrit captieux est équivoque et tourné de manière à embarrasser. — Feinte insidieuse (J. J.): tour captieux (FÈv.). — «Leur politesse insidieuse, traîtresse , couvrait du miel des éloges le fiel de la satire et le poison de la calomnie. » J. J. M&is Voltaire dit du sphinx , dans OEdipe : *

D'un sens embarrassé dans des mois captieux ,

Le monslre , chaque jour, dans Thèbe épouvantée ,

Proposait une énigme avec art concerlée.

TJne difTérence plus nette encore consiste en ce que trmdteux est pratique, et captieux théorique. Insidieux se dit de toutes les manières d'agir, pratiques , manèges , caresses , flatteries. «.Quand cette manière de procéder serait aussi juste et permise, qu'elle est insidieuse et perfide.... »J.J. c L'explosion de l'or fulminant pourrait s'exercer d'une manière plus insidieiue que celle de la poudre à canon, parce qu'il ne faut ni feu, ni môme une étincelle. » Bufv.

Les cris affreux du fanatique N'épouvaDleni plus la Raison; Vinsidieuse Politique M'a plus ni masque ni poison. Tolt.

Captieux, au contraire, n'est usité qu'en parlant de discours , de raisonnements , et des hommes qui en font de tout propres à tromper. Discours, argument, raisonnement, mensonge, article, raisonneur, homme captieux; clause, proposi-

tion, déclaration, critique captieiue, «Hettre dans un traité de paix des termes ambigus et captieux. » Fén. « C'est une chose indigne de la théologie d'user de mots équivoques et captieux sans les expliquer.» Paso. — Souvent il suffit d'une caresse insidieuse pour opérer ce que les raisonnements les plus captieux n'ont pu produ ire.

F.AUX, FABULKL'X; — FEINT. Qui n'est pas vrai ou réel , qui n'a qu'une existence ou une valeur apparente ou factice.

Ce qui est faux est empreint de fausseté ; ce mot se dit dans l'ordre des idées : une proposition fausse, une fausse maxime. Ce qui est fabuleux tient de la fable, du conte, du roman; ce mot se dit dans l'ordre des faits : Bacchus est un conquérant fabuleux (Roll.). Ce qui est faux n'a aucun caractère de certitude; à ce qui est fabuleux manque le caractère historique. Un spectateur ne peut pas toujours savoir « si ce qu'on lui représente est fabuleux ou historique. » Volt.

Toutefois, au lieu que fabuleux ne se dit jamais dans l'ordre des idées , on emploie bien faux en parlant de faits. Mais alors même il difière de son synonyme. Une fausse histoire est une fausseté , quelque chose de controuvé , et un faux témoin est un imposteur; une histoire fabuleuse est comme celles que débitait la menteuse antiquité , un conte , et un héros fabuleux est un héros romanesque. Ce qui est faux est un piège ou contient un piège dressé à la raison; ce qui est fabuleux est une création arbitraire et innocente. Les faux miracles de Mahomet; les aventures /abuleuses de Télémaque, de Robinson, de don Quichotte. Les récits de la médisance ou du charlatanisme sont faux; ceux de la mythologie et des historiens primitifs , tels qu'Hérodote , sont fabuleux. « Mon amour de la vérité, dit J. J. Rousseau, ne veut jamais être faux, quoiqu'il soit souvent fabuleux. » Ce qu'il explique en disant qu'il ne ment jamais pour tromper , mais seulement quelquefois pour amuser une compagnie dans une conversation oiseuse.

Ainsi, faux emporte nécessairement l'idée de tromperie ou d'imposture, a Les gens faux sont sobres , et la grande réserve de la table annonce assez souvent des mœurs feintes et des ftmes doubles . » J. J. « Jamais il n'y eut rien de plus authentique que les miracles de l'abbé Paris; et cependant jamais rien de plus faux , de plus ridicule et de plus universellement méprisé. » Volt.

Je renonce à Tancrède, au reste des mortels;

Ils soniyâux ou méchants ( Us sont faibles, cruels,

Ou trompeurs ou trompés. Id.

Fabuleux, au contraire, ne se prend pas en mauvaise part ; il indique une simple imagination ou un jeu de l'esprit, a Au théâtre, on a le cœur tout ému du récit de l'infortune d'un héros fabuleux. » Mass. « La vertu magique du rémora est depuis longtemps reconnue pour fabuleuse. » RoLL. « Le grifibn et l'ixion sont des animaux fabuleux, » Volt.

Feint est le participe de feindre. Il rappelle l'action d'un verbe : ce qui est feint a été fait ou rendu faux ou fabuleux.

L'homme , qui est né , qui a été élevé dans un

DEUXIÈME PAfiTIK :

pays idolâtre, sait une famgte religion; Thypo- 1 crite n'a qu'une religion feinte. En disant fa%x zèle, /auMe humilité, fauese modestie, famée yertu , vous annoncez le défaut de réalité de ces qualités;- en disant zèle feint ^ humilité feinte^ modestie feinte^ vertu feinte, vous exprimez les efforts d'un sujet pour paraître ce qu'il n'est pas , son affectation. Un homme naturellement timide , qui n'ose pas laisser percer la bonne opinion qu'il a de lui-même, n'a qu'une fausse modestie; un homme qui se déprécie sans cesse, afin qu'on l'élève, n'a qu'une feinte modestie.

D'autre part , ce qui est feint est l'effet de Faction de feindre , c'est-^-dire de faire des choses fabuleuses. Ce qui est fahuleu» a tel caractère : les tyrans fabuleux de l'antiquité (Volt.); ce qui est feint est l'œuvre d'un auteur, d'un poète (de icotetv , faire) : c Le héros du poème de Butler ( Hudibras ) n'était pas un personnage feint , comme le don Quichotte; c'était un chevalier baronnet très-réel. » Volt. On se remplit l'esprit de lectures fabuleuses (Mass.) ; la tragédie excite la compassion par des malheurs feints (J. J. , n'Ao.).

FAVEUR, CRÉDIT. Faculté d'user de la puissance d'un autre : un homme bien en cour est en faveur ou en crédit; les ambitieux aiment, recherchent , craignent de perdre la faveur ou le crédit; faire agir, pour avancer, pour parvenir à un but quelconque , la faveur ou le arédiU

!• Duclos a proposé une première différence, qui n'est ni la seule véritable, ni même la principale. Suivant lui , on obtient par la faveur pour soi-même , et par le crédit pour les autres. «Pei^ suadé que ses services devaient lui donner la plus grande part à la faveur , Condé ne se trouvait jamais assez récompensé.... Ses valets faisaient un crime au cardinal Mazarin de tout ce qu'ils n'obtenaient pas par le cr^dtl de leur maître. » Cown.

2*" La faveur est une faculté ou disposition plus générale et moins prochaine. Avec de la faveur on est bien voulu , bien venu , favorablement regardé; avec du crédit on peut : une personne en faveur a le crédit de se faire donner telle chose, ç De là plus que jamais occupée de faveur et d'ambition , Mme de Soubise entretenait son commerce de lettres avec le roi.... Je ne sais par quelle fatalité son crédit^ qui emporta tant de choses si étranges, ne put obtenir celle-là (un duché-pairie). » S. S. a Ces sortes de retours (à un ministre renvoyé) sont toujours si accompagnés de faveur^ que ce nouveau crédit pourrait remettre son fils en place.» In. — En conséquence, le crédit est quelquefois l'effet de la faveur. « L'honneur peut être pris pour le crédit et l'autorité que donnent les emplois, les charges, la faveur des grands.» Boss. Lorsque les deux mots sont mis ensemble , crédit doit venir à la suite de faveur. « Dans un £tat despotique , on craint et respecte plus la favetir et le crédit que les lois. » CoND. « Ladislas déteste un rival dans le duc, qui déjà lui était assez odieux par sa faveur et son crédit auprès du roi. 9 Lah.

3* Saint-Simoil dit du duc de La Trémoille : « Il était sans crédit de faveur. 9 II y a donc un crédit qui n'a pas la faveur pour cause, c'est celui qui

dépend» non du goût du prince, mais de k'estlr:: qu'on lui inspire* de Tascendant qu*on exerce sar lui. Si vous avez de la faneur, vous êtes /ar4>n\ on vous aime, et par suite on est bien disposé pour vous; ai vous avez du crédit^ on vous considère, vous imposez, on ne saurait vous refuser ce que voits demanderez. — La faveur se gagne, le créait s'acquiert. Les complaisances , les flatteries, les adulations, le dévouement à U personne gsgnciit la faveur par le retour; les lumières, le talent, les services, les vertus acquièrent le cré^ dit par la bonne opinion et la confiance qu'i^ inspirent. On gi^e la favewréxL peuple, qui s'engoue capricieusement; on acqaiertdu cr^dérdans une assemblée, où le mérite a la fins grande influence. On peut avoir la fanew de la fortune , mais non du crédit sur la fortune; ses prédilections aont «vengies, rite n*a aucun égard aux Qualités. La maîtresse ou le favori d'un roi est es faveur et par conséquent en créàU. Un ministne nécessaire , comme Richelieu , un général recommandable, comme Catinat, ont du eriàU, s»s avoir besoin de fa/veur. — Faneur fait peeser à celui qni a la puissance en main ; amsâ dit-on la faveur, et non le crédit , du prince ou du peuple. Crédit^ an contraire, appelle l'attention sur celai qui a besoin de la puissance pour lui-même ou pour un autre. Quand vous êtes en faveur, les bienfaits du prince dépendent de son bon vouloir, de l'affection , du faibte qu'il a pour vous; quand vous êtes en crédit, ils dépendent de Vempire que vous exercez sur lui et qui l'oblige cove-s vous à des égards.

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